Philosophie

Le mot « philosophie », dans son sens grec originel, signifie « amour de la sagesse », en théorie et dans la pratique.

Philosophie

Le mot « philosophie », dans son sens grec originel, signifie « amour de la sagesse », en théorie et dans la pratique. Sur le plan théorique, les philosophes se questionnaient sur l'origine, la composition et la structure de l'univers ainsi que sur la nature de l'être humain et sa place dans l'univers. Sur le plan pratique, ils se penchaient sur des questions de conduite, telles que la moralité personnelle et comment nous devrions organiser nos relations interpersonnelles, tant dans notre vie privée qu'au sein d'institutions publiques, comme l'État. Les philosophes étaient parfois perçus comme des sages, des personnes perspicaces et sensées, qui supportent les épreuves avec sérénité. On dit alors que la personne accepte les revers « avec philosophie ».

Évolution de la philosophie comme discipline
La conception de la philosophie a évolué depuis ses origines. Le questionnement théorique susmentionné relève maintenant en grande partie, mais pas entièrement, des sciences spécialisées, telles que la physique, la chimie, la biologie et la psychologie. Les préoccupations philosophiques d'ordre formel, qui sont surtout notre propos ici, sont devenues une discipline universitaire, exigeant une formation spécialisée et suscitant une réflexion critique sur bien d'autres disciplines.

La philosophie est l'affaire de tous
Malgré sa spécialisation, la philosophie demeure l'affaire de tous. Chacun peut avoir sa propre philosophie de la vie. Il s'agit alors d'une conception globale du monde et de la place qu'y occupent les personnes, une vision de la moralité et de la société idéale ainsi qu'un programme individuel qui guide sa propre vie et son comportement. Cette philosophie de la vie peut être héritée, sans trop y penser, de son propre milieu social. La philosophie fait partie de la culture générale. En ce sens, on peut dire que les peuples autochtones du Canada ont une ou plusieurs philosophies. Divers groupes d'immigrants européens sont venus ici avec leur philosophie. Plus récemment, des immigrants de l'Asie de l'Est et du Sud, du Moyen-Orient, des Caraïbes et d'autres pays du monde ont apporté de nouvelles façons de penser. En tant que nation commerçante, le Canada a toujours été conscient des nombreux courants de pensée qui prévalent ailleurs dans le monde, et ceux-ci l'ont influencé.

Pluralisme canadien
Au Canada, le milieu philosophique est pluraliste, à la fois au sens général et au sens plus strict où cette discipline l'entend. Néanmoins, notre politique de multiculturalisme exige non seulement de la tolérance, mais assez de compréhension mutuelle et de terrains d'entente pour permettre d'entretenir un système social et politique commun.

Aperçu d'articles sur la philosophie au Canada
La philosophie canadienne (ou plutôt la philosophie au Canada) peut être subdivisée de trois façons distinctes. D'une part, il faut distinguer deux périodes : avant 1950 et après 1950, puisqu'elles présentent de nettes différences. D'autre part, la période après 1950 se répartit en diverses branches, reflétant la spécialisation qui s'est produite. Enfin, il faut distinguer l'apport du Canada français et celui du Canada anglais, eu égard aux différences historiques et sociales et au caractère bilingue (voire binational) du pays.

La philosophie avant 1950 dans le Canada français et le Canada anglais

La pratique de la philosophie au Canada avant 1950 (voir PHILOSOPHIE AVANT 1950, LA) comporte certaines particularités. Le pays compte alors fort peu de philosophes professionnels. Souvent, ces derniers oeuvrent au sein d'une institution religieuse ou s'y conforment. La géographie et parfois la langue les séparent. Cela, combiné avec la pauvreté relative des communications et la rigidité des structures institutionnelles, contribue à maintenir les philosophes dans un certain isolement. La plupart enseignent la philosophie. Occupés par une charge professorale prégnante, ils préservent et transmettent, comme élément d'une culture de l'esprit, un aperçu historique, une tradition philosophique particulière ou les versions d'une « école », comme le thomisme, la théorie écossaise du sens commun ou l'idéalisme objectif. Cela n'empêche qu'au cours de cette période, la philosophie a connu des changements importants et que l'apport de certains philosophes bien connus a contribué à enrichir la vie intellectuelle et la culture canadiennes.

