Industrie des pâtes et papiers

L’industrie des pâtes et papiers regroupe des entreprises manufacturières qui transforment surtout du matériel végétal ligneux en une grande variété de pâtes, de papiers et de cartons. L’industrie canadienne naît dans les années 1800.

Pâtes et papiers, industrie des
1. Récolte des arbres. 2. Coupe en rondins et acheminement vers l'usine. 3. La machinerie transforme les copeaux de bois en pâte. 4. La pâte est mélangée à l'eau puis versée dans un appareil de forme allongée. 5. Les fibres se lient les unes aux autres à la sortie de l'appareil. 6. Les chercheurs effectuent des tests à chacune des étapes (illustration de Claire Tremblay).
Saint-Jean, usine de pâte à papier à
Sur le fleuve Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick (photo d'Al Harvey/Masterfile).

L’industrie des pâtes et papiers regroupe des entreprises manufacturières qui transforment surtout du matériel végétal ligneux en une grande variété de pâtes, de papiers et de cartons. L’industrie canadienne naît dans les années 1800. Elle subit de nombreuses transformations au fil des ans. Tout récemment, la montée des médias électroniques au détriment du papier journal a entraîné un déclin de l’industrie. Néanmoins, l’industrie des pâtes et papiers demeure une composante fondamentale de l’économie canadienne, surtout dans les collectivités éloignées et nordiques.

Comprendre l’industrie

En général, le papier est fabriqué au moyen du procédé de réduction en pâte, c’est-à-dire en écrasant des plantes fibreuses ou du matériel végétal ligneux pour en extraire ses composants cellulosiques, soit par la friction ou par des produits chimiques. Au cours de ce procédé, on obtient du papier en retirant les composants non cellulosiques, considérés comme des déchets, et l’eau, qui est enlevée au moyen de chaleur et de pression. Les premières feuilles de papier sont fabriquées en Égypte antique en superposant à angle droit de fines bandelettes de papyrus (le mot « papier » est dérivé de papyrus). Toutefois, le processus moderne de transformation de la pâte en papier a été inventé en Chine à peu près au début de notre ère. Lorsque cette technique migre vers l’Europe à la fin du premier millénaire, les peaux d’animaux sont le matériau de choix pour fabriquer le papier qu’on appelle parchemin. Leur coût élevé mène à la recherche de matières premières plus abordables, à savoir de vieilles guenilles de coton et de lin. Au XIXe siècle, alors qu’entre autres, les taux d’alphabétisation augmentent et que des journaux à grand tirage prolifèrent dans le monde occidental, on choisit le bois comme matériau plus économique. Les papetiers européens, surtout allemands, mettent au point des machines qui permettent de broyer en pâte des billes de bois de différentes essences d’arbres, puis de sécher et aplatir ces pâtes à l’aide d’une série de rouleaux progressivement plus grands et rapides. Cela permet de produire de nombreux types de pâtes et de papiers à grande échelle, dont le papier journal qui est de loin le produit le moins coûteux. Les pâtes sont aussi transformées en une vaste gamme de produits, mais surtout des produits d’hygiène personnelle comme les mouchoirs et le papier hygiénique.

Débuts de l’industrie au Canada (de 1800 à 1900)

L’industrie canadienne des pâtes et papiers naît au début des années 1800. À ses débuts, l’industrie était relativement petite, diversifiée et locale. Au départ, les besoins en papier sont comblés par du papier en provenance des États-Unis. Cependant, suivant l’augmentation de la population de la colonie, la demande en papier s’accroît, ce qui stimule la croissance de l’industrie. À la base, les papetières se concentrent dans les centres urbains de l’Ontario, du Québec et de la Nouvelle-Écosse, afin d’être près des matières premières (chiffons) et des marchés. La plupart sont fondées par des propriétaires de journaux. La première est construite entre 1803 et 1805 par James Brown. Son entreprise, l’Argenteuil Paper Manufactory, située à St. Andrews East (près de ce qui est aujourd’hui Montréal), est associée au journal qui deviendra plus tard la Montreal Gazette.

L’industrie moderne des pâtes et papiers au Canada se développe pendant la deuxième moitié du XIXe siècle. Elle est marquée par plusieurs tendances. D’abord, l’industrie se diversifie et se spécialise de façon paradoxale. Elle génère de plus grandes quantités d’un éventail de produits grandissant, dont le papier pour les livres, le papier d’impression, le papier peint et le papier d’emballage. Au même moment, la demande en papier journal croît de façon exponentielle, ce qui mène certains entrepreneurs à se spécialiser uniquement dans la fabrication de ce type de papier. John Riordon est à l’avant-garde de ce mouvement. Son dévouement lui vaut le titre de « père de l’industrie canadienne du papier journal ». Il érige sa principale usine à Merritton, en Ontario, aux abords du canal Welland, environ cinq ans avant la Confédération.

