Huttérites

Les huttérites forment l'une des trois principales anciennes sectes anabaptistes chrétiennes existant encore aujourd'hui (les deux autres étant les mennonites et les amish) et la seule qui tienne rigoureusement à un mode de vie communautaire.

Huttérites, enfants
Enfants huttérites à la colonie d'Ewelme, dans le Sud de l'Alberta, en 1961 (avec la permission des Archives du Glenbow Museum).
Huttérites, colons
En 1918, les Huttérites immigrent en masse au Canada, victimes de harcèlement et de persécution aux États-Unis (avec la permission des Provincial Archives of Alberta).

Les huttérites forment l'une des trois principales anciennes sectes anabaptistes chrétiennes existant encore aujourd'hui (les deux autres étant les mennonites et les Amish) et la seule qui tienne rigoureusement à un mode de vie communautaire.

L'histoire des huttérites remonte à 1528. Pour échapper aux persécutions religieuses, un groupe de quelque 200 anabaptistes germanophones fondent une société communautaire en Moravie (aujourd'hui, une région de la République tchèque). Sous la direction initiale de Jacob Hutter, ils établissent les principes fondamentaux de la doctrine huttérite, qu'ils pratiquent encore sans s'en écarter. Cette doctrine, basée sur les enseignements des premiers chrétiens et sur la croyance en une nette séparation entre l'Église et l'État, prône un mode de vie communautaire, la propriété commune des biens, la non-violence, l'opposition à la guerre et le baptême des adultes. Les huttérites tiennent aussi à conserver la tenue vestimentaire, les coutumes, la langue et le mode de vie simple et austère de leurs ancêtres.

Émigration et établissement

À cause de leurs croyances, les huttérites sont en butte à des persécutions périodiques qui conduisent inévitablement à leur émigration. Ils quittent ce qui constitue l'actuelle Tchécoslovaquie pour se rendre en Hongrie, en Roumanie, en Russie tsariste, aux États-Unis puis, enfin, au Canada.

Alors qu’aux États-Unis les huttérites sont soupçonnés en raison de leurs origines allemandes durant la Première Guerre mondiale, le gouvernement canadien leur accorde la liberté de culte et le choix de faire ou non le service militaire, pourvu qu’ils mettent en valeur de leurs terres. Les colons plus anciens réagissent fortement à cette situation, mais que la fin de la guerre atténue les hostilités. Après 1918, une cinquantaine de familles immigrent au Canada. Elles s'établissent d'abord en Alberta et au Manitoba, puis en Saskatchewan. En 1940, on recense 52 colonies huttérites au pays. Le début de la Deuxième Guerre mondiale met à nouveau fin à toute bonne volonté envers les huttérites.

On ne fait que commencer à comprendre la vraie nature des colonies huttérites, et notamment leurs maigres possessions foncières en rapport avec leur productivité et leur contribution à l'économie. Ces perceptions erronées se sont jadis traduites par diverses restrictions et mesures discriminatoires à leur endroit. Ainsi, de 1942 à 1972, une loi albertaine, The Communal Property Act, restreint la vente de terres aux huttérites.

En 1995, la population huttérite s'élève à environ 30 000 personnes en Amérique du Nord, dont plus de 66 % vivent au Manitoba, en Saskatchewan et en Alberta, le reste demeurant aux États-Unis. Et en 2011, rien qu’au Canada, la population huttérite se monte à 32 500 personnes.

Vie sociale et culturelle

Les huttérites croient que la vie en milieu rural protège leur société. L'agriculture est donc pour eux un mode de vie fondamental. Comme ils croient au regroupement communautaire, ils établissent des colonies sous forme de villages sur chacune de leurs fermes. Au Manitoba, la superficie moyenne occupée par une colonie est approximativement de 1 800 hectares (ha), alors qu'en Saskatchewan et en Alberta, en raison d'un climat plus sec, elle est d'environ 3 600 ha. En dépit de l'étendue relativement vaste de ces terres, chaque famille huttérite possède moins de la moitié de la superficie de la terre d'une ferme unifamiliale des Prairies. Une colonie moyenne se compose d'environ 13 familles, regroupant quelque 90 personnes. Lorsque la population atteint entre 125 et 150 individus, les colonies se subdivisent pour en former de nouvelles, ce qui se produit à peu près tous les 16 ans. En 1995, on compte 93 colonies au Manitoba, 54 en Saskatchewan et 138 en Alberta. En 2011, elles totalisent 345 dans l’ensemble des Prairies, ce qui équivaut à une augmentation de 21 % des colonies.

