Musique écossaise au Canada

Écosse. Il faut rapprocher l'histoire de la musique écossaise au Canada de celle des émigrants, ceux qui provenaient des Hautes Terres du Nord (Highlands) en particulier.

Il faut rapprocher l'histoire de la musique écossaise au Canada de celle des émigrants, ceux qui provenaient des Hautes Terres du Nord (Highlands) en particulier. L'émigration commença vraiment après l'échec de la rébellion de 1745, s'intensifia durant l'ère victorienne et se poursuivit sans relâche jusqu'à nos jours. Les Écossais ont grandement contribué à la vie et à la culture canadiennes, bien au-delà des frontières de la Nouvelle-Écosse. Toutes les provinces, l'Ontario et la Colombie-Britannique en particulier, portent les marques de l'établissement d'Écossais et d'entreprises écossaises. Si le phénomène a attiré l'attention des sociologues et économistes, les aspects musicaux en ont été négligés. Cet article ne vise qu'à présenter un exposé préliminaire qui pourra guider le lecteur vers les articles de l' EMC traitant plus en détail des différents aspects de cette histoire.

Musique classique, jazz et musique populaire

De nombreux et remarquables compositeurs, interprètes et professeurs canadiens proviennent de l'Écosse ou sont nés d'émigrants écossais ou de proches descendants. Sont originaires de l'Écosse : Dorothy Allan Park, la contralto Ruth Barrie, le « pipe major » Farquhar Beaton, Keith et Jim Blackley, Noel Brunton (dir. mus. à l'Université Mount Allison), Dan A. Cameron, James Paton Clarke, Frank Connell, George Coutts, Thomas J. Crawford, Alexander Cringan, le « pipe major » Archie Dinan, Bertha Drechsler Adamson, Jeanne Dusseau, le « pipe major » James Fraser, le chanteur country Johnny Forrest, Margaret Gilkison, Stanley Hoban, George Kindness, Frank Laubach, May Lawson, Alexander MacMillan, le compositeur Neil McKay, Norman McLaren, George S. Mathieson, l'éducateur Duncan McKenzie, John Moncrieff, Alexander Muir, Charles O'Neill (de parents irlandais), Isobel Rolston, l'organiste George Ross, Peggie Sampson (de parents anglais), Molly Sclater, David Dick Slater, Donald Alexander Smith (lord Strathcona), Reginald Stewart, George William Strathy, l'organiste, pianiste et professeur Richard Tattersall (1879-1950), W. Davidson Thomson, le « pipe major » John Wilson et W. Knight Wilson. De très nombreux musiciens de jazz canadiens sont venus d'Écosse, notamment le tromboniste Jim Abercrombie, le clarinettiste Ian Arnott, le pianiste Ian Bargh, le trompettiste Charlie (Dr McJazz) Gall, Jim Galloway, le trompettiste-guitariste Malcolm Higgins, le clarinettiste Alistair Lawrie et le bassiste et compositeur Jim McHarg. D'autres artistes d'origine écossaise ont fait partie de groupes de musique pop comme Celtic Blue, Bourne and MacKenzie, First Draft, Rawlins Cross et les Barra MacNeils. Les deux derniers utilisent la cornemuse. L'auteur-compositeur-interprète Murray McLauchlan est né en Écosse.

