Sciences sociales

Ce terme désigne, en général, la recherche et l'enseignement spécialisés effectués dans le cadre de disciplines vouées à l'étude de l'être humain, de sa culture et de ses relations économiques, politiques, et sociales avec son milieu.

Sciences sociales

Ce terme désigne, en général, la recherche et l'enseignement spécialisés effectués dans le cadre de disciplines vouées à l'étude de l'être humain, de sa culture et de ses relations économiques, politiques, et sociales avec son milieu. Les universitaires partagent habituellement le savoir en quatre grands domaines : les sciences physiques, les sciences biologiques (ou sciences naturelles), les sciences sociales et les lettres et les sciences humaines. Toutefois, certains ne reconnaissent que deux catégories, soit les sciences naturelles et les sciences sociales. Ces dernières englobent plusieurs disciplines dans différentes universités, sans qu'il y ait de démarcation nette entre elles.

Habituellement, les sciences sociales comprennent l'ANTHROPOLOGIE, les SCIENCES ÉCONOMIQUES, la SCIENCE POLITIQUE, la PSYCHOLOGIE, la SOCIOLOGIE et parfois la CRIMINOLOGIE, l'ÉDUCATION, la GÉOGRAPHIE, le DROIT, la PSYCHIATRIE, la PHILOSOPHIE, la RELIGION et l'histoire.

Histoire des sciences sociales

Les débuts des sciences sociales modernes remontent au siècle des lumières, le XVIIIe siècle. L'avènement de la société capitaliste et les phénomènes connexes suscitent une étude de la société. En France, les travaux de physiocrates font de la science économique une science empirique. La philosophie morale progresse beaucoup aussi en jetant les bases des disciplines modernes de la sociologie, de la psychologie et de l'anthropologie. Au cours du XIXe siècle, les sciences sociales se diversifient, mais certains penseurs (Comte, Marx) tentent, au contraire, d'en faire la synthèse.

Cinq éléments majeurs caractérisent les progrès du XXe siècle en sciences sociales : premièrement, un essor initial, encore modeste, des théories et l'élaboration de normes rigoureuses d'expérimentation; deuxièmement, la reconnaissance de l'interdépendance des forces sociales, politiques et économiques; troisièmement, l'émergence de plusieurs branches de la psychologie utiles à l'analyse du comportement social; quatrièmement, l'amélioration des méthodes de quantification; et cinquièmement, l'intégration des sciences sociales dans la société.

Au cours des années 50, l'expression « sciences du comportement » devient courante et fait habituellement référence à l'anthropologie, à la sociologie et à la psychologie. Dans leur volonté de souligner la méthode propre à la démarche scientifique, les chercheurs dans le domaine des sciences du comportement se concentrent sur les aspects des sciences sociales qu'ils peuvent explorer, noter et interpréter. Les spécialistes des sciences sociales, cependant, se préoccupent généralement autant de la méthode que des résultats. L'économiste anglais John Maynard Keynes, en parlant d'économie, décrit toutes les sciences sociales comme suit : « il s'agit d'une méthode et non d'une doctrine, un outil de l'esprit, une technique de pensée qui aide celui qui la possède à tirer les bonnes conclusions. » Toutefois, contrairement à la majorité des recherches en sciences naturelles, seule une infime partie des travaux de recherche en sciences sociales s'effectuent en laboratoire, dans un milieu contrôlé.

Les science sociales au Canada

L'évolution de l'enseignement supérieur au Canada de 1663 à 1960 et le développement tardif des sciences sociales par rapport aux sciences humaines et aux sciences naturelles sont bien connus, mais chaque discipline des sciences sociales a sa propre histoire ainsi que ses propres périodes de gestation, de naissance et de maturité comme profession spécifique. Certaines, comme l'histoire, la science économique, la science politique et la psychologie en viennent à s'implanter, tandis que d'autres, comme la géographie, l'anthropologie et la sociologie, en sont encore à leurs débuts. Ce n'est que dans les années 50 que ces dernières venues seront solidement établies.

