Souvenir du jour de la Victoire en Europe

​La victoire en Europe, annoncée le 8 mai 1945, fait l’objet à l’époque de célébrations tous azimuts auxquelles participent aussi bien ceux qui ont souffert de l’occupation nazie que ceux qui les ont libérés de cette occupation.

Jour de la Victoire, célébrations du
Le jour de la Victoire en Europe est célébré dans tout le Canada, comme ici à Ottawa, en ce 8 mai 1945 (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/PA-114440).
Le jour V en Europe, 1945
Larry Helfand, avec la permission du Projet Mémoire.
Le jour V en Europe

La victoire en Europe, annoncée le 8 mai 1945, fait l’objet à l’époque de célébrations tous azimuts auxquelles participent aussi bien ceux qui ont souffert de l’occupation nazie que ceux qui les ont libérés de cette occupation. Pour les Canadiens, l’anniversaire du jour de la Victoire est l’occasion de se souvenir de la contribution et des sacrifices énormes du pays durant la Deuxième Guerre mondiale.

Nourriture et liberté pour les Hollandais

Lorsque l’Allemagne nazie capitule sans condition le 8 mai 1945, la Première armée canadienne pousse immédiatement vers l’avant pour aller libérer les derniers territoires occupés par les Allemands dans l’Ouest des Pays-Bas, notamment les grandes villes d’Amsterdam et de Rotterdam (voir Libération des Pays-Bas). « Chaque village, chaque rue et chaque maison étaient décorés de drapeaux hollandais rouges, blancs et bleus, ainsi que de banderoles orange, relate l’état-major de la 1ère Division de l’infanterie canadienne. Les Hollandais avaient entendu des rumeurs annonçant notre arrivée. Ils s’étaient postés par milliers le long des routes et des rues pour nous offrir un accueil aussi chaleureux que bruyant. [...] Lorsque le convoi atteint les abords de la ville de Rotterdam, il perd tout semblant de convoi militaire [...] ici et là des véhicules sont immobilisés et escaladés par des civils, sous des jets de fleurs, les soldats partageant poignées de mains, accolades et même baisers ».

Privés de ressources par les occupants nazis, les Hollandais sont affamés et souffrent du froid. La Première armée canadienne leur apporte de grandes quantités de nourriture, de charbon et de produits médicaux.

Cette assistance directe constitue alors la seconde partie de la mission de secours. Depuis le 29 avril, les bombardiers quadrimoteurs du Bomber Command de la Royal Air Force, y compris le Groupe No 6 (Aviation royale canadienne), larguent du ravitaillement aux Hollandais qui sont derrière les lignes allemandes. Ces mêmes bombardiers qui ont semé la mort sur un si grand nombre de villes allemandes deviennent des secouristes volants.

« Lorsque nous avons survolé la partie occupée de la Hollande, se souvient un aviateur canadien, j’étais tellement soulagé de ne plus semer la destruction que je ne me souciais plus tellement du risque d’être pris pour cible par les batteries antiaériennes allemandes au sol. [...] Des Hollandais apparaissaient tout autour des lieux de largage, dans les arbres, sur les toits, partout, agitant des banderoles et leurs casquettes. J’en suis certain, on avait l’impression de les entendre crier leur joie ». Le 8 mai, l’armée prend le relais des tâches d’approvisionnement et les bombardiers se lancent dans une autre tâche humanitaire : le transport jusqu’en Angleterre de milliers de prisonniers canadiens et alliés libérés des camps allemands.

Tristesse et célébrations

Pour beaucoup, les souvenirs de la nuit du 8 mai restent vivides. Pour la première fois en Grande-Bretagne et dans la plus grande partie de l’Europe, les villes qui ont été maintenues chaque nuit dans l’obscurité pendant plus de cinq ans pour les protéger contre les attaques aériennes sont tout d’un coup brillamment éclairées. Mary Buch, membre de l’Aviation royale canadienne (Division des femmes), qui était stationnée en Écosse à ce moment-là, se souvient : « Le château d’Édimbourg était inondé de lumière pour la première fois depuis 1939. Pour nous, ce spectacle éblouissant symbolisait parfaitement la fin définitive de la guerre ».

Le spectacle est le même en mer. Les convois de l’Atlantique Nord, qui rassemblent des navires marchands sous la protection de navires de guerre canadiens, s’illuminent soudainement comme des arbres de Noël et arborent leurs feux de position après plus de cinq années de navigation dangereuse dans la noirceur.

