Thanadelthur

Thanadelthur (« tremblement de martre » en chipewyan), négociatrice de paix, guide, enseignante, interprète (née vers 1697, probablement dans le nord du Manitoba actuel; décédée le 5 février 1717 à York Factory, au Manitoba). Surnommée l’ambassadrice de la paix, Thanadelthur a négocié la paix entre les Chipewyans (Dénésulines) et les Cris au début de la traite des fourrures. Elle a également joué un rôle déterminant dans la création de liens entre les Chipewyans et la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH), et dans l’élargissement de la traite des fourrures dans la région actuelle de Churchill, au Manitoba.

Contexte historique : relations entre les Chipewyans et les Cris

Au début des années 1700, les Chipewyans et les Cris qui habitent le nord du Manitoba actuel entretiennent des rapports d’hostilité aggravés par la traite des fourrures. La population chipewyanne qui occupe les territoires au nord-ouest de la rivière Churchill actuelle ne possède pas d’armes à feu et n’est pas régulièrement en contact avec les Européens. Cependant, les Cris qui habitent près du poste de traite York Factory (également connu sous le nom de fort York) de la Compagnie de la Baie d’Hudson, possèdent des mousquets et des munitions fournis par la CBH, ce qui les avantage lors des conflits cris-chipewyans.

Capture et évasion de Thanadelthur

Au printemps 1713, les Cris attaquent un groupe de Chipewyans et retiennent plusieurs d’entre eux captifs, y compris une femme appelée Thanadelthur. À l’automne de la même année, Thanadelthur et une autre femme s’évadent et tentent de rejoindre le peuple chipewyan.

Se déplaçant par voie de terre pendant environ une année, elles connaissent la faim et des froids extrêmes. À peine quelques jours après la mort de sa compagne, Thanadelthur suit des traces jusqu’à une tente près d’un ruisseau où sont installés quelques chasseurs d’oie de la Compagnie de la Baie d’Hudson. Ces derniers l’amènent à York Factory à la fin novembre 1714.

LE SAVIEZ-VOUS?
On ne connaît pas avec certitude les origines de Thanadelthur. Même si certaines sources suggèrent qu’elle appartient aux Esclaves ou aux Tlichos (Plats-Côtés-de-Chien), Thanadelthur est généralement considérée comme étant une Chipewyanne (Dénésuline). (Voir aussi Déné.)

Expédition de la paix

Le gouverneur de la Compagnie de la Baie d’Hudson, James Knight, désire établir la traite avec les Chipewyans et élargir le commerce vers le nord sur leur territoire traditionnel, jusqu’à la rivière Churchill. Il s’intéresse également à exploiter des mines de métaux précieux sur ce territoire. (Voir aussi Territoire autochtone.)

Afin d’atteindre son objectif, James Knight comprend qu’il doit mettre fin aux affrontements entre les Cris et les Chipewyans. Il espère que Thanadelthur, qui parle anglais, cri et chipewyan, pourra mettre à profit son intelligence et son enthousiasme comme interprète, guide et pacificatrice. Pour sa part, Thanadelthur croit que si son peuple reçoit des fusils en échange des fourrures, cela les aidera à améliorer l’efficacité de la chasse et à devenir plus puissants que leurs ennemis.

James Knight envoie donc Thanadelthur, accompagnée d’un employé de la CBH, William Stuart (parfois épelé Stewart), et de 150 Cris, en mission en juin 1715 pour rencontrer les Chipewyans. Pour survivre aux conditions rigoureuses de l’hiver, l’expédition se divise en plusieurs groupes plus petits. La plupart retournent à York Factory, mais Thanadelthur convainc son groupe, composé de William Stuart et d’une douzaine de Cris, de poursuivre leur chemin. Lorsqu’ils trouvent les cadavres de neuf Chipewyans, massacrés par d’autres Cris, les Cris de son groupe craignent des représailles et ne veulent plus avancer.

