Veena Rawat

Veena Rawat, O.C., ingénieure électrique, fonctionnaire, pionnière des télécommunications (née en 1945 en Inde). Veena Rawat a passé près de 40 ans dans la fonction publique, occupant de hauts postes de gestion et de développement de politiques à Industrie Canada. Véritable pionnière dans le secteur des télécommunications, Veena Rawat a été la première femme à compléter un doctorat en génie électrique à l’Université Queen’s et la première présidente du Centre de recherche sur les communications d’Industrie Canada. Elle a également été une voix majeure dans la création de structures réglementaires générales pour la gestion du spectre radioélectrique, en plus de soutenir des initiatives visant à rendre abordable le service sur large bande et à l’étendre aux régions rurales et éloignées. Elle a aussi milité pour l’égalité des genres dans les secteurs orientés sur les STIM et pour une plus grande présence des femmes en génie.

Veena Rawat
Veena Rawat, 15 mars 2010

Enfance et formation

Veena Rawat naît en Inde en 1945. Elle effectue un diplôme de premier cycle à l’Université du Rajasthan à Jaipur, puis, en 1967, une maîtrise en technologie au Birla Institute of Technology and Science à Pilani. En 1968, elle immigre au Canada et s’enrôle dans le programme doctoral de génie électrique de l’Université Queen’s, à Kingston en Ontario.

Dans les années 1960 et 1970, les femmes se font très rares dans les domaines du génie et des sciences, et beaucoup d’entre elles subissent de la discrimination et du sexisme. Veena Rawat, d’ailleurs, est la seule femme dans ses programmes de premier et deuxième cycles en Inde. Lors de son doctorat à l’Université Queen’s, elle vit beaucoup d’expériences que ses contemporaines ont vécues dans les institutions canadiennes. Les recherches de Veena Rawat se concentrent sur les communications dans les régions éloignées, et plus particulièrement sur les signaux radio qui sont émis selon le type de câbles dans les tunnels et les mines. Une mine de nickel en exploitation dans le nord de l’Ontario est le site d’essai de Veena Rawat, mais comme les femmes n’ont pas le droit d’entrer dans la mine, ce sont deux hommes – son superviseur et son assistant de recherche – qui mènent les tests à sa place sur le terrain et récoltent les données pour sa thèse. Lorsqu’elle obtient son diplôme en 1973, elle devient la première femme possédant un doctorat en génie électrique de l’Université Queen’s.

Carrière

En 1974, Veena Rawat entame sa carrière d’ingénieure au ministère des Communications (maintenant appelé Industrie Canada), qui gère les télécommunications ainsi que les diffusions radiophoniques et télévisuelles au Canada. À l’époque, elle est la seule femme au ministère. Dans les premières années de son mandat, Veena Rawat se penche sur divers programmes, dont la mise sur pied de nouveaux services radio et la création d’exigences réglementaires pour tous ces services. En 1999, elle devient directrice générale adjointe du génie du spectre.

En 2003, Veena Rawat rejoint les rangs du Centre de recherche sur les communications (CRC) – la division recherche et développement d’Industrie Canada – en tant que vice-présidente à la direction. Le CRC est la plus importante agence de recherche et de commercialisation des technologies de l’information et des communications (TIC) au Canada. En 2004, elle devient la première présidente du CRC, un poste dans le cadre duquel elle supervise des centaines d’employés et un budget de plusieurs dizaines de millions de dollars. Elle gère également les relations du CRC avec d’autres organisations nationales de télécommunications, notamment le Conseil consultatif de la radio et l’Association canadienne des télécommunications sans fil. Au cours du mandat de Veena Rawat, le CRC étend son service sur large bande dans les régions éloignées et mal desservies et fait grandement avancer la technologie qui soutient le système de recherche et sauvetage assisté par satellite. Toujours sous son égide, le CRC crée la toute première plateforme de radio-développement intelligent et sans fil au monde, qui permet aux différents réseaux de s’identifier automatiquement entre eux et de trouver un canal disponible, libérant ainsi la voie à un plus grand nombre de communications simultanées (et à une meilleure productivité). Veena Rawat dirige le CRC de main de maître, s’adaptant à la demande de plus en plus grande en matière d’accès à large bande, aux besoins accrus de cybersécurité, et à l’arrivée de l’économie numérique et de l’intégration des TIC aux stratégies de sécurité publique et de préparation à la défense.

Une grande partie du travail de Veena Rawat consiste à promouvoir les innovations canadiennes sur la scène internationale et à participer à des débats auprès de ses homologues mondiaux dans le secteur des TIC. Rapidement, Veena Rawat se bâtit une réputation pour sa gestion impartiale et son style de négociation mesuré, qu’elle déploie avec une foule d’organisations, dont la Commission interaméricaine des télécommunications (qui fait partie de l’Organisation des États américains) et la Federal Communications Commission du gouvernement états-unien. Elle siège également au Comité Canada–États-Unis de négociation des fréquences radiophoniques, qui mène à la ratification de traités de coordination transfrontalière sur l’utilisation du spectre.

