Humanités



\u00ab Jesuit College \u00bb
Vue de la cathédrale, du Coll\u00e8ge des Jésuites, et de l'\u00c9glise des Recollets (Québec), vers 1761, aquarelle réalisée par Richard Short. Cela a été le premier coll\u00e8ge classique (avec la permission des Biblioth\u00e8que et Archives Canada/C-354).

Humanités

 Les humanités, étude de l'Antiquité gréco-romaine vénérée pendant des siècles comme la quintessence d'une éducation libérale, ont été instituées en 1636 en Nouvelle-France avec l'entrée du latin au programme du Collège des Jésuites de Québec. La bienveillante « tyrannie » des études classiques prend fin en 1960 quand les collèges classiques perdent le monopole du baccalauréat, un diplôme désormais accessible sans étude préalable du latin ou du grec.

Ailleurs au Canada, notamment après la Confédération, les cours de latin et de grec, éléments clés du programme d'études secondaires jusqu'à la Deuxième Guerre mondiale, sont dispensés selon les rigoureuses traditions victoriennes et édouardiennes privilégiées par les universités et les écoles anglaises ou écossaises. Bien entendu, les volets littéraires, historiques et philosophiques du programme restent la chasse gardée des universités.

Toutefois, le progrès, voire l'essor, de la science, du génie, de la médecine, du droit et de la gestion, sans oublier les changements technologiques et l'évolution sociale au cours des années 50 ont fini par ébranler les certitudes, tout comme les fondements des humanités en tant que discipline. Domaines de prédilection jusqu'ici des boursiers d'universités et des jeunes intellectuels, les cours de grec et de latin sont délaissés par les étudiants qui, face à une pédagogie guère stimulante axée sur l'analyse grammaticale, la rédaction et la traduction littérale prétendument indispensables à l'acquisition des techniques d'expression claire, les jugent démodés et moribonds.

En réponse à cette vague de désaffection, les tenants du classicisme inventent de nouvelles méthodes pédagogiques, proposent des manuels plus attrayants et révisent les programmes afin de les mettre au goût de l'ère des voyages dans l'espace. C'est le cas du programme de latin de Cambridge qui, grâce à sa très grande popularité dans les années 70, contribue au maintien du latin dans les écoles secondaires. Axé sur les théories linguistiques contemporaines, l'enseignement du latin connaît un regain de vitalité grâce aux nouvelles approches et au renouvellement des programmes qu'elles autorisent. En particulier, les élèves sont encouragés à étudier des textes qui exigent à la fois une réflexion et une analyse d'ordre littéraire ou sociologique. C'est aussi le cas du grec qui, après avoir été évincé du programme d'études secondaires vers la fin des années 60, renaît de ses cendres à l'U. McGill, où les cours, appuyés par des exercices analogues à ceux du laboratoire de langue, reproduisent les modèles structuralistes à succès des cours de latin. Si les deux langues continuent ainsi à s'attirer la faveur des étudiants universitaires, il n'en est pas de même dans les écoles secondaires où le latin, en particulier, trouve un auditoire faible mais fidèle et où les administrateurs envisagent des effectifs réduits en la matière.

Confrontées au déclin des programmes d'études classiques ou de double spécialisation exigeant le latin et le grec, les universités proposent, à l'instar des modèles à succès américains, des cours de traduction, de civilisation ou d'études classiques, autant de changements qui, offerts à titre expérimental dans les années 50, finissent par se généraliser rapidement. De nos jours, des centaines d'étudiants, quelles que soient leurs origines et leur spécialisations, suivent des cours sur l'Antiquité gréco-romaine : théâtre, épopée, biographie, historiographie, religion, mythologie. Cet intérêt grandissant s'explique aussi par le regain d'intérêt pour l'archéologie et l'histoire de l'art méditerranéennes, sans oublier l'intégration d'éléments archéologiques dans des cours de civilisation. Parallèlement, les cours d'histoire ancienne, dispensés dans le cadre des programmes d'études classiques ou d'histoire, y puisent naturellement beaucoup de matière et, ce faisant, ne contribuent pas moins à la revalorisation des études classiques, qui, en raison de leur nature composite et compte tenu des mesures volontaristes, enrichissent les programmes de LITTÉRATURE COMPARÉE, d'herméneutique et de grec moderne.

