Conseil national des femmes du Canada

Fondé en 1893, le Conseil national des femmes du Canada (CNFC), l’un des plus anciens groupes de pression, est une fédération non partisane formée d’organismes de femmes bénévoles et affiliée au Conseil international des femmes.

Conseil national des femmes
\u00c0 Rideau Hall, Ottawa, Ontario, octobre 1898.

Fondé en 1893, le Conseil national des femmes du Canada (CNFC), l’un des plus anciens groupes de pression, est une fédération non partisane formée d’organismes de femmes bénévoles et affiliée au Conseil international des femmes.

Création

Le Conseil national des femmes du Canada (CNFC) trouve son origine dans le Conseil international des femmes (CIF). Organisme international ayant pour mission de promouvoir les droits des femmes, le CIF est fondé par des suffragettes américaines en 1888. Plusieurs Canadiennes sont déjà impliquées dans les activités du CIF lorsque l’on avance l’idée, en mai 1893, de la mise sur pied d’un conseil canadien. Le 27 octobre 1893, le Conseil national des femmes du Canada est créé lors d’une réunion organisée à Toronto, événement rassemblant quelque 1 500 femmes.

Lady Aberdeen
Lady Aberdeen (\u00e0 droite), premi\u00e8re présidente et fondatrice du Conseil national des femmes du Canada avec Lady Taylor (\u00e0 gauche), qui lui a succédée en tant que présidente, Ottawa, Ontario.

Le CNFC, sous la gouverne de sa première présidente, lady Ishbel Aberdeen, est d’abord créé pour contrer la partisanerie conservatrice-libérale et favoriser une communication bipartite pour le bien commun. À une époque où les femmes n’ont le droit de vote ni à l’échelon provincial ni à l’échelon fédéral, le CNFC espère devenir un « parlement des femmes », soit un conseil au sein duquel les points de vue des femmes peuvent être présentés et débattus, tout en esquivant les pièges de la partisanerie politique masculine.

Le Conseil national des femmes du Canada
Photographie incluant Lady Aberdeen (au centre), Ottawa, Ontario, mai 1898.

Droit de vote des femmes

Lady Aberdeen, épouse du gouverneur général, est déjà présidente du CIF lorsqu’elle arrive au Canada en 1893. Avec l’appui de militantes canadiennes et de suffragettes comme la Dre Augusta Stowe-Gullen, elle met sur pied une fédération visant à réunir différents groupes de femmes autrement isolés et disséminés aux quatre coins d’un grand pays. Les liens qu’entretient le Conseil avec d’autres organismes internationaux ont tôt fait d’apporter une importante contribution à l’élargissement de la perspective des Canadiens, de façon à inclure des questions internationales de justice et d’égalité.

Au départ, le CNFC considère la question du droit de vote des femmes comme trop conflictuelle pour être envisagée au Canada. Bien que certaines sociétés membres et certains conseils locaux fassent campagne pour le vote, le CNFC s’identifie rarement comme féministe et n’adopte une plateforme à cet égard qu’en 1910. Avant cela, il s’implante dans toutes les provinces, mettant en lien les femmes canadiennes dans un large éventail de groupes sociaux, philanthropiques, professionnels et religieux. L’approche prudente qu’adopte le conseil relativement au droit de vote des femmes et à des questions telles que la conscription et le pacifisme en fait un organisme acceptable aux yeux des politiciens conservateurs, qui souhaitent disposer d’un représentant neutre en vue de la Conférence de guerre des femmes de 1918 à Ottawa. Les femmes remplacent de nombreux hommes dans la population active au cours de la Première Guerre mondiale, et la conférence a justement pour objectif d’aborder, de planifier et de diriger la contribution continue des Canadiennes à l’effort de guerre (voir Les femmes et la guerre).

Les Canadiennes françaises et les femmes de couleur sont nettement sous-représentées au sein du CNFC et de ses groupes affiliés. De nombreuses suffragettes de renom, dont Nellie McClung et Flora MacDonald Denison, considèrent le CNFC comme un représentant des élites et s’impliquent le moins possible dans les activités de ce dernier. Cependant, dans certaines villes, par exemple Vancouver, l’organisme parvient à mobiliser de façon efficace des coalitions de femmes relativement importantes.

