Site archéologique Niska

Le plus petit bloc de fouille (8 m2), situé plus à l'est, révèle 349 pièces de débitage ainsi qu'un perçoir/concave uniface, deux bases de pointe et quatre grattoirs. La peinture rouge y est plutôt rare. Plusieurs fragments osseux non-identifiés sont récupérés.

Le site Niska
La fouille du site Niska en 1983 (avec la permission de David Meyer).
Le site Niska
Profil du sol au site Niska, 1983 (avec la permission de David Meyer).
Le site Niska
Lors d'une reconnaissance de surface en 1981 (avec la permission de David Meyer).
Deux pointes à cannelure qu'on a retravaillées pour en faire des couteaux, ainsi que quatre couteaux Cody trouvés au site Niska (avec la permission de David Meyer).

Site archéologique Niska

Le site Niska (code Borden DkNu-3) couvre une superficie de 64 ha dans le sud-ouest de la SASKATCHEWAN, à l'est de la ville de Ponteix. Il a été découvert dans les années 1960 par Henri Liboiron, un archéologue amateur de la région. À cette période, une importante ÉROSION éolienne expose plusieurs artefacts à la surface d'un champ, dont deux « pointes » à cannelure qui semblent avoir été « recyclées » comme couteaux, ainsi que trois bases de pointe, quatre couteaux Cody et 12 grattoirs. Liboiron collecte également un certain nombre d'éclats de taille sur la surface cultivée. Ces découvertes démontrent que le site Niska a été occupé par un groupe culturel PALÉOINDIEN dont les outils sont connus sous le nom de « complexe de Cody », une unité archéologique définie en 1951 afin d'identifier les anciens chasseurs de BISON autochtones des plaines. Un site du complexe de Cody se démarque par la présence de pointes de projectile à cannelure de style Scottsbluff et Eden, et d'outils tranchants spécialisés qu'on appelle couteaux Cody.

La mise à jour du site Niska

Des sondages effectués au site en 1981 et 1982 révèlent la présence de certaines sections qui se trouvent sous la zone de labourage et, par conséquent, qui n'ont pas été perturbées. Puisqu'une occupation non perturbée du complexe de Cody n'a jamais été rencontrée auparavant en Saskatchewan, l'importance du site est immédiatement reconnue. C'est ainsi qu'en 1983, deux petits blocs de fouille situés à 12 m l'un de l'autre sont mis au jour dans des zones du site demeurées intactes. Le bloc ouest couvre un espace de 16 m2 et révèle 176 pièces de débitage ainsi qu'un nucléus bifacial épuisé en calcédoine brune. On retrouve aussi la base d'une pointe projectile, un grattoir et plusieurs petits morceaux d'un matériau de peinture de couleur rouge vive. Un échantillon de cette peinture est soumis à une analyse par diffraction des rayons X, qui détermine que c'est de l'hématite. Un certain nombre de fragments osseux en décomposition sont également récupérés. Trois d'entre eux sont identifiés comme étant du bison, tandis que certains fragments osseux calcinés appartiennent à un petit rongeur. De plus, on retrouve trois concentrations de fragments osseux brûlés et calcinés dans une zone mesurant environ 1,6 m de diamètre, qu'on identifie comme étant l'emplacement d'un foyer.

Le plus petit bloc de fouille (8 m2), situé plus à l'est, révèle 349 pièces de débitage ainsi qu'un perçoir/concave uniface, deux bases de pointe et quatre grattoirs. La peinture rouge y est plutôt rare. Plusieurs fragments osseux non-identifiés sont récupérés. Certains d'entre eux ont été brûlés et calcinés mais il n'y a aucune concentration suggérant la présence d'un foyer.

La datation des artefacts

Dans le but d'obtenir une date pour cette occupation, un échantillon osseux est soumis à la datation au carbone 14, produisant une date de 7,165±320 AA (Avant Aujourd'hui; « aujourd'hui » indique l'année 1950). Les occupations du complexe de Cody sur les plaines américaines adjacentes se situent normalement entre 9400 et 8600 AA; la date obtenue est donc considérée trop récente. Une tentative pour obtenir une date plus précise pour cette occupation amène les archéologues à retourner au site en 1986, où ils fouillent un autre 3 m2 dans le bloc ouest, afin de récupérer de petits morceaux additionnels de charbon de bois. On croit que ceux-ci sont associés au foyer; leur datation produit une date de 8475±650 AA. Compte-tenu de l'imprécision des statistiques obtenues à partir de la datation au carbone 14, cette date est considérée acceptable et suffisamment près de la période temporelle généralement associée au complexe de Cody.

L'interprétation du site

Les matériaux lithiques dont sont faits les outils et le débitage récupérés dans les blocs de fouille sont les mêmes que ceux qui composent les spécimens de surface collectés par M. Liboiron. Cela signifie que les outils trouvés lors de la fouille et ceux collectés en surface proviennent presque sûrement de la même occupation. Soixante-dix pourcent du débitage, de même que tous les outils découverts, sont en calcédoine brune. On ne retrouve pas ce matériau dans cette partie de la Saskatchewan. En fait, il est fort probable que celui-ci soit du chert distinctif de la rivière Knife provenant du centre-ouest du Dakota du Nord. Du schiste fusionné (porcellanite) est également présent; il pourrait provenir de sources au Montana voisin. C'est également le cas pour la petite quantité de calcédoine translucide retrouvée au site. Ces matériaux étrangers laissent supposer que les occupants du site entretenaient des relations commerciales extérieures ou faisaient des expéditions de collecte lointaines, au-delà de leurs territoires locaux.

Les vestiges archéologiques du site Niska soutiennent tous l'interprétation selon laquelle le site serait un camp résidentiel de base. En effet, six bases de pointe ont été retrouvées sur le site, indiquant que suite aux épisodes de chasse, les préhampes et ces fragments de pointe encore emmanchés étaient rapportés au camp. Il est évident que les fragments étaient ensuite jetés, alors que les préhampes étaient réarmées avec de nouvelles pointes. Les nombreux grattoirs sont probablement liés à la préparation des peaux, une activité qui prend normalement place dans un camp résidentiel établi. De même, la peinture rouge indique qu'il est possible que certaines activités à caractère artistique ou cérémoniel aient pris place au site. Il est encore une fois probable que de telles activités se soient déroulées dans un camp de base.

Le site était sans doute occupé par un groupe social complet, puisque certains des outils présents sont plus susceptibles d'avoir été utilisés par des femmes, et d'autres, par des hommes. On y a grillé sur le feu de la viande de bison et peut-être aussi un petit rongeur, on y préparait des peaux et on y réarmait les armes de chasse.

Autres occupations du complexe de Cody en Saskatchewan

Depuis les fouilles au site Niska dans les années 1980, deux autres occupations in situ du complexe de Cody ont été investiguées en Saskatchewan, aux sites Heron Eden et Napao. Toutefois, jusqu'à ce jour, aucune occupation plus ancienne n'a été investiguée dans la province, bien que de nombreuses pointes de projectile (p. ex. CLOVIS, Folsom, Agate Basin) laissées par des habitants plus anciens aient été collectées dans des champs à travers la région.

Voir aussiAUTOCHTONES : LES PLAINES.


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