Migration

Mouvements migratoiresLes Canadiens associent généralement le mot migration aux déplacements saisonniers des oiseaux : vers le sud à l'automne et vers le nord au printemps.

Pointe-Pelée, parc national de la
Le parc national de Pointe-Pelée, en Ontario, se trouve à la croisée de deux voies migratoires importantes (photo de J.A. Kraulis).
Sterne arctique
Sterne arctique (avec la permission de la Commission canadienne du tourisme et d'Ocean Images).

Migration

Au sens strict, une migration se définit comme un déplacement régulier entre des lieux représentant des alternatives dont habituellement une seule correspond au lieu de reproduction. Dans un sens plus large, une migration peut désigner tout déplacement important d'animaux (ou même de graines de plantes).

Mouvements migratoires
Les Canadiens associent généralement le mot migration aux déplacements saisonniers des oiseaux : vers le sud à l'automne et vers le nord au printemps. Ces déplacements sont parfois courts, comme dans le cas de l'ALOUETTE cornue (appelée également hausse-col) qui niche dans les provinces des Prairies, hiverne juste au sud de la frontière et revient dès février. La plupart des passereaux (percheurs) et des oiseaux de rivage migrateurs migrent plus loin, et nombreux sont ceux qui se rendent en Amérique centrale et en Amérique du Sud. La championne des longues distances est la sterne arctique (voirSTERNE ET GUIFETTE), qui niche depuis les régions du bas Arctique, entre autres à Churchill au Manitoba, jusque sur les côtes de l'Atlantique Nord, puis traverse l'Atlantique et longe les côtes de l'Europe et de l'Afrique pour aller hiverner dans l'Antarctique.

Dans leurs déplacements nord-sud, les animaux comme les OISEAUX AQUATIQUES suivent soit de larges fronts, soit des voies migratoires bien définies. Les routes suivies peuvent être identiques dans les deux directions ou différer. Par exemple, le PLUVIER bronzé (anciennement appelé pluvier doré d'Amérique) s'envole vers le sud en longeant la côte atlantique depuis l'Arctique canadien jusqu'en Argentine à l'automne, mais retourne dans le Nord par les Prairies canadiennes. Le papillon MONARQUE et certaines espèces de LIBELLULES et de CHAUVES-SOURIS effectuent des migrations semblables : vers le sud à l'automne et vers le nord au printemps.

Quelques espèces font cependant l'inverse. Par exemple, le goéland de Heermann (voirGOÉLANDS ET MOUETTES), après s'être reproduit, se déplace depuis le Mexique et le sud de la Californie jusqu'aux côtes de l'île de Vancouver, et plusieurs espèces d'OISEAUX MARINS de l'hémisphère sud migrent sur les côtes de l'Atlantique et du Pacifique. Certaines espèces d'oiseaux changent d'altitude; en général, elles montent vers les sommets l'été et redescendent l'hiver. Au contraire, le tétras fuligineux, le tétras du Canada et le tétras sombre (voirGÉLINOTTES, LAGOPÈDES ET TÉTRAS) se déplacent vers les basses altitudes au printemps et vers les hauteurs à l'automne. Le CARIBOU de la toundra, dans le nord du Canada et en Alaska, se déplace d'une façon généralement circulaire : il hiverne près des rivières Peel et Porcupine et met bas au bord de la mer de Beaufort.

Les mouvements des animaux aquatiques suivent nécessairement la configuration des étendues d'eau. Les SAUMONS et les ANGUILLES fraient en eau douce, mais passent une grande partie de leur vie dans l'océan. Les POISSONS d'eau douce effectuent des déplacements saisonniers entre les lacs et les cours d'eau, et les PHOQUES, les BALEINES et les TORTUES, dans les océans. Les GRENOUILLES, les SALAMANDRES et les COULEUVRES font des déplacements annuels plus locaux. Ces dernières hibernent et se reproduisent dans l'interlac manitobain et passent l'été dans les régions marécageuses à proximité. Les déplacements réguliers de ce genre impliquent souvent des individus qui retournent chaque année au même site de reproduction, d'hivernage ou à la même halte migratoire.

Les espèces qui se reproduisent ou se nourrissent dans des habitats moins stables changent parfois l'emplacement précis de leurs activités saisonnières d'une année à l'autre, mais conservent leurs habitudes migratoires. D'autres animaux ont des déplacements migratoires moins réguliers, du type « invasif »; c'est le cas notamment des becs-croisés et du harfang des neiges (HIBOU), dont les ressources alimentaires fluctuent amplement. Certaines espèces, comme le casse-noix d'Amérique, font des excursions beaucoup moins fréquentes en dehors de leur aire de répartition habituelle. D'autres variantes de migration sont connues, comme la migration partielle du GEAI bleu et de la MÉSANGE à tête noire, dont seulement certaines populations effectuent des migrations; et celle du papillon MONARQUE, dont une génération migre vers le nord et la génération suivante revient vers le sud.