Peu après 1867, l’entreprise de John Riordon est la première au Canada à utiliser du bois plutôt que des chiffons comme matière première, opérant l’un des changements les plus importants dans l’industrie dans le dernier quart du XIXe siècle. En très peu de temps, les forêts abondantes de conifères du Canada et son potentiel énergétique inexploité de l’eau sont très recherchés par les fabricants de pâtes et papiers du pays et de l’étranger. Ils souhaitent particulièrement produire du papier journal, car la demande américaine est en croissance exponentielle et les ressources en épinette et en hydroélectricité du Canada sont des matières premières essentielles. Les producteurs du nord-est des États-Unis s’y intéressent tout particulièrement en raison de leurs craintes grandissantes devant la diminution rapide de l’approvisionnement en bois à pâte. À l’époque, la construction d’un chemin de fer traversant le nord de l’Ontario rend les arbres et les cascades de cette région accessibles à l’exploitation.

Pendant cette période, les gouvernements provinciaux sont poussés à jouer un rôle prépondérant dans l’industrie canadienne des pâtes et papiers. En effet, l’héritage colonial et l’Acte de l’Amérique du Nord britannique leur donnent le contrôle sur les ressources de l’État, notamment les terres publiques, le bois, les minéraux et l’énergie hydraulique. Cela signifie que les gouvernements de l’Ontario, du Québec et de la Colombie-Britannique, dont l’arrière-pays est riche en arbres et en énergie hydraulique, jouissent d’une autorité sur l’industrie potentiellement élevée. C’est aussi le cas des provinces moins bien loties comme celles des Maritimes. Les gouvernements provinciaux renforcent leur autorité en louant les ressources forestières et hydrauliques convoitées par l’industrie plutôt qu’en les vendant. Le gouvernement de l’Ontario conclut de tels accords avec les promoteurs d’usines de pâtes et papiers à partir des années 1890. Ce modèle sans précédent de relations locateur-locataire entre les politiciens et l’industrie est par la suite adopté par d’autres instances.

Expansion et contraction, de 1900 à 1939

À cette époque, l’industrie canadienne des pâtes et papiers connaît une longue période de croissance fulgurante jusqu’au milieu des années 1920, suivie d’un ralentissement prolongé. Les belles années sont surtout caractérisées par le développement spectaculaire du secteur du papier journal, dont la croissance est alimentée par de nombreux facteurs. Parmi ceux-ci, l’attrait irrésistible des ressources forestières et hydroélectriques du pays (surtout dans le nord de l’Ontario et au Québec), l’élimination du tarif douanier américain sur le papier journal à l’aube de la Première Guerre mondiale, la baisse du stock d’épinettes dans l’est des États-Unis et le désir croissant de produire le papier près des États du Midwest où le marché du papier journal est florissant. Il en découle la construction de nombreuses usines de pâtes et papiers, et de collectivités autour d’elles, dans l’arrière-pays de l’Ontario et du Québec et de quelques-unes en Colombie-Britannique, dans les Maritimes et à Terre-Neuve (une usine isolée est aussi construite à Pine Falls, au Manitoba). Ainsi, le Canada devient le plus grand producteur mondial de papier journal, mais dépend fortement de la demande du marché américain. La capacité de production annuelle de l’industrie explose, passant de 60 000 tonnes au tournant du XXe siècle à environ 65 fois cette quantité trois décennies plus tard.

Durant ces années, on assiste à une consolidation majeure de l’industrie, ce qui modifie son comportement. Au départ, elle est composée d’un grand nombre de petites entreprises, mais elle est graduellement dominée par un petit nombre de géants de l’industrie. Au Québec et dans les Maritimes, Canada Power and Paper, Canadian International Paper et Price Brothers se hissent au sommet, alors qu’en Ontario, il s’agit plutôt d’Abitibi Power and Paper. Les quelques usines de papier journal de la Colombie-Britannique (Pacific Mills et Powell River) opèrent indépendamment de leurs rivales de l’Est. On relève tout de même des exceptions à cette règle, à savoir les usines de papier journal appartenant en totalité ou en partie à des journaux américains. Par exemple, le Chicago Tribune construit une usine de pâtes et papiers dans le sud de l’Ontario en 1912, puis une autre à Baie-Comeau, au Québec, quelques décennies plus tard. De même, le New York Times détient environ la moitié de l’énorme usine construite au milieu des années 1920 à Kapuskasing, en Ontario. Néanmoins, l’industrie est en majorité constituée de quelques joueurs dominants, ce qui l’aide grandement à opérer comme un cartel à maintes reprises pendant cette période.

