Rap

Rap.

Genre de musique pop apparu au milieu des années 1970 à New York, mais issu en fait de diverses formes d'expression vocale propres à la culture musicale noire - en particulier le concours d'insultes « dozens »et le « toasting »(dans le sud des États-Unis, un récit oral populaire; en Jamaïque, des paroles rimées chantées par un disc-jockey sur une trame sonore produite avec des systèmes audio). La fusion dans les années 1970 de poésies politiques, du jazz, du rhythm and blues et du funk contribue au développement de ce style musical. Sous sa forme typique, le rap consiste en une récitation rythmée de couplets rimés sur fond de rythmes souvent obtenus à partir d'enregistrements manipulés sur scène (p. ex., le « scratching ») ou en studio (p. ex., l'« échantillonnage »). On utilise indifféremment les termes « rap »et « hip-hop », quoique ce dernier fasse également référence aux styles de danse urbaine (p. ex., le break-dancing), d'arts visuels (p. ex., le graffiti) et à la mode. De plus en plus populaire au cours des années 1980 et 1990, le rap subit lui-même l'influence d'autres types de musique tels que le reggae, le ska et le calypso.

Années 1970 et 1980

Aux États-Unis et, dans une moindre mesure, au Canada et ailleurs, ce genre est d'abord culturellement marginal. Certes, dès 1979, quelques succès attirent de nouveaux auditeurs, mais le rap doit attendre le milieu des années 1980 pour connaître un réel succès comme courant de musique pop. C'est seulement alors que les communautés noires de Toronto, de Montréal et d'Halifax commencent à générer des rappeurs canadiens, la plupart de culture antillaise, dont beaucoup se produisent pendant plusieurs années en amateurs sur la scène sociale. Les pionniers, de 1980 à 1984 - MCs Supreme, Brother A, Sunshine et Ebony Crew - n'enregistrent pas.

Quant à leurs successeurs, ils sont moins bien accueillis que leurs homologues américains, car les grandes compagnies de disques canadiennes s'intéressent peu à la musique noire en général. Aussi sont-ils pris en charge par des producteurs et des imprésarios indépendants, dont le plus entreprenant est Ivan Berry, des Beat Factory Productions de Toronto créées en 1987. En 1988, ses premiers poulains, Michie Mee (Michelle McCulloch) et LA Luv (Phillip Gayle), interprètent des chansons rap aux influences reggae (« On this Mike », « Elements of Style »et « Victory Is Calling ») enregistrées par des compagnies américaines et européennes.

Années 1990 et 2000

Ce n'est qu'avec le succès national en 1990 de « Let Your Backbone Slide »de Maestro Fresh-Wes (Wesley Williams; Toronto, de parents guyanais, 1968) que les compagnies canadiennes commencent vraiment à enregistrer du rap. Le premier album de Fresh-Wes, Symphony in Effect, se vend à plus de 150 000 exemplaires et contient un autre succès, « Drop the Needle ». Il reçoit en 1991 le premier prix Juno du meilleur album rap.

D'autres rappeurs canadiens importants apparaissent en 1990, comme MCJ and Cool G, HDV et les Dream Warriors. Dans « So Listen »et « Smooth as Silk », le duo montréalais MCJ and Cool G (James McQuaid et Richard Gray, tous deux de Halifax) utilise un style teinté de rhythm and blues. HDV (le Torontois Sean Merrick), qui donne plutôt dans le rap provocant et pornographique (« Pimp of the Microphone »), traite des conditions difficiles dans lesquelles vivent les Noirs des villes canadiennes. Enfin, la musique et les textes variés des Dream Warriors (Louis Robinson et Frank Allert, alias King Lou et Capital Q, de Toronto) leur permettent de triompher en Europe (1990-1991) avec « Wash Your Face in My Sink », « My Definition of a Boombastic Jazz Style »et « Ludi », mais le duo est encore peu connu au Canada. Citons aussi Simply Majestic, mené par B. Kool (« Dance to the Music [Work Your Body] »), Krush and Skad, Main Source, RazorBlayd, Top Secret, Slinky Dee, Self-Defence, et K-4ce (K-Force).

