Marrons de la Nouvelle-Écosse

​Les ancêtres des Marrons de la Jamaïque sont des Africains réduits en esclavage, déportés par les Espagnols au cours des XVIe et XVIIe siècles et plus tard par les Britanniques (qui ont pris la Jamaïque à l’Espagne en 1655), pour les faire travailler dans les lucratives plantations de sucre.

Les ancêtres des Marrons de la Jamaïque sont des Africains réduits en esclavage, déportés par les Espagnols au cours des XVIe et XVIIe siècles et plus tard par les Britanniques (qui ont pris la Jamaïque à l’Espagne en 1655), pour les faire travailler dans les lucratives plantations de sucre. Le mot « marron » est largement employé pour nommer un fugitif, et « marronnage » désigne l’acte de fuir l’esclavage, de façon permanente ou temporaire. Après une série d’affrontements avec le gouvernement colonial en Jamaïque, un groupe de Marrons est exilé en Nouvelle-Écosse en 1796. Bien que les communautés de Marrons n’aient vécu en Nouvelle-Écosse que pendant quatre ans avant d’être envoyées à la Sierra Leone, leur héritage subsiste encore au Canada.

Les Marrons de la Nouvelle-Écosse
Leonard Parkinson, capitaine des Marrons de la Jamaïque.
Wentworth, sir John
Sir John Wentworth, gouverneur de la Nouvelle-Écosse et promoteur actif du renforcement de l'autorité de Halifax sur la province (avec la permission du gouvernement de la Nouvelle-Écosse).
19952190 \u00a9 Phil Mcdonald | Dreamstime.com
Citadelle d
Vue aérienne de la Citadelle d'Halifax (avec la permission de Masterfile, Sherman Hines).

Marrons de la Jamaïque

Les Marrons se battent pour préserver leur liberté en Jamaïque, où ils établissent plusieurs communautés indépendantes dès le milieu du XVIIe siècle. En 1738-1739, après 84 ans d’affrontements presque continus, les premières guerres des Marrons prennent fin et un traité de paix est négocié avec les Britanniques. En temps de paix, paradoxalement, les Marrons se révèlent des alliés utiles pour les planteurs anglais : ils rattrapent les esclaves enfuis et se portent volontaires pour étouffer les occasionnelles révoltes.

En 1795, les habitants de Trelawny Town, l’une des cinq grandes communautés de Marrons en Jamaïque, sont à l’origine d’un soulèvement, qui deviendra la dernière guerre des Marrons. Les relations entre le gouvernement et les communautés de Marrons dépendent bien souvent des rapports qu’entretiennent leurs chefs avec les représentants du gouvernement. À Trelawny Town, les relations se gâtent, ajoutant à des frustrations déjà accumulées : ils chassent le superintendant, désertent leur communauté et ouvrent les hostilités.

À l’abri dans leurs repaires de Cockpit Country, au centre de la Jamaïque, les Marrons de Trelawny Town se lancent dans une guérilla contre les forces gouvernementales, en plus de piller les plantations de la région. Malgré qu’ils soient menés par des chefs compétents, tels que Montague James, Leonard Parkinson et James Palmer, les Marrons de Trelawny Town n’en sortent pas vainqueurs. Les autres communautés de Marrons ne se joignent pas à leur révolte : leurs réserves s’amenuisent et les maladies commencent à se répandre dans leurs rangs, sans compter qu’ils ont à leur disposition moins d’hommes et moins d’artillerie que les forces gouvernementales, menées par le général George Walpole. Les Marrons acceptent la trêve le 21 décembre 1795. En mars 1796, le conflit a entièrement pris fin.

Sous prétexte que les termes du traité n’ont pas été entièrement respectés, le gouvernement de Jamaïque décide d’exiler les Marrons de Trelawny Town. La Marine britannique a par hasard au même moment des bateaux de transport presque vides, dont la protection est assurée, qui doivent quitter la Jamaïque. Les autorités jamaïcaines hésitent entre plusieurs destinations pour les Marrons exilés. Le port britannique le plus proche selon le trajet des bateaux transporteurs sera celui de Halifax, qui est alors depuis 47 ans la capitale de la colonie de Nouvelle-Écosse. Ainsi, sans consulter au préalable le gouverneur sir John Wentworth ou son administration (voir Conseil des Douze), ils décident qu’Halifax sera au moins la destination temporaire des Marrons. La Jamaïque leur octroie la somme de 25 000 £ pour leurs dépenses, en plus de les faire accompagner d’officiers de l’administration et d’un médecin.

Arrivée à Halifax, Nouvelle-Écosse

En juillet 1796, le Dover, le Mary et le Ann débarquent dans le port d’Halifax avec à bord entre 550 et 600 hommes, femmes et enfants marrons. Leur avenir est désormais entre les mains du gouvernement de la Nouvelle-Écosse. Le prince Edward Augustus (qui deviendra plus tard duc du Kent), ayant pu observer les hommes marrons lors de la traversée, les engage pour travailler au renforcement de la colline de la Citadelle (voir Citadelle d’Halifax). Plus tard, avec la permission des autorités britanniques, John Wentworth décide d’établir les Marrons en Nouvelle-Écosse. Des terres et des demeures laissées vacantes après l’émigration des Loyalistes noirs, en 1792, sont disponibles à Preston (voir Canadiens noirs). De nouvelles habitations sont construites, on embauche un prêtre et un maître d’école, et on leur fournit des provisions, s’attendant à ce que les Marrons deviennent de paisibles agriculteurs. Toutefois, le gouvernement, qui craint une invasion des Français, reconnaît la réputation militaire des Marrons en leur demandant de former une milice. Les officiers de la milice, tous aguerris, sont les anciens meneurs de la révolte de 1795, en Jamaïque.

