Schizophrénie

La schizophrénie est une maladie mentale qui touche 1 p. 100 de la population mondiale, y compris 1 p. 100 de la population canadienne. Il s'agit de l'une des maladies mentales les plus graves et débilitantes puisqu'elle est pour le moment incurable et très difficile à traiter.

Schizophrénie

La schizophrénie est une maladie mentale qui touche 1 p. 100 de la population mondiale, y compris 1 p. 100 de la population canadienne. Il s'agit de l'une des maladies mentales les plus graves et débilitantes puisqu'elle est pour le moment incurable et très difficile à traiter. C'est une maladie qu'on a pour la vie. Parmi les personnes atteintes de schizophrénie, 25 p. 100 entrent en rémission après une ou deux psychoses, 25 p. 100 restent malades tout en étant aptes à fonctionner en société grâce à des médicaments et à des traitements continus, 25 p. 100 ont un pronostic moins bon et ont besoin d'un soutien substantiel en plus des médicaments, 15 p. 100 ne se stabilisent pas, malgré tous les médicaments existants, et ne peuvent pas fonctionner normalement dans la société, et 10 p. 100 meurent de complications ou d'un suicide liés directement à la schizophrénie.

Au début des années 1800, beaucoup de maladies mentales sont placées sous le même dénominateur et considérées comme une seule maladie psychotique qu'on appelle alors einheitpsychose. Plus tard, Jean-Pierre Falret et Bénédict Morel, des psychiatres français, commencent à reconnaître ce que l'on appelle aujourd'hui la maniaco-dépression, ou trouble bipolaire, et lui attribuent le nom de folie circulaire. Quant aux comportements plus bizarres, ils les appellent démence précoce. Ewald Hecker et Karl Ludwig Kahlbaum, des psychiatres allemands, utilisent le terme hébéphrénie plutôt que démence précoce et cyclothymie pour les maladies d'ordre bipolaire. C'est au début du XXe siècle que Paul Eugen Bleuler commence à utiliser le terme schizophrénie. Il la définit comme « une perte de contact avec la réalité », et cette nouvelle définition remplace la classification antérieure moins exacte de la démence précoce. Bien que schizo soit le terme latin pour « séparé » ou « divisé », la schizophrénie n'a rien à voir avec les personnalités doubles ou multiples.

La schizophrénie chez les hommes survient généralement pendant l'adolescence, mais elle peut apparaître jusqu'à l'âge de 30 ans. Chez les femmes, l'apparition des symptômes est souvent différée jusqu'à la mi-vingtaine et parfois même bien plus tard que chez les hommes. Puisque cette maladie survient au cours des principales années de formation professionnelle et de développement social, elle peut gravement perturber l'équilibre d'une personne pour le reste de sa vie. Actuellement, il n'existe pas de test définitif pour la schizophrénie. Les diagnostics sont basés sur une déclaration volontaire des symptômes ou sur des examens cliniques. Selon la quatrième édition révisée de Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders (DSM-IV-TR), pour être considéré comme schizophrène, le patient doit présenter au moins deux des symptômes mentionnés dans une période de 30 jours en plus de présenter un fonctionnement social ou professionnel perturbé, et les symptômes devraient durer au moins six mois.

La schizophrénie implique des symptômes positifs comme les hallucinations, les délires et les pensées désordonnées ainsi que des symptômes négatifs (déficitaires), dont la pauvreté du discours, l'affect aplati (faible expression émotionnelle), l'apathie, ou même une incapacité à éprouver du plaisir. Parmi les autres symptômes figurent un éloignement de la personnalité du patient ainsi que des symptômes neurocognitifs qui impliquent une diminution des compétences cognitives, comme la diminution de la mémoire à court terme. On peut confondre la schizophrénie avec d'autres troubles, comme le trouble bipolaire et le trouble de la personnalité limite. Il arrive même que l'usage de certains types de drogues provoque ces symptômes. Des examens neurologiques sont souvent nécessaires pour écarter d'autres maladies qui peuvent parfois causer des symptômes psychotiques, comme la syphilis, le VIH ou les tumeurs cérébrales. Beaucoup de chercheurs pensent que la schizophrénie est en fait une gamme de plusieurs maladies différentes ou distinctes que les connaissances médicales actuelles ne nous permettent pas d'identifier.

On estime que la schizophrénie coûte aux différents ordres du gouvernement canadien jusqu'à 4 milliards de dollars par année, attribuables aux coûts médicaux directs, à la perte de la productivité d'un groupe d'adultes dans la force de l'âge ainsi qu'aux coûts de leurs soignants. Cette maladie suscite la peur et la méfiance. Elle est l'une des plus stigmatisées par la société, ce qui peut pousser les gens à nier qu'ils en sont atteints. Dans la population générale, 43 p. 100 des gens ne prennent pas leurs médicaments correctement. Chez les personnes diagnostiquées schizophrènes, le taux de respect des protocoles de médication n'est que de 10 à 20 p. 100, ce qui suggère que 80 à 90 p. 100 des personnes atteintes de schizophrénie ne prennent pas leurs médicaments convenablement. Par conséquent, malgré le système de traitement, les gens continuent d'être hospitalisés à maintes reprises et de vivre des épisodes psychotiques en alternance avec des périodes où ils sont instables mais tout de même relativement fonctionnels. Ce phénomène est communément appelé le « syndrome de la porte tournante ». Ces patients cessent de prendre leurs médicaments, tombent malades, font une crise psychotique, retournent à l'hôpital, redeviennent stables grâce à leurs médicaments, puis reprennent leur vie pour, en fin de compte, cesser de prendre leurs médicaments, et le cycle recommence.

