Canadiens hollandais (Hollando-Canadiens ou Canadiens d'origine néerlandaise)

Dès le début du 17e siècle, les Hollandais mènent des activités de traite sur le fleuve Hudson. En 1614, ils établissent des postes à Manhattan et à Fort Orange (Albany). Toutefois, ce n’est qu’après la Révolution américaine (1775-1783) que débute l’immigration hollandaise en Amérique du Nord britannique. Établis depuis de nombreuses années dans les Treize colonies, les Hollandais d’ascendance américaine se sont facilement intégrés à la société canadienne. Par la suite, le Canada a connu trois vagues d’immigration en provenance des Pays-Bas, dont la plus importante survient après la Deuxième Guerre mondiale.

Van Horne, sir William
Portrait de 1901 (avec la permission des Archives photographiques Notman/Musée McCord).
Smits, Sonja
Steve Yzerman
Roméo Dallaire
\u00ab Habitant Farm \u00bb
Cornelius Krieghoff, 1856, huile sur toile. Ce genre de scène pittoresque a fait de Krieghoff le peintre le plus populaire de son époque au Canada (avec la permission du Musée des beaux-arts du Canada).
Place d
Dès 1847, cette place publique symbolise le pouvoir de Montréal comme métropole financière et commerciale du Canada. Illustration de Cornelius Krieghoff (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/C-48).
 Le mont Owl
Sur le lac Memphrémagog, huile sur toile de Cornelius Krieghoff, 1859 (avec la permission de la National Gallery of Canada/Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa).\r\n \r\n\r\n

Depuis la fin de la guerre, le Canada et les Pays-Bas entretiennent une relation bilatérale étroite en raison du rôle joué par l’armée canadienne dans la libération de plusieurs villes hollandaises et du refuge que le Canada a offert à la famille royale hollandaise pendant la Deuxième Guerre mondiale. Le recensement canadien de 2016 fait état de 1 111 655 personnes d’origine hollandaise (réponses uniques et multiples).

Nombre de Canadiens d’origine hollandaise se sont distingués dans le domaine des arts, notamment le peintre Cornelius Krieghoff, le compositeur et chef d’orchestre Allard De Ridder, les photographes John Vanderpant et Kryn Taconis, la réalisatrice Patricia Rozema, l’actrice Sonja Smits et l’écrivaine Aritha Van Herk. De nombreux autres ont joué un rôle d’importance dans les domaines de l’éducation (Egerton Ryerson, descendant d’une famille de loyalistes hollandais), de l’administration (Samuel Holland), des affaires (sir William Cornelius Van Horne), de la politique (Bill Vander Zalm, Simon de Jong, Rick Dykstra, John Van Dongen, Elizabeth Witmer), de la défense des droits de la personne (Roméo Dallaire) et du sport (Joe Nieuwendyk, Trevor Linden, Greg de Vries, Jeff Beukeboom et Steve Yzerman).

Origines

Bien que les Hollandais aient déjà établi leur colonie des « Nouveaux Pays-Bas » en Amérique du Nord au XVIIe siècle, ce n’est qu’au moment de la guerre de l’Indépendance américaine qu’un nombre indéterminé de loyalistes hollando-américains débarque dans les colonies de l’Amérique du Nord britannique. Ce groupe, déjà passablement anglicisé, est rapidement assimilé à la société en place et à la multitude d’immigrés qui afflue dans les colonies à partir de 1815. Du fait de pressions économiques et sociales, l’émigration des Pays-Bas augmente rapidement au milieu du siècle et au cours des décennies suivantes, mais se concentre près de la frontière américaine, région alors en pleine croissance.

À partir des années 1880, alors que la terre arable bon marché devient rare aux États-Unis, les Hollandais et les Hollando-Américains se tournent vers « les meilleures nouvelles terres » de l’Ouest canadien.