Depuis 1991 : un concurrent sérieux pour la musique pop

En 1991, les succès européens des Dream Warriors et la floraison des premiers albums enregistrés par de nombreux autres artistes ont déjà convaincu la presse internationale : Toronto constitue l'une des capitales du rap. Bien sûr, l'industrie nationale de la musique pop n'est pas encore acquise au rap canadien et celui-ci doit davantage se faire connaître à l'étranger. Mais ses disciples ont déjà mis en place, en lien avec leurs communautés, une infrastructure solide regroupant médias, producteurs et hommes d'affaires que vient renforcer l'arrivée de nouveaux artistes (Fresh B., KGB, Nu Black Nation, R & R, Sonyalive, Base Poet, Sweet Ebony, Brothers Doing Work, Nubian Islamic Force, etc.). Bref, tout est réuni au début des années 1990 pour que la musique pop canadienne affronte un concurrent sérieux qui se révélerait même souvent agressif.

À la fin des années 1990 et au début des années 2000, plusieurs rappeurs d'importance émergent sur la scène canadienne, dont Vancouver's Rascalz (« Cash Crop », 1990), Buck 65 de la Nouvelle-Écosse (Richard Terfry, « The Centaur », 1997), Choclair de Toronto (Kareem Blake, « Ice Cold »et « Let's Ride », 1999 ); Saukrates (Amani Wailoo, « Love or Money », 2000 ); k-os (Kevin Brereton, « Crabbuckit », « B-Boy Stance »et « Joyful Rebellion », 2004) et Kardinal Offishall (Jason Harrow, « Dangerous », 2008). À noter également, la collaboration de Rascalz, Checkmate, Kardinal Offishall, Thrust et Choclair pour l'album de 1998 Northern Touch(gagnant du prix Juno du meilleur album rap en 1999). Rascalz reçoit également ce prix en 1998 pour son album Cash Crop, mais le refuse en guise de protestation contre le racisme qui, selon lui, entache cet honneur depuis huit ans puisque les médias ne diffusent pas la remise de ce prix.

Adoption du rap en dehors de la communauté noire

Le succès du rap dans les années 1980 incite des musiciens blancs à l'adopter. Ainsi, les Shuffle Demons (au Canada) se font connaître dès 1987 avec « Spadina Bus »et « Get Outta My House, Roach », deux pièces teintées de rap. En 1990, le public apprécie également la version rap d'une chanson de Lou Reed (« Walk on the Wild Side ») concoctée par le trio bilingue et multiracial Laymen Twaist, de Montréal. Le Canadien japonais Kish (Andrew Kishino, Toronto) qui, comme Maestro Fres-Wes, est produit par First Offence, l'équipe formée par Peter et Anthony Davis, réalise son premier enregistrement en 1991, avec « I Rhyme the World in 80 Days ». Au milieu des années 1990, le rap est ancré chez les jeunes autochtones, surtout dans les communautés cries, dont les membres voient en ce style musical un outil puissant pour véhiculer leurs convictions politiques. Parmi les rappeurs autochtones qui connaissent une certaine notoriété dans les années 1990 et 2000 nommons Bannock (Darren Tootoosis) de l'Alberta, War Party (membres fondateurs Karmen Omeosoo, Tom Crier, Rex et Cynthia Smallboy), le groupe de la Colombie-Britannique 7th Generation (Rob Sawan, Zane Gold, et Nacoma George), le groupe ontarien Tru Rez Crew, etc.