La philosophie après 1950 dans le Canada français et le Canada anglais

Vers 1950, la richesse croissante du Canada, son explosion démographique et le nouvel intérêt porté à la culture et à l'éducation produisent une véritable révolution. En 1948, le REFUS GLOBAL de Paul-Émile Borduas est le porte-drapeau d'une révolte contre l'orthodoxie au Québec. Il s'ensuit la constitution, en 1961, de la Commission royale d'enquête sur l'enseignement dans la province du Québec (dite Commission Parent) et un vaste mouvement de sécularisation. À l'échelle fédérale, la constitution, en 1959, de la COMMISSION ROYALE D'ENQUÊTE SUR L'AVANCEMENT DES ARTS, LETTRES ET SCIENCES AU CANADA (dite Commission Massey) et la création, en 1957, du CONSEIL DES ARTS DU CANADA sont des événements marquants qui ont permis le soutien financier des études supérieures, des sciences et de la culture dans l'ensemble du pays.

La croissance rapide des universités donne lieu à une multiplication du nombre de philosophes ainsi qu'à leur professionnalisation et à leur sécularisation. Souvent, ces derniers se consacrent à des problèmes techniques ésotériques, se considèrent membres d'un milieu universitaire cosmopolite international (plutôt que national), ne se prennent nullement pour des sages, ne manifestent aucun intérêt pour les affaires locales et ont peu d'échanges avec le public.

Toutefois, bien des choses vont amener peu à peu une communauté nationale de philosophes à se constituer. D'abord, des changements surviennent dans le domaine des communications et des déplacements. Ensuite, plusieurs organismes professionnels sont créés, notamment l'Association canadienne de philosophie (ACP, 1957). Plus tard, des associations régionales dans les provinces de l'Atlantique, dans l'Ouest canadien, au Québec et en Ontario et le lancement de revues telles que Dialogue (1962) et le Canadian Journal of Philosophy (1971) y contribuent, de même que les contacts personnels au cours de rencontres professionnelles, comme les congrès des sociétés savantes. Une harmonie relative, associée à une interaction productive entre les deux groupes linguistiques et à d'importants intérêts communs en philosophie, est alimentée par l'existence de la revue bilingue Dialogue et par la politique, au sein de l'ACP, du bilinguisme passif, comme par la pratique d'alterner les charges au sein de l'exécutif entre anglophones et francophones. Ainsi, même si les philosophes ne sont pas toujours d'accord, ils apprennent à vivre ensemble et à se comprendre mutuellement.

Dans le Canada d'aujourd'hui, les philosophes ont de multiples allégeances, notamment à un milieu universitaire international qui se consacre à tel ou tel problème ou qui défend telle école de pensée qui les intéresse, au département de leur propre université et, enfin, à une communauté régionale ou au Canada en tant que pays. La première de ces allégeances est souvent la plus forte, puisque nombre de philosophes sont des immigrants, surtout des États-Unis ou de l'Europe, avec peu d'attaches locales, sans compter que bon nombre d'entre eux estiment que la philosophie est une entreprise universelle qui transcende les préoccupations locales.

Néanmoins, on peut discerner trois tendances qui font contrepoids à cette optique universaliste. D'une part, des historiens et quelques philosophes s'intéressent à l'histoire intellectuelle du Canada et d'autres pays, et cette histoire comprend l'évolution régionale ou nationale de la philosophie (voir ÉTUDES CANADIENNES). D'autre part, le Canada s'est toujours heurté à des problèmes particuliers de communication en raison de son vaste territoire et a produit d'éminents théoriciens des communications, tels que Harold INNIS et Marshall MCLUHAN. Les nouvelles formes de communication électronique (le courriel et le Web, par exemple), tout en facilitant la création de communautés internationales virtuelles, aident aussi les philosophes à se regrouper en communautés régionales ou nationales pour se pencher sur des problèmes qui leur sont propres. Voilà qui pourrait revitaliser l'idée du Canada comme « communauté de communautés ».

Enfin se manifeste un intérêt croissant, peut-être motivé par l'obligation de rendre des comptes au public, pour la philosophie appliquée, ce qui pourrait donner lieu à un rapprochement entre les philosophes professionnels et le public canadien. La manifestation la plus évidente de cette tendance est la partie de l'éthique qui se consacre à l'« éthique appliquée », notamment à la DÉONTOLOGIE MÉDICALE, à l'éthique professionnelle et à la déontologie des affaires, où les philosophes peuvent discuter de façon intelligible des problèmes réels qui se posent aux praticiens. Des travaux appliqués sont effectués en PHILOSOPHIE POLITIQUE, mais au Canada, il reste beaucoup à faire dans le contexte fertile en problèmes qu'est l'État fédéral, multiculturel et bilingue (voire binational).