Pour un grand nombre d’hommes et de femmes au sein des forces canadiennes, le jour de la Victoire en Europe reste néanmoins un non-événement. Trop souvent, lors d’atroces combats, les forces allemandes, apparemment irrémédiablement battues, s’étaient habilement regroupées et avaient repris le combat de plus belle. « Le colonel, écrit un artilleur dans son journal à la page du 9 mai (le lendemain du jour de la Victoire), commence à lire les noms de nos 36 camarades morts au combat ». Il a les larmes aux yeux. Il défaille et passe alors la liste à l’adjudant qui replie calmement la feuille de papier [...] et déclare posément : « Ce n’est pas la peine. Ils étaient tous nos camarades. Nous nous souvenons ».

Puissance militaire après-guerre

Une fois la guerre terminée, les soldats canadiens ne pensent plus qu’à leur foyer et rares sont ceux qui commentent le rôle remarquable joué par leur pays en Europe. Les 200 000 hommes et femmes de la Première armée canadienne étaient « éparpillés dans le Nord de l’Europe, de Brême (en Allemagne) à Dunkerque », en France, et partout à travers les Pays-Bas. C’était une force remarquable, très mécanisée, dont la puissance de frappe comprenait plus d’un millier de pièces d’artillerie, plus de mille chars d’assaut et 39 bataillons d’infanterie, chacun comptant 800 fusiliers équipés de mortiers, de mitrailleuses lourdes et de tout un arsenal d’armes portatives.

Ces forces étaient appuyées par 19 escadrons de chasseurs de l’Aviation royale canadienne et de chasseurs bombardiers — une force de plus de 300 avions de reconnaissance et de frappe rapide — qui effectuaient des missions à partir des terrains d’aviation de tout le Nord-Ouest de l’Europe. En Grande-Bretagne, il y avait 21 autres escadrons de l’Aviation royale canadienne, y compris les 15 escadrons du Groupe No 6, chacun comptant 20 bombardiers quadrimoteurs lourds. Les 250 navires de guerre de la Marine royale canadienne et plusieurs navires de moindre dimension jouaient des rôles multiples — dragage des mines, transport des troupes et escorte de convoi — de la Méditerranée jusqu’à l’océan Arctique et partout dans l’Atlantique. La marine marchande canadienne, elle, comptait plus de 200 navires de mer en opération partout dans le monde.

Au total, 500 000 membres du personnel de l’armée, de la marine et de l’aviation canadiennes ont servi en Grande-Bretagne et en Europe au cours de la Deuxième Guerre mondiale. Au moins 100 000 autres militaires ont servi à Terre-Neuve (qui ne faisait pas encore partie de la Confédération) ainsi que dans l’Est du Canada. Ils opéraient les avions, les navires de guerre et les bases qui formaient le terminus nord-américain des lignes de ravitaillement de l’Atlantique. Cette chaîne logistique alimentait la guerre contre l’Allemagne nazie au moyen de troupes, d’armes, de véhicules, de nourriture et de ressources industrielles.

Contribution du Canada à la victoire

Les forces canadiennes ont joué un rôle décisif à chaque étape de la guerre contre l’Allemagne nazie et son allié fasciste, l’Italie. La première étape a consisté à sécuriser le transport commercial maritime dans l’Atlantique contre la flottille de sous-marins allemands. Les cargaisons transportées par les navires marchands étaient essentielles à la survie de la Grande-Bretagne et à la mise en place d’une force de frappe suffisante pour répliquer contre l’ennemi. Les navires de guerre canadiens ont assuré près de la moitié des escortes des convois de navires marchands, et les avions canadiens se sont chargés du tiers de la protection aérienne vitale pour ces précieux navires. Les navires de guerre et les avions canadiens ont détruit 50 sous-marins ennemis.

Les équipages d’aéronefs canadiens représentaient le quart de la force de combat de la Royal Air Force de la Grande-Bretagne. Ces membres de l’Aviation royale du Canada, dont la moitié était répartie sur 47 escadrons canadiens et l’autre moitié sur plusieurs unités britanniques, ont joué un rôle proéminent dans tous les aspects des combats aériens, en particulier lors des bombardements offensifs qui ont détruit plusieurs villes allemandes.

Des formations de l’armée canadienne sont restées mobilisées en Grande-Bretagne de 1940 à 1941 alors que l’armée britannique était en difficulté, rendant possible une invasion allemande. De 1943 jusqu’au début de 1945, des formations de l’armée canadienne ont joué un rôle majeur dans l’invasion de l’Italie et dans la libération de ce pays des puissantes forces d’occupation allemandes.

