Musique belge au Canada

Belgique. L'apport de ce pays à la vie musicale canadienne est d'une grande importance, particulièrement dans le domaine de la musique instrumentale.

Belgique

Belgique. L'apport de ce pays à la vie musicale canadienne est d'une grande importance, particulièrement dans le domaine de la musique instrumentale. C'est grâce aux conservatoires belges et à l'initiative d' Ernest Lavigne qui, vers 1890, se rendit jusqu'en Europe afin de combler les postes de son orchestre du parc Sohmer, que de nombreux instrumentistes s'installèrent au Canada, le plus souvent à Montréal, en particulier vers la fin du XIXe siècle. Dans leur enseignement des instruments à cordes, ils introduisirent au pays les grandes traditions de technique et de style de l'école franco-belge. Ils affirmèrent aussi leur maîtrise des instruments à vent.

Guillaume Mechtler, établi à Québec dès 1787 puis à Montréal en 1789, fut probablement le premier musicien belge à se fixer au Canada. Vers 1865 arriva de New York Jules Hone, deuxième prix de violon du Cons. de Liège et l'un des premiers professeurs de violon qualifiés à se fixer à Montréal. Un autre violoniste, célèbre en Europe, Frantz Jehin-Prume, joua un rôle de premier plan sur la scène musicale québécoise, de 1870 jusqu'à sa mort en 1899, et travailla à rehausser le niveau de l'interprétation et de l'enseignement. En 1871, il forma à Montréal le premier quatuor professionnel.

À l'invitation de Lavigne, Jean-Baptiste Dubois devint en 1891 violoncelle solo et sous-chef de l'orchestre du parc Sohmer, auquel s'ajoutèrent les violonistes Joseph-Jean Goulet et Jean-Julien Clossey ainsi qu'une trentaine d'autres instrumentistes, la plupart des diplômés du Cons. royal de Liège. Clossey fut à partir de 1894 premier violon dans l'OSM de Couture puis dans celui de Goulet. Son fils Émile, violoncelliste, dirigea l'Orchestre municipal de Montréal (v. 1935-45).

Lavigne trouva en Belgique des instrumentistes hautement qualifiés pouvant aussi dispenser leur enseignement aux jeunes musiciens canadiens. Jacques Vanpoucke (Gand, 25 octobre 1869 - Montréal, ?) vint occuper dès 1890 le poste de clarinette solo. Il fut aussi dir. de l'harmonie au collège du Mont-Saint-Louis et professeur au collège Sainte-Marie. Oscar Arnold (Liège, 1er novembre 1862), clarinettiste et saxophoniste médaillé du Cons. de Liège et membre en 1881 de l'Harmonie de Spa, le seconda dans la section des bois à partir de 1892, de même que Léon Medaer, clarinettiste (Tournemont, 1864), et Charles Dom, hautboïste (Bruxelles, 3 mai 1863). En 1893 arriva Louis Vanpoucke (Ypres, 1873 - Montréal, ?), ancien trompette solo du Rotterdamsche Schuttery. À son tour, J.-J. Goulet compléta son orchestre en faisant venir au Canada son frère Jean et d'autres compatriotes tels les clarinettistes Georges Haseneier et Émile Quiquemberg, le trompettiste Van Camp, le violoncelliste Peter ? Van der Meerschen et le contrebassiste Léon Wathieu. Charles Goulet, fils de Jean, fonda les Disciples de Massenet en 1928 et les Variétés lyriques en 1936.

Au début du siècle arrivèrent François Héraly, un chef de musique dont la femme enseigna le piano au jeune Wilfrid Pelletier; Léon Kaster, hautboïste, et son fils Jean, violoncelliste (Prix d'Europe 1918); Auguste Liessens, organiste et compositeur, qui vint en 1913 et se fixa à Sorel; Louis Michiels, corniste et théoricien qui fonda l'Édition belgo-canadienne en 1925; Charles Tanguy, professeur et compositeur; Benoît Verdickt, m. c. et organiste; et les frères Joseph et Henri Vermandere (frères Placide et Séverin), respectivement compositeur et m. c. À Toronto, Frédéric Nicolai, né à Liège, fut actif comme violoncelliste (1903-14) et comme membre du Toronto String Quartette (1906-14). Le chef d'orchestre et compositeur César Borré (Belgique, 1880 - Toronto, 1950), une autorité en chant grégorien, fonda en Ontario le London Ladies' Choir, la London Philharmonic Union ainsi que la Toronto Opera Company. Venu au Canada en 1921, le harpiste Frank J. Simons fut professeur et membre de l'Orchestre symphonique de Winnipeg. Le violoniste Maurice Onderet arriva à Montréal en 1927.

Désiré Defauw, chef d'orchestre de réputation internationale, violoniste et compositeur (Gand, 5 octobre 1885 - Gary, Ind., 25 juillet 1960), commença sa carrière montréalaise en 1940 en dirigeant l'orchestre des CSM dont il fut dir. artistique jusqu'en 1948. Ayant connu les compositeurs Richard Strauss et Ravel, il était un ardent promoteur de leurs oeuvres comme de celles de ses compatriotes Peter Benoît, César Franck et Théodore Ysaÿe. Il dirigea la création de Le Diable dans le beffroi de Vallerand, Symphonie en un mouvement de Blackburn, Variations symphoniques de Pépin, War and Peace d'Alexander Brott et Poème de Jean Papineau-Couture.

