Cours

Le Fraser, le plus long fleuve de la Colombie-Britannique (1 375 km), draine un bassin hydrographique de 234 000 km2. Il prend naissance près du col Fraser, sur les pentes ouest des montagnes Rocheuses, dans le coin sud-est du parc provincial du Mont-Robson. Il s’écoule lentement vers le nord-ouest en plusieurs bras dont les méandres épousent le fond plat de la vallée du sillon des Rocheuses jusqu’à Prince George, en Colombie-Britannique, où il change de cap vers le sud. Les berges de gravier du fleuve s’élèvent alors jusqu’à 50 à 100 m dans les secteurs où il a entaillé les dépôts glaciaires du plateau Intérieur central. La vitesse de ses eaux augmente au sud de Prince George où il est rejoint par plusieurs affluents, le plus important étant la rivière Nechako, en provenance du nord-ouest.

Le Fraser pénètre dans le canyon qui porte son nom au sud de Quesnel, où il est rejoint par la rivière Chilcotin, en provenance de l’ouest. Le fleuve y a érodé le sous-sol rocheux du plateau Intérieur jusqu’à des profondeurs variant entre 300 et 600 m. Dans cette partie médiane de son cours, le fleuve est rejoint par d’autres grands affluents comme les rivières Quesnel et Thompson, qui arrivent de l’est, et la rivière West Road, de l’ouest. À Hell’s Gate, au sud de Boston Bar, le cours du fleuve se rétrécit pour ne plus occuper qu’une largeur de 35 m. À l’extrémité sud du canyon, près de Yale, le fleuve s’écoule entre la partie nord de la chaîne des Cascades, à l’est, et la chaîne Côtière, à l’ouest.

Parvenu à Hope, toujours en Colombie-Britannique, le Fraser bifurque vers l’ouest et son cours s’aplanit. Sa vallée s’évase alors pour former un delta d’environ 50 km de large au bout duquel le fleuve se jette dans le détroit de Georgia, à Vancouver. La partie sud-ouest du delta du Fraser se trouve dans l’État de Washington. L’eau du Fraser provient principalement de la fonte des neiges et son débit est le plus élevé entre mai et juillet et le plus faible entre janvier et mars.

Flore et faune

Le Fraser et ses affluents abritent une des remontées de saumons les plus productives du monde. On y rencontre les cinq espèces de saumons du Pacifique – le saumon rouge, le saumon coho, le saumon kéta, le saumon quinnat et le saumon rose. Les saumons déposent leurs œufs en eau douce, mais ils passent la plus grande partie de leur vie dans l’océan avant d’entamer la migration qui les fera remonter leur cours d’eau natal pour y frayer.19On rencontre un grand nombre d’autres espèces de poissons dans le Fraser, notamment des truites arc-en-ciel et des ombles de fontaine (une espèce de truite), des lamproies de rivière et des lamproies du Pacifique, des eulakanes, des éperlans argentés et des éperlans d’hiver, des sauvagesses du Nord, des ménés deux-barres, des ménés roses, des naseux des rapides, plusieurs espèces de Castomidés, et des chabots piquants.

Le bassin du Fraser comprend des toundras alpines, des forêts de conifères, des prairies et des forêts pluviales côtières. On y rencontre donc une grande variété de végétaux. Les essences dominantes comprennent notamment le pin tordu latifolié, l’épinette blanche, le peuplier faux-tremble, le Douglas taxifolié, l’épinette d’Engelmann et la pruche occidentale. Les prairies se retrouvent quant à elles essentiellement dans les régions arides. Divers animaux sauvages se rencontrent dans cette région, notamment le caribou des bois, le cerf mulet, l’original, le mouflon d’Amérique, la chèvre de montagne, le coyote, le loup, l’ours noir, le grizzly, le rat musqué, la gélinotte et le geai de Steller.

Problèmes environnementaux

Une des menaces les plus sérieuses qui pèsent sur les forêts du bassin du Fraser est l’épizootie actuelle due à un coléoptère, le dendroctone du pin ponderosa. En 2007, le dendroctone du pin ponderosa a touché plus de 8,8 millions d’hectares dans cette région, les Cariboo-Chilcotin et le Haut Fraser étant les plus affectés.Les dendroctones du pin ponderosa ciblent et tuent les arbres matures en perçant des galléries dans l’écorce et en se nourrissant des couches de bois situées en dessous. C’est le pin tordu latifolié, l’essence de pin la plus abondante en Colombie-Britannique, qui a été le plus durement touché. Les aiguilles des arbres morts virent au rouge, ce qui explique la présence d’immenses forêts rouges dans le bassin du Fraser. La destruction des arbres due aux infestations de dendroctones du pin ponderosa ou aux coupes à blanc de la foresterie entraîne une augmentation du niveau des crues associées aux chutes de pluie et à la fonte des neiges et affecte donc le débit du Fraser. Le volume d’eau de pluie qui atteint le sol augmente parce que les arbres et les broussailles ne sont plus là pour intercepter les précipitations. La fonte des neiges s’intensifie aussi puisque sans les arbres, le rayonnement solaire atteint plus facilement le sol.

