Les Clôtures à Caribous du Nord du Yukon

 Construit de rondins près de la Limite forestière; chaque complexe de clôture formait un piège ou corral étroit en forme de U, qui mesurait environ 300 m de long par 15 m de large.

Clôtures à caribous à Black Fox
L'une des trois clôtures à caribous située dans la région de Black Fox Creek, dans le Yukon (avec la permission de Raymond Le Blanc).
Caribou mâle
Le Caribou est le seul cervidé dont les mâles et les femelles possèdent des bois, bien que ceux de la femelle soient plus petits (Corels Professional Photos).

Pendant des milliers d'années, le caribou a été une ressource vitale pour les gens vivant dans les régions nordiques. Il leur fournissait la plus grande partie de leur nourriture; des peaux pour la confection de vêtements, de chaussures et de couvertures pour les tentes; des lanières de cuir; des tendons qui servaient de fil pour la couture; et du bois et de l'andouiller pour fabriquer divers types d'outils. Étant donné l'importance capitale du caribou pour les Gwich'in du nord du Yukon et de l'Alaska, ceux-ci ont développé différentes techniques pour le chasser (voir Chasse au caribou). La plus sophistiquée au niveau technologique est le complexe de la clôture à caribous. Des dizaines de ces complexes ont été étudiés par les archéologues dans le nord du Yukon, et près de 40 autres ont été répertoriés en Alaska. Les plus vieilles clôtures qui survivent encore datent du début des années 1800, mais l'histoire orale suggère qu'elles auraient été utilisées depuis des milliers d'années. Leur usage cessa autour de 1910.

Construit de rondins près de la Limite forestière; chaque complexe de clôture formait un piège ou corral étroit en forme de U, qui mesurait environ 300 m de long par 15 m de large. Ce corral ouvrait d'un côté sur deux clôtures; celles-ci formaient un entonnoir de plus de 10 km de long qui convergeait vers le corral. Faites de bois flotté, ces clôtures étaient utilisées pour diriger de petits troupeaux de caribous vers le corral, où les animaux étaient attrapés dans des collets. Il pouvait y avoir plus de 100 collets, faits de lanières de cuir nouées et suspendus à une solide charpente d'environ 1.5 m de haut par 2 m de long. Ces séries de pièges s'étendaient à partir des murs du corral, qui pouvaient mesurer jusqu'à 2 m de hauteur et étaient construits solidement afin de résister à la force des animaux paniqués. Les clôtures de bois flotté étaient également construites très solidement près du corral, mais devenaient plus frêles au fur et à mesure qu'elles s'en éloignaient. Dans la tundra à ciel ouvert ou sur les crêtes dénudées, les chasseurs utilisaient une rangée de tripodes bas ou de perches, avec une « tête » de mousse sur le dessus. Même si elles étaient espacées de 5 à 10 m, les caribous tentaient d'éviter ces rangées de figures qui ressemblent à des humains, en les longeant plutôt qu'en essayant de les traverser.

La construction et l'opération d'un complexe de clôture nécessitaient plusieurs familles, incluant peut-être entre 15 et 40 individus. Ceux-ci travaillaient généralement sous la direction d'un propriétaire de clôture qui partageait le produit de la chasse. Les propriétaires étaient des chefs reconnus, respectés pour leurs divers talents, dont celui de chasseur. Pendant l'opération, la clôture était ingénieusement positionnée pour intercepter les mouvements des troupeaux de caribous. Elles traversaient souvent des crêtes rocheuses, que les caribous aiment suivre alors qu'ils se déplacent d'un endroit à l'autre. Les femmes et les enfants étaient stratégiquement placés près de ces points de traverse pour effrayer les animaux et les amener vers le corral. Une fois qu'ils y étaient, les caribous pris dans des collets étaient achevés à la lance par les chasseurs, puis emmenés pour le dépeçage dans des tentes appelées shya, qui ressemblent à des tipis. Les familles vivaient dans des villages ou « camps de viande » situés à environ un kilomètre du corral. Elles y installaient leurs tentes et entreposaient leurs surplus de viande et leur équipement dans des caches surélevées, afin de les protéger des ours ou des carcajous maraudeurs.