Princesse Patricia de Connaught

Son Altesse Royale la princesse Victoria Patricia Helena Elizabeth de Connaught (née le 17 mars 1886 à Londres, Royaume Uni; décédée le 12 janvier 1974 à Windlesham, Surrey, Royaume Uni). La princesse Patricia a résidé au Canada de 1911 à 1916 et a agi comme hôtesse pour son père, le duc de Connaught, pendant son mandat de gouverneur général. Elle a donné son nom au Princess Patricia’s Canadian Light Infantry et est devenue colonelle en chef honoraire en 1918. Artiste talentueuse, inspirée par les paysages canadiens, elle a présenté ses peintures dans des expositions d’art canadien et certaines de ses œuvres sont abritées dans des collections canadiennes.

Princesse Patricia de Connaught
\r\nPhoto de la princesse Patricia of Connaught (1919)\r\n

Jeunesse

La princesse Patricia voit le jour le 17 mars 1886 au palais de Buckingham. Elle est la plus jeune des trois enfants du prince Arthur, duc de Connaught et de la princesse Louise‑Margareta de Prusse, duchesse de Connaught. On la nomme Victoria en hommage à sa grand‑mère paternelle, la reine Victoria, et Patricia parce qu’elle naît le jour de la Saint‑Patrick. En tant que troisième fils de la reine Victoria, le duc de Connaught occupe une série de postes militaires et diplomatiques dans tout l’Empire britannique et dans les dominions. La princesse voyage avec ses parents dès son plus jeune âge, demeurant avec eux en Inde de 1887 à 1890, où elle commence à parler un mélange d’anglais, d’allemand et d’hindoustani. En 1905, la famille entreprend une vaste tournée en Europe méditerranéenne et en Afrique du Nord, avant d’assister à l’inauguration du premier parlement de l’Union d’Afrique du Sud en 1910.

Esprit indépendant

Lorsque la princesse Patricia atteint sa majorité, les médias spéculent sur l’identité de son futur mari, sans toutefois douter qu’il sera membre de l’une des familles régnantes en Europe. Le roi Alphonse XIII d’Espagne, le grand‑duc Michel de Russie et le futur roi Manuel II du Portugal font partie de ses prétendants. Cependant, la princesse rejette toute tentative d’organiser un mariage dynastique.

Contrairement à sa grand‑mère, la reine victoria, qui a désapprouvé la campagne pour le droit de vote des femmes, la princesse Patricia se montre plus encline, à l’instar de sa tante la princesse Louise, à promouvoir une extension des droits politiques des femmes. En 1913, la princesse nomme une suffragette connue comme dame de compagnie, une décision que les médias interprètent comme un soutien tacite à l’octroi du droit de vote aux femmes. La reine Mary, épouse de son cousin le roi George V, désapprouve fortement cette nomination. Le Toronto World écrit, le 26 septembre 1913, que le roi, la reine et la princesse ayant tous été invités au domaine Spencer à Althorp, la reine n’a pas voulu rencontrer Mlle Glenteil, la fameuse suffragette, et que la princesse Patricia, refusant d’honorer cette invitation sans sa dame de compagnie, a décliné l’invitation et accepté de participer à une autre manifestation mondaine.

Canada

En 1911, le duc de Connaught est nommé gouverneur général du Canada. Patricia se rend, avec ses parents, au Canada et arrive à Québec en octobre. En raison de la mauvaise santé de sa mère, elle joue souvent le rôle d’hôtesse auprès de son père qu’elle accompagne lors de ses visites et de ses engagements officiels. « Princesse Pat », comme on la surnomme, devient rapidement, indépendamment de son père, une personnalité populaire au Canada. En mai 1912, elle se rend, avec le gouverneur général à Winnipeg et dans les Maritimes. À l’automne de 1912, elle visite, avec ses parents, le Nord de l’Ontario, la Saskatchewan, l’Alberta et la Colombie britannique et assiste au premier Stampede de Calgary.

En l’honneur de la visite de la princesse à Victoria en 1912, la baie Union est rebaptisée baie Patricia. La même année, la province de l’Ontario s’élargit au nord de la rivière Albany et nomme la nouvelle région « District of Patricia ». (En 1937, le Patricia Act adjoint le district de Patricia au district de Kenora, et la région deviendra connue sous le nom de « Patricia Portion ».)