Au milieu des années 1920, un ralentissement s’amorce dans le secteur du papier journal et se prolonge dans la décennie qui suit. L’expansion excessive de l’industrie et ses énormes besoins en capital contribuent à son déclin. La construction de nouvelles usines de pâtes et papiers requiert des sommes considérables d’argent, tout comme celle des centrales électriques souvent auxiliaires. Le secteur, autrefois dominé par les entreprises familiales, repose désormais sur la capacité d’obtenir de l’appui financier provenant principalement des États-Unis. La situation devient rapidement problématique à mesure que la demande en capital augmente, car les bailleurs de fonds cherchent davantage à générer des profits en faisant la promotion et en vendant les titres des entreprises plutôt que leurs pâtes et papiers. Cela mène à une importante surcapitalisation de l’industrie, qui est désormais accablée par des frais d’emprunts fixes élevés et en grande partie contrôlée par des intérêts américains. Au début de la crise des années 1930, la majorité des sociétés en Ontario et quelques-unes du Québec sont mises sous séquestre, alors que d’autres frôlent l’insolvabilité. À la fin des années 1930, la situation se stabilise, mais le secteur souffre encore d’une forte surcapacité.

Les fabricants de papier journal sont rois dans l’industrie canadienne des pâtes et papiers, mais ses autres secteurs qui fabriquent des items comme le carton et la ouate de pâte à papier sont plus stables et prospères au cours de ces années. Elles produisent de la pâte et des catégories de papier autres que le papier journal destinées presque exclusivement au « marché intérieur », qui comprend le Canada et l’Empire britannique et qui est protégé par des tarifs douaniers favorables. Puisqu’ils sont en mesure d’exercer un contrôle très efficace dans leurs domaines de spécialité, les sociétés produisant des produits autres que le papier journal sont très rentables malgré leur petite taille et chaque secteur est dominé par quelques entreprises principales. Par exemple, presque toute la capacité de production de papier fin, dont le papier d’écriture et le papier d’édition, est entre les mains de E.B. Eddy, Rolland Paper, Howard Smith et Provincial Paper au Canada central.

Les belles années, de 1939 à 1972

Les premières années de la Deuxième Guerre mondiale marquent le début de près de trois décennies et demie quasi ininterrompues de prospérité pour le Canada et son industrie des pâtes et papiers. Le secteur du papier journal, fortement concentré au Québec et en Ontario, demeure le roi incontesté de l’industrie. Les gouvernements provinciaux de ces provinces appuient les producteurs de papier journal dans leur volonté d’exercer un contrôle monopolistique dans l’industrie, surtout en refusant la construction de nouvelles papetières. Selon cette politique, les entreprises ne peuvent augmenter leur capacité de production qu’en modernisant leurs installations existantes par l’ajout de machinerie toujours plus volumineuse et l’accélération du rythme de production du papier journal, ce que l’industrie accomplit avec une efficacité remarquable. À l’aube de la guerre, la capacité de production de papier journal est d’environ 4,3 millions de tonnes, alors qu’au début des années 1970 elle fait plus que doubler. Au cours de cette période, la propriété et le contrôle de l’industrie retombent aux mains de Canadiens, avec des sociétés telles Abitibi comme symbole de la prédominance du Canada sur le marché mondial.

En dépit de cette suprématie, les producteurs de papier journal se heurtent à certaines difficultés croissantes au fil du temps. Par exemple, elles doivent composer avec une concurrence plus vive des producteurs du sud des États-Unis et de la Scandinavie et avec la hausse des coûts de production. Par conséquent, elle traverse par intermittence des périodes difficiles pendant lesquelles on assiste à des fermetures permanentes et temporaires de papetières ainsi qu’à l’érosion constante de sa prédominance mondiale. Au même moment, la production canadienne d’autres types de papier croît de façon modeste. Par exemple, les producteurs de papier d’emballage prennent surtout de l’expansion au moyen de fusions et d’acquisitions, desquelles émergent quelques joueurs dominants. Bathurst Power and Paper s’associe à Consolidated Paper au milieu des années 1960 pour constituer Consolidated-Bathurst et Domtar, qui est aujourd’hui encore l’un des principaux acteurs de l’industrie canadienne des pâtes et papiers, naît de la fusion entre Brompton Pulp and Paper et Dominion Tar and Chemical.

