Nouvelle-Écosse de 1714 à 1784

Le traité d'Utrecht reconnaît en 1713 la partie péninsulaire de la Nouvelle-Écosse comme possession de la Grande-Bretagne (qui la néglige jusqu'en 1749 - période d'« administration fantôme » et de « fausse souveraineté »).

Edward Cornwallis, soldat et administrateur
Edward Cornwallis, fondateur de Halifax (avec la permission des Biblioth\u00e8que et Archives Canada/C-11070).

Le traité d'Utrecht reconnaît en 1713 la partie péninsulaire de la Nouvelle-Écosse comme possession de la Grande-Bretagne (qui la néglige jusqu'en 1749 - période d'« administration fantôme » et de « fausse souveraineté »). Comme la garnison, quelques marchands à Annapolis, des pêcheurs et une poignée de soldats à Canso sont les seuls habitants anglais, l'assemblée élective prescrite par les commissions du gouverneur est inopérante. Les Acadiens (voir Acadie) forment le gros de la population et on leur accorde un an pour prêter un serment d'allégeance inconditionnelle. Ils persistent dans leur refus, mais on ne les force pas à s'en aller; au contraire, leur nombre augmente, passant de près de 2000 en 1710 à plus de 12 000 vers 1750.

Bien décidé à éliminer le danger que représente la présence française à Louisbourg, sur l'île Royale (île du Cap-Breton), le gouverneur du Massachusetts, William Shirley, à la tête de troupes de la Nouvelle-Angleterre appuyées par une armée britannique en mer, s'empare de la forteresse en 1745. À leur grande déception, il faut cependant la restituer aux Français en vertu du traité d'Aix-la-Chapelle en 1748. Le gouvernement britannique décide alors de faire contrepoids à Louisbourg : en juin 1749, Edward Cornwallis et quelque 2500 colons fondent Halifax et en font la capitale provinciale. Dans les quelques années qui suivent, de nombreux « protestants étrangers », surtout des Allemands, arrivent eux aussi, dont bon nombre fondent Lunenburg en 1753.

À la veille de la guerre de Sept Ans, le gouverneur Charles Lawrence projette de supprimer la menace que représentent les Français de Fort Beauséjour et le missionnaire français, l'abbé Jean-Louis Le Loutre, qui attise le sentiment antibritannique parmi les Acadiens et les Mi'kmaqs. Beauséjour est défait par les forces de Lawrence en juin 1755. Dans les quelques mois qui suivent, après que les Acadiens aient rejeté l'ultimatum final de prêter serment, Lawrence prend l'initiative d'en déporter 6000. Après la guerre, environ 2000 Acadiens reviennent s'établir dans la province, plusieurs dans le nouveau canton de Clare. L'après-guerre voit aussi l'annexion à la Nouvelle-Écosse de l'île du Cap-Breton et de l'Île-du-Prince-Édouard, mais cette dernière se sépare définitivement en 1769 et la première, temporairement, de 1784 à 1820.

Devant l'insistance des ressortissants de la Nouvelle-Angleterre en faveur des « droits des Anglais » à Halifax, Lawrence, sur les directives de Londres, convoque à contrecoeur une assemblée élective qui se réunit à Halifax le 2 octobre 1758, la première à siéger dans ce qui est maintenant le Canada. Pour occuper les anciennes terres des Acadiens, il émet aussi des proclamations invitant les colons à s'y établir. Entre 1760 et 1763 seulement, pas moins de 4500 ressortissants de la Nouvelle-Angleterre s'établissent dans la province. À peu près à la même époque, arrivent 500 colons de l'Ulster, la plupart sous la direction d'un aventurier, le colonel Alexander McNutt. Ils sont suivis en 1772 et 1773 par environ 1000 ressortissants du Yorkshire qui s'établissent sur l'isthme de Chignecto et, en 1773, par près de 200 Écossais qui s'installent à Pictou (voir Hector). Mais ce sont les ressortissants de la Nouvelle-Angleterre qui jettent les assises durables de la Nouvelle-Écosse, faisant de cette dernière une « nouvelle Nouvelle-Angleterre ». D'environ 8000 habitants en 1763, la population s'élève à plus de 17 000 en 1775, plus de la moitié étant originaire de la Nouvelle-Angleterre.

Les ressortissants de la Nouvelle-Angleterre s'avèrent toutefois incapables d'instaurer certaines de leurs coutumes d'autonomie gouvernementale. Au lieu des assemblées de ville, ils doivent accepter le système antidémocratique anglais de gouvernement local par les tribunaux des assises et les jurys d'accusation. Ces institutions demeurent en vigueur jusqu'en 1879 parce que la province est sous la gouverne de l'oligarchie des marchands et des fonctionnaires d'Halifax qui dominent le Conseil des Douze et manipulent l'Assemblée afin de servir leurs propres intérêts. Pendant une douzaine d'années avant 1775, ce groupe dirigé par Joshua Mauger, ex-député au parlement de Londres, pille la province, obtient le rappel de trois gouverneurs et fait échouer les tentatives vaines, mais bien intentionnées, du gouverneur Francis Legge de mettre fin à leurs abus.

Pendant la guerre de l'Indépendance Américaine, il est certain que de nombreux ressortissants de la Nouvelle-Angleterre en Nouvelle-Écosse sympathisent avec les Américains. Ils désirent autant commercer avec le Massachusetts qu'avec les effectifs britanniques. Toutefois, en dehors de la très britannique ville d'Halifax, les Néo-Écossais ne démontrent aucun désir de s'impliquer. John Bartlet Brebner les qualifie avec raison de « yankees neutres de la Nouvelle-Écosse ». Évidemment, le fait qu'ils soient dispersés le long des côtes d'une étroite péninsule, coupée par une nature rebelle, les empêche d'agir de façon unifiée et concertée. Mise à part la courte rébellion sans lendemain d'Eddy au fort Cumberland, la Nouvelle-Écosse demeure calme. En 1782, les Loyalistes commencent à arriver, les premiers d'une grande vague qui a grandement influencé la province et débouché, en 1784, sur la création de provinces séparées : le Nouveau-Brunswick et le Cap-Breton.


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