Les batailles menées en mer, dans les airs et en Italie ont toutes constitué des phases préliminaires à l’invasion, le 6 juin 1944 en Normandie, de la France alors occupée par les Allemands. La 3e Division de l’infanterie canadienne (voir Juno Beach) était l’une de cinq divisions d’assaut alliées qui ont débarqué ce jour-là; il s’agissait de l’invasion amphibie la plus massive de l’histoire. Une centaine de navires de guerre canadiens ont transporté les troupes, protégé la flottille d’invasion et couvert de leurs tirs les soldats débarqués sur les plages. Des centaines de bombardiers et de chasseurs canadiens ont traqué les sous-marins allemands en mer et assailli sans relâche les défenses allemandes sur terre. Au cours des terribles batailles qui ont eu lieu en Normandie, qui se sont poursuivies jusqu’à la fin du mois d’août 1944 et qui se sont soldées par 400 000 soldats allemands tués, blessés ou faits prisonniers, la Première Armée canadienne a dû faire face à une redoutable opposition et a subi quelques-unes des pertes les plus lourdes parmi les forces alliées.

En octobre et novembre 1944, les Canadiens s’engagent à nouveau dans un combat rude et incessant, cette fois-ci dans des conditions très difficiles d’humidité et de froid. Ils écrasent les défenses solidement fortifiées des Allemands le long de l’Escaut, ouvrant ainsi le grand port belge d’Anvers, une étape clé de l’approvisionnement des vastes armées de libération des alliés. Cette importante victoire canadienne était cruciale pour assurer le succès des dernières offensives alliées au début de 1945. Les Canadiens ont joué un rôle de premier plan lors de ces offensives, poussant vers l’avant de février à avril 1945. Ils ont ainsi été amenés à traverser plusieurs rivières fortifiées des Pays-Bas et de l’Allemagne de l’Ouest, combattant un ennemi qui n’a montré que peu de signes de défaillance jusqu’aux tout derniers jours.

Miracle de la mobilisation

Les réussites militaires du Canada sont d’autant plus remarquables que les forces ont été organisées très rapidement et à partir de maigres ressources. Lorsque la guerre éclate en septembre 1939, on compte en effet moins de 10 000 marins, soldats et aviateurs professionnels à temps plein. Les forces réservistes, constituées de citoyens qui participent à quelques semaines d’entraînement chaque année, comptent alors moins de 60 000 personnes. L’équipement moderne est par ailleurs très rare. Le gouvernement, qui fait encore face aux désastreuses conséquences économiques de la Crise des années 1930, prévoit de déployer un effort reflétant une « responsabilité limitée ». Le Canada doit se concentrer sur la défense du pays et n’envoyer que des forces réduites outremer. En fait, les agents du ministère des Finances doutent que le pays puisse financer un tel effort, si modeste soit-il.

Ce plan est modifié en mai et juin 1940 lorsque la France, le principal allié de la Grande-Bretagne que l’on croyait être la plus grande puissance militaire en Europe, s’effondre sous des attaques éclairs allemandes soutenues par des chars d’assaut et des avions. Le Canada est du jour au lendemain en position d’allié le plus puissant de la Grande-Bretagne (l’Union soviétique n’entrera en guerre contre l’Allemagne qu’en juin 1941, et les États-Unis, en décembre de la même année). En 1940, le Canada entame de son propre gré et dans l’urgence une mobilisation exhaustive pour aider au sauvetage de la Grande-Bretagne, mais ce départ est tardif. L’effort de mobilisation réussit néanmoins, et chose unique parmi les principales nations combattantes, la grande majorité des soldats enrôlés sont des volontaires. Les forces canadiennes outremer étaient vraiment des forces civiles, composées presque entièrement de gens ordinaires qui ont combattu la tyrannie et préservé la démocratie au péril de leur vie.

Sacrifice

Ces citoyens ont payé un très lourd tribut. Au total, 42 000 militaires du Canada, femmes et hommes, ont sacrifié leur vie au cours de la Deuxième Guerre mondiale, presque tous sur les théâtres opérationnels de l’Atlantique et de l’Europe : 22 917 dans l’armée, 17 101 dans l’aviation, et 2 024 dans la marine. Cinquante-quatre mille autres ont été blessés. Sur le demi-million de Canadiens qui sont partis servir en Europe, presque un sur dix est mort ou a été blessé. La marine marchande, composée uniquement de volontaires civils qui ne faisaient pas partie des forces armées, a subi des pertes relatives encore plus élevées. Plus de 1 600 marins canadiens et terre-neuviens sont morts, soit un bon 10 % de ceux qui ont participé à l’effort de guerre.

Dans l’allocution qu’il prononce le jour de la Victoire en Europe, le général H.D.G. Crerar, commandant de la Première Armée canadienne, avoue son sentiment d’humilité face à l’effort déployé par ses forces : « Si le Canada parvient, en temps de paix, à puiser dans le magnifique potentiel de ses citoyens [...] [son] avenir ne connaît aucune limite ».


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