Déterminée et infatigable, Thanadelthur est résolue à faire la paix et à établir la traite entre les Chipewyans et les Britanniques. Elle veut également retrouver son peuple. Elle encourage donc les Cris de son groupe à rester en place pour dix jours pendant qu’elle-même part à la recherche des Chipewyans. En suivant, toute seule, leurs traces dans la forêt, elle trouve un groupe de Chipewyans qui ont échappé au massacre.

Après dix jours de discours convaincant, la voix de Thanadelthur est rauque, mais elle convainc enfin les Chipewyans de retourner avec elle pour rencontrer les Cris. Elle négocie une trêve entre les deux groupes, qui participent à des cérémonies de la paix. Par la suite, dix Chipewyans, dont probablement le frère de Thanadelthur, retournent à York Factory avec elle. Ils y arrivent en mai 1716, presque une année après le début de la mission de paix. James Knight et William Stuart, impressionnés par l’éloquence et l’exploit remarquable de Thanadelthur, lui attribuent le mérite d’avoir établi la paix.

LE SAVIEZ-VOUS?
Thanadelthur est connue sous plusieurs noms, notamment Joan et Femme esclave. Le gouverneur Knight l’a probablement appelée Joan. Le nom Femme esclave pourrait être une référence à l’esclavage et l’enlèvement qu’elle a subis, ou à son appartenance aux Esclaves. Selon une tradition orale de Black Lake, dans la Saskatchewan actuelle, elle s’appelle « la femme en rouge ». Cette appellation vient peut-être des récits de Chipewyans qui portent des chapeaux rouges. Dans les archives de la Compagnie de la Baie d’Hudson, Thanadelthur est appelée Ambassadrice de la paix.

Expansion de la Compagnie de la Baie d’Hudson

Le nouvel accord de paix entre les Chipewyans et les Cris prépare la voie à l’expansion de la traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson vers le nord. Il permet d’établir en 1717 un fort permanent plus près du territoire chipewyan, dans la région actuelle de Churchill, au Manitoba.

Au printemps 1717, James Knight, le gouverneur de la CBH se prépare à envoyer une deuxième fois Thanadelthur et une délégation chipewyanne dans la toundra pour annoncer à leur peuple qu’un nouveau fort sera établi sur la rivière Churchill. (En 1719, le poste de traite sera connu comme le fort Prince‑de‑Galles.) Thanadelthur accueille le plan avec enthousiasme. Elle apprend aux Chipewyans quelles fourrures sont prisées par les Britanniques et leur montre comment préparer les peaux pour la traite.

Décès

Thanadelthur n’accomplit pas le deuxième voyage vers le nord que lui propose le gouverneur Knight de la Compagnie de la Baie d’Hudson, car elle devient fiévreuse et malade. Après une maladie d’environ sept semaines, elle meurt le 5 février 1717. James Knight affirme à son sujet : « Elle possédait un grand esprit et la résolution la plus ferme que j’aie jamais vue chez une personne, de toute ma vie, et faisait preuve d’un immense courage. »

Importance

Grâce au fait qu’elle établit la paix entre des ennemis autochtones au début du 18e siècle, Thanadelthur est essentielle au succès de l’expansion de la Compagnie de la Baie d’Hudson dans le nord du Canada. En 2000, le Canada la reconnaît comme personne d’importance historique nationale. Aujourd’hui, certains résidents de Churchill la déclarent comme fondatrice de la ville, et son effigie est présentée sur un panneau routier indiquant le sentier Thanadelthur.


Lecture supplémentaire

  • Merna Forster, « Thanadelthur: A Priceless Prize or War », 100 Canadian Heroines: Famous and Forgotten Faces(2004).

  • A. M. Johnson, « Ambassadress of Peace », The Beaver, vol. 283, no 3 (1952) : pages 42-45.

  • Patricia A. McCormack, « The Many Faces of Thanadelthur: Documents, Stories and Images », dans Jennifer S.H. Brown et Elizabeth Vibert, éd., Reading Beyond Words: Contexts for Native History (2003): pages 329-364.

  • Sylvia Van Kirk, Many Tender Ties: Women in Fur Trade Society in Western Canada, 1670–1870 (1980).

  • Sylvia Van Kirk, « Thanadelthur », The Beaver (printemps 1974) : pages 40-45.

Liens externes