L'élan canadien vers le maintien de la paix

En 1956, lors de la crise du canal de Suez, L.B. Pearson créa la Force de maintien de la paix des Nations Unies...



En 1956, lors de la crise du canal de Suez, L.B. Pearson créa la Force de maintien de la paix des Nations Unies. C'est avec le soutien d'autres personnes que le ministre des Affaires étrangères du Canada accomplit put l'accomplir, même si l'évolution selon laquelle le maintien de la paix évolua, ne fut pas exactement conforme à sa vision. Toutefois, la Force d'urgence des Nations Unies (FUNU) qui fut instaurée à cause de ses efforts diplomatiques convaincants, établit un précédent et un modèle à conserver.

Au cours de ce demi-siècle et depuis la crise du canal de Suez, le Canada a participé à des douzaines de missions menées par l'Organisation des Nations Unies (ONU) et d'autres institutions internationales. Des dizaines de milliers de membres des Forces armées canadiennes du maintien de la paix (Casques bleus) ont été dépêchés un peu partout dans le monde. Même à l'heure actuelle, alors que les Forces canadiennes (FC) sont beaucoup plus souvent obligées de se battre pour obtenir la paix plutôt que de s'exercer à la maintenir, les Canadiens se perçoivent encore comme des gardiens de la paix.

Un soldat canadien monte la garde à un avant-poste de l'ONU dans la région de Suez au début des années 1960 (avec la permission des Forces canadiennes/MND).

Pearson reçut le prix Nobel de la paix pour le FUNU, et la Force d'urgence des Nations Unies fut menée par E. L. M. Burns, un général canadien. Sa présence posée, alors qu'il devait se transformer en funambule dans ses démarches entre les Arabes et les Israélites, en fit un sujet habituel des bulletins de nouvelles quotidiens en fin de soirée. Les Canadiens en vinrent à croire que leur vocation unique était celle du maintien de la paix.

Suite au FUNU vinrent deux autres très importantes opérations de maintien de la paix au début des années 1960 : l'une au Congo et l'autre à Chypre. Le Canada contribua de façon généreuse aux deux, de sorte qu'en 1964, on comptait 2 600 Casques bleus participant à des opérations onusiennes. Le ministère de la Défense nationale, dans son énoncé de politique cette même année, reconnut officiellement l'expertise croissante du Canada.

Sans les fermes mandats et les canaux officiels pouvant mener à une solution diplomatique que Pearson avait cherché à obtenir, le maintien de la paix risquait d'être une opération pénible. La situation au Congo était controversée parce que les Casques bleus se retrouvaient au beau milieu d'un conflit fratricide sanglant. À Chypre, ce fut un succès, mais quand même limité. L'âpre différend entre les Chypriotes turcs et grecs était dans une impasse. Même s'il n'y avait pas de risque que la situation dégénère sur-le-champ, il n'y avait pas non plus de solution à l'horizon. En 1967, après que les Canadiens eurent dépensé 64 millions de dollars sur le FUNU, l'Égypte chassa les Casques bleus dans ce qui s'avéra un prélude à la Guerre des Six Jours.

Le premier ministre Pierre-Elliott Trudeau, en pensant d'abord au Canada et non au reste du monde, tira des conclusions pessimistes au sujet du progrès chaotique des efforts du maintien de la paix. Il fit savoir sans équivoque qu'à l'avenir, il insisterait sur des termes de référence beaucoup plus corsés ainsi qu'une « garantie de succès ».

Cependant,il était déjà trop tard. Le maintien de la paix était devenu une pulsion canadienne irrésistible. Lorsqu'une occasion se présenta de participer à une deuxième opération du FUNU, Trudeau embrassa d'enthousiasme le mouvement généralisé.

Le public et Les fonctionnaires voyaient alors le maintien de la paix comme une contribution morale et constructive au maintien de l'ordre international, une suite naturelle au désir du Canada de l'après Deuxième Guerre mondiale, de s'impliquer dansle monde. Fait paradoxal, le maintien de la paix servit à différencier les Canadiens des Américains, tout en aidant les Américains à contenir les conflits régionaux qui auraient pu exacerber la guerre froide. Chaque sondage et chaque débat parlementaire démontrèrent que tous les partis politiques, à l'étendue du pays, appuyaient le maintien de la paix.

Ce maintien était bien vu tant du point de vue politique que de celui des politiques gouvernementales. Ottawa participa à toutes les missions du maintien de la paix à partir du Canal de Suez jusqu'à la fin des années 1980. À ce moment-là, l'Union soviétique ainsi que la longue guerre froide agonisaient. Pendant un certain temps, tous les espoirs étaient permis. Puis, soudainement, ce qui avait semblé être un nouvel ordre international s'écroula en mille miettes.