Rap francophone

Le rap francophone doit son existence à un autre groupe montréalais, les French B. (Jean-Robert Bisaillon et Richard Gauthier) : « Je m'en souviens »(1989) prend pour cible la loi 101 sur le bilinguisme. Vient ensuite le Mouvement rap francophone (Kool Rock, alias Ghislain Proulx, et Jay Tree, alias Jean Tarzi), avec « M.R.F. est arrivé »(1990), puis le Boyfriend (Stephen Chétrit), avec « Rapper chic »(début 1991). Quant au musulman blanc Malik Shaheed (John Morrow), de Montréal, il écrit des chansons politiquement engagées - en espagnol, en français et en anglais. En 1997, à Montréal, Dubmatique se taille une place de choix avec son premier album, La force de comprendre, qui contient des chansons bilingues aux influences soul et gospel. Dubmatique réussit à percer les marchés francophones et anglophones avec cet album qui se vend à 100 000 exemplaires et reçoit un trophée Félix au gala de l'ADISQ en 1997. Le groupe de rap séparatiste Loco Locass connaît beaucoup de succès chez les francophones du Québec. En 2004, le single « Libérez-nous des Libéraux »attire l'attention des médias pour sa critique du gouvernement québécois et devient un hymne non officiel pour certains groupes politiques et les syndicats indépendantistes.

Éléments rap dans les chansons pop

On trouve des choristes rap sur des albums reggae de Messenjah et dans des chansons pop de Céline Dion, Nathalie Simard, Nelly Furtado et d'autres artistes. L'artiste reggae-pop Snow (Darrin O'Brien) agrémente aussi ses pièces reggae de rap, comme « Informer »en 1993. Les groupes torontois Rush et Barenaked Ladies ajoutent également des éléments rap dans certaines de leurs chansons, dont « Roll the Bones »(Rush, 1991) et « One Week » (Barenaked Ladies, 1998).

Prix et honneurs remis aux artistes du rap

C'est Swollen Members, de Vancouver, qui reçoit le plus grand nombre de prix Juno, vient ensuite Choclair. Depuis 1993, des prix Juno du rap sont également remis à Devon, TBTBT, Ghetto Concept, Rascalz, k-os, K'Naan, artiste d'origine somalienne, Belly, d'origine palestinienne, et Kardinal Offishall. Les gagnants de prix dans la catégorie rap et hip hop du gala The Canadian Aboriginal Music Awards (lancé en 2001) sont, entre autres, War Party, Tru Rez Crew, Team Rezofficial, Eekwol, Reddnation, Da Skelpa Squad, 7th Generation et Chief.

Discographie

Belly, The Revolution : (2007).

B.T.K, Birth Thru Knowledge (with BTK) : (1998).

Buck 65, Vertex : (1997).

Cadence Weapon, Breaking Kayfabe : (2005).

Choclair, Ice Cold : (1999).

Dream Warriors, And Now the Legacy Begins : (1991); Island 391-310.

-A Decade of Hits 1988-1998 : (1999).

Eekwol, Apprentice to the Mystery : (2004).

Ghetto Concept, « Certified »(single) : (1993).

HDV, Sex Drugs & Violence : (1990); Isba ISCD-2018.

Kardinal Offishall, Not 4 Sale : (2008).

Kish, Order From Chaos : (1991); A & M 70301-9172

K'Naan, The Dusty Foot Philosopher : (2005).

k-os, Joyful Rebellion : (2004).

Laymen Twaist, Walk on the Wild Side : (1990); Isba ISCD-2022.

Loco Locass, Manifestif : (2000); Audiogram.

-In Vivo : (2003); Freeset Interactive Entertainment.

-Amour oral : (2004); Audiogram.

Maestro Fresh Wes, Symphony in Effect : 1989; Attic ACD-1272.

-The Black Tie Affair : (1991); Attic ACD-1312.

-Built to Last : (1998).

MCJ and Cool G, So Listen : (1990); Cap C-94700.

Michie Mee and LA Luv, Jamaican Funk - Canadian Style : (1991); First Priority/Atlantic 7-91654.

Rascalz, Cash Crop : (1997).

- "Northern Touch" (single) : (1998).

RazorBlayd, Razor's Gruv : (1991); Blast/Justin Entertainment BLD-1001.

Reddnation, Now or Never : (2006).

Saukrates, « Saukrates Season »(single) : (2005).

7th Generation, Kasp Komplikations : (2002).

