Emily Stowe

Emily Howard Jennings Stowe, médecin, institutrice, directrice d’école, suffragette (née le 1er mai 1831 à Norwich, Ontario; morte le 30 avril 1903 à Toronto, Ontario). Emily Stowe est la fondatrice de la Canadian Women’s Suffrage Association. Elle est considérée comme la première femme à avoir pratiqué ouvertement la médecine en Ontario. Elle est aussi la première femme à avoir occupé le poste de directrice d’une école publique en Ontario.

Emily Howard Jennings Stowe, médecin, institutrice, directrice d’école, suffragette (née le 1er mai 1831 à Norwich, Ontario; morte le 30 avril 1903 à Toronto, Ontario). Emily Stowe est la fondatrice de la Canadian Women’s Suffrage Association. Elle est considérée comme la première femme à avoir pratiqué ouvertement la médecine en Ontario. Elle est aussi la première femme à avoir occupé le poste de directrice d’une école publique en Ontario.


Emily Howard Stowe

Enfance et jeunesse

Emily Howard Jennings naît le 1er mai 1831 dans le canton de Norwich, en Ontario. Sa mère, Hannah Lossing Howard, et son père, Solomon Jennings, sont des cultivateurs prospères. Issus de familles bien établies, ils sont membres des Quakers (la Société religieuse des Amis) et sont des leaders politiques et spirituels dans leur communauté. Celle-ci encourage l’éducation des femmes et leur participation aux réunions des Quakers. La mère d’Emily a étudié dans un pensionnat Quaker, aux États-Unis. Elle éduque Emily et ses cinq sœurs à la maison et leur instille l’amour de la connaissance. Elle enseigne aussi à Emily l’art de la guérison par les plantes. Adolescente, puis jeune adulte, Emily travaille à quelques reprises comme apprentie pour Joseph Lancaster, un médecin homéopathe ami de la famille. Elle travaille aussi à la ferme familiale avec ses sœurs. 

Début de carrière

En 1846, âgée de 15 ans, Emily Stowe commence à travailler comme institutrice à Summerville, en Ontario. Elle y enseigne pendant sept ans. En 1852, elle tente de s’inscrire au Victoria College de Cobourg, en Ontario. Son admission est refusée parce qu’elle est une femme. Elle fait une demande à la Normal School for Upper Canada (Toronto), le seul établissement d’enseignement supérieur acceptant les femmes au Canada. Elle est admise en 1853, et elle obtient son diplôme avec mention d’honneur en 1854. Après avoir terminé ses études, Emily accepte un emploi pour la commission scolaire de Brantford et devient peu après la première femme directrice d’une école publique en Ontario. Elle dirige l’école de Brantford jusqu’en 1856.

Central School de Brantford, Ontario

L’école publique Central à Brantford, en Ontario, dont Emily Stowe a été directrice. Elle était la première femme à occuper un tel poste au Canada.

Le 22 novembre 1856, elle épouse John Stowe, qui possède sa propre entreprise familiale, Stowe Brothers Carriage Shop. Ils vivent à Mount Pleasant, en Ontario, un petit village près de Brantford, et ils ont deux fils et une fille, Ann Augusta. En 1863, John Stowe contracte la tuberculose. Possiblement inspirée par cette maladie, elle décide de reprendre ses études en médecine et en herboristerie. En 1863, elle obtient un poste d’institutrice à l’école de grammaire locale, et commence à rechercher un endroit pour faire des études en médecine.

Carrière médicale

Emily Stowe tente de s’inscrire à la Toronto School of Medicine en 1865 mais elle n’est pas acceptée. À l’époque, les femmes ne sont pas admises dans les écoles de médecine du Canada. Emily quitte donc le Canada afin de s’inscrire au New York Medical College for Women, qui enseigne la médecine homéopathique. Pendant ses études en médecine, sa sœur Cornelia Lossing l’aide à prendre soin des enfants. Emily Stowe reçoit son diplôme en 1867.

Emily Stowe revient au Canada en 1867 et ouvre un cabinet de médecine sur la rue Richmond à Toronto. Elle se spécialise dans le traitement des maladies des femmes et des enfants. Toutefois, à partir du milieu des années 1860, la profession médicale commence à exiger que les médecins homéopathes ou traditionnels formés aux États-Unis suivent une formation supplémentaire et un examen pour avoir un permis de pratiquer la médecine au Canada. Afin de se qualifier, Emily complète en 1869 une demande pour étudier en chimie et physiologie à l’Université de Toronto, mais elle n’est pas admise. En 1871, elle est enfin acceptée à la Toronto School of Medicine. Avec Jennie Trout, une autre femme médecin, Emily Stowe est une des deux premières femmes à étudier à cet endroit. Cependant, Emily ne reçoit toujours pas son permis de pratiquer la médecine. Rien n’indique qu’elle ait complété l’examen exigé par le Collège des médecins et des chirurgiens de l’Ontario. Elle continue à pratiquer la médecine sans permis pendant une dizaine d’années.

Annonce d’Emily Stowe

Publicité d’Emily Stowe dans The Globe, 11 novembre 1867.