Les musiciens d'ascendance écossaise (ayant souvent du sang anglais, français ou irlandais) sont légion. Quelques noms donneront une idée de la présence écossaise au sein de la musique canadienne : W.H. Anderson, Beth Douglas, William Douglas, Maureen Forrester, Glenn Gould, sir Ernest MacMillan (il étudia en partie en Écosse et fut jadis invité à succéder à sir Donald Francis Tovey à l'Université d'Édimbourg), Lola MacQuarrie, Lois Marshall (qui a enregistré plusieurs des arrangements de chansons écossaises et des Hébrides de Marjory Kennedy-Fraser), Mary Morrison et Quentin Maclean. Née au Canada, la mère de Calixa Lavallée était d'ascendance écossaise. Emma Albani (dont la grand-mère maternelle était d'origine écossaise) fut « découverte » dans sa jeunesse par un chanteur de « ballads » nommé Crawford, qui l'invita à se produire avec lui et lui apprit de nombreuses chansons écossaises. Albani, Pauline Donalda et Sarah Fischer chantèrent fréquemment en Écosse, en concert, en récital et à l'opéra, de même que Milla Andrew, Clarice Carson et Joseph Rouleau par la suite. Clara Lichtenstein, née à Budapest, reçut sa formation musicale en Écosse. Des chanteurs écossais se produisirent au Canada durant le XIXe siècle, entre autres, John Wilson (Édimbourg, 1800 - Québec, 1849) et David Kennedy (Perth, 1825 - Stratford, Ont., 1886; père de Marjory Kennedy-Fraser), qui voyagea beaucoup au Canada (1866-86), chantant avec sa famille, et qui mourut finalement sur place, peu après un concert à Sarnia, Ont. Un Écossais de naissance, sir Alexander Campbell Mackenzie, principal de la RAM, fut chef d'orchestre du Cycle des festivals de musique en 1903. La soprano Mary Garden chanta à Montréal en 1912 et le pianiste James Friskin y joua en 1926 et 1946. Marjory Kennedy-Fraser, accompagnée par sa soeur Margaret Kennedy, chanta le 29 septembre 1929 à l'hôtel Royal York à Toronto, lors d'un récital faisant partie d'une série de six concerts de musique britannique et canadienne organisée par le CP. Harry Lauder effectua une tournée au Canada avec Jerry Shea (1930-31). Hugh Roberton fit une tournée canadienne avec son Glasgow Orpheus Choir et fut un membre apprécié du jury des festivals-concours du Canada. Le neveu de Roberton, David Thomson, modela son Carriden Choir sur celui de son oncle. La Chorale Bach de Montréal participa au Festival d'Édimbourg en 1958, de même que l'OSM (sous la direction de Rafael Frühbeck de Burgos) en 1976, et le Canadian Brass et le Choeur Mendelssohn de Toronto en 1980. Mary Lou Fallis y présenta ses remarquables spectacles en 1989 et 1990. Le Canada fut représenté au Festival international des orchestres de jeunes, à Aberdeen, par l'orchestre du George Brown College (1977) dirigé par Leonard Atherton, et par Hélène Gagné (1978), à titre de professeure invitée. Le TS se produisit en Écosse au cours de sa tournée européenne de 1991. En 1979, une série d'échanges fut inaugurée par le Scottish Philharmonic Trust et la Scottish Canadian Philharmonic Foundation (Toronto), dans le but de resserrer les liens entre les deux pays, particulièrement dans le domaine de la musique classique. Une visite effectuée à Toronto par le Scottish Chamber Orchestra d'Édimbourg marqua le début de ces échanges. À leur tour, le Quatuor à cordes Orford, le Quatuor à cordes Purcell, le Galliard Ensemble, le choeur de l'Université de Guelph et le Stratford Ensemble (Canadian Chamber Ensemble) se produisirent en Écosse en 1980. La fondation entreprit une campagne de souscription de 100 000 $ en vue de la restauration du Queen's Concert Hall à Édimbourg.

À Toronto, à la fin des années 1940, Neil Kirk (né Willie Robertson en Écosse) créa les White Heather Concerts. Au cours de ces concerts, qui devinrent des événements annuels dans de nombreuses villes canadiennes et américaines, un groupe ambulant d'interprètes écossais et canadiens-écossais présentait différents sketches et divertissements musicaux. Le célèbre ténor écossais Kenneth McKellar figura parfois à ce programme. Le BBC Scottish Symphony Orchestra est venu au Canada en 1988.

Musique écossaise traditionnelle

- incluant la musique vocale (chansons en anglais, en écossais et en gaélique, psaumes et hymnes) et la musique instrumentale (exécutions en solo et en groupe avec cornemuses et tambours des Highlands, violon et accordéon, ainsi que compositions de style écossais pour ces instruments). Voir aussi Musique folklorique canadienne-anglaise.

Musique vocale. L'immigration écossaise ne s'est jamais tarie et il est difficile de dater les chansons présentes dans le répertoire canadien. Selon Calum I.N. MacLeod, la plus ancienne parmi les nombreux types de chansons de tradition écossaise-gaélique au Canada est la « ballad » héroïque, dont les textes proviennent de cycles celtiques remontant à l'Irlande préchrétienne. L'une d'elles, Bàrdachd Ghàidhlig á Albainn Nuaidh, fut enregistrée en Nouvelle-Écosse en 1952. Comme Terre-Neuve, la Nouvelle-Écosse a été relativement préservée des influences extérieures; aussi, à l'instar des chansons d'origine gaélique recueillies dans cette province, celle-ci remonte aux plus vieilles traditions vocales écossaises du pays. MacLeod a retrouvé la trace de plusieurs types de chansons gaéliques ayant survécu : chansons épiques, complaintes, chansons de métier... Dans cette dernière catégorie, on trouve, habituellement rythmées et divisées en strophes, des chansons à ramer, à baratter, à traire, à tisser, à filer, à moudre, à fouler les draps (waulking). Les Scotia Singers de Winnipeg (1974-86) étaient une chorale d'enfants dont le répertoire se composait de chants gaéliques écossais. Les psaumes gaéliques sont toujours chantés en Nouvelle-Écosse et en quelques autres endroits du Canada (à Toronto, par exemple) où l'on célèbre des offices religieux en gaélique.