Les usines de pâtes et papiers situées à Prince George et à Quesnel, en bordure du Fraser, sont des sources de contamination. Aujourd’hui, on mesure toujours un certain niveau de pollution en aval de ces usines, mais les modifications adoptées pour le blanchiment des pâtes dans les années 1990 ont permis d’améliorer la qualité de l’eau de manière spectaculaire. Les écoulements provenant des zones urbaines ou agricoles contribuent également à contaminer l’eau du fleuve. Des exploitations minières axées sur divers minéraux, le charbon et certains métaux sont de plus disséminées dans tout le bassin du Fraser et constituent d’autres sources potentielles de pollution.Le 4 août 2014, la rupture d’une digue sur un bassin de résidus à la mine du mont Polley a provoqué le déversement de 8 millions de mètres cubes de contaminants dans la rivière Hazeltine et les lacs Polley et Quesnel dans le bassin du Fraser.Les eaux résiduaires contenaient du cobalt, du nickel, de l’antimoine, de l’arsenic, du plomb, du sélénium, du mercure et du cadmium. Ce désastre a eu un impact considérable sur les milieux aquatiques locaux et pourrait avoir des retombées à long terme sur le frai du saumon dans la région.

Histoire

Les Premières nations occupent le bassin du Fraser depuis plus de 10 000 ans et ont pendant longtemps dépendu des abondantes ressources et de la voie de transport que leur offrait le fleuve. Le saumon était particulièrement important pour l’alimentation et les traditions culturelles des Premières nations disséminées le long du cours du Fraser. On distingue trois zones culturelles principales : celle occupée par les Salish de la côte, près de l’embouchure du Fraser; le Plateau, occupé par les Nlaka’pamux, les Okanagan (ou Syilx), les Secwepemc, les St’át’imc et les Tsilhqot’in le long du cours central du fleuve; et la région subarctique occupée par les Dakelh, les Sekanais et les Wet’suwet’en sur le cours supérieur. En plus du saumon, les Autochtones capturaient également des esturgeons, des morues, des truiteset des eulakanes avec des engins de pêche élaborés tels que des lances, des filets, des hameçons et des pièges. Ils chassaient par ailleurs le cerf, l’orignal, la chèvre de montagne, la marmotte, l’ours noir et le castor.

En 1808, Simon Fraser, dont le fleuve porte le nom, devient le premier Européen à avoir parcouru la majorité du cours du Fraser. Un poste de traite des fourrures est établi en 1827 à Fort Langley, sur le Bas Fraser, mais le cours supérieur du fleuve a déjà été exploré à l’époque, avec des postes de traite mis en place à Fraser Lake en 1806 et à Fort George en 1807. Les rapides qui parsèment le cours central du Fraser font que cette région restera à l’époque peu utilisée jusqu’à la découverte d’or sur les barres de sable au sud de Yale, un événement qui va déclencher en 1858 la ruée vers l’or du Fraser. La ruée vers l’or du Cariboo, qui suivra au nord, s’accompagne de la construction de la première route étroite tracée dans les murs mêmes du canyon (la route Cariboo). Plus tard, la société du Chemin de fer du Canadien Pacifique utilise la tranchée creusée par la rivière Thompson et le fleuve Fraser pour y construire la seule route à bas niveau qui permet de traverser la barrière de la chaîne côtière des Cascades pour atteindre le Sud-Ouest de la Colombie-Britannique. L’intensification de la colonisation européenne qui résulte de ces développements perturbe et déplace nombre de communautés autochtones, décime les stocks de saumons et introduit des maladies telles que la rougeole, la grippe, la scarlatine et la variole, qui vont décimer les populations des Premières nations.

En 1998, le Fraser est désigné « rivière du patrimoine canadien » compte tenu de l’immense patrimoine culturel et naturel qui lui est associé, notamment plusieurs formations géologiques, une riche histoire autochtone et le rôle important qu’a joué le fleuve pour l’établissement des colons européens.