Défis de la colonisation

Les efforts déployés pour s’établir s’avèrent peu fructueux. L’hiver de 1796-1797 est plus long et plus rude que tout ce que les Marrons ont connu jusqu’alors. Tout est recouvert d’une épaisse couche de neige; les lacs et les rivières sont gelés. Plusieurs Marrons le supportent très mal, et certains d’entre eux, dont des meneurs, résolvent alors de décider de leur avenir. Pour protester contre leurs conditions et l’absence de nourriture familière, ils refusent parfois d’envoyer leurs garçons à l’école (les filles, de toute façon, n’y ont pas accès) et de se présenter à l’église. Les Marrons ne sont d’ailleurs pas chrétiens et continuent de pratiquer leur religion, qui autorise la polygamie et dicte des pratiques funéraires qui inquiètent leurs voisins. L’École des Marrons attire des visiteurs; l’un d’entre eux sera le prince Louis-Philippe, duc d’Orléans, sacré roi de France en 1830. John Wentworth fait également parvenir des travaux d’élèves en Angleterre pour faire la démonstration du travail accompli. Enfin, la distribution des vêtements et des effets tant attendus apaise les protestations à court terme, mais elle ne change rien à la décision des Marrons, déterminés à partir.

Pétition

Des disputes éclatent au sein de la communauté des Marrons de Preston, que l’on appelle aussi « Maroon Town ». La majorité d’entre eux veulent quitter la Nouvelle-Écosse et retourner en Jamaïque, ce qui est cependant interdit par le gouvernement de l’île. Ils sont prêts à aller n’importe où, pourvu qu’il y fasse plus chaud! Ils présentent au gouvernement une pétition, se plaignant de ne pouvoir vivre « là où l’ananas ne le peut pas ». En même temps, ils communiquent en secret avec le général George Walpole, devenu entre-temps membre du Parlement britannique, pour obtenir son soutien. Ils envoient également un représentant à Londres pour livrer leurs pétitions et faire valoir leur cause.

D’autres Marrons, malgré tout, tentent de tirer parti de leur situation en Nouvelle-Écosse. Menés par le héros de guerre James Palmer, ils demandent aux autorités de s’établir en retrait du groupe principal. On leur accorde la création d’une seconde communauté de Marrons à Boydville, dans la région que l’on appelle désormais « Maroon Hill ». Pendant que les Marrons de Preston font pression pour être déménagés, ceux de Boydville demandent des moutons, des graines, ainsi qu’« une ou deux vaches ». Et tandis que les Marrons de Preston ne sont pas enclins à cultiver la terre, les autres ne restent pas inactifs. Ils travaillent tous, sur la route ou pour des fermiers et des marchands locaux. Les femmes et les enfants amènent au marché d’Halifax des baies, des œufs et de la volaille, ainsi que des cochons, des balais et des paniers. En 1800, les hommes sont engagés pour creuser les fondations du nouveau siège du gouvernement, qui est aujourd’hui encore le lieu de résidence officiel du lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Écosse. Les Marrons travaillent généralement aux côtés de soldats et d’autres employés blancs, et exigent toujours de toucher le même salaire.

Départ de la Nouvelle-Écosse

L’histoire des Marrons en Nouvelle-Écosse est brève. Ils s’y installent en 1796 et repartent dès 1800. Ceux qui ont organisé la pétition pour obtenir la permission de partir l’emportent. Les autorités britanniques, malgré l’objection de John Wentworth, décident de permettre à tous les Marrons de lever les voiles, y compris ceux de Boydville. Leur départ est prévu pour 1799, mais l’organisation du transport et le règlement des détails prennent plus d’un an. John Wentworth, déjà critiqué pour avoir installé les Marrons en communauté plutôt que de les avoir dispersés à travers la province, continue de mettre en péril sa relation avec les autorités britanniques en fournissant aux Marrons des provisions supplémentaires pour leur voyage. Enfin, le 6 ou le 7 août 1800, 551 Marrons, hommes, femmes et enfants quittent le port d’Halifax à bord du HMS Asia à destination de Freetown, à la Sierra Leone, en Afrique de l’Ouest. Ils arrivent à bon port le 30 septembre 1800, et se portent volontaires pour prendre le parti du gouvernement contre les Loyalistes noirs, qui se sont rebellés en 1792. À Freetown, ils honorent la mémoire de la Jamaïque en baptisant une rue Trelawny Street; les histoires racontent que certains de leurs descendants bouclent la boucle vers le milieu des années 1800 en retournant vers leur île natale, jamais oubliée.

Héritage

On dit que ce ne sont pas tous les Marrons de Trelawny Town qui quittent la Nouvelle-Écosse à bord du Asia. Quoi qu’il en soit, outre leur contribution aux lignées de la Nouvelle-Écosse, leur nom est encore présent à travers Maroon Hill, et l’on fait encore référence au Bastion des Marrons (qui a depuis longtemps été remplacé) sur la colline de la Citadelle. Leur histoire est encore racontée dans les programmes scolaires publics de la Nouvelle-Écosse, notamment en études afro-canadiennes et dans les cours d’histoire de la province. Mais c’est sans doute l’influence la plus profonde et la plus durable des Marrons qui est aussi la plus difficile à cerner : quelque chose de leur esprit a survécu. Lors de périodes difficiles, on se rappelle leur solidarité, leur sens inné de la dignité et de la cohésion, et la force d’un peuple à la volonté de fer.

Voir aussi Collection : l’histoire des Noirs au Canada


Lecture supplémentaire

  • John N. Grant, The Maroons in Nova Scotia (2002).

Liens externes