En Nouvelle-Écosse, l'Université du Cap-Breton (Sydney), l'Université Saint Mary's (Halifax), l'Université Saint Francis Xavier et le Gaelic College of Arts and Crafts à Saint Ann's (Cap-Breton) ont offert des cours en études écossaises. À l'Université d'Ottawa, la communauté a financé une chaire d'études écossaises à partir de 1985 afin d'offrir des cours de langue et de littérature et d'enrichir la vie culturelle. (Pour une brève description du Gaelic Language and Folklore Project, voir Université Saint Francis Xavier.) Le National Festival of Gaelic Music and Literature, Mòd Ontario, a été lancé en 1977 à Toronto (voir Festivals).

Les chansons écossaises, en anglais ou en écossais, sont un type particulier de musique vocale, moins spécifique toutefois : leur histoire interfère avec celle des chansons folkloriques anglaises, et elles font du reste partie de l'héritage commun des chanteurs anglais du Canada. On doit aussi inclure dans cette catégorie les chansons écossaises de music-hall (comme celles de Harry Lauder et Andy Stewart). Plusieurs vieilles chansons d'origine écossaise ont cependant été enregistrées, surtout en Nouvelle-Écosse, à l'Île-du-Prince-Édouard et en Ontario, par le Musée national de l'Homme (Musée canadien des civilisations) et par des collectionneurs privés. Le succès commercial qui a suivi le renouveau de la chanson folklorique a rendu populaires de nombreuses chansons, anciennes ou composées récemment par des artistes comme Allistair MacGillivray. On les joue souvent durant la Robbie Burns Night et les Scottish Heritage Days, célébrés un peu partout dans le pays. John Alan Cameron et d'autres artistes ont intégré de la musique écossaise à leurs répertoires. Mentionnons enfin l'influence musicale de l'Église presbytérienne du Canada, dont l'hymnaire diffère quelque peu de celui des autres églises protestantes (voir Hymnes).

Musique instrumentale. D'autres articles de l' EMC sont consacrés à la Cornemuse - Highlands du Nord et aux corps de cornemuses (voir Harmonies 7). La présente section traite brièvement du violon écossais et de la musique d'accordéon.

Les violoneux écossais développèrent au XVIIIe siècle un style particulier d'archet et d'ornementation. Il existe de nombreuses compositions pour violon dans le style écossais : airs lents, marches, strathspeys, reels écossais et gigues - principalement. Il n'est pas rare que les violoneux jouent aussi des airs de cornemuse. Certains airs gaéliques sont très anciens et plusieurs airs de danse remontent au XVIIIe siècle. Il est probable que des violoneux accompagnèrent les premiers colons écossais en Nouvelle-Écosse et dans le Haut-Canada, mais on ne dispose pas d'information précise à ce sujet. En 1990, la Nouvelle-Écosse demeurait la terre d'élection du violoneux écossais, et la patrie de violoneux très connus comme Angus Chisholm et Winston « Scotty » Fitzgerald. L'OS du Cap-Breton et son chef, Bobby Brown, qui parurent longtemps à la télévision (entre autres au « Tommy Hunter Show »), ont effectué des tournées à travers le Canada. De même, la vallée de l'Outaouais, le comté de Glengarry en Ontario et la colonie de la rivière Rouge au Manitoba ont été des hauts-lieux du violon écossais. À Montréal, la Scottish Caledonian Society parraina en 1867 un concours de violoneux où l'on joua des reels, des strathspeys et des airs écossais. En fait, 100 ans plus tard, le plus célèbre interprète vivant de musique écossaise de violoneux était Jean Carignan, un Canadien français de Montréal directement influencé par le célèbre violoneux écossais James Scott Skinner; d'ailleurs, plusieurs vieux airs de cornemuse et de violon écossais ont survécu au Québec sous des noms français. Des violoneux canadiens de style country tels que Ned Landry (Nouveau-Brunswick) et Johnny Mooring (Nouvelle-Écosse) ont joué de nombreux airs de danse écossais. En 1990, la vieille coutume du jeu collectif était encore vivante en Nouvelle-Écosse : lors de soirées de strathspeys et de reels écossais, des groupes comptant jusqu'à 200 violoneux jouent ensemble en quasi unisson. Voir aussi Violoneux.