Par ailleurs, la désaffection pour le latin et l'abandon du grec dans les écoles secondaires sont loin de freiner l'essor des études classiques dans l'enseignement supérieur. Pour la plupart, les grandes universités offrent encore un programme de maîtrise. Certaines proposent même un programme de doctorat (Dalhousie, Laval, McGill, Montréal, Ottawa, McMaster, Alberta et Colombie-Britannique), l'U. de Toronto venant en tête quant aux effectifs et au choix de cours. En général, les programmes d'études ainsi que les domaines de recherches reflètent les spécialisations des professeurs chargés avant tout des travaux de recherche et de l'enseignement ainsi que les collections de recherche dont disposent les universités. En matière de financement, les études classiques dépendent d'organismes fédéraux, de fonds universitaires et d'organismes et de fondations de l'extérieur du Canada, notamment le CONSEIL DE RECHERCHES EN SCIENCES HUMAINES DU CANADA, les Bourses de recherche Killam, l'American Council of Learned Societies, l'Institute for Advanced Study de Princeton (New Jersey) et la Fondation Nuffield (Angleterre). En ce qui concerne les publications, elles sont largement financées par des subventions accordées par les organismes fédéraux et par les maisons d'édition qui contribuent ainsi au rayonnement du Canada dans le domaine des études classiques. Ces publications, notamment des revues, témoignent aussi bien de la richesse et de la diversité des recherches entreprises que de la qualité des enseignements, objets de nombreux prix et distinctions sur le plan national et international.

En outre, les études classiques sont au coeur de plusieurs grands projets actuellement en cours : (i) Lexicon Iconographicum Mythologiae Classicae, un dictionnaire d'iconographie internationale recouvrant toute la mythologie ancienne représentée dans les oeuvres d'art de l'Antiquité, y compris des spécimens appartenant aux musées et aux galeries canadiens, financé par la FÉDÉRATION CANADIENNE DES SCIENCES HUMAINES ET SOCIALES; (ii) Dio Cassius (U. de Calgary); (iii) Catalogus Translationum et Commentariorum (Institut pontifical d'études médiévales de Toronto); (iv) Bibliographie de Virgile (McMaster); (v) Oeuvres complètes d'Érasme (U. de Toronto).

Trois centres méditerranéens placés depuis 1980 sous l'égide de l'Institut canadien d'études méditerranéennes contribuent également au renouveau des études, de l'histoire et de l'archéologie anciennes : l'Institut canadien d'archéologie d'Athènes (créé en 1974), le Centre académique canadien en Italie (établi à Rome en 1978) et l'Institut canadien en Égypte (fondé au Caire en 1980). Ces centres d'outre-mer jouissent de la chaleureuse collaboration de l'Académie américaine de Rome, des écoles anglaises d'Athènes et de Rome, de l'École américaine d'études classiques d'Athènes et de la Société virgilienne installée à Cuma, près de Naples (Italie).

Bien qu'elle soit issue de l'Ontario Classical Association, la Société canadienne des études classiques (SCEC), fondée en 1946, peut se réclamer d'une vocation nationale en regroupant ses membres a mari usque ad mare. Comme la Société royale du Canada et d'autres SOCIÉTÉS SAVANTES, ses rencontres annuelles, y compris ses colloques consacrés à des questions d'intérêt général, s'adressent aussi bien aux anglophones qu'aux francophones. Lancée en 1947, Phoenix, la revue savante trimestrielle de l'association, jouit d'une réputation internationale. On compte de nombreux spécialistes canadiens de l'Antiquité parmi les présidents, les rédacteurs en chef et les administrateurs de diverses organisations internationales. Les présidents de la SCEC sont vice-présidents de la Classical Association du Royaume-Uni.

Depuis les années 60, l'U. d'Oxford et l'U. de Cambridge n'exigent pas de connaître le latin pour obtenir un grade, et l'Église catholique l'exige encore moins pour la messe. Ce sont là, certes, deux manifestations symboliques de la perte d'influence et de terrain des études classiques. Or, grâce à la montée des nouvelles techniques pédagogiques, à la mise en place de programmes de recherches passionnants et à la multiplication des ouvertures multidisciplinaires chez les érudits, l'Antiquité est au seuil d'une véritable « révolution copernicienne ». Proposer des programmes d'études universitaires à des jeunes étudiants qui connaissent à peine les langues classiques aurait de quoi scandaliser les générations précédentes. Toutefois, la permanence des études classiques dans les programmes universitaires prouve que leur capacité d'éclairer, de nourrir et de fortifier la société devant les circonstances et problèmes est durable et intacte.

Voir aussi ARCHÉOLOGIE MÉDITERRANÉENNE.


Lecture supplémentaire

  • W.H. Alexander, The Amiable Tyranny of Pisistratus (1931); M. Lebel, Les Humanités classiques au Québec (1967); Alexander G. McKay, "Latin Studies in Canada," Romanitas 4 (1962); J.E. Sharwood Smith, On Teaching Classics (1977).