Histoire migratoire et peuplement

Les Hollandais s’établissent au Canada en trois vagues d’immigration principales. Au cours de la première, qui dure de 1890 à 1914, ils participent à la migration vers l’Ouest canadien, où ils prennent possession de concessions agricoles et ferroviaires, aident à défricher les Prairies et établissent des communautés ethniques telles que Nijverdal (aujourd’hui Monarch, en Alberta), Neerlandia (Alberta) et Edam (Saskatchewan). La majorité des immigrants se dispersent dans l’Ouest pour devenir ouvriers agricoles ou propriétaires de ferme ou de ranch. Toutefois, il se forme quelques concentrations de population à certains endroits, notamment dans les villes de Calgary, d’Edmonton et de Winnipeg et aux alentours de ces villes. De fait, à la veille de la Première Guerre mondiale, Winnipeg compte vraisemblablement la plus importante communauté hollandaise au Canada.

Publicité du Manitoba afin d
Des immigrants néerlandais en 1911
Des immigrants hollandais dans le Assembly Hall, Terminal du Canadian Railways, Halifax, N.-É. vers 1920-1930.
Des colons hollandais défrichent une terre
Alberta, date inconnue

La deuxième vague d’immigration, de 1920 à 1929, prend fin avec l’arrivée de la Crise économique des années 1930. L’offre de terre arable bon marché et accessible est moindre, mais la demande de main-d’oeuvre dans les domaines de l’agriculture, de la construction, de l’industrie et du travail domestique est forte, surtout à la fin de la récession d’après-guerre. Les immigrants hollandais n’hésitent pas à profiter des occasions qui se présentent partout au Canada, en particulier en Ontario et dans les provinces de l’Ouest. Au cours de cette période, de nombreux immigrés hollandais s’installent dans le Sud et le Sud-ouest de l’Ontario, particulièrement à Toronto. On estime à 25 000 environ le nombre d’immigrants hollandais ou hollando-américains qui sont arrivés au Canada de 1890 à 1930.

La Crise des années 1930 et la Deuxième Guerre mondiale mettent un frein à l’immigration hollandaise jusqu’en 1947, année où des dizaines de milliers de Hollandais fuient leur pays dévasté et ruiné par la guerre. Ces immigrants, comme leurs prédécesseurs, proviennent des secteurs agricoles, mais vers le milieu des années 1950, de nombreux travailleurs qualifiés et travailleurs intellectuels arrivent. L’Ontario devient la destination principale, suivie de l’Alberta, de la Colombie-Britannique et des Maritimes. Après la Deuxième Guerre mondiale, le Canada finance le transport de près de 2 000 épouses de guerre originaires des Pays-Bas ainsi que de leurs enfants.

Immigrants hollandais
L'ambassadeur des Pays Bas, M. J.H. van Roijin, et son épouse, Mme van Roijin, en train de saluer des immigrants néerlandais arrivant en bateau à Montréal, juin 1947
Des immigrants hollandais arrivent à Québec
Juin 1947
Hollandais
Un agent de l'immigration avec une famille de sept Néerlandais à bord du navire à vapeur Groote Beer, près du port de Québec, en mai 1956
Établissement des Hollandais au Canada
La famille A. Struyck sur leur ferme, Cochrane District, Ontario, Juillet 1952

Vers la fin des années 1960, on compte quelque 150 000 immigrants hollandais établis dans toutes les provinces (à l’exception de Terre-Neuve), mais surtout en Ontario et dans les zones urbaines des provinces de l’Ouest. Ces communautés servent de points d’accueil et de pôles d’attraction pour les immigrants hollandais subséquents.

Vie sociale et culturelle

Les catholiques hollandais constituent la plus grande communauté religieuse. Toutefois, l’ensemble de la population des différentes églises protestantes hollandaises est majoritaire et nombre de ces églises poursuivent leur tradition religieuse au Canada. Parmi celles-ci, l’Église calviniste hollandaise ou Église chrétienne réformée est la plus importante sur la scène religieuse canadienne et plus particulièrement en Alberta, en Colombie-Britannique et en Ontario où elle compte de nombreuses communautés.

