Musique autrichien au Canada

Autriche. L'empire austro-hongrois d'avant 1914 créa un mélange socio-politique qui rend difficile l'estimation du nombre (qui se rapprochait probablement de 50 000 en 1960) d'Autrichiens « véritables » au Canada.

L'empire austro-hongrois d'avant 1914 créa un mélange socio-politique qui rend difficile l'estimation du nombre (qui se rapprochait probablement de 50 000 en 1960) d'Autrichiens « véritables » au Canada. Cet article considérera l'Autriche dans sa définition moderne, c'est-à-dire la république de langue allemande dont les frontières remontent à 1919. Dans l'évaluation de la contribution de ce pays à la culture canadienne, il est également difficile de faire la distinction entre l'apport autrichien et l'apport allemand. Une grande partie de la musique « autrichienne » (laquelle constitue dans son ensemble la contribution la plus importante de n'importe quel pays au répertoire courant) fut composée par Beethoven et Brahms qui vivaient à Vienne mais n'étaient pas autrichiens, tandis que beaucoup d'oeuvres du compositeur viennois Schoenberg furent écrites en Allemagne ou aux États-Unis. De plus, les noms à consonance germanique de plusieurs pionniers canadiens de la musique, dont les biographies ne sont que fragmentaires, peuvent indiquer une ascendance allemande ou suisse aussi bien qu'autrichienne.

Les premiers musiciens autrichiens à se produire au Canada furent peut-être les familles tyroliennes dont les jodels et les ländler étaient populaires en Amérique du Nord au XIXe siècle. La famille Rainer, quatre frères et une soeur venant du Zillerthal, dans le Tyrol, effectua des tournées en Amérique du Nord (1839-43) et se produisit à Toronto en 1840, à Halifax et Saint-Jean, N.-B., en 1841 et dans plusieurs autres villes canadiennes.

Les premiers musiciens autrichiens qui s'établirent au Canada furent probablement Louis (Ludwig) Waizman(n) en 1893 et Luigi von Kunits et George Heinl en 1912. La vague d'immigration de musiciens autrichiens la plus importante suivit l'invasion de l'Autriche par les Nazis en 1938; elle inclut Emil Gartner et Greta Kraus en 1938, le violoniste et professeur Joseph Berljawsky et Ida Halpern en 1939 ainsi que Franz Kraemer et Willi Amtmann en 1940. Hans Gruber, qui dirigea l'Orchestre symphonique de Victoria (1948-63), vint également au Canada en 1939. Parmi les autres musiciens d'origine autrichienne qui s'installèrent au Canada figurent Emmy Heim (1947, bien qu'elle eût fait ses débuts canadiens en récital dès 1934); Alfred Rosé (1948, par les É.-U.); Erwin Marcus (1949); le violoncelliste et gambiste Wolfgang Grunsky (1951) qui enseigna au RCMT et se spécialisa dans la musique de la Renaissance; Eli Kassner (1951); Irene Jessner (1952, par les É.-U.); le compositeur et contrebassiste Paul Ruhland qui habita Vancouver vers 1952-64; Norbert Kraft (1954); Ernst et Marie Friedlander (1958); Haymo Taeuber, chef de l'Orchestre philharmonique de Calgary (1963-68); Gerhard Wuensch (1964); et Anton Kuerti (1965, par les É.-U.). Walter Kanitz (1944) anima des émissions radiophoniques de musique légère et classique tour à tour pour la SRC et les stations CHUM, CFRB et CHFI à Toronto. S.C. Eckhardt-Gramatté vécut à Vienne (1939-51) avec son époux autrichien Ferdinand Eckhardt, qui fut plus tard consul d'Autriche à Winnipeg. La chef d'orchestre Agnès Grossmann vint d'abord au Canada en 1981 comme professeure invité à l'Université d'Ottawa et revint s'établir en 1984; le chef Georg Tintner s'est établi à Halifax en 1987, et tous deux ont dirigé dans de nombreuses villes canadiennes.

On compte parmi les ensembles austro-canadiens le Junior Edelweiss Choir (« Kinder Choir ») fondé au milieu des années 1960 et le Mixed Edelweiss Choir fondé en 1963, tous deux parrainés par l'Austrian Club Edelweiss à Toronto. En 1967, la communauté autrichienne d'Edmonton commença à offrir des bourses (Johann Strauss Foundation) à de jeunes Albertains pour leur permettre d'étudier la musique en Autriche, bourses qu'elle attribuait toujours en 1991.

