Tom Thomson

D'ascendance canado-écossaise, Thomson est né à Claremont, dans le canton de Pickering, en Ontario. Sixième d'une famille de dix enfants, il grandit sur une ferme à Leith, près d'Owen Sound.

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Tom Thomson, vers 1914, huile sur panneau (avec la permission du Musée des beaux-arts du Canada).
Tom Thomson
Doté d'habiletés naturelles sur le plan technique et grâce à son amour profond du Nord, Thomson possédait tous les éléments nécessaires pour devenir un grand peintre (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/C-17399).
\u00ab Pin, Le \u00bb (peinture)
Tom Thomson, huile sur toile, 1916-1917 (avec la permission du Musée des beaux-arts du Canada).
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Tom Thomson, huile sur panneau, 1916 (avec la permission du Musée des beaux-arts du Canada).
Portrait de Tom Thomson, 1982
Tom Thomson, Parc provincial Algonquin, 1914-1916

Jeunesse

D'ascendance canado-écossaise, Thomson est né à Claremont, dans le canton de Pickering, en Ontario. Sixième d'une famille de dix enfants, il grandit sur une ferme à Leith, près d'Owen Sound. Son père a quelque chose du naturaliste; un cousin, le Dr William Brodie, un peu plus âgé que son père, est l'un des plus grands naturalistes de l'époque (de 1903 à sa mort, en 1909, il dirige le département de biologie du futur Musée Royal de l'Ontario). Thomson recueille des spécimens avec le Dr Brodie, qui lui enseigne les rudiments des sciences naturelles. Par Brodie, Thomson apprend à observer la nature avec attention, tout en respectant son côté mystérieux.

Élevé au sein d'une famille créative, Thomson apprend à jouer de plusieurs instruments, notamment la mandoline. Il apprend aussi à dessiner et à peindre. N'ayant pu fréquenter l'école secondaire à cause de sa santé fragile, il s'inscrit au Canada Business College de Chatham (son nom figure dans le bottin de la ville de 1902). À partir de 1903, il étudie au Acme Business College de Seattle, une école dirigée par son frère aîné George et un ami, F.R. McLaren.

À Seattle, Thomson obtient son premier poste : graveur dans une agence de graphisme, dirigée par C.C. Maring, diplômé du Chatham Business College. Il travaille brièvement pour Maring & Ladd (qui deviendra Maring & Blake peu après son arrivée en raison d'un changement de propriétaire), puis décroche un emploi chez leur plus gros compétiteur, la Seattle Engraving Company, avec une augmentation de 10 $ par semaine. Thomson cherche sans doute à faire carrière à Seattle, souhaitant probablement s'y établir, progresser dans sa profession et se marier, tout comme l'a fait son frère Ralph en 1906. Le sort en décide autrement : lorsque Thomson demande en mariage Alice Elinor Lambert, une jeune femme de 8 ou 9 ans sa cadette, elle se met à rire nerveusement. Thomson, très sensible, abandonne ses ambitions matrimoniales et part pour Toronto. C'est alors qu'il décide de devenir artiste.

Évolution d'un artiste

L'expérience artistique de Thomson jusque-là est principalement de type amateur. Pour devenir artiste professionnel, il doit surmonter de nombreux obstacles, notamment son ignorance des aspects techniques de l'art. Le vent tourne en 1906, lorsqu'il s'inscrit au cours du soir de la Central Ontario School of Art and Design (aujourd’hui l'Ontario College of Art and Design University) puis, en 1908, lorsqu’il commence à fréquenter un joyeux groupe de camarades chez Grip Ltd., une agence de graphisme réputée.

Lorsque Thomson entre chez Grip, l'entreprise en est à une étape décisive de son développement. Elle peut compter sur un bon directeur artistique, A.H. Robson, et un peintre, J.E.H. MacDonald, qui est le pilier de l'équipe de conception. Thomson travaille sous la direction de MacDonald, qui le guide et l’encourage. Le génie de Thomson commence alors à s'épanouir. À l'agence, il soumet son travail à MacDonald pour qu'il le critique, lui montrant, ainsi qu’à d'autres, ses croquis peints les fins de semaine. MacDonald et des hommes tels que Robson, membre du Toronto Art Students' League (voir Associations d'artistes), font l'éloge du réalisme de Thomson.

En 1911, Thomson décide de faire du camping dans la réserve indienne de Mississagi. À son retour, ses amis chez Grip jugent que les croquis qu'il a réalisés pendant son voyage révèlent pleinement le caractère du paysage nordique. L'année suivante, il retourne chez Rous & Mann Ltd. (agence où Robson, suivi de tous les collègues de Thomson, commence à travailler en 1912) et montre à Robson les peintures qu'il a faites cette même année au cours d'un voyage de pêche au parc Algonquin. Ces esquisses de 1912 témoignent des progrès remarquables et marquent les véritables débuts de Thomson en tant qu'artiste. Leur intérêt réside dans la vision qu'ils donnent d'une terre sauvage, d’un monde splendide et intact que la civilisation semble avoir jusque-là épargné. Sa façon poétique et sereine de représenter le monde naturel s’appuie sur une connaissance directe du paysage.