Ces différents groupes confessionnels encouragent l’intégration et l’adoption des moeurs canadiennes tant qu’elles ne sont pas contraires à leurs pratiques sociales et religieuses. Par conséquent, la langue néerlandaise a été en grande partie abandonnée, de même que toute pratique du « vieux pays » qui risquerait de contrer l’accession à une sécurité économique. Cette situation, à laquelle s’ajoutent une forte éthique du travail et une implication minimale dans la vie culturelle du pays d’origine, ne donne à l’appartenance ethnique qu’une connotation personnelle, familière ou religieuse. Cela explique sans doute pourquoi les associations hollando-canadiennes ne représentent qu’une minorité de la communauté hollandaise. Ce n’est que récemment que les enfants et petits-enfants des immigrants ont commencé à examiner l’histoire de la migration et des épreuves de leurs parents ou de leurs grands-parents et à publier leurs découvertes sous forme de textes universitaires ou littéraires.

Cohésion du groupe

Jusqu’à récemment, les Hollandais du Canada ont témoigné peu d’intérêt pour la préservation ou la pérennisation de leurs traditions culturelles, à l’exception importante des calvinistes, qui ont cherché à adapter leur philosophie religieuse à la société canadienne en créant des organisations et des écoles « chrétiennes ». Le taux d’intégration des immigrants de première génération est très élevé et l’assimilation des Hollandais nés au Canada est presque totale. En 2016, 104 505 personnes ont déclaré le néerlandais comme langue maternelle, soit 11 000 personnes de moins qu’en 2011.

Petites filles hollandaise et ukrainienne
Titre: Hollandaise ou Ukrainienne - Les mêmes dans une nouvelle école. Représentant les Pays-Bas, Betty Luiting (gauche), six ans, montre ses sabots de bois à Natalie Krispinovich (droite), habillée du costume ukrainien. Les petites filles ont pris part à la cérémonie d'ouverture de l'école publique Old Orchard, à Toronto, le 4 mars 1957.\r\n
Canadiens d
\r\nMonsieur et Madame John Tamming habillé du costume traditionnel de leur pays d'origine et représentant les Canadiens d'origine hollandaise de la région de Strathroy en Ontario, à l'occasion des célébrations du centenaire du Canada, 1967.

Bien que les liens familiaux demeurent forts, la majorité ne considère pas le mariage avec des Canadiens d’origine différente comme un problème. L’Église calviniste, les caisses populaires hollandaises et les associations hollando-canadiennes, qui ne représentent qu’une minorité des Hollando-Canadiens, sont les seuls repères visibles d’une culture ethnique qui se fond rapidement et volontairement dans le multiculturalisme canadien.

Relations bilatérales entre le Canada et les Pays-Bas

Le Canada et les Pays-Bas entretiennent une relation bilatérale dynamique. Le refuge que le Canada a offert à la famille royale hollandaise pendant la Deuxième Guerre mondiale et le rôle déterminant que les Forces canadiennes ont joué lors de la libération des Pays-Bas ont renforcé cette relation. En effet, en juin 1940, la famille royale hollandaise se réfugie au Canada et y demeure jusqu’à la fin de la guerre. Pendant son séjour, la princesse Juliana donne naissance à Ottawa à une troisième fille, la princesse Margriet Franscisca. Afin que celle-ci puisse détenir la nationalité hollandaise exclusive (et donc, accéder au trône des Pays-Bas), le gouvernement canadien a exclu momentanément de son territoire (selon le principe juridique d’extraterritorialité) la maternité de l’Hôpital Civic d’Ottawa.

