Northrop Frye

Herman Northrop Frye, critique littéraire, professeur d'université et éditeur (Sherbrooke, Qc, 14 juill. 1912 -- Toronto, 23 janv. 1991).

Northrop Frye
L'\u00e9norme influence de Frye venait du fait qu'il pensait que la critique litt\u00e9raire est une discipline symboliquement coordonn\u00e9e qui dessine les grandes lignes de l'imagination propre de l'homme (photo de Andrew Danson).

Herman Northrop Frye, critique littéraire, professeur d'université et éditeur (Sherbrooke, Qc, 14 juill. 1912 -- Toronto, 23 janv. 1991). Professeur d'anglais au Victoria College de l'U. de Toronto depuis 1939, il s'est taillé une renommée internationale grâce à ses théories littéraires, exposées dans son étude des prophéties de William Blake, Fearful Symmetry (1947), dans sa grammaire de la forme mythique, Anatomie de la critique : Quatre essais 1957), et dans son étude en deux volumes sur l'influence du symbolisme biblique dans la littérature occidentale, The Great Code (1982). Ces ouvrages, et tout particulièrement Anatomy, ont fait de lui l'un des plus importants théoriciens littéraires du XXe siècle et lui ont valu de recevoir des grades honorifiques de plusieurs grandes universités occidentales. Au nombre des hommages qui lui ont été rendus, figure sa nomination comme professeur de poésie titulaire de la chaire Charles Eliot Norton à Harvard (1974-1975).

Élevé à Moncton, il se rend à Toronto pour la première fois en 1929 afin de participer à un concours national de dactylographie. Il s'inscrit au Victoria College et, sauf pendant deux années d'études au Merton College d'Oxford, il demeure associé toute sa vie à cette institution dont il devient chancelier en 1978. Encore étudiant, Frye rédige une étude définitive des poèmes prophétiques de Blake, alors jugés incohérents, voire aberrants. Dans Fearful Symmetry, il démontre que Blake a délibérément suivi un modèle bien défini inspiré de Milton, voire de la Bible. Dans Anatomy of Criticism, il développe cette théorie en soulignant l'ensemble des archétypes, des symboles et des procédés rhétoriques itératifs qui unit les genres littéraires en un univers cohérent. Cet ensemble se compose de situations désirées, qui s'expriment par la comédie et la romance, ou abhorrées, que traduisent la tragédie ou l'ironie.

« Hiver pourri »

Éduqué dans la religion évangélique méthodiste, Frye pense qu'il y a dans la culture un besoin inhérent d'affirmer une vision heureuse et de la transposer dans la réalité. Paradoxalement, sa perception de la littérature canadienne est reconnue pour être teintée de pessimisme. Selon Frye, à l'instar de la poésie de son mentor E.J. Pratt, la littérature canadienne est née de la « mentalité de garnison » de pionniers assiégés qui se serrent les coudes face au vide hostile et dévorant des vastes étendues sauvages. Elle est le fruit d'un « hiver pourri » plutôt que d'un printemps radieux.

Malgré son insistance sur l'imaginaire, qui sous-tend les études littéraires, Frye exige la même discipline dans les études littéraires que celle qu'il a lui-même expérimentée avec la musique et qui comporte une théorie durement intégrée. Il enseigne que la littérature n'est pas un sac où l'on fourre des milliers d'ouvrages individuels, mais plutôt un univers global constitué de formes reconnaissables. Il a toujours établi un lien étroit entre la reconnaissance disciplinée d'une forme et le grand talent littéraire comme celui de ses sujets d'études préférés : Spenser, Shakespeare, Milton, Blake, Yeats et Eliot. Il rejette l'approche de la critique littéraire axée sur l'évaluation, faisant valoir que l'évaluation tend à renseigner davantage sur le critique que sur l'ouvrage étudié. Cette théorie l'a d'ailleurs placé au centre d'interminables controverses internationales, qui ont entravé la réalisation de son objectif fondamental : la mise en place d'une terminologie objective et universelle pour l'étude littéraire.

Tendance mythique

L'influence de Frye s'est surtout fait sentir au milieu des années 60, lorsqu'une nouvelle génération d'universitaires américains, notamment Harold Bloom et Geoffrey Hartman, influencés par les idées avancées dans Anatomy, se sont sentis attirés par la théorie selon laquelle la critique littéraire ne serait pas le parent pauvre de la philosophie, de la psychologie, de la linguistique ou de l'esthétique, mais une discipline symboliquement coordonnée qui façonne l'imagination elle-même. À ce titre, elle détient un pouvoir qui lui est propre et peut être utile à l'étude d'autres formes d'art et aux sciences sociales. Quoique Frye estime que ses idées puissent par ailleurs servir aux écrivains dans leur processus créateur, les écrivains canadiens ont souvent malmené cette notion. Sa pensée a néanmoins renforcé une tendance mythique importante dans la poésie canadienne des années 50 et 60, surtout dans l'oeuvre de certains de ses anciens étudiants, comme Jay Macpherson, James Reaney et Margaret Atwood. The Educated Imagination (1962) constitue une approche plus facile de ses exposés, qui dans l'ensemble, sont très théoriques.

Voir aussiThe Bush Garden: Essays on the Canadian Imagination.


En savoir plus // Northrop Frye

Lecture supplémentaire

  • John Ayre, Northrop Frye: A Biography (1989); Robert Denham, ed, A World in a Grain of Sand: Twenty-two Interviews with Northrop Frye (1991); David Cayley, Northrop Frye in Conversation (1992).