Après 1920 arrivèrent Ria Lenssens, soprano, Arnold Becker, basse, Séverin Moisse, pianiste-compositeur, Henri Weber, clarinettiste, et Armand Weisbord, violoniste. Plusieurs pianistes firent carrière au Canada dont Frans Brouw, Jenny Lerouge LeSaunier, professeure à Edmonton (1922-71), et Nadia Strycek, professeure au Cons. de Trois-Rivières et au Centre d'art d'Orford JMC. Le violoncelliste Charles Houdret vint au Canada en 1952 et fut l'instigateur du Concours international de Montréal, inspiré du Concours musical international Reine Élisabeth de Belgique. René Thomas, guitariste de jazz, vécut à Montréal de 1958 à 1963 et travailla en collaboration avec un autre Belge, le saxophoniste Bobby Jaspar. Le compositeur Henri Pousseur a donné quelques conférences dans la métropole où son Icare apprenti a été exécuté à la SMCQ en 1973. En 1979, le Centre lyrique de Wallonie a présenté une saison d'opéra et de ballet à la PDA, comprenant Carmen, Roméo et Juliette, Les Indes galantes (première présentation en Amérique), La Vie parisienne et Lac des cygnes. Les chanteurs canadiens Céline Dussault, William Pirie et Ronald Bermingham ont fait partie de cette compagnie.

Conséquence logique de cette présence au Canada d'excellents musiciens belges, de nombreux Canadiens se rendirent à leur tour en Belgique afin d'y compléter leur formation, particulièrement chez les instrumentistes à cordes. Le violoniste Eugène Ysaÿe, dont le premier concert au Canada eut lieu le 22 avril 1895 au Monument national, enseigna notamment à Nora Clench (1891), Flora Matheson Goulden (1927-28), Adolph Kodolfsky, Geza de Kresz, Maurice Solway (1926-28) et Émile Taranto. Les violonistes Noël Brunet, Alfred De Sève, Chambord Giguère, J.-Alexandre Gilbert, Oscar Martel et Roland Poisson, et les violoncellistes Rosario Bourdon, Raoul Duquette et Roland Leduc étudièrent également dans des conservatoires belges. Camille Couture, tout en suivant des cours de violon au Cons. de Liège, s'initia à la lutherie avec Émile Heynberg. Alcibiade Béique, Arthur Letondal, Marie-Thérèse Paquin et Joyce Sands, et les chanteurs Roger Filiatrault et Céline Marier étudièrent aussi en Belgique. Émilien Allard, Robert Donnell, Percival Price et Leland Richardson étudièrent à l'École royale de carillon de Malines (Beiaardschool te Mechelen).

Parmi les artistes canadiens dont le passage en Belgique fut particulièrement remarqué, notons Emma Albani et Pauline Donalda qui chantèrent au Théâtre de la Monnaie à Bruxelles et dans d'autres villes. Le ténor Jacques Gérard étudia à Bruxelles et fit ses débuts à Liège en 1927. Jacques Beaudry étudia au Cons. de Bruxelles. L'impresario Bernard Laberge fut décoré en 1951 de la Croix de chevalier de la Couronne de Belgique pour avoir fait connaître aux États-Unis et au Canada de nombreux artistes belges, dont la Musique royale des Guides, l'ensemble Pro Musica Antiqua, le Quatuor belge à clavier, l'organiste-compositeur Flor Peeters, etc. Ce dernier a enseigné à Patrick Wedd. Les pianistes Glenn Gould, Marek Jablonski et William Tritt ainsi que l'Orchestre Hart House et le Quatuor à cordes Orford se sont aussi rendus en Belgique. Kenneth Gilbert a été professeur invité au Cons. royal flamand d'Anvers (1971-74). Au Concours musical international Reine Élisabeth, Frans Brouw a obtenu le 4e prix (1952), Ronald Turini le 2e prix (1960), Anton Kuerti le 4e prix (1964), Hidetaro Suzuki le 5e prix (1967) et Douglas Finch le 5e prix (1978). Plusieurs jeunes musiciens belges continuent de venir au Canada dans le cadre d'échanges avec les JMC, comme le Quatuor de contrebasses de Bruxelles en 1989, les pianistes Patrick Crommelynck et Taeko Kuwata et le Trio Amati en 1990. À l'automne de 1988, le 30e Festival annuel de Liège était en grande partie consacré au Canada. On y joua des oeuvres de R. Murray Schafer (première mondiale de The Black Theatre of Hermes Trismegistos, oeuvre de deux heures avec chanteurs, danseurs, comédiens et ensemble instrumental), Walter Boudreau, Michel-Georges Brégent, Denis Gougeon, Michel Gonneville, Alain Lalonde et John Rea. L'Ensemble de la SMCQ fit aussi entendre des pages de Serge Garant, Claude Vivier, José Evangelista et Michel Longtin, et le compositeur Bruce Mather exécuta quelques-unes de ses oeuvres. L'ensemble Tafelmusik de Toronto était aussi au programme.

Le prix annuel Flandre-Québec, créé en 1988 et attribué à des jeunes musiciens de Belgique et du Québec pour leur apport à la musique contemporaine, a été décerné en 1988 à la flûtiste québécoise Lise Daoust et au compositeur belge Luc Brewaeys.

Dans le domaine des variétés, Renée Claude, Jean-Pierre Ferland, Stéphane Venne et d'autres se sont signalés lors de concours à Spa et à Bruxelles. Parmi les artistes belges que le Canada a applaudis, on remarque le regretté Jacques Brel ainsi que Julot Beaucarne et Maurane.


Lecture supplémentaire

  • 'Les musiciens du Parc Sohmer,' P-T, 31, 2 May 1896

    Huot, Cécile. 'Musiciens belges au Québec,' CMB, 8, Spring-Summer 1974

    Solway, Maurice. 'Ysaÿe - gentle giant of the violin,' Music, May 1980

    Potvin, Gilles. 'Les Belges et la musique à Montréal,' Montreal Le Devoir, 11 Oct 1980