La recherche en sciences sociales

Certaines recherches en sciences sociales sont effectuées pour le compte de sociétés, de conseils scolaires, d'organismes gouvernementaux et autres. Dans ces cas, c'est le client qui soumet le problème. Dans d'autres cas, elles sont réalisées par les spécialistes eux-mêmes dans les universités, les fondations privées ou par l'intermédiaire d'un organisme subventionné par le gouvernement comme le CONSEIL DE RECHERCHES EN SCIENCES HUMAINES DU CANADA. Comme les fonds publics qui leur sont accordés sont insuffisants, les chercheurs indépendants collaborent à des recherches interdisciplinaires dans le but de satisfaire les besoins de clients particuliers, organismes gouvernementaux ou autres. Il s'agit aussi d'une première en matière de soutien du secteur privé, ce qui a donné lieu surtout à des travaux appliqués et ciblés.

Si la pertinence des sciences naturelles pour le monde des affaires et de l'industrie est évidente depuis longtemps, il n'en est pas de même pour les sciences sociales. À part les SCIENCES ÉCONOMIQUES, dont les questions intéressent directement le commerce et l'industrie, les sciences sociales, semble-t-il, ont peu à voir avec ces deux secteurs. Toutefois, la situation est en train de changer, comme en témoigne la participation accrue du secteur privé au financement de travaux de recherche susceptibles de s'appliquer à toute une gamme de problèmes. En 1990, le jour du 50e anniversaire de sa fondation, la Fédération canadienne des sciences sociales a organisé une conférence dont les actes ont été publiés dans un ouvrage intitulé Les disciplines ou les problèmes, moteur de la recherche en sciences sociales, sous la direction de Steen T. Esbensen et de Michel Allard. Bon nombre des tendances mentionnées précédemment y sont abordées et y font l'objet de débats.

Les contributions des sciences sociales à la pratique

Les contributions des sciences sociales aux politiques gouvernementales sont canalisées par un certain nombre d'intermédiaires, comme le CONSEIL ÉCONOMIQUE DU CANADA et l'Institut de recherches politiques. Des spécialistes de nombreuses branches des sciences sociales jouent un rôle de premier plan dans divers groupes de travail, comités d'étude et commissions royales d'enquête. Par exemple, la COMMISSION ROYALE D'ENQUÊTE SUR LE BILINGUISME ET LE BICULTURALISME a fait appel à des démographes, à des économistes, à des historiens, à des linguistes, à des politologues et à des sociologues, tant anglophones que francophones.

L'essor spectaculaire des sciences sociales au Canada se reflète dans le nombre d'associations et de revues nationales et régionales qui ont vu le jour depuis 1950, alors qu'il n'existait auparavant pas plus de 10 associations et 7 revues. En 1995, on dénombre plus de 45 associations et au moins 40 revues qui visent comme clientèle, en tout ou en partie, le milieu des sciences sociales.

Individuellement, les disciplines des sciences sociales ont acquis une étonnante capacité d'organisation. Par contre, leur aptitude à créer et à maintenir une organisation collective solide, capable de transcender les frontières disciplinaires, est moins impressionnante. La première tentative visant leur regroupement sous la même bannière se fait en 1940 avec la création du Conseil canadien de recherche en sciences sociales (plus tard rebaptisé FÉDÉRATION CANADIENNE DES SCIENCES SOCIALES). Cette association bénévole est mise sur pied par une petit groupe d'éminents chercheurs voulant promouvoir la recherche, la formation de spécialistes, la publication d'études et la tenue de conférences. Toutes ces activités sont alors presque entièrement financées par des sources américaines comme les fondations Carnegie, Ford et Rockefeller. Sans soutien gouvernemental, le conseil ne parvient à fonctionner que sur une petite échelle.

Grâce à la création du CONSEIL DES ARTS DU CANADA en 1957, un tel soutien est offert aux sciences sociales et humaines, mais dans une mesure moindre que pour les sciences naturelles. En 1978, le Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, organisme gouvernemental, prend la relève du Conseil des arts dans ses fonctions liées aux sciences sociales. Son rôle consiste à promouvoir l'intérêt du milieu des sciences sociales envers le public et l'État.

