Parti Wildrose de l’Alberta

Le Parti Wildrose est un ancien parti politique albertain qui a défendu le conservatisme fiscal et les valeurs rurales. Lors des élections provinciales de 2015, le parti, autrefois connu sous le nom de Wildrose Alliance, a obtenu un nombre de sièges suffisants pour devenir l’opposition officielle. Il a également remplacé l’Association progressiste-conservatrice de l’Alberta comme principale voix conservatrice à l’Assemblée législative. En 2017, le parti fusionne avec les Progressistes-conservateurs afin de créer le Parti conservateur uni, sous la direction de Jason Kenney, ancien ministre fédéral.

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Edmonton, 1908-1913 (avec la permission des Provincial Archives of Alberta/Alfred Blyth Coll/BL 1196).

Création

Le Wildrose Alliance Party of Alberta, simplement appelé en français Parti Wildrose, doit son nom à la rose sauvage, emblème floral de l’Alberta. Il est créé le 19 janvier 2008 de la fusion de deux petits groupes conservateurs, le Wildrose Party et l’Alberta Alliance Party. Le premier chef du parti est Paul Hinman, précédemment élu à l’Assemblée législative albertaine en 2004 sous la bannière Wildrose. Il est toutefois battu lors des élections de 2008 et annonce en avril 2009 qu’il renonce à son poste de chef du parti.

Peu de temps après la nouvelle victoire aux élections du Parti progressiste-conservateur, le gouvernement d’Ed Stelmach fait face à une série de difficultés économiques que Wildrose exploite pleinement. La récession mondiale de 2009 provoque une chute de la consommation mondiale de pétrole, entraînant une baisse des revenus de l’Alberta. Les torys d’Ed Stelmach annoncent un déficit budgétaire record pour l’année. Simultanément, le gouvernement doit également faire face à des réactions de l’industrie pétrolière de plus en plus virulentes par rapport à ses plans visant à augmenter les taux de redevances qu’il perçoit.

Danielle Smith

L’automne 2009 voit Wildrose connaître des changements positifs. En septembre, Paul Hinman remporte une élection partielle dans une circonscription de Calgary; puis, en octobre, Danielle Smith, ancienne membre du Parti progressiste-conservateur et diplômée de l’Université de Calgary, est élue chef du parti.

Danielle Smith s’est fait connaître, avant d’être élue chef du Parti Wildrose, comme journaliste et directrice pour l’Alberta de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante. Son leadership donne de la crédibilité au parti nouvellement créé. Tandis que les experts et les commentateurs font jusqu’alors peu de cas de Wildrose, considéré comme un parti trop rural et socialement conservateur, il apparaît soudainement comme urbain, sophistiqué et adapté aux circonstances. L’expertise et le bon sens dont la chef du parti fait preuve en matière de communication et de gestion des médias ainsi que ses capacités à exposer clairement des positions politiques contrastent fortement avec l’approche beaucoup plus terne des relations publiques du premier ministre Ed Stelmach.

Mauvaise passe

L’année suivante, Wildrose voit son étoile prendre rapidement de l’éclat. Le parti annonce que le nombre de ses adhérents est passé de 11 000 à 24 000 en 2010 et qu’il a collecté 1,4 million de dollars de dons. Les sondages montrent également que les électeurs favorables à Wildrose sont de plus en plus nombreux et que, dans certains cas, les intentions de vote sont même supérieures à celles qui s’expriment en faveur des progressistes-conservateurs d’Ed Stelmach. Trois nouveaux députés provinciaux, transfuges du Parti progressiste-conservateur, se joignent également au parti, portant le nombre de ses sièges à l’Assemblée législative à quatre alors qu’il n’en détenait jusque-là qu’un seul occupé par Paul Hinman.

Toutefois, au printemps 2011, la tendance s’inverse lorsque le parti est secoué par plusieurs démissions de membres éminents de son exécutif se plaignant de l’autoritarisme de Danielle Smith et l’accusant même d’intimidation. Cependant, le parti avait antérieurement fait face à un écueil encore plus important lors de l’annonce de la démission surprise d’Ed Stelmach de son poste de premier ministre le 25 janvier 2011. En effet, selon de nombreux experts et commentateurs, une grande partie de la baisse de popularité des progressistes-conservateurs et, dans un mouvement de balancier, de la montée de Wildrose s’expliquait directement par le leadership du premier ministre. Or, les cadres de Wildrose quittant le parti au printemps sont majoritairement d’anciens progressistes-conservateurs qui, avec le départ d’Ed Stelmach, annoncent rapidement leur retour au bercail.

Durant la majorité de l’année 2011, le Parti Wildrose semble au point mort. Toutefois, la course au leadership du parti progressiste-conservateur à l’automne et, notamment, l’élection d’Alison Redford lui redonne espoir. Dans les jours qui suivent la nomination d’Alison Redford au poste de première ministre, les dirigeants de Wildrose font état d’une brusque augmentation des adhésions.

Élections de 2012

En 2012, le parti au pouvoir doit à nouveau faire face à de sérieuses difficultés économiques et à un désenchantement croissant des électeurs après 40 ans de gouvernement progressiste-conservateur ininterrompu. À l’approche des élections, certains doutes demeurent, toutefois, quant à la possibilité pour Wildrose d’exploiter pleinement les circonstances, et ce, compte tenu des capacités organisationnelles du parti et des compétences de leadership de Danielle Smith. Début février 2012, un sondage CBC montre une avance des progressistes-conservateurs de 20 % sur Wildrose.