Si des violoneux individuels jouent souvent avec des orchestres de danse écossais, l'instrument mélodique habituel de ces ensembles est l'accordéon à trois rangées de boutons ou l'accordéon-piano. Un orchestre qui excellait dans ce genre était celui de Stan Hamilton (avec Robert Frew à l'accordéon principal), dont les enregistrements faisaient l'admiration des danseurs et des connaisseurs. Cet orchestre fut dissous à la fin des années 1970. En 1974, l'un de ses membres, Bobby Brown (pianiste et accordéoniste venu au Canada en 1957), forma la Scottish Country Dance Band. Le groupe Scottish Accent a accompagné des danses un peu partout au Canada, effectué des tournées en Écosse et produit de nombreux enregistrements sous l'étiquette Brownrigg. En 1991, Robert Frew possédait son propre groupe torontois, le Bobby Frew Four. De tels groupes sont très sollicités pour les bals organisés par les associations écossaises et les groupes de danse campagnarde écossais du Canada et des États-Unis. Un événement annuel du genre est le bal de la Saint-André, à l'hôtel Royal York de Toronto : il mobilisait pour ses trois salles un orchestre de danse écossais, un orchestre de danse conventionnel, et un corps de cornemuses des Highlands (le 48th Highlanders, qui n'accompagne que la danse écossaise); en 1991, il n'utilisait plus que deux salles et deux orchestres écossais. L'une des pianistes de danse écossaise campagnarde les plus connues, Elma Boyne Grech, a accompagné des classes ici et là au Canada.

Danse. Il y a deux sortes de danses écossaises : la danse campagnarde et celle des Highlands du Nord. La renaissance et la popularité mondiale de la première se sont naturellement exprimées au Canada, où elle a conquis des spectateurs de toutes nationalités et de tous milieux. George Emmerson, installé depuis longtemps en Ontario et historien reconnu de la danse écossaise, a noté au Cap-Breton et ailleurs d'intéressantes variantes locales de pas et de danses. Au Canada, d'innombrables sociétés s'y adonnent. Affiliées pour la plupart à la Royal Scottish Country Dance Society, elles comptent plusieurs centaines de professeurs accrédités par elle à Saint Andrews, Écosse, ou par des examinateurs invités. Des Canadiens composent et publient continuellement de nouvelles danses, parfois sur de nouveaux airs, notamment Bob Campbell (Oakville, Ont.), John Trew (Kingston, Ont.), Peter McBryde (Toronto), John Bowie Dickson (Montréal) et John Duigenan (Ottawa). On exécute souvent ces danses lors de la commémoration d'événements ou de personnages historiques. Des exhibitions et festivals non compétitifs de danse campagnarde écossaise se tiennent également à travers le Canada.

La danse des Highlands était à l'origine une danse rituelle pour hommes; elle est presque devenue un ballet dansé au son des cornemuses. Au milieu du XXe siècle, la plupart des danseurs étaient de sexe féminin. Cette danse se pratique surtout aux Jeux des Highlands; les règles en sont fixées par les 100 professeurs et juges de la ScotDance Canada et de ses sections provinciales. De nombreux groupes exécutent la danse des Highlands, dont les Glengarry Highland Dancers d'Ottawa. Entre 1960 et 1990, les Canadiens ont atteint un niveau international dans cet art difficile. Un record fut établi en 1967, à Gourock (Écosse) : le Canada raffla les trois premières places au World Adult Championship, grâce à Angus Clay-Mackenzie (Edmonton, Alb.), Scott Porter (Verdun, Montréal) et enfin Beth Buchanan (Vancouver). Entre autres gagnants des championnats du monde de Cowal (Écosse), citons Sandra Bald Jones, Irene Baird, Dawn Brennan, Peter Archibald, Gaelyn McGregor et Ann Milne. En 1991, l'International Competition for Champions s'est déroulée au Canada; deux Canadiens y participèrent. La gagnante fut Ann Milne (Owen Sound, Ont.).

Durant l'été 1979, la Rencontre internationale des Clans eut lieu en Nouvelle-Écosse - il s'agissait du premier rassemblement hors d'Écosse.