Marie Gérin-Lajoie, née Lacoste

Marie Gérin-Lajoie (née Lacoste) auteure, éducatrice, militante sociale, fondatrice de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste (née le 19 octobre 1867 à Montréal, au Québec; décédée le 1er novembre 1945 à Montréal).

Marie Gérin-Lajoie (née Lacoste) vers 1895.
\r\nMilitante pour le droit de vote des femmes, cofondatrice de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste en 1907 et présidente de 1913 à 1933. (Bibliothèque et Archives nationales du Québec, P155,S1,SS2,D34,P1).\r\n
Marie Gérin-Lajoie (née Lacoste) vers 1915.
\r\nMilitante pour le droit de vote des femmes, cofondatrice de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste en 1907 et présidente de 1913 à 1933.\r\n(Bibliothèque et Archives nationales du Québec, P155,S1,SS2,D34,P8)
Lady Lacoste (Marie-Louise Globensky) entourée de ses filles
De gauche à droite: Yvonne, Thaïs, Blanche, Lady Lacoste, Jeanne, Marie, Berthe et Justine, 1907 (Photo par Dupras & Colas, Bibliothèque et Archives nationales du Québec,\r\nP783, S2, SS9)
Marie Gérin-Lajoie (née Lacoste) en 1928.
Militante pour le droit de vote des femmes, cofondatrice de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste en 1907 et présidente de 1913 à 1933. (Bibliothèque et Archives nationales du Québec, P155,S1,SS2,D34,P11).

Marie Gérin-Lajoie (née Lacoste) auteure, éducatrice, militante sociale, fondatrice de la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste (née le 19 octobre 1867 à Montréal, au Québec; décédée le 1er novembre 1945 à Montréal). Issue d’une famille montréalaise appartenant à l’élite francophone catholique, Marie Gérin-Lajoie a milité pour l’amélioration du statut de la femme, y compris le droit de vote. À travers ses écrits et ses conférences publiques, elle a travaillé pour s’assurer que toutes les femmes du Québec comprennent leurs droits et leurs devoirs dans ce qu’elle appelait le « droit usuel », soit la loi de la vie quotidienne.

Jeunesse, formation et mariage

Marie Lacoste et ses 9 frères et sœurs grandissent dans le confort privilégié rendu possible par leur père, Alexandre Lacoste, avocat, professeur de droit, politicien et juriste réputé ayant été fait chevalier commandeur du très distingué ordre de Saint-Michel et Saint-Georges en 1892. Lorsque Marie Lacoste termine ses études au Couvent d’Hochelaga à 15 ans, aucune des universités francophones catholiques du Québec n’ouvre ses portes aux femmes. Elle se lance donc dans un projet d’autoapprentissage en tirant parti de la vaste bibliothèque de son père (voir Histoire de l'éducation).

En 1887, elle épouse Henri Gérin-Lajoie, alors jeune associé du cabinet d’avocats de son père. Son beau-père, Antoine Gérin-Lajoie, auteur de la célèbre chanson Un Canadien errant et du roman Jean Rivard, le défricheur, écrit des textes juridiques destinés au grand public. Henri Gérin-Lajoie est rédacteur juridique et pratique le droit. Sa grande bibliothèque appuie le désir de sa femme de s’éduquer en droit et de partager ses connaissances avec les autres. Lorsqu’il meurt dans un accident, en 1936, Marie Gérin-Lajoie se réfugie à l’Institut Notre-Dame du Bon-Conseil, maison-mère d’une communauté religieuse fondée par sœur Marie-Josephine Gérin-Lajoie, sa fille aînée, au cours de la décennie précédente. Elle demeure à l’Institut jusqu’à sa mort.

Marie Gérin-Lajoie et sa mère Marie Gérin-Lajoie (née Lacoste)
Photographie prise le jour de l'érection canonique de l'Institut Notre-Dame du Bon-Conseil de Montréal, 26 avril 1923 (Bibliothèque et Archives nationales du Québec, P783, S2, SS9).
Marie-Joséphine Gérin-Lajoie
Première Canadienne française à décrocher un baccalauréat ès arts (1911), elle est la fondatrice de l'Institut Notre-Dame-du-Bon-Conseil. (Bibliothèque et Archives nationales du Québec, P155,S1,SS2,D34,P10).

Faits saillants en carrière

Pour Marie Gérin-Lajoie, le foyer qu’elle fonde avec Henri sert de cadre pour élever leurs quatre enfants, et nourrir son engagement d’action sociale et celui de ses enfants, qui consiste à servir Dieu en faisant la promotion de la justice, tout particulièrement pour les femmes. Sa vision de la justice sociale ressemble beaucoup au féminisme maternel et au « social gospel » des Anglo-Canadiens (voir Mouvement des femmes). Elle se trouve toutefois au Québec, dont la loi familiale distincte considère l’unité familiale comme une communauté dirigée par le mari, qui est responsable de prendre les décisions pour le bien-être de toute la communauté et de gérer la propriété de la famille à cette fin. Sans s’opposer à la hiérarchie inhérente à cette vision, Marie Gérin-Lajoie ne l’accepte pas sans critiques. Lorsque Québec met sur pied la Commission des droits civils de la femme, présidée par C.-E. Dorion (1929), elle milite avec succès en faveur d’une modification du Code civil du Québec. Adoptée en 1931, elle donne aux femmes qui travaillent le contrôle légal de leur paie (voir Femmes et loi).