Veena Rawat mène aussi les délégations (et les négociations) canadiennes auprès de l’Union internationale des télécommunications (UIT), une agence des Nations Unies spécialisées dans les TIC. En 2003, Veena Rawat devient la première femme et la première Canadienne à présider la prestigieuse Conférence mondiale des radiocommunications de l’UIT. En tant que présidente, elle rassemble près de 200 délégués pour discuter d’un nombre record de points à l’ordre du jour, y compris les besoins spectrométriques des services commerciaux et publics comme les systèmes de défense radar et la navigation. Veena Rawat reçoit d’ailleurs du secrétaire général la médaille d’or de l’UIT pour l’excellence de son leadership. Plus tard, elle préside aussi le groupe d’études de l’UIT en matière de services satellite, qui analyse l’utilisation des satellites pour les communications d’urgence et leur potentiel en termes de connexions à large bande.

En tant que présidente du CRC, Veena Rawat cherche à démocratiser l’accès aux réseaux de transmission de la voix, de l’image et des données auprès des Canadiens de toutes les régions géographiques et de toutes les strates socioéconomiques. Lorsqu’elle prend sa retraite du CRC en juin 2011, le sous-ministre adjoint du Spectre, des technologies de l’information et des télécommunications (STIT) déclare que c’est grâce à Veena Rawat « que le CRC est réellement un centre d’excellence en recherche et développement des télécommunications au Canada ».

En tant qu’autorité mondiale dans la gestion du spectre des fréquences, Veena Rawat est très convoitée par le secteur privé. Peu de temps après avoir quitté le CRC, elle est nommée vice-présidente de l’équipe des technologies de pointe de l’entreprise Research in Motion (RIM) et devient également l’ambassadrice de RIM auprès de l’UIT, des mandats qu’elle occupe jusqu’en 2014. Elle travaille depuis comme consultante pour des organisations et entreprises au Canada et à l’étranger.

Militantisme

Grâce à presque quatre décennies à la fonction publique, Veena Rawat se bâtit une réputation de pionnière dans le secteur des télécommunications, ce qui lui permet de militer pour l’égalité des genres dans les STIM et de promouvoir le génie auprès des femmes. Au sein d’Industrie Canada, elle démarre un programme de recrutement universitaire qui offre des occasions d’emploi aux ingénieures, en plus de soutenir l’industrie aérospatiale en tant que voie prometteuse pour les femmes souhaitant entrer dans le secteur des technologies de l’information et des communications.

Le travail de Veena Rawat en matière de gestion et de négociation aide à mettre de l’avant les femmes (et à augmenter leur nombre) dans des postes de direction au sein d’organes de réglementations et de négociations sur les plans national et international. Veena Rawat donne des conférences à plusieurs colloques internationaux dédiés à la place des femmes en sciences et technologie. En 2015, elle prononce une allocution à un atelier organisé par l’Institut des Nations Unies pour la formation et la recherche (UNITAR) et l’UIT et portant spécifiquement sur la participation croissante des femmes dans le secteur des radiocommunications. Elle salue d’ailleurs l’engagement de l’UNITAR et de l’UIT en ce qui a trait à l’égalité des genres dans leurs stratégies et programmes, notant que la société entière profite de « la participation égale des hommes et des femmes dans la prise de décisions et la création de politiques, ainsi que l’accès équitable aux services de communications ».

Veena Rawat siège aussi au sein de plusieurs conseils d’administration. En 2011, elle devient gouverneure du Temple de la renommée des télécommunications du Canada. Elle est également nommée aux comités de vérification de la Commission canadienne de sûreté nucléaire en 2015, et, à titre de présidente, à l’Agence spatiale canadienne en 2017.

Veena Rawat lutte aussi contre la violence conjugale et milite pour l’intégration des jeunes femmes aux équipes sportives dans les écoles secondaires.

Vie personnelle

Veena Rawat et son mari, Surendra, effectuent un doctorat en génie électrique à l’Université Queen’s. Ils sont le seul couple marié du programme. Au début des années 1970, ils déménagent à Ottawa afin de tirer profit du boom dans le secteur des télécommunications de la région. De leur union naît deux enfants : une fille qui devient médecin, et un garçon qui a, lui aussi, un doctorat en génie.

Veena Rawat parle couramment l’anglais, le français, le hindi et l’espagnol.

Prix et récompenses

  • Prix de la pionnière, Association canadienne des femmes en communications (1999)
  • Médaille d’or, Union internationale des télécommunications (2003)
  • Médaille du jubilé d’or de la reine Elizabeth II (2003)
  • Prix d’excellence en leadership, Industrie Canada (2003)
  • Prix Femme de l’année, Association canadienne des femmes en communications (2004)
  • Prix « Industry Achievement », Conseil consultatif canadien de la radio (2004)
  • Prix du leadership international au gouvernement, Association internationale des communications sans fil (2005)
  • Prix de recherche Sara Kirke, Alliance canadienne des technologies de pointe (2008)
  • Prix d’excellence de la fonction publique, gouvernement du Canada (2011)
  • Prix « Communications Society » de la fonction publique en télécommunications, Institute of Electrical and Electronics Engineers (2012)
  • Officier, Ordre du Canada (2014)