Entre-deux-guerres

Dans les années 1920, dans un monde où se masculinise la mode féminine, où l’on accepte de plus en plus ouvertement les emplois rémunérés pour les femmes et où l’on montre de plus en plus d’intérêt pour le contrôle des naissances, le CNFC a du mal à trouver sa place. Son caractère respectable associé à la classe moyenne, toutefois, en fait encore à l’occasion un favori des gouvernements. Dans les années 1930, la présidente du CNFC, Winnifred Kydd, fait partie des délégations canadiennes auprès de la Société des Nations. En 1930, Cairine Wilson, militante active auprès du Conseil des femmes d’Ottawa appuyant publiquement le Parti libéral, devient la première sénatrice. Malgré le leadership de Cairine Wilson au sein du Comité national canadien sur les réfugiés durant cette décennie, le CNFC déploie peu d’efforts pour combattre le fascisme, compatissant toutefois au sort du Conseil allemand des femmes, contraint de se dissoudre par Adolf Hitler. Certains conseils de femmes locaux et certaines sociétés organisées au niveau national, cependant, donnent une voix aux chômeurs et appuient des causes telles que le désarmement.

Composition et organisation

La structure fédérative du CNFC, comprenant des conseils municipaux et provinciaux, ainsi que des filiales nationales (comme la Fédération canadienne des femmes de carrière), constitue à la fois un point fort et une faiblesse de l’organisme. D’une part, les membres relient le conseil à de nombreuses préoccupations d’importance; d’autre part, la grande diversité des opinions ralentit – et, parfois, empêche – la prise de mesures. La domination, pendant de longues années, des femmes blanches de la classe moyenne au sein du CNFC crée certains problèmes en entravant l’élargissement de sa perspective et de son intérêt.

Dans les années 1960 et 1970, le Conseil revendique une Commission royale sur le statut de la femme et, plus tard, la formation du Conseil consultatif canadien sur la situation de la femme afin d’appuyer la mise en œuvre du rapport de la commission. Dans les années 1980, il exige que les droits des femmes soient inscrits dans la Charte canadienne des droits et libertés. Dans les années 1990, toutefois, le Comité d’action nationale sur la condition de la femme et la Fédération des femmes du Québec (FFQ) se révèlent être des coalitions plus efficaces dans la promotion des droits à l’égalité pour les femmes canadiennes.

Héritage et importance

Le CNFC et ses membres participent activement à la formation de nombreuses institutions canadiennes, notamment les Infirmières de l’Ordre de Victoria du Canada, les sociétés d’aide à l’enfance et l’Association des consommateurs du Canada. Le Conseil appuie également certains organismes gouvernementaux comme le Bureau des femmes et Condition féminine Canada, mis sur pied par le ministère du Travail, dans leur promotion de l’égalité des chances, de la rémunération, des droits et des avantages pour les femmes au travail (voir Condition féminine). Ses revendications persistantes pour plus de justice et d’équité lui valent parfois une reconnaissance officielle. En 1997, le CNFC obtient un statut consultatif auprès du Conseil économique et social (ECOSOC) des Nations Unies.

De nos jours, le Conseil national des femmes du Canada continue de se pencher sur un vaste éventail de questions liées aux femmes, à la famille, à la collectivité et à l’État. Au cours des dernières décennies du XXe siècle et des premières décennies du XXIe, le Conseil, faisant face à une montée du néolibéralisme et des régimes d’austérité, trouve en la FFQ, de nature plus militante, et en le Comité national d’action sur le statut de la femme (NAC) des concurrents durs à battre. Avec l’effondrement du NAC, toutefois, l’ancienne coalition nationale de groupes de femmes qu’est le CNFC récupère en partie son espace institutionnel. Il reste à voir si l’organisme saura relever le défi qui se présente à lui.


Lecture supplémentaire

  • Veronica Strong-Boag, The Parliament of Women: the National Council of Women of Canada, 1893–1929 (1976).

    Veronica Strong-Boag et Michelle Lynn Rosa, dir. Nellie L. McClung: The Complete Autobiography: Clearing in the West and The Stream Runs Fast (2003).

    Veronica Strong-Boag, Liberal Hearts and Coronets: The Lives and Times of Ishbel Marjoribanks Gordon and John Campbell Gordon, the Aberdeens (2015).