Marie Gérin-Lajoie a la mission de s’assurer que les femmes comprennent le régime juridique qui gouverne leur vie en tant qu’épouses, mères et travailleuses. Sa campagne pour persuader les autorités responsables du système scolaire d’inclure une formation sur le droit dans le programme d'études obligatoire échoue. Toutefois, bon nombre d’enseignantes et leurs élèves connaissent le droit grâce à son Traité de droit usuel, publié pour la première fois en 1902, puis publié en anglais l’année suivante sous le titre A Treatise on Everyday Law. Elle publie trois nouvelles éditions du livre au cours des trois décennies qui suivent, et les distribue à grande échelle auprès des écoles, des dirigeants politiques et des groupes de femmes. Elle donne aussi des conférences sur le droit auprès du grand public, ainsi qu’en milieu scolaire : dans les écoles, les écoles d’enseignement et les universités.

Croyant à l’importance de l’éducation pour les filles et appuyant fortement l’accès des femmes à l’enseignement supérieur, elle participe, en 1908, à la fondation de l’École d’enseignement supérieur. Le premier collège classique pour filles est dirigé par les sœurs de la Congrégation de Notre-Dame, à Montréal, et est affilié à l’Université Laval, à Montréal (qui deviendra l’Université de Montréal). En 1911, sa fille, Marie-Joséphine, est diplômée de l’école et devient la première femme canadienne-française à obtenir un baccalauréat en arts au Québec.

En 1907, Marie Gérin-Lajoie met sur pied la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste en compagnie de Caroline Dessaulles-Béique. Il s’agit d’un organisme-cadre qui représente des organisations et associations professionnelles féminines francophones et catholiques dont la devise est « Vers la justice par la charité ». Elle dirige l’organisme au cours des 20 années qui suivent. Dans La bonne parole, publication mensuelle de l’organisme, elle renseigne les femmes sur leurs droits et devoirs, et milite pour des réformes juridiques qui profiteraient aux femmes, notamment l’admission des femmes à la pratique du droit, l’amélioration des conditions de travail des travailleuses domestiques, l’augmentation du pouvoir des femmes dans le processus décisionnel familial et une plus grande protection des femmes dans les cas où leur mari décède sans laisser de testament.

Marie Gérin-Lajoie et la Fédération sont parmi les premières à militer pour le droit de vote des femmes aux élections provinciales. En 1921, Marie Gérin-Lajoie se joint à Anna Marks Lyman, présidente de la section montréalaise du Conseil national des femmes du Canada, pour mettre sur pied le Comité provincial pour le suffrage féminin (voir Droit de vote des femmes). L’année suivante, le Comité conduit une forte délégation à Québec pour appuyer un projet de loi donnant aux femmes le droit de vote. Le projet de loi ne franchit pas l’étape de la première lecture. Marie Gérin-Lajoie abandonne son poste à la tête de la section francophone du Comité provincial pour le suffrage féminin afin de protéger la Fédération des représailles de la hiérarchie catholique qui s’oppose au droit de vote des femmes.

Héritage

Aujourd’hui, Marie Gérin-Lajoie est reconnue comme l’une des premières féministes. À travers le droit et l’éducation juridique des femmes, elle a fait la promotion des valeurs de justice, de charité et du devoir, qu’elle croyait nécessaires au maintien de l’institution de base du Québec, la famille. À la base de son militantisme social se trouvait la croyance que les femmes devaient avoir l’éducation et l’autorité nécessaires pour remplir pleinement leur rôle d’épouses, de mères et de gardiennes de la morale au sein de la famille et dans la société.

Une salle de concert et de conférence de l’École supérieure de théâtre de l’Université du Québec à Montréal (UQÀM) est nommée en l’honneur de Marie Gérin-Lajoie en reconnaissance de son rôle dans la lutte pour l’égalité des droits des femmes au Québec, en particulier les droits civils et politiques, ainsi que pour l’égalité d’accès à l’éducation, aux professions et au milieu du travail. En 2012, le Monument en hommage aux femmes en politique est érigé près de l’Assemblée nationale du Québec en l’honneur de Marie Gérin-Lajoie, ainsi que d’Idola Saint-Jean, de Thérèse Casgrain et de Marie-Claire Kirkland-Casgrain.


Lecture supplémentaire

  • Denyse Baillargeon, Brève histoire des femmes au Québec (Boréal, 2012).

    Micheline Dumont, Le féminisme québécois raconté à Camille (Remue-ménage, 2012).

    Karine Hébert, "Une organisation maternaliste au Québec: la Fédération nationale Saint-Jean-Baptiste et la bataille pour le vote des femmes," Revue d’histoire de l’Amérique française, vol. 52, no. 3 (1999): 315–44.

    Hélène Pelletier-Baillargeon, Marie Gérin-Lajoie: De mère en fille, la cause des femmes (Boréal Express, 1985).

    Anne-Marie Sicotte, Marie Gérin-Lajoie, Conquérante de la liberté (Remue-ménage, 2005) et "Lacoste, Marie (Gérin-Lajoie)," dans le Dictionnaire biographique du Canada, vol. 17 (Université de Toronto/Université Laval, 2011).

Liens externes