En 1879, Emily Stowe est impliquée dans un procès criminel. Une de ses patientes, Sarah Lovell, 19 ans, est morte mystérieusement. Emily Stowe est accusée d’avoir tenté d’aider Sarah Lovell à pratiquer un avortement, chose interdite à l’époque. Durant l’enquête, Emily Stowe reconnaît avoir donné à Sarah Lovell un médicament susceptible de provoquer une fausse-couche, mais seulement un trentième de la dose, une quantité insuffisante pour entraîner une interruption de grossesse. Dans son témoignage aux enquêteurs, elle apparaît comme une praticienne médicale qualifiée et compétente. Le jury du coroner conclut que Sarah Lovell s’est empoisonnée elle-même. Néanmoins, Emily Stowe est accusée d’avoir criminellement administré un médicament pour provoquer un avortement. Après un court procès, elle est acquittée. Ce procès lui assure une notoriété et la sympathie du public.

Peu après le procès, le 16 juillet 1880, Emily Stowe reçoit son permis de pratiquer la médecine du Collège des médecins et chirurgiens de l’Ontario. Plutôt que par un examen écrit, elle est admise en vertu de ses diplômes et de son expérience de travail en médecine en tant qu’apprentie du Dr Joseph J. Lancaster.

Droit de vote des femmes

Parallèlement à sa carrière médicale, Emily Stowe milite pour l’égalité entre hommes et femmes. Elle croit que les femmes devraient pouvoir faire les mêmes études que les hommes, que ce soit en médecine, en droit ou dans tout autre domaine d’étude. Elle participe à la création du Toronto Women’s Literary Club (TWLC) en 1876 et 1877. Le TWLC a pour objectif d’accroître l’accès des femmes à l’éducation supérieure et d’améliorer les conditions de travail et les droits des travailleuses. Avec le temps, le TWLC commence à militer pour que les femmes obtiennent le droit de vote et le droit à la propriété. En 1883, le TWLC devient la Canadian Women’s Suffrage Association (CWSA). Emily Stowe en est vice-présidente. En 1889, elle contribue à la création de la Dominion Women’s Enfranchisement Association (DWEA), une organisation nationale dédiée au droit de vote des femmes. Emily Stowe est la principale fondatrice et la première présidente de la DWEA. À ce titre, elle utilise des moyens de pression variés pour provoquer des changements politiques : lobbying, pétitions, ralliements, discours, éditoriaux.

Emily Stowe

Emily Howard Jennings Stowe, médecin, institutrice, directrice d’école, suffragette (1831–1903).

L’éducation des femmes

Emily Stowe travaille sans relâche à promouvoir l’éducation supérieure des femmes. Elle fait pression pour que l’Université de Toronto modifie ses politiques relatives à l’admission des femmes à l’école de médecine. En 1883, sa fille Ann Augusta Stowe-Gullen obtient un diplôme en médecine de l’Université de Toronto. Elle est la première femme à obtenir un diplôme d’une école de médecine au Canada. Toutefois, ce succès n’ouvre pas immédiatement la voie aux étudiantes en médecine. Après qu’elle ait été diplômée, l’Université de Toronto continue à rejeter les demandes d’admission des femmes.

Inspirée par les difficultés qu’elle a rencontrées pour avoir accès aux études supérieures, Emily Stowe participe à la création de la première école de médecine pour les femmes au Canada. En 1883, elle dirige un rassemblement de la Canadian Women’s Suffrage Association sur le thème de l’égalité en éducation pour les femmes. Ceci mène à la création du Woman’s Medical College, qui ouvre ses portes en 1883 à Toronto. Le Dr Michael Barrett en est le premier doyen. En 1895, le collège est rebaptisé Ontario Medical College for Women. En 1898, le collège ouvre The Dispensary, une clinique où pratiquent les étudiantes du collège. The Dispensary offre des consultations médicales gratuites et des services pour les patients, qu’ils soient en mesure payer ou non.

Postérité

Emiliy Stowe est morte le 30 avril 1903 à Toronto. Bien que l’Ontario Medical College for Women ait fermé ses portes en 1905, The Dispensary a inspiré la création d’un hôpital administré par des femmes, pour des femmes. En 1909, un groupe appelé le Women’s College Hospital Committee orchestre une campagne pour la création d’un hôpital administré par des femmes. The Dispensary est rebaptisé Women’s College Hospital and Dispensary en 1913. L’hôpital n’avait originalement que sept lits, mais il s’agrandit au cours des ans et il est encore en activité aujourd’hui. Important hôpital universitaire affilié à l’Université de Toronto, le Women’s College Hospital continue à promouvoir l’égalité en santé et l’innovation dans le système de soins de santé.

Deux écoles élémentaires portent le nom d’Emily Stowe : l’école publique Emily Stowe à Norwich, Ontario, et l’école publique Dr. Emily Stowe à Courtice, Ontario. En 2018, Emily Stowe a été intronisée dans le Temple de la renommée médicale canadienne.

Emily Stowe

Emily Stowe, plus tard dans sa vie.


Lecture supplémentaire

  • Carlotta Hacker, The Indomitable Lady Doctors (1974).

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