Le 26 mars, la première ministre Alison Redford annonce que les élections provinciales se tiendront le 27 avril. Les progressistes-conservateurs sont aux prises avec une couverture négative de la presse, notamment en ce qui concerne le financement du parti, entraînant le décollage de Wildrose dans les sondages. Simultanément, les contributions financières commencent à affluer pour Wildrose, dépassant les dons en faveur des progressistes-conservateurs. Il semble que Wildrose est sur la bonne voie pour mettre fin au long règne du parti au pouvoir.

La campagne électorale de Wildrose connaît cependant quelques soubresauts lorsque Danielle Smith défend deux candidats qui ont fait des déclarations homophobes et racistes. Le parti a également du mal à effectuer des percées décisives dans les zones urbaines en croissance de l’Alberta. Le soir de l’élection, ce sont les progressistes conservateurs d’Alison Redford qui remportent la mise avec une majorité de 61 sièges sur 87 contre 17 sièges pour Wildrose, des résultats qui surprennent de nombreux observateurs politiques qui avaient prédit soit un gouvernement minoritaire progressiste-conservateur, soit une victoire de Wildrose. Wildrose devient l’opposition officielle.

Défections

Alison Redford démissionne début 2014 à la suite d’un présumé scandale de corruption et, encore une fois, le Parti Wildrose semble prêt à prendre le pouvoir. Toutefois, le remplacement de la première ministre albertaine par Jim Prentice, un ancien membre du cabinet fédéral conservateur particulièrement populaire, insuffle une nouvelle énergie aux différents partis conservateurs provinciaux. Après la prise de fonction comme premier ministre de Jim Prentice, les progressistes-conservateurs et leur chef remportent, en octobre 2014, une victoire écrasante à l’occasion de quatre élections partielles en Alberta; il s’agit là de pertes et d’une défaite dévastatrices pour Wildrose. Dans le sillage de cet échec, Danielle Smith réclame un examen de son leadership, ce que son caucus refuse. Malgré cette manifestation de soutien, trois députés Wildrose font défection un mois plus tard, deux d’entre eux rejoignant les rangs progressistes-conservateurs et un troisième quittant le caucus du parti pour siéger comme indépendant.

Le 17 décembre, Danielle Smith — qui était chef de l’opposition officielle de l’Alberta — déserte également son propre parti pour rejoindre les progressistes-conservateurs au pouvoir, emmenant huit autres députés Wildrose, y compris le chef adjoint du parti. Ces défections constituant l’une des trahisons politiques les plus spectaculaires de l’histoire canadienne laissent Wildrose avec un caucus de cinq députés à l’Assemblée législative et un avenir incertain.

Élections de 2015

Du jour au lendemain, Danielle Smith cesse de critiquer Jim Prentice pour en devenir l’une des plus ferventes partisanes. Elle demande aux sympathisants de Wildrose de se joindre à elle dans le cadre d’un projet visant à réunifier les forces politiques conservatrices de la province. Toutefois, son appel n’est pas vraiment entendu et c’est plutôt Wildrose qui réussit à rassembler ses forces en vue du combat des élections de 2015 en s’appuyant sur le soutien indéfectible de ses loyaux partisans. Pendant ce temps, Danielle Smith et les autres transfuges de Wildrose sont passablement malmenés par la base militante progressiste-conservatrice.

Le 28 mars, Danielle Smith échoue dans sa tentative de remporter l’investiture comme candidate progressiste-conservatrice pour les élections à venir dans sa circonscription de la région de Calgary. Cette même nuit, Wildrose élit Brian Jean, un ancien député fédéral conservateur, comme nouveau chef.

Les élections du 5 mai marquent un tournant décisif dans la vie politique de l’Alberta. Les progressistes-conservateurs de Jim Prentice, dont l’électorat se montre irrité par l’acceptation des transfuges de Wildrose par le parti et mécontent face à une économie provinciale languissante, sont chassés du pouvoir par le Nouveau Parti démocratique, mené par Rachel Notley, qui n’avait jamais gouverné l’Alberta. Les progressistes-conservateurs ne sont plus désormais que la troisième force dans la nouvelle Assemblée législative et Jim Prentice démissionne immédiatement après son bref passage en politique provinciale.

Wildrose, après avoir mené une campagne dynamique intense contre les plans du gouvernement sortant prévoyant d’augmenter les taxes provinciales plutôt que de réduire les dépenses, redevient l’opposition officielle avec Brian Jean à sa tête, fort de 21 députés supplémentaires. Sur les douze sièges de son caucus perdus par Wildrose à l’occasion des défections de l’hiver précédent, le parti en reconquiert dix lors de ces élections de mai.

Parti conservateur uni

Au début de 2017, Jason Kenney, ancien membre du cabinet fédéral pour le gouvernement Harper, est élu chef de l’Association progressiste-conservatrice de l’Alberta. Il a pour objectif d’« unir la droite » et promeut une fusion du Wildrose et des Conservateurs afin de répondre à la majorité néo-démocratique. En vertu de la constitution du Parti Wildrose, il faut qu’au moins 75 % des membres soient en faveur de la fusion. Le 22 juillet 2017, 95 % des membres en bonne et due forme des deux partis votent pour la fusion. Le parti nouvellement créé est nommé Parti conservateur uni, et Jason Kenney en devient le chef élu dans le cadre d’une course à la direction lancée peu de temps après.


Lecture supplémentaire

  • Trevor Harrison, The Return of the Trojan Horse (2005).

Liens externes