Le maintien de la paix apparut comme étant encore plus pertinent qu'auparavant; il revêtit même plusieurs visages durant les années 1990 : la supervision des élections; les déploiements préventifs; la mise en application des accords de paix; des mandats humanitaires et des droits de la personne; la construction de nations, comprenant des considérations civiles comme la formation des forces policières; et même, la mise en application des résolutions du Conseil de sécurité.

Les experts parlaient dorénavant d'une « deuxième génération » du maintien de la paix; la distinction étant entre le genre d'activités traditionnelles du FUNU, comprenant habituellement la supervision des arrangements établis entre états consentants, et les opérations innovatrices et potentiellement très intrusives qui n'auraient pas toujours l'appui des parties sur le terrain. De plus en plus, avec un accent croissant mis sur la construction des nations, ainsi que des règles de participation plus corsées, le maintien de la paix prit des allures plus communément reliées à des mesures anti-insurrectionnelles et à des conflits de faible intensité.

Au maintien de la paix, l'on avait ajouté un maintien de la paix majoré.

Le Canada était passé maître dans la pratique de ce vieil art, et le gouvernement s'appropria également le maintien de la paix majoré. Le premier ministre Brian Mulroney embrassa la responsabilité de protéger les plus démunis du monde et ce bien longtemps avant que cela ne figure au cœur de la politique internationale de Paul Martin.

Au début de 1993, le personnel des Forces armées canadiennes dépêchées au maintien de la paix partout dans le monde s'élevait à 4700 personnes. Trente ans auparavant, à l'époque bénie des importantes forces du maintien de la paix, le Canada avait dépêché beaucoup moins de Casques bleus tout en jouissant d'une force armée beaucoup plus nombreuse.

Les budgets gouvernementaux racontaient deux histoires. Les dépenses du pays pour le maintien de la paix, un terme élastique qui commençait à devenir à la mode, se gonflèrent comme un ballon. Simultanément, toutefois, la fin de la guerre froide avait engendré des coupures à la défense se chiffrant à des milliards de dollars, ce qui mena à des forces militaires canadiennes plus petites, rétrécies, précisément au moment où la cadence de participation des Forces canadiennes aux opérations du maintien de la paix s'accélérait.

Durant la décennie du mandant de Jean Chrétien, soit de 1993 à 2003, le Canada participa à plus de 40 opérations du maintien de la paix allant des missions dispendieuses de deuxième génération aux opérations d'appui humanitaire moins dispendieuses s'étendant de l'Europe jusqu'en Afrique et en Amérique centrale.

Certaines des images de ces engagements des Forces armées canadiennes étaient troublantes, et pire que cela, elles démontraient qu'il n'y avait aucune règle ni aucune garantie dans les nouveaux efforts du maintien de la paix : un adolescent somalien, Shidane Arone, torturé et battu à mort par des membres des FC; un Roméo Dallaire angoissé, incapable de prévenir le génocide au Rwanda; le capitaine Pat Rechner de la Princess Patricia's Canadian Light Infantry, menotté et pris en otage par les Serbes en Bosnie.

Rien de tout cela ne freina l'enthousiasme du gouvernement canadien. Rien de tout cela ne diminua l'appui généralisé que le public vouait à ses forces du maintien de la paix, bien que la population soit préoccupée par le danger que couraient les soldats. Tel que Chrétien aimait à le répéter : le maintien de la paix était la réponse automatique des Canadiens à une crise internationale.

Les dangers et les défis étaient tels, toutefois, que la tendance s'éloigna du maintien de la paix par l'ONU et se tourna plutôt vers l'utilisation de coalitions de partenaires consentants et d'organisations régionales telle l'Organisation du Traité de l'Atlantique Nord (OTAN). La tendance était aussi à une participation réduite au maintien de la paix de l'ONU par les participants traditionnels, tel le Canada, tandis que le monde en développement en faisait plus.

Mais ceci ne veut pas dire que le Canada en faisait moins au niveau de la paix. À la fin de 2003, les membres du personnel des FC participant à des opérations internationales se chiffraient à 3345, dont la vaste majorité participaient à des opérations de l'OTAN dans les pays de la péninsule des Balkans et en Afghanistan. Quatorze pour cent de l'armée étaient déployés sur la scène internationale, ce qui mettait le Canada au 2e rang des membres de l'OTAN, dépassé uniquement par les États-Unis.

Pendant longtemps, beaucoup trop peut-être, le Canada a été mesquin par rapport à ses efforts de maintien de la paix, tout en courant peu de risques et en méritant beaucoup de glorioles. Le monde a changé, tout comme les genres de missions auxquelles les forces militaires participent à l'étranger. Cependant, il est difficile de convaincre les Canadiens que leurs Forces armées ne sont pas, avant tout, des forces de maintien de la paix.

Elles ne l'ont jamais été. Un maintien de la paix efficace est le sous-produit d'un personnel militaire hautement qualifié et bien formé, prêt à toute éventualité. Dans un pays traînant toujours de la patte lorsqu'il est question d'appuyer ses forces armées, cela a toujours été l'aspect du maintien de la paix le plus facilement oublié.


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