Toutefois, la plus forte croissance est observée dans l’industrie des pâtes. Cette expansion est alimentée par les obstacles à l’entrée dans l’industrie du papier journal, par l’intérêt pour l’exploitation d’essences d’arbres jusqu’ici inutilisées et par les efforts déployés par des intérêts étrangers pour mettre la main sur des sources d’approvisionnement fiables et peu coûteuses en pâte brute. Plus importants encore, de nombreux gouvernements provinciaux, désireux d’exercer un contrôle quasi obsessif sur les ressources de l’État pour stimuler le développement économique, favorisent la création de nouvelles usines de pâte à papier. Par exemple, à la fin des années 1950, le gouvernement de la Nouvelle-Écosse convainc Stora Kopparberg (aujourd’hui Stora Enso), l’un des principaux producteurs de pâtes et papiers suédois, de construire une usine de pâte au bisulfite à Port Hawkesbury en lui donnant accès au bois à pâte de la région. De même, le gouvernement de la Colombie-Britannique permet la construction de plus d’une douzaine de nouvelles usines de pâte blanchie et non blanchie produisant du papier kraft (« kraft » signifie « résistant » en suédois et le papier kraft est en général brun). Plusieurs de ces nouvelles usines sont construites dans les terres intérieures de la Colombie-Britannique au cours des années 1950 et 1960, car le gouvernement provincial leur garantit un approvisionnement en fibres bon marché. Pendant ces années, l’industrie des pâtes et papiers implante d’importantes usines soutenues par des intérêts domestiques et étrangers dans les Prairies, surtout en Saskatchewan et en Alberta. Par conséquent, la capacité de production de l’industrie canadienne des pâtes passe d’un peu plus de 4 millions de tonnes en 1939 à environ 23 millions de tonnes en 1972. Ce dernier chiffre représente près de 25 % de la production mondiale de l’époque et est composé en grande partie de pâtes krafts destinées à la vente sur le marché libre.

Succès irréguliers, de 1973 à 2000

L’industrie canadienne des pâtes et papiers connaît de bonnes périodes au cours de ces années, mais les difficultés s’accumulent. Du côté des gouvernements provinciaux, certains continuent à jouer un rôle positif dans le développement de l’industrie. Par exemple, le gouvernement albertain offre d’importants incitatifs financiers à la fin des années 1980 dans le but de diversifier l’économie reposant sur les ressources de la province. Ces efforts permettent l’implantation par des intérêts américains, japonais et canadiens d’une demi-douzaine d’usines de pâte fabriquant surtout de la pâte kraft. Paradoxalement, au même moment, la mainmise exercée par les gouvernements provinciaux sur l’industrie entrave le développement de cette dernière comme jamais auparavant, particulièrement en raison de la montée du mouvement écologiste moderne. Né à la fin des années 1960, celui-ci se sert efficacement des médias modernes pour informer le public des pratiques d’exploitation forestière de l’industrie et des émissions polluantes rejetées dans l’air et dans l’eau par les usines à l’aide d’images-chocs. Leurs idées s’imposent rapidement dans le domaine politique, ce qui mène à l’adoption de lois environnementales provinciales et fédérales de plus en plus strictes. L’industrie verdit ses pratiques, ce qui entraîne une hausse importante des coûts de production.

Les producteurs de pâtes et papiers canadiens doivent aussi surmonter d’énormes embûches semées par d’autres éléments. Le gouvernement fédéral s’oppose sans cesse aux projets de consolidation des opérations de l’industrie par crainte de créer une situation de monopole, ce qui entrave grandement la capacité de l’industrie domestique d’atteindre l’envergure nécessaire pour concurrencer ses rivaux mondiaux. Au même moment, les coûts de production grimpent en flèche en raison de la hausse rapide du coût de l’énergie et de la main-d’œuvre. De plus, les coûts de production des anciens (les États-Unis et l’Europe) et des nouveaux (l’Asie et les pays en développement) concurrents sont en général beaucoup moins élevés et ceux-ci sont à la fine pointe de la technologie. L’adoption par les États-Unis de nouvelles lois exigeant une teneur de plus en plus élevée en papier recyclé dans des produits comme le papier journal exacerbe la situation, car elle compromet l’avantage de l’industrie canadienne, soit l’accès à des fibres vierges de qualité supérieure.