Branches de la philosophie

Après 1950, comme on l'a mentionné plus haut, la philosophie au Canada s'est transformée en une discipline plus spécialisée et plus technique. Il n'est donc pas inutile de se pencher sur ses diverses branches ou sous-disciplines en mettant en relief les questions posées, plutôt que les diverses réponses qui y sont données, et cela, par souci d'objectivité.

Philosophie sociale et politique

La PHILOSOPHIE SOCIALE ET POLITIQUE est étroitement liée à l'éthique. Dans quelle mesure le bien de la personne dépend-il du bien d'un groupe social? Quelles obligations avons-nous à l'égard d'autrui? Qu'est-ce qu'une société juste? Les États doivent-ils se fonder sur des nations qui existent déjà (peuples, tribus, clans, familles)? Y a-t-il à la fois des droits individuels et des droits collectifs, et quels devraient en être les rapports? Quel régime politique ou juridique devrions-nous avoir? Sur quels principes de base ce régime devrait-il s'appuyer? Voilà des questions d'intérêt capital dans un pays bilingue et multiculturel comme le Canada.

Logique

Qu'elle soit déductive ou inductive, que le discours en soit informel ou rhétorique, la logique étudie les principes du raisonnement valide et de l'inférence. Dans quelles conditions les prémisses d'un argument mènent-elles à une conclusion? Autrement dit, dans quelles conditions, si les prémisses sont vraies, la conclusion est-elle vraie sans aucun doute possible? Dans quelles conditions les prémisses aboutissent-elles à une conclusion sinon certaine, du moins probable? Quelles caractéristiques rendent un argument ou une inférence valide plutôt qu'invalide? À plusieurs égards, la logique est devenue très technique, voire quasi mathématique, comme dans le cas des systèmes axiomatiques déductifs, du calcul des probabilités et des subtilités syntaxiques, sémantiques et pragmatiques du langage.

Épistémologie

L'ÉPISTÉMOLOGIE (théorie de la connaissance) étudie les normes qui régissent la croyance raisonnable et l'atteinte de la vérité. Elle pose des questions au sujet de la connaissance. Qu'est-ce que la connaissance? Pouvons-nous connaître une chose? Que pouvons-nous connaître? Comment pouvons-nous connaître? Autrement dit, quelles sont les sources de la connaissance? L'épistémologie porte sur des questions fondamentales. Qu'est-ce que la vérité? Quels sont les critères de vérité? Elle s'interroge aussi sur d'autres sujets. Qu'est-ce qu'une croyance raisonnable ou justifiée? Quel rôle la raison, l'expérience, l'intuition et la foi jouent-elles pour justifier une croyance? La question est centrée d'habitude sur le normatif, c'est-à-dire sur ce que nous devrions croire ou sur ce que nous sommes justifiés de croire. Néanmoins, de telles questions peuvent être examinées, selon une optique psychologique ou sociologique, dans le contexte de ce qu'elles révèlent de nos pratiques et de nos pouvoirs cognitifs.

Métaphysique

Traditionnellement, la MÉTAPHYSIQUE s'occupe des questions d'ontologie. Qu'est-ce qui existe? Qu'est-ce qui est réel? Elle porte aussi sur la cosmologie. Quelles sont l'origine de l'univers, son évolution et sa fin? Ces questions relèvent aujourd'hui en bonne partie de sciences spécialisées, comme l'astrophysique. Toutefois, certaines questions demeurent. Qu'entend-on par « être »? Que voulons-nous dire quand nous disons que quelque chose existe ou est réel? Y a-t-il une différence? Le mode d'existence des personnes diffère-t-il de celui des choses, et quelles seraient les implications d'une telle différence? La métaphysique examine, comme dans le passé, les catégories de pensée les plus générales, abstraites et fondamentales : chose, personne, propriété, relation, événement, espace, temps, action, le possible et l'actuel. Elle pose des questions à propos de l'apparence et de la réalité. La réalité du monde diffère-t-elle grandement de son apparence? Elle se penche sur l'ordre général des choses, notamment le déterminisme. Tout événement a-t-il une cause? Elle s'interroge sur la liberté. Avons-nous le libre arbitre? Le déroulement de nos vies est-il décidé à l'avance par le destin?

Éthique

L'éthique demande : Qu'est-ce qui est bien? Qu'est-ce qui est un bien ou une valeur en soi, et qu'est-ce qui est bien comme moyen ou conséquence? Quelles actions sont un bien, et quelles autres sont un mal? Qu'est-ce qu'une personne vertueuse? Quels sont nos droits et obligations? Qu'est-ce que la justice? Pouvons-nous déterminer ce que les gens méritent, et, dans l'affirmative, sur quoi nous basons-nous? L'éthique théorique pose des questions critiques et réflexives à caractère normatif. Quels sont les principes valides du raisonnement éthique (logique)? Y a-t-il des vérités morales (épistémologie)? Dans l'affirmative, pouvons-nous connaître ces vérités et comment (métaphysique)? Que devons-nous postuler à propos de la nature de l'univers pour appuyer ou justifier des arguments moraux? Les arguments moraux correspondent-ils à de simples conventions sociales ou s'appuient-ils sur la nature, la raison ou des commandements divins?