Le premier musicien canadien à se rendre en Autriche fut probablement T.F. Molt. En 1825, ce prof. de musique de Québec rendit visite à Beethoven qui lui dédia le canon « Freu Dich des Lebens ». Le compositeur Arthur Dumouchel étudia à Vienne vers 1870-72, et plusieurs pianistes canadiens étudièrent avec les professeurs Theodor Leschetizky (Jan Cherniavsky, Jeannette Durno, J.D.A. Tripp), Julius Epstein (W.O. Forsyth) et Richard Epstein (Gladys Egbert). L'organiste viennois Anton Heiller a enseigné à Bernard et Mireille Lagacé ainsi qu'à Denis Regnaud, et la claveciniste viennoise Isolde Ahlgrimm a eu pour élèves Hubert Bédard, Bernard Lagacé et Denis Regnaud (ce dernier a obtenu une M.Mus. en clavecin à l'Académie de Vienne). D'autres Canadiens étudièrent en Autriche : Victor Feldbrill, Anna-Marie Globenski, le musicologue Warren Kirkendale, la pianiste Sharon Krause, Percival Price, Émiliano Renaud, R. Murray Schafer et Robert Silverman. Plusieurs musicologues canadiens ont fait des séjours d'étude en Autriche, dont Geoffrey Payzant (à plusieurs reprises dans le cadre de sa recherche sur Eduard Hanslick), Zoltan Roman (spécialiste de Mahler), Rudolf Schnitzler (une autorité sur l'oratorio baroque viennois) et Rita Steblin.

La première artiste canadienne d'importance à se produire en Autriche fut Emma Albani qui donna à Vienne en 1893 deux concerts avec un orchestre sous la direction de Hans Richter. Pierrette Alarie, Kenneth Asch (Duo Ascher), Colette Boky, George London, Norman Mittelmann, Dodi Protero, Louis Quilico, Léopold Simoneau, Lilian Sukis et Jon Vickers comptent parmi les artistes canadiens qui chantèrent à l'Opéra d'État de Vienne et au Festival de Salzbourg. D'autres Canadiens donnèrent des concerts et des récitals en Autriche, parmi lesquels Mona Bates; Victor Braun, qui remporta le Concours international Mozart en 1963; John Boyden, qui fit ses débuts en récital à Vienne en 1961 et y fit des enregistrements; Maureen Forrester qui, en plus de donner des concerts, fit de nombreux enregistrements à Vienne; Glenn Gould et Flora Goulden. L'OSM et le TS donnèrent des concerts à la Grosses Musikvereinsaal de Vienne lors de tournées européennes, en 1962 et 1974 respectivement (le TS donna également des concerts à Linz). Ingemar Korjus gagna le Concours international de lied Hugo Wolf en 1973, tandis qu'un opéra de Raymond Pannell, Aberfan, recevait le Prix d'opéra à la télévision de la ville de Salzbourg en 1977. La basse canadienne Desmond Byrne remporta les concours Mozart et Belvedere à Vienne en 1990.

Au nombre des interprètes autrichiens qui se sont produits au Canada, citons Eduard Strauss, qui fit une tournée nord-amér. avec son orchestre en 1890 et 1900-01, les violonistes Fritz Kreisler et Wolfgang Schneiderhan, les pianistes Paul Badura-Skoda, Alfred Brendel, Rudolf Buchbinder et Friedrich Gulda, les sopranos Hilde Gueden et Rita Streich, le baryton Paul Schoeffler, le K & K Experimental Studio et Pupodrom, les Trapp Family Singers, le Trio de Vienne et les Petits chanteurs de Vienne. Les JMC parrainèrent des tournées du Trio Ebert (1959-60, 1962-63) et du Quintette Eichendorff en 1964 et 1965. L'Opéra d'État de Vienne fit ses débuts nord-amér. à l'Expo 67, où l'Orchestre philharmonique de Vienne figura également au programme. Les chefs d'orchestre étaient Karl Boehm et Josef Krips. (L'Orchestre philharmonique de Vienne joua aussi à Toronto sous la direction de Carl Schuricht, sous celle de Leonard Bernstein en 1988 et de Claudio Abado en 1991 ainsi qu'à Montréal sous André Cluytens en 1956 et sous Herbert von Karajan en 1962.) Boehm était venu précédemment au Canada pour y diriger l'Orchestre philharmonique de Berlin en 1961, l'Orchestre du Festival de la télévision de la SRC en 1963 ainsi que le TSO avec Jon Vickers pour la télévision de la SRC en 1965. Krips a dirigé l'OSM et l'Orchestre symphonique de la SRC et, en 1963, le TSO. Un autre Eduard Strauss, petit-neveu de Johann, le roi de la valse, fut chef invité de l'OSM en 1965.


Lecture supplémentaire

  • Gibbon, John Murray. 'Contributions of Austro-German music to Canadian culture,' Proceedings and Transactions of the Royal Society of Canada, vol 43, 1949