Le respect des huttérites à l'égard du noyau familial se reflète par l'existence d'appartements privés réservés à chaque famille dans les maisons en rangée qu'ils construisent conformément à leur tradition. Des services de garderie sont fournis pour les enfants à partir de deux ans ou deux ans et demi. Tous les élèves suivent le programme d'enseignement des écoles de la colonie et, depuis 1990, plusieurs y achèvent leurs études secondaires. Depuis peu, les classes d'un grand nombre de colonies disposent d'ordinateurs. Il arrive que des huttérites entreprennent des études à l'extérieur dans des disciplines données, comme la nutrition animale et la médecine vétérinaire, tandis que d'autres se dirigent vers l'enseignement. Plusieurs professeurs huttérites sont diplômés.

Les colonies huttérites ont toutes la même structure, mais leurs diverses activités économiques varient. Chaque colonie élit un conseil de direction parmi les exploitants des secteurs d'opérations et, de concert avec le ministre de la colonie, ce groupe décide des sujets importants qui seront discutés devant l'assemblée des hommes baptisés de 20 ans et plus. Les femmes ont un statut de subordonnées, mais leur influence sur maints aspects de la vie de la colonie n'en est pas moins significative. Elles assument un rôle de gestion pour la cuisine, les garderies, l'achat de tissus et d’articles de mercerie et la production potagère.

Structure économique

Même s'il existe une certaine collaboration entre les colonies, chacune d'entre elles administre une unité économique indépendante. L'économie des huttérites repose sur une exploitation agricole mixte hautement mécanisée et efficace. Par une gestion saine et une exploitation à grande échelle, et malgré le peu de terres qu'ils possèdent, les huttérites produisent plus que leur part proportionnelle de produits agricoles au sein de l'économie des Prairies. Par exemple, en 1991, les huttérites détiennent 144 920 ha ou 1,9 % des terres agricoles du Manitoba, mais ils ne forment que 9,5 % de sa population agricole. La même année, chaque colonie dispose en moyenne de 1 834 ha, ce qui correspond à 122 ha pour chacune quinzaine de familles composant la colonie. C'est à peine 40 % de plus que la moyenne des fermes manitobaines, qui se chiffre à 301 ha.

En ce qui a trait à la productivité agricole au seul Manitoba, en 1991, les huttérites possèdent plus de 25 % des pondeuses, plus du quart des dindes et quelque 35 % des porcs, malgré leurs terres relativement réduites.

Survivance du groupe

La survivance des huttérites et de leur mode de vie bien particulier découle en grande partie de leur capacité à conserver les principes fondamentaux de leur doctrine, tout en adoptant les caractéristiques d'une société moderne nécessaires à leur bien-être économique et social. Leur stratégie de survie est également marquée par l'absence de compromis quant à leurs principes religieux et à leurs coutumes, la conservation du dialecte de leurs ancêtres allemands, le maintien d'écoles distinctes et une économie agricole saine. Même si quelques jeunes quittent les colonies, la plupart y reviennent. Jusqu’à présent, l'assimilation ne constitue donc pas un problème majeur pour les huttérites. Toutefois, la technologie moderne pourrait changer cette donne en s’imposant dans leur mode de vie traditionnel et en y faisant connaître la diversité du monde extérieur.

Il n’empêche que les huttérites s’adaptent de différentes manières aux changements technologiques. Bien que certains bannissent la télévision, d’autres se permettent de la regarder tout comme d’écouter la radio. Plusieurs utilisent les téléphones cellulaires et l’Internet, en appliquant plus ou moins de restrictions à leur usage. De plus, les communications électroniques permettent aux colonies huttérites d’interagir les unes avec les autres, ouvrant ainsi la voie à un mode de vie fondamentalement différent de leurs traditions.

Voir aussi Affaire de la Communal Property Act.


Lecture supplémentaire

  • J.A. Hostetler, Hutterite Society (1974); John Ryan, The Agricultural Economy of Manitoba Hutterite Colonies (1977) and "Hutterites," Horizon Canada, vol 2, 21 (1988).

Liens externes