Ces changements, combinés à une stratégie d’affaires inopportune, sont particulièrement dévastateurs pour le secteur du papier journal. Son statut de chef de file mondial continue à s’effriter. À la fin de cette période, il accapare moins de 30 % de la capacité de production mondiale, ce qu’il atteint de manière fort inefficace en majorité. De plus, l’industrie fait preuve d’aveuglement par rapport aux nouvelles tendances observées dans la consommation de papier et a la certitude inébranlable que sa survie passe par la création d’entreprises de plus grande envergure. Abitibi Power and Paper représente le meilleur exemple de ce type de raisonnement. Elle acquiert d’abord Price Brothers au milieu des années 1970, puis fusionne avec Stone-Consolidated pour former Abitibi-Consolidated environ deux décennies plus tard.

Néanmoins, quelques bonnes nouvelles émergent à travers les difficultés qui assaillent l’ensemble de l’industrie. Elle demeure en majeure partie rentable et investit dans de nouvelles technologies considérablement plus efficaces comme les processus de fabrication de la pâte thermomécanique et chimico-thermomécanique (pour extraire les fibres, le premier use de chaleur et de friction alors que le second use de produits chimiques, de chaleur et de friction). Aussi, l’industrie devient un chef de file en matière de gestion forestière et de contrôle de la pollution. À la fin des années 1990, le Canada devient le plus grand producteur de pâte commerciale destinée au marché du papier.

Après le millénaire, de 2000 à aujourd’hui

L’industrie canadienne prospère lors des premières années du nouveau millénaire. Toutefois, un ensemble de facteurs porte un sérieux coup à l’industrie, surtout dans le secteur du papier journal, la laissant presque pour morte. Aux États-Unis, marché principal du papier journal canadien, le tirage des journaux baisse de façon précipitée alors que de plus en plus de lecteurs migrent vers les médias électroniques. De plus, les pays en développement, notamment l’Amérique du Sud, se lancent en masse dans la fabrication de pâte. Ces usines opèrent dans un climat propice aux affaires où les coûts de fabrication sont beaucoup moins élevés et où la source de fibre vierge peut être cultivée sur une période relativement courte. Aussi, en 2008-2009, le dollar canadien s’échange au-dessus du dollar américain, le marché immobilier américain s’effondre et le différend sur le bois d’oeuvre s’envenime au point où plusieurs scieries, principaux fournisseurs de copeaux de bois des fabricants de pâtes et papiers locaux, font faillite. Réunies, ces conditions créent un véritable cauchemar pour l’industrie des pâtes et papiers. Avant la fin de la première décennie du nouveau millénaire, des usines de pâtes et papiers ferment leurs portes à ce qui semble être chaque semaine. À la différence des ralentissements précédents, de nombreuses entreprises ayant fermé leurs portes sont vidées de leurs équipements et demeureront fermées à tout jamais.

Avenir

Alors que la poussière retombe sur les coups portés à l’industrie depuis le début du XXIe siècle, on ne sait toujours pas comment elle évoluera. En dépit de tous ses problèmes, elle demeure un pilier de l’économie canadienne, surtout dans les collectivités éloignées et nordiques de l’arrière-pays. Dans son ensemble, l’industrie forestière, qui englobe la pâte, le papier et le bois, fournit près de 600 000 emplois directs et indirects (2012) et contribue à hauteur de 2 % au PIB annuel du Canada, soit environ 20 milliards de dollars (2011). Le Canada demeure le plus grand producteur au monde de papier journal et de pâte kraft blanchie de résineux de l’hémisphère nord, et la demande en papier journal semble s’être stabilisée. De plus, le Canada possède ce qui est sans doute la plus grande réserve bien gérée de fibre de bois de conifères de haute qualité au monde. En outre, la plupart des entreprises ayant survécu aux difficultés du passé récent sont revenues en force. Par exemple, Domtar s’est spécialisée dans la production de papier fin pour devenir l’un des chefs de file mondiaux dans le secteur et Abitibi, connue maintenant sous le nom de Resolute, a concentré ses activités uniquement dans ses usines les plus efficaces et a entrepris de diversifier ses activités pour produire d’autres catégories de papier que le papier journal. Le développement de nouvelles idées et d’innovations est aussi porteur d’avenir. Des recherches sur les microfibres et les nanofibres de bois sont en cours. Elles visent à transformer la pâte de bois en une gamme de nouveaux produits, y compris des substituts écologiques du plastique.


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