Figure populaire aussi bien au Canada qu’aux États‑Unis, la princesse Patricia est célèbre pour ses performances athlétiques. Comme l’écrit un journal américain au moment de son mariage en 1919 : « [Patricia] aime les sports de plein air et, lors de sa tournée au Canada avec son père, le gouverneur général, elle a chevauché son cheval fougueux lors de son séjour à Banff Springs, en Alberta, au cœur des montagnes, a battu son père sur les parcours locaux de golf et a fait la démonstration de sa maîtrise de la natation dans la grande piscine de l’hôtel. » Également adepte des sports d’hiver, elle accueille des fêtes du patinage à Rideau Hall à Ottawa.

Son Altesse Royale la princesse Patricia et le major Worthington patinant sur la patinoire de Rideau Hall. (février 1914, Ottawa)

Art

La princesse Patricia, une artiste accomplie, a créé au cours de sa vie plus de 600 œuvres : des peintures à l’huile, des aquarelles, des gouaches ainsi que des dessins au crayon et à l’encre. Pendant son séjour au Canada, elle contribue, par son travail, à des expositions, améliorant grandement la visibilité des associations artistiques canadiennes. La Montreal Gazette écrit que l’exposition de printemps de l’Art Association of Montreal de 1912 est devenue une manifestation mondaine ayant bénéficié d’une attention accrue du seul fait de la présence, parmi les œuvres exposées, de six toiles de SAS la princesse Patricia de Connaught, notamment deux paysages enneigés et une vue de la résidence gouvernementale à Ottawa. La princesse trouve son inspiration dans la nature canadienne, peignant dans son atelier à Rideau Hall et dessinant lors de tournées royales dans le cadre de paysages aussi variés que le lac Louise et la baie Alert sur la côte du Pacifique. La plupart de ses peintures sont restées dans sa famille, mais certaines collections canadiennes abritent quelques‑unes de ses œuvres, notamment une peinture de 1916 intitulée Ice breaking up in Spring on the Ottawa River, below the Rideau Falls qui se trouve au Musée des Beaux‑Arts de l’Ontario.

Première Guerre mondiale

La princesse donne son nom au Princess Patricia’s Canadian Light Infantry (PPCLI) en 1914. Le régiment, parrainé par l’homme d’affaires montréalais, Andrew Hamilton Gault, sera le dernier à être financé sur des fonds privés dans l’Empire britannique et les dominions. C’est le commandant du régiment, le lieutenant‑colonel Francis D. Farquhar, qui demande au duc de Connaught la permission de donner à son unité le nom de sa fille. La princesse Patricia va s’intéresser de très près au régiment qui porte son nom allant jusqu’à concevoir et créer ses couleurs, le fameux drapeau cramoisi avec son centre bleu roi et ses initiales dorées, V.P. (pour Victoria Patricia), qui deviendra célèbre sous le nom de « Ric‑A‑Dam‑Doo », un terme dont on estime qu’il constitue une expression gaélique voulant dire « étoffe de notre mère ». Lors de la présentation des couleurs à son régiment, elle déclare : « C’est avec un grand plaisir que je vous présente ces couleurs, sur lesquelles j’ai moi‑même travaillé. J’espère qu’elles seront associées à ce que je crois être un corps d’exception. C’est avec un immense intérêt que je suivrai le sort de chacun d’entre vous, et je vous souhaite, de tout mon cœur, bonne chance et un retour sain et sauf à chaque homme de ce régiment. » La princesse devient colonel en chef honoraire du régiment en 1918.

La création des couleurs du régiment par Patricia donne naissance à une chanson populaire dans le camp canadien qui dit notamment « A rick‑a‑bamboo/Now what is that?/Its something made/By the Princess Pat. »

Après son retour en Grande‑Bretagne en 1916, à la fin du mandat de son père comme gouverneur général, la princesse Patricia continue de s’intéresser à l’armée canadienne, faisant du bénévolat au Maple Leaf Club pour des soldats canadiens à Londres et à l’hôpital militaire canadien d’Orpington. Au cours de la Première Guerre mondiale, elle se porte également volontaire pour la Croix‑Rouge, au Canada et en Grande‑Bretagne, et fonde l’hôpital de convalescence de la Croix‑Rouge Princess Patricia. Les concerts bénéfice qu’elle organise pour la Croix‑Rouge réunissent de nombreux talents musicaux, aussi bien canadiens qu’internationaux. En 1915, la soprano australienne Nellie Melba et la soprano canadienne Pauline Donalda se produisent, à Rideau Hall, dans le cadre de concerts bénéfice en temps de guerre.