Philosophie de X

La philosophie des sciences, de la religion, de l'histoire, de l'art, de l'éducation, du droit, de l'esprit, du langage constitue un examen critique et réflexif dans un domaine particulier, où des questions sont posées à propos des présupposés métaphysiques, logiques, épistémologiques et éthiques du domaine en question. Une foule de questions peuvent être abordées. Qu'est-ce que le savoir scientifique? Est-il supérieur aux autres formes de connaissance? Pourrait-il être le seul genre de connaissance fiable? Les croyances religieuses sont-elles une question de raison ou de foi, ou des deux? Les explications historiques diffèrent-elles des explications scientifiques? L'art doit-il avoir un but moral? Quels objectifs l'éducation devrait-elle viser? Le droit utilise-t-il un mode spécial de raisonnement? Le droit doit-il faire respecter la moralité? L'esprit et la matière sont-ils fondamentalement différents? Les événements mentaux sont-ils tributaires des événements physiques (c'est-à-dire du cerveau), ou les deux ont-ils un effet identique? Qu'est-ce qui définit une personne et l'identité personnelle? Comment des symboles arbitraires (tels que des mots) peuvent-ils acquérir un sens et même désigner un possible qui n'est pas actuel? Dans quelle mesure faut-il manier un langage quelconque pour être humain? Une grande partie de la philosophie moderne est « ponctuelle », s'efforçant de trouver des réponses à de pareilles questions.

Systèmes philosophiques synoptiques

Les systèmes philosophiques synoptiques correspondent à diverses tentatives de fournir un ensemble systématique, global et cohérent de réponses à des questions philosophiques. Ces systèmes peuvent comporter les éléments suivants : une métaphysique (un ensemble de catégories fondamentales, une ontologie, une cosmologie ainsi qu'une théorie de la réalité qui explique le monde et la façon dont il se présente à nous) qui repose sur le savoir scientifique d'une époque donnée; une théorie de la connaissance qui délimite ce qui peut être connu et de quelle façon; une logique qui fixe des normes et limites pour l'usage correct de la raison; une anthropologie philosophique qui décrit la nature humaine et notre place dans l'univers; et un ensemble de normes qui régissent la moralité, nos droits et obligations ainsi que ce qui fait qu'une société est juste. De tels systèmes sont souvent associés à un penseur individuel, tel que Platon, Aristote, Thomas d'Aquin, Descartes, Hume, Kant, Hegel ou Heidegger, ou alors, à une « école » de philosophie, telle que l'empirisme logique ou l'existentialisme.

Histoire de la philosophie

Que la philosophie ait une histoire semble revêtir plus d'importance pour la philosophie que, disons, l'histoire de la physique en a pour la physique. En effet, les systèmes philosophiques d'un groupe ou d'une période, ou du moins les solutions proposées à des problèmes donnés, sont de précieux artefacts culturels. Certains philosophes se veulent les gardiens d'une culture et se donnent pour mission de conserver, d'adapter et de transmettre une philosophie ancrée à une période donnée de l'histoire. Ils peuvent la considérer comme une philosophie définitive, valable partout et pour toujours, ou au moins valable pour un peuple particulier. D'autres s'occupent de l'histoire de la philosophie parce qu'ils estiment qu'il y a d'importantes leçons à tirer des erreurs commises dans le passé. Quoi qu'il en soit, il demeure que l'enseignement de la philosophie s'appuie en grande partie sur son histoire. En outre, la compréhension, l'interprétation et la transmission, d'une part, ou la critique, d'autre part, de philosophes individuels ou d'écoles de philosophie occupent une grande place dans l'histoire de la philosophie. À vrai dire, nul philosophe ne peut se passer d'une contribution aussi importante à la culture intellectuelle.

La question de savoir si la philosophie canadienne a un caractère propre, avec des caractéristiques distinctives, ou des propos sur le développement de la philosophie au Canada seraient sujets à une autre discussion.


Lecture supplémentaire

  • Honderich, Ted, ed, The Oxford Companion to Philosophy, 2nd Edition (2005); Concise Routledge Encyclopedia of Philosophy (2000); Dialogue XXV (1986).

Liens externes