Simply Majestic, The Album : (1991); Cap C2-96543.

Shad, The Old Prince : (2007).

Slinky Dee, King Creo : (1988); Cold Kick'N Records CKR-001.

Swollen Members, Balance : (1999).

-Bad Dreams : (2001).

Tru Rez Crew, Ain't No Turning Back : (2003).

War Party, The Reign : (2000).

-The Greatest Natives from the North : (2001).

Également, les anthologies Breakin' Out(Up Your Records 2B No 1 As B4, lancé en1987), Je rappe en français(Station 12 STAC-500, lancé en 1991 avec « Je m'en souviens »et « Rapper chic », etc.) et Cold Front(Attic ACD-1313, lancé en 1991 avec Dream Warriors, Kish, Main Source, Maestro Fresh-Wes, Nu Black Nation, Top Secret, etc.).


Lecture supplémentaire

  • Nazareth, Errol. "Rap report," The Music Scene, 362, Jul-Aug 1988

    Caudeiron, Daniel. "Can Con Hip Hop," The Canadian Composer, 245, Nov 1989

    Potter, Mitch. "The rappin' rise of Maestro Fresh-Wes," Toronto Star, 11 Feb 1990

    Perlich, Tim."Fresh-Wes first to crack U.S.," Toronto Now, 22-28 Feb 1990

    Caudeiron, Daniel. "Conducting a Canadian rap symphony," The Canadian Composer, Spring 1990

    de Billy, Hélène. "Rap around-the-clock," L'Actualité, vol 15, 1 Jun 1990

    Doole, Kerry. "The Maple Leaf Rap," Music Express, 150, Aug 1990

    Lawless, Jill. "MCJ & Cool G - riding rap's Canadian wave," RPM, 29 Sep 1990

    Jennings, Nicholas. "The big rap attack," Maclean's, 12 Nov 1990

    Perlich, Tim. "Dream Warriors: Toronto rap duo has the world grooving to the sounds of Jane and Finch," Toronto Now, 4-10 Apr 1991

    Dafoe, Chris. "Lou & Q put new spin on rap repertoire," Toronto Star, 5 Apr 1991

    Kelly, Brendan. "French-language rap is gaining converts," Montreal Gazette, 27 Apr 1991

    Caudeiron, Daniel. "Simply Majestic: ever-changing," The Record, 13 May 1991

    Blais, Marie-Christine. "French B.: vers demain," Chansons d'aujourd'hui, vol 14, Jun 1991

    Adams, John. "Canada raps!" The Canadian Composer, vol 2, Summer 1991

    Lacey, Liam. "Yo, Canada! Rap has arrived," Toronto Globe and Mail, 17 Aug 1991

    "RPM's urban chart marks first national weekly survey," RPM vol 66, no 22, 23 Feb 1998

    Christie, Rod. "Rascalz," Canadian Musician, vol 22, no 1, Jan-Feb 2000

    Krims, Adam. Rap Music and the Poetics of Identity (Cambridge 2000)

    Chamberland, Roger. "Rap in Canada: bilingual and multicultural," Global Noise: Rap and Hip-Hop Outside the USA, ed Tony Mitchell, (Middletown 2001)

    Keyes, Cheryl L. Rap Music and Street Consciousness (Urbana 2002)

    Pacienza, Angela. "Aboriginal youth embrace the power of hip hop . . . ," New Brunswick Telegraph Journal, 28 Nov 2002

    McKinnon, Matthew. "Border block: Canadian hip hop vs America," CBC.ca, 22 Mar 2005

    Patriquin, Marty. "Separatists get a theme song," National Post, 4 Jun 2005

    Jones, Christopher M. "Un Interview avec Loco Locass," Quebec Studies, vol 41, Spring/Summer 2006

    Wherry, Aaron. "Gangsta rap out of south Ottawa," Maclean's, vol 120, no 31/32, 13-20 Aug 2007

    "What's missing from this year's Junos?" National Post, 28 Mar 2009

    "Rap/Hip Hop," African-Canadian Online, York University

Liens externes