Recherche

On a d'abord documenté les mouvements migratoires en observant des volées diurnes, en particulier le long des côtes et des cols de montagnes où les populations en mouvement se concentrent, ou dans des sites comme POINTE-PELÉE où les migrateurs nocturnes se concentrent pendant le jour. De telles observations procurent des données limitées puisqu'elles sont ponctuelles. Les mouvements d'espèces comme les oiseaux migrateurs nocturnes, les animaux aquatiques et les araignées emportées par le vent ne sont pas facilement observables. Les premiers observateurs connaissaient les mouvements migratoires des grands oiseaux, mais expliquaient l'étrange disparition des petits oiseaux par l'hibernation dans la vase, le déplacement sur le dos de grands oiseaux ou la transformation en d'autres espèces (ce qui n'est pas totalement dépourvu de sens puisque de nombreuses espèces changent de plumage).

Le baguage et d'autres techniques de marquage aident à définir les routes migratoires des chauves-souris, des oiseaux, des poissons et des libellules et, dans certains cas, à trouver leurs quartiers d'hiver (p. ex. dans le cas du MARTINET ramoneur et du monarque). Le baguage a aussi révélé des habitudes migratoires insoupçonnées, comme les mouvements vers le nord des pygargues à tête blanche (voirAIGLE) qui nichent en Floride, et les migrations « saute-mouton », comme celle du MERLE D'AMÉRIQUE, dont les populations nicheuses nordiques hivernent plus au sud que les populations nicheuses méridionales.

La surveillance par RADAR et par satellite ainsi que par émetteurs sur les oiseaux, les grands mammifères et même de petits poissons permet de connaître leurs déplacements encore plus précisément. Les bagues colorées et des marqueurs distincts sur les ailes, le cou et le nez révèlent aussi l'âge, le sexe, la population et les habitudes individuelles en fait de trajet et de moment de la migration. Un observateur primitif voyant des silhouettes d'oiseaux se détachant sur la Lune a pensé que ces animaux y migraient. Un commentateur trouvant que c'était impossible a émis l'hypothèse que les TOURTES VOYAGEUSES devaient se rendre sur un satellite inconnu entre la Terre et la Lune. Depuis, l'observation de la Lune s'est avérée utile pour documenter les migrations.

La conservation et la gestion des espèces migratrices requièrent la coopération des divers pays où ces animaux séjournent au cours d'une année. Il se fait de plus en plus d'efforts en ce sens. Ainsi, des organismes de baguage et des observatoires ornithologiques d'Amérique du Nord élaborent des programmes conjoints avec des homologues des Antilles, d'Amérique centrale et d'Amérique du Sud. Des projets semblables entre Australiens et Asiatiques sont en cours, de même qu'entre Européens et Africains. Des réseaux de coopération reçoivent aussi la participation de groupes qui voient à baguer ou à observer des groupes spécifiques d'animaux dans de grandes zones géographiques, par exemple les éperviers et les colibris.

La découverte, dans les plumes et d'autres tissus, d'isotopes stables qui correspondent à des types de sols trouvés dans les zones d'éclosion de plusieurs espèces d'oiseaux aide à préciser les aires de nidification des oiseaux qui hivernent dans des régions données.

Mystères

Les facteurs régissant les périodes et les routes migratoires ainsi que les raisons de ces déplacements sont parmi les grands mystères de la science. Des expériences effectuées par William ROWAN en Alberta ont montré que les effets de la photopériode sur les processus physiologiques provoquaient la migration de nombreuses espèces d'oiseaux. La lumière régit également les mouvements verticaux journaliers de certaines espèces de PLANCTON. La météo, bien qu'elle ne soit pas un facteur important dans le déclenchement général de la période de migration, est sans aucun doute un facteur évolutif qui influence le moment de la migration et sa route exacte et peut même inciter les oiseaux à changer de direction.

Le vent a une influence majeure sur les mouvements de certains invertébrés et certaines graines de plantes qui se dispersent de façon passive (voirAPICULTURE). Les remarquables aptitudes à la navigation de nombreux oiseaux, tortues et poissons semblent être déterminées par un ensemble complexe de facteurs, dont les points de repère, la position des étoiles, la position du soleil, les champs magnétiques et, chez les poissons, la stimulation chimique. L'importance relative de chaque facteur fait l'objet de controverse. Particulièrement intrigant est le fait que de jeunes oiseaux de rivage, laissés dans l'Arctique avant même de pouvoir voler, parviennent à trouver les zones exactes d'hivernage de leurs parents.

Les pressions évolutives à l'origine des migrations sont aussi controversées. Le pourquoi des migrations à partir d'endroits où la température est rude, où sévit la sécheresse et où la nourriture se fait rare est évident, au contraire de celui des déplacements à partir d'habitats propices. Ceux-ci sont probablement conditionnés par des facteurs à long terme tels que la réduction de la compétition pour la nourriture ou d'autres ressources, les habitudes acquises lors des glaciations, la dérive des continents et des traditions bien ancrées. Cependant, les comportements ancestraux peuvent être modifiés par des changements qui surviennent dans le milieu. Par exemple, l'arrivée d'une quantité importante de moules zébrées dans les Grands Lacs a été suivie d'une augmentation notable des eiders et des macreuses (canards de mer) qui vont y hiverner. Et l'augmentation du nombre de plans d'eau libres de glace en hiver dans plusieurs régions du Nord a été suivie de celle du nombre d'oiseaux aquatiques qui hivernent dans de tels endroits. Il reste encore beaucoup de choses à apprendre sur ce sujet complexe.


En savoir plus

Lecture supplémentaire

  • Kenneth P. Able, editor, Gatherings of Angels: Migrating Birds and Their Ecology (1999); Robin Baker, editor, The Mystery of Migration (1981).

Liens externes