En 1917, la princesse Patricia figure sur le billet d’un dollar canadien, qui restera en circulation jusqu’en 1923.

La princesse Patricia inspecte la Princess Patricia's Canadian Light Infantry (21 février 1919)

Mariage et deuxième partie de vie

Le 27 février 1919, à l’âge de 32 ans, Patricia épouse l’honorable Alexander Ramsay (qui deviendra le contre‑amiral sir Alexander Ramsay) à l’abbaye de Westminster, à Londres. Elle est le premier membre de la famille royale à se marier à l’abbaye de Westminster depuis le roi Richard II en 1382. Ce mariage crée un précédent, et les futurs mariages royaux se tiendront également à l’abbaye, notamment celui de la reine Elizabeth II et du prince Philip en 1947. Après son mariage, la princesse choisit de s’appeler lady Patricia Ramsay, ce qui ne l’empêche pas de continuer à bénéficier de la préséance accordée aux princesses lors des manifestations royales.

Réception de mariage de la princesse Patricia
Photo de la réception de mariage de la princesse Patricia de Connaught avec l'honorable Alexander Ramsay le 27 février 1919.

Alexander Ramsay avait été aide de camp naval du duc de Connaught au Canada et avait demandé la princesse Patricia en mariage dans le cadre du pavillon de pêche de l’homme d’affaires canadien J.K.L. Ross à St. Ann’s Bay en Nouvelle‑Écosse. Leur mariage suscite un vif intérêt de la part du public au Canada, la princesse recevant de nombreux cadeaux de la part de personnalités canadiennes. Les membres du PPCLI assistent au mariage durant lequel on joue notamment la marche du régiment. L’unique enfant du couple, Alexander (qui deviendra le capitaine Alexander Ramsay de Mar), naît le 21 décembre 1919.

Lady Patricia Ramsay (princesse Patricia de Connaught) avec son fils, Alexander Ramsay de Mar, vers 1921.\r\n

Patricia continue d’être une artiste prolifique. Elle intègre le New English Art Club et devient membre honoraire du Royal Institute of Painters in Water Colours. En 1942, elle reçoit, en héritage de sa tante la princesse Louise, comme elle artiste et ancienne consort vice‑royale du Canada, une maison, Ribsden Holt, à Windlesham, où elle vivra jusqu’à son décès. C’est avec beaucoup de chaleur et d’enthousiasme qu’elle évoque le temps passé au Canada, décrivant Rideau Hall comme « une demeure tant aimée où j’ai vécu en ces jours aujourd’hui lointains, mais qui sont toujours dans ma mémoire ».

Visite au Canada de 1964

En septembre 1964, Patricia effectue une visite officielle à Edmonton pour célébrer le 50e anniversaire du PPCLI, dans le cadre de laquelle elle passe le régiment en revue. À cette occasion, elle publie la déclaration suivante :

« Il n’y a pas véritablement de mots pour exprimer l’immense fierté et l’intense affection que j’éprouve vis‑à‑vis de ce magnifique et célèbre régiment. Le courage, la bravoure et le dévouement total à son devoir démontrés, sans faiblir, par ce régiment depuis sa création dépassent largement mes capacités laudatives. Je ne peux que lui rendre hommage, ce que je fais de tout mon cœur. Croyez‑moi, je suis véritablement très honorée que mon nom soit porté par les membres du Princess Patricia’s Canadian Light Infantry, qui ont amplement fait la preuve qu'ils étaient des militaires d'une qualité exceptionnelle. »

Un nouveau quartier intégré à Edmonton en 1964 est nommé Patricia Heights.

Décès

Patricia décède en 1974. C’est sa filleule, lady Patricia Brabourne Knatchbull, comtesse Mountbatten de Birmanie (1924‑2017), qui lui succède comme colonel en chef du PPCLI. La comtesse, cousine germaine du prince Philip duc d’Édimbourg, occupera ce poste jusqu’en 2007, date à laquelle elle sera remplacée par Adrienne Clarkson.


Lecture supplémentaire

  • Arthur Bousfield and Garry Toffoli, Royal Tours 1786–2010: Home to Canada (2010)

  • Marlene A. Eilers, Queen Victoria’s Descendants (1987)

  • Noble Frankland, Witness of a Century: Life and Times of Prince Arthur, Duke of Connaught (1850–1942) (1993)

  • R.H. Hubbard, Rideau Hall: An Illustrated History of the Government House, Ottawa, from Victorian Times to the Present Day (1977)