 Photo de Noël officielle de la famille royale hollandaise
La princesse Juliana, le prince Bernhard et leurs enfants, 1948
Libération des Pays-Bas
Jeunes Hollandaises attendant de déposer des fleurs sur un monument à la mémoire des soldats canadiens tués au combat lors de la libération des Pays-Bas, Moerstraaten, Pays-Bas, 26 août 1945
Libération de Goes
Enfants hollandais portant des chapeaux et des rubans de papier orange pour célébrer la libération de Goes par la 2e Division d'infanterie canadienne, Pays-Bas, 30 octobre 1944
Soldats canadiens au Pays-Bas
Soldats canadiens conversant avec des retraités de l'armée coloniale hollandaise, Institut Bronbeek, Arnhem, Pays-Bas, 16 avril 1945
Libération du Pays-Bas
Le lieutenant W. J. Trump et le soldat W. H. G. Ritchie, du régiment Fort Garry Horse, offrant de la gomme à mâcher à un enfant hollandais après la libération de Rijssen, Pays-Bas, 9 avril 1945
Fantassins près de Nimègue, en Hollande
Canadiens au Pays-Bas
La caporale M. Freeman, du Service féminin de l'Armée canadienne, et le capitaine honoraire Samuel Cass, aumônier juif, offrant un cadeau à une fillette belge lors de la fête de Hanoukka, Tilburg, Pays-Bas, 17 décembre 1944
Régiment de Perth au Pays-Bas
Le soldat K. O. Earl, du régiment de Perth, se reposant dans la forêt au nord d'Arnhem, Pays-Bas, 15 avril 1945
Régiment de la Chaudière au Pays-Bas
Le tireur d'élite Arthur Godin, du Régiment de la Chaudière, en position de tir à l'intérieur d'un édifice à Zutphen, Pays-Bas, 7 avril 1945
Royal Highland Regiment au Pays-Bas
Soldats d'infanterie du Black Watch (Royal Highland Regiment) du Canada, traversant la rivière Regge au sud d'Ommen, Pays-Bas, 10 avril 1945
PPCLI dans le Pays Bas
Des membres du Princess Patricia's Canadian Light Infantry utilisent un véhicule amphibie pour traverser la rivière Ijssel à Zutphen (Pays Bas) en avril 1945
Libération des Pays-Bas
1945 (photo de Grant, avec la permission de la ministere de la defense nationale DND/PA-136176)

À l’automne 1944, soit quelques mois après le Débarquement de Normandie, la Première armée canadienne combat les forces allemandes le long de l’estuaire de l’Escaut, au nord de la Belgique et au sud-ouest des Pays-Bas afin que les navires alliés puissent entrer dans le port d’Anvers. Dès la fin novembre, un premier convoi de navires entre dans le port. Toutefois, la bataille de l’Escaut aura causé de lourdes pertes : plus de 6 300 soldats canadiens sont blessés, capturés ou tués. À partir de mars 1945, alors que les forces alliées repoussent les Allemands au-delà du Rhin, la Première armée canadienne entreprend de libérer les Pays-Bas. Dans les villes de La Haye, Rotterdam et Amsterdam, la population hollandaise accueille les Canadiens dans la joie. La reddition des forces allemandes est négociée le 5 mai 1945 (voir aussi Une autre rivière à traverser : les Canadiens en Hollande).

Pour remercier le Canada d’avoir libéré le pays et offert un refuge à la famille royale, les Pays-Bas lui envoient chaque année 20 000 bulbes de tulipes. De cette tradition est né en 1953 le Festival canadien des tulipes qui se tient annuellement dans la région de la Capitale nationale du Canada (voir Commission de la Capitale nationale). La mémoire des soldats canadiens tombés au combat est honorée dans les différents cimetières militaires des Pays-Bas, notamment aux cimetières de guerre canadien de Holten et de Groesbeek. Ces liens entre les deux pays s’expriment également par la participation annuelle d’un contingent des Forces armées canadiennes, formé de plusieurs équipes, à la Marche internationale de quatre jours de Nimègue.

Les Pays-Bas représentent la deuxième source la plus importante d’investissements directs étrangers au Canada. Ils sont également l’un de ses principaux partenaires en matière de commerce et d’innovation. En 2016, on a évalué le commerce bilatéral de marchandises à 6,5 milliards de dollars. De nombreuses entreprises et institutions canadiennes et néerlandaises mènent en commun des projets innovants, notamment dans les secteurs de la planification urbaine, des services de santé universels, des progrès en agriculture et de l’énergie verte.


Lecture supplémentaire

  • Hugh Cook, Cracked Wheat and Other Stories (1985).

    Matthew Gaasenbeek, An Immigrant’s Story: Memoirs of a Dutch Canadian (2011).

    Herman Ganzevoort, A Bittersweet Land: The Dutch Experience in Canada, 1890-1980 (1988).

    Lance Goddard, Canada and the Liberation of the Netherlands, May 1945 (2005).

    J.Th J. Krijff, 100 Years Ago: Dutch Immigration to Manitoba in 1893 (1993).

    Frans J. Schryer, The Netherlandic Presence in Ontario: Pillars, Class and Dutch Ethnicity (1998).

Liens externes