Le développement des sciences sociales

La nécessité de résoudre ou de comprendre les nombreux problèmes associés à la taille et à la complexité croissantes du Canada et de ses institutions stimule le développement des sciences sociales. À l'extérieur du Québec, une bonne part de ce développement est mis en valeur, au cours des 40 premières années du siècle, par des porte-parole qui déclarent que les universités devraient dispenser une formation aux gens du secteur public en plein essor ainsi qu'aux établissements du secteur privé. Par contre, au Québec, les premiers programmes de sciences sociales sont parrainés par l'Église catholique dans les années 30, dans le but de façonner la société en pleine évolution selon les doctrines sociales exposées dans les encycliques. On y met l'accent sur le service social dans l'intérêt de l'ensemble de la collectivité canadienne-française.

Les sciences sociales ont contribué à paver la voie à la formation des coopératives, des caisses populaires, des syndicats ouvriers et autres institutions du genre. Depuis, elles se sont sécularisées au Québec, mais elles continuent d'être axées sur la participation au façonnement de la société québécoise. Les différences notées dans les thèmes étudiés par les spécialistes en sciences sociales du Québec et des autres provinces sont particulièrement visibles dans le domaine de la SOCIOLOGIE. Selon une étude publiée en 1988 par Brooks et Gagnon, ces différences touchent aussi d'autres disciplines des sciences sociales.

De 1945 au début des années 60, les acquis faits en sciences sociales partout au Canada se raffermissent. Beaucoup de départements nouveaux sont créés dans les universités, tandis que les anciens connaissent une expansion continue. Malheureusement, pour la plupart des sciences sociales, les programmes d'études supérieures en sont encore à l'état embryonnaire, ce qui fait que le Canada ne peut, dans les années 60, répondre à la hausse soudaine de la demande de spécialistes en sciences sociales. De nombreux aspirants à la profession doivent quitter le pays pour obtenir leur diplôme ailleurs, surtout aux États-Unis.

Le raz-de-marée d'étudiants qui s'abat sur les universités dans les années 60 et au début des années 70 a un effet énorme sur les sciences sociales, sans compter la demande croissante de professeurs spécialisés dans ces disciplines, aux niveaux collégial et secondaire. Dans nombre d'universités, la vigueur des sciences sociales se solde par leur fusion en départements et même, dans certains cas, par la création de facultés des sciences sociales. L'importance grandissante de ces disciplines se reflète aussi dans l'application directe et indirecte de leurs perspectives et de leurs méthodes dans plusieurs secteurs de la société. Bien qu'un grand nombre de spécialistes en sciences sociales enseignent dans les universités, des milliers d'autres travaillent dans les secteurs privé et public, où ils appliquent, dans le cadre de leur emploi, leurs connaissances et leurs méthodes. En outre, les théories et les découvertes en la matière sont utilisées par beaucoup d'individus ne détenant pas de diplôme dans le domaine, comme ceux qui travaillent dans l'administration, le commerce, l'éducation, la santé, les loisirs et le travail social.

Les spécialistes en sciences sociales se consacrent surtout à la recherche, même s'il est vrai que leur travail n'a pas le même effet ni le même prestige que la recherche en sciences naturelles et ne bénéficie pas du même soutien financier que celle-ci. De plus, les découvertes dans ce domaine n'atteignent pas un vaste public et elles sont souvent difficiles à comprendre parce qu'elles sont exposées en langage spécialisé. En outre, ceux qui parviennent à comprendre peuvent être déçus et frustrés par les analyses contradictoires et entachées de préjugés ainsi que par les grandes marges d'erreur, qui reflètent souvent non pas les faiblesses de la discipline, mais les difficultés et les incertitudes de la vie humaine elle-même.


Lecture supplémentaire

  • S. Brooks and A. Gagnon, Social Scientists and Politics in Canada (1988); S. Esbensen and M. Allard, eds, Social Science in the 1990s: Discipline or Issues Oriented? (1990); E. Seligman, ed,Encyclopedia of the Social Sciences (1965).

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