Maturité
Tom Thomson

Pour sa première grande toile, Un lac du Nord (1913), aujourd'hui dans la collection permanente du Musée des beaux-arts de l'Ontario, Thomson choisit l'un des croquis réalisés lors de son voyage au parc Algonquin et en fait un tableau avec davantage de profondeur en avant-plan. Thomson adopte cette méthode de travail à partir de croquis réalisés sur place et achevés en atelier. Ce double mode de travail révèle les contrastes de sa personnalité artistique : d'une part le croquis, dont la vivacité et la création sur place rappellent la spontanéité d'un poème lyrique, d'autre part la toile peinte en atelier, semblable à un poème épique dont les effets sont adaptés à partir des styles à la mode, comme l'art nouveau et le postimpressionnisme.

À l'automne 1914, Thomson et ses amis A.Y. Jackson, Arthur Lismer et Frederick Varley campent au parc Algonquin. À cette époque, l'artiste transpose, élimine et applique des techniques de dessin à son travail pour faire évoluer sa manière de concevoir la peinture paysagiste. Cette pratique finira par devenir la base d'un style qui donnera une renommée nationale au Groupe des Sept, mouvement qui use d’une conscience canadienne croissante pour représenter le paysage. À l'occasion, Thomson discute avec MacDonald et Lawren Harris de ses idées sur cette nouvelle façon de voir le paysage.

En 1915, rares sont ceux qui, en dehors de son cercle artistique, connaissent son talent singulier. Thomson créé des esquisses et des toiles à l’huile qui finissent par représenter le Canada tel que les Canadiens l’imaginent. À l’âge de 37 ans, Thomson vit dans le parc Algonquin du printemps à l’automne, puis à Toronto en hiver. Il partage le Studio One du Studio Building (qui ouvre ses portes en 1914) avec A.Y. Jackson, et après le départ de celui-ci, avec Franklin Carmichael. Il emménage ensuite dans une cabane rattachée au bâtiment, où il peint des toiles de grande dimension et reçoit des amis, comme le Dr James MacCallum, ophtalmologue et mécène, ou Lawren Harris. C’est un artiste passionné, goguenard et aimable, avec une sensibilité exacerbée. Il est aussi l'un des premiers peintres à avoir donné une forme visuelle pénétrante au paysage canadien à mesure qu’il découvre celui-ci dans le parc Algonquin, une région du nord de l’Ontario réservée en tant qu’aire de conservation depuis 1893.

Décès et postérité

Tom Thomson disparaît en 1917, laissant derrière lui une cinquantaine de toiles et plus de 300 croquis. Les circonstances entourant sa mort inspirent de nombreux écrivains, détectives amateurs et chercheurs sérieux. Dans un article rédigé en 1977 pour le Toronto Star, Roy MacGregor suggère que Thomson aurait été assassiné par Shannon Fraser, selon ce qu'Annie Fraser, son épouse, aurait raconté à des amis. Les preuves sont contradictoires et confuses. Il est probable que la mort de Thomson fut accidentelle, mais on n'en connaîtra sans doute jamais les circonstances exactes.

Un examen de l'œuvre de Thomson révèle à quelle vitesse celui-ci réalise sa destinée. Artiste amateur, il trouve sa propre voie en 1914. De toute évidence, la nature est sa pierre de touche et restera sa muse tout au long de sa carrière. Sa méthode consiste à saisir des moments furtifs de lumière et d'atmosphère en en faisant un croquis à l'huile sur place, transformant parfois ces croquis en des éloges exaltés de la terre. Il évolue vers une maîtrise plus détendue et plus brillante de la peinture. Au meilleur de son art, Thomson dispose arbres et buissons dans ses tableaux comme des notes dans une chanson finement composée, créant des motifs qui s'entremêlent en un contrepoint recherché.

Pour lui, la musique est liée à la peinture (il déclare un jour à un ami que « les notes imparfaites détruisent l'esprit de la musique tout comme les couleurs imparfaites détruisent l'esprit du tableau »). Il est aisé de dégager dans son travail une corrélation avec les intervalles de musique, apportant une sorte de rythme, de touche et de tonalité à ses peintures. L'aspect le plus attirant pour le public est la généreuse utilisation que fait Thomson des couleurs et son sens du spectacle canalisé par sa connaissance de la nature nordique. Bien que ses tableaux montrent peu de personnages, les paysages qu'il peint évoquent des endroits où l'on peut méditer en paix.

Ses chefs-d’œuvre, comme Le vent de l’Ouest et Jack Pine, présentent un motif semblable : un ou plusieurs arbres sur un rivage rocheux qui évoquent une magnificence iconique. La richesse des couleurs de ses tableaux donne souvent une impression de mouvement, de dynamisme et d’impulsion. Pour le public contemporain, ses plus belles réalisations sont les croquis vivants aux formes puissantes. Exécutés dans une palette de rouge, de rose, de brun, de bleu foncé et de bleu clair et avec la finesse digne d’un naturaliste, les tableaux de Thomson incarnent une véritable vision nationale.


Tom Thomson

En savoir plus

Lecture supplémentaire

  • Joan Murray, Tom Thomson: Design for a Canadian Hero (1998).