Les causes de la schizophrénie font l'objet de débats mouvementés et de recherches considérables. Pour le moment, les chercheurs pensent que la génétique, le développement prénatal, l'environnement pendant l'enfance et la neurobiologie pourraient être des facteurs influant sur le développement de la maladie. On s'entend en général pour dire que la vulnérabilité à la maladie est héréditaire ou acquise dès les stades précoces de la vie et qu'elle peut s'intensifier et mener à la schizophrénie à l'occasion de certains « évènements déclencheurs » survenus plus tard. Pour ce qui est de la prédisposition génétique, il est possible que plusieurs gènes interagissent pour augmenter les risques de schizophrénie. Cela justifierait les preuves factuelles de schizophrénie répandue dans certaines familles.

Des complications obstétriques comme l'hypoxie (manque d'oxygène dans les tissus du corps) semblent également augmenter les risques que l'enfant soit plus tard atteint de schizophrénie. Des études ont démontré que la malnutrition, les carences en acide folique ou en vitamine D et les épisodes de stress maternel pendant la grossesse peuvent considérablement augmenter les risques que l'enfant soit malade plus tard. Certaines recherches, plutôt limitées, suggèrent que l'exposition prénatale à la grippe, ou même à des parasites présents dans les excréments de chats, pourraient être un facteur. De plus, la schizophrénie peut être déclenchée par une consommation excessive d'hallucinogènes ou de stimulants. Chez les personnes génétiquement prédisposées à la maladie, même l'usage du cannabis peut être un déclencheur.

Certaines situations environnementales précoces semblent être des éléments déclencheurs : de graves facteurs stressants, des modes de vie dysfonctionnels et la pauvreté. Des études ont démontré des niveaux plus élevés de schizophrénie chez les personnes ayant récemment immigré, probablement en raison du stress de l'adaptation à un nouveau pays ou groupe social, de la confrontation à une possible discrimination ou de mauvaises conditions de logement. Ces adversités peuvent engendrer des problèmes cognitifs en altérant la transmission de la dopamine dans le cerveau.

Les traitements conventionnels de la schizophrénie sont principalement des interventions pharmaceutiques au moyen d'une classe de médicaments dits neuroleptiques ou antipsychotiques. Les premiers médicaments antipsychotiques ont été découverts accidentellement en Europe dans les années 1950, alors qu'on donnait des anesthésiants aux personnes gravement atteintes de schizophrénie dans le cadre d'un test. Les médicaments de traitement ont beaucoup évolué depuis. La plus vieille génération de médicaments antipsychotiques typiques comme l'halopéridol avait pour effet principal de tranquilliser le patient, mais pouvait avoir des effets secondaires neuromusculaires. L'utilisation des plus récents médicaments antipsychotiques atypiques a commencé à se répandre dans les années 1990. Ils incluent des médicaments comme le rispéridone ou l'olanzapine. Bien que beaucoup s'y opposent parce qu'ils coûtent cher et peuvent entraîner une prise de poids et le diabète, ils constituent un traitement de choix pour beaucoup de personnes atteintes de schizophrénie. Une grande partie de ces effets secondaires peuvent être diminués par la prise de doses plus faibles d'une formulation à libération prolongée comme la palipéridone, disponible depuis 2006.

La guérison d'une personne atteinte de schizophrénie dépend du point de vue de l'évaluateur. Pour beaucoup, la stabilité et l'autonomie sont des victoires. Pour d'autres, avoir un emploi et ne pas dépendre du soutien gouvernemental est le but premier. La plupart des schizophrènes ne pourront jamais se comporter et fonctionner comme avant l'apparition de la maladie. Puisque le stress peut engendrer des rechutes, le désir du retour à la normale, accompagné d'un emploi à temps plein, peut lui-même entraîner des rechutes.

Les personnes atteintes de schizophrénie vous diront que l'obstacle principal auquel elles sont confrontées réside dans les stigmates associés à la maladie. Pour beaucoup, la schizophrénie est liée à la violence. Bien que des recherches démontrent que les personnes qui en souffrent risquent plus de se faire mal à eux-mêmes qu'aux autres, lorsque quelqu'un agit violemment en raison d'hallucinations, les médias en font généralement état.


Lecture supplémentaire

  • Dr. E. Fuller Torrey, Surviving Schizophrenia: A Manual for Families, Consumers and Providers (2001); Kim T. Mueser and Susan Gingerich, The Complete Family Guide to Schizophrenia (2006).

Liens externes