Mosquée Al Rashid

Consacrée en 1938, la mosquée Al Rashid, à Edmonton, a été la toute première au Canada. Elle a été financée grâce à des projets de la communauté arabe, menée par Hilwie Hamdon. Par de nombreuses initiatives marquantes, la mosquée Al Rashid a joué un rôle décisif dans la croissance de la communauté musulmane de l’Alberta et du pays tout entier. (Voir Islam.)

Consacrée en 1938, la mosquée Al Rashid, à Edmonton, a été la toute première au Canada. Elle a été financée grâce à des projets de la communauté arabe, menée par Hilwie Hamdon. Par de nombreuses initiatives marquantes, la mosquée Al Rashid a joué un rôle décisif dans la croissance de la communauté musulmane de l’Alberta et du pays tout entier. (Voir Islam.)



Origines de la communauté

Au tournant du 20e siècle, plusieurs familles émigrent au Canada depuis la vallée de la Bekaa, alors en territoire syrien (aujourd’hui libanais). Dès les années 1930, quelques dizaines de familles arabes libanaises sont bien établies dans le milieu des affaires et la société d’Edmonton. Elles forment le noyau autour duquel fleurit un projet de mosquée, qui sera suivi de nombreux autres au cours de la migration musulmane en Alberta. (Voir Islam.)

Construction de la mosquée Al Rashid

Le projet de construction d’une mosquée est lancé dans les années 1930. Un groupe de gens d’affaires arabes, mené par Hilwie Hamdon, négocie avec le maire d’Edmonton, John Wesley Fry, l’achat d’un terrain au centre-ville pour la somme de 5 000 $. Les organisateurs comptent sur une population musulmane éparpillée dans les Prairies pour aider à financer les travaux. L’infatigable Hilwie Hamdon sollicite aussi l’un après l’autre les commerces de Jasper Avenue, et obtient de l’aide auprès de tous les groupes religieux. Cet élan de solidarité tient aux talents culinaires des femmes de la communauté, qui attirent les citadins en grand nombre avec leur cuisine moyen-orientale aux fêtes du Ramadan et de l’Aïd.

L’édifice est inauguré en grande pompe en 1938, car il s’agit de la première mosquée au Canada et de l’une des premières en Amérique du Nord.

Le concept architectural est unique. Certains y voient des influences ukrainiennes, mais il s’agit vraisemblablement d’un amalgame de plusieurs styles qu’on trouve à Edmonton. Le modèle sera repris plus tard dans d’autres édifices islamiques de la région.

Croissance de la communauté

La mosquée Al Rashid attire une population croissante. Son emplacement dans la ville plaît aussi aux musulmans qui veulent profiter des atouts d’Edmonton en finances et en éducation. Dès le début, les efforts d’éducation sont fortement encouragés. On enseigne les rudiments de l’arabe au sous-sol, on crée des programmes préparatoires à l’école islamique et des classes de religion, sans oublier la récitation du Coran. Dans les premiers temps, des musulmans de toutes allégeances fréquentent la mosquée, les femmes dans leur section distincte ou priant derrière un rideau. (Voir Islam.)

Au long de son histoire, la mosquée est surtout dirigée par des Arabes musulmans libanais (voir Arabo-Canadiens). L’idéologie sunnite en vient à s’imposer et les musulmans d’autre allégeance déménagent dans leurs propres lieux de culte. Le premier imam de la mosquée est Najjib Ailley, un homme d’affaires de l’endroit improvisé imam, qui officie jusqu’en 1959, après quoi la fonction sera confiée exclusivement à des imams professionnels bilingues (arabo-anglais), tous d’allégeance sunnite.

Les premiers succès en éducation évoluent dans différentes directions. L’enseignement de la langue arabe est repris par le système scolaire public à Edmonton, dans deux écoles en particulier, grâce aux efforts de Lila Fahlman et de Soraya Hafez. Une autre initiative largement applaudie est l’Académie islamique d’Edmonton, qui offre aujourd’hui la scolarisation jusqu’en 12e année. L’encadrement des convertis est un autre aspect important de l’éducation, qui exige une attention particulière et l’intervention d’imams compétents en la matière.

Expansion

À la fin des années 1960, il est devenu évident que la mosquée originale ne peut plus accueillir les foules qui veulent assister aux offices. De plus, la ville d’Edmonton a besoin du terrain pour agrandir un hôpital, si bien que le conseil d’administration en achète un autre du côté nord. En 1982, une nouvelle mosquée Al Rashid est inaugurée.

La vieille mosquée est désertée. Lorsque la ville presse la communauté de la déplacer ou de la démolir, les femmes reprennent le flambeau et lèvent des fonds pour la sauver. L’autorisation est enfin accordée de la déménager dans le secteur patrimonial de la ville, le parc de Fort Edmonton, où elle s’intègre au remarquable patrimoine bâti d’Edmonton.

Enjeux

Au cours de son histoire, la communauté de la mosquée Al Rashid doit composer avec des enjeux polarisants comme les retombées internationales d’Al‑Qaïda ou l’appui du Canada à Israël. Le conseil de la mosquée s’efforce cependant de s’en tenir à une réponse générale unifiée de l’islam canadien face aux crises. Ainsi, lorsque le monde musulman se débat avec l’influence de la doctrine de l’islamisme politique (salafisme), les dirigeants d’Al Rashid résistent, préférant se replier vers différentes initiatives communautaires : promotion des efforts du Conseil des communautés musulmanes d’Edmonton pour créer une chaire de la tradition islamique à l’Université de l’Alberta (la seule chaire panislamique du genre en Amérique du Nord en 2005); création de programmes complets pour la jeunesse, comme les Scouts et les mouvements pour jeunes femmes; accroissement de l’aide aux jeunes par des subventions aux études et du soutien collégial. Entre-temps, Lila Fahlman prend en main les causes de ses consœurs en militant pour un organe d’une importance cruciale, le Conseil canadien des femmes musulmanes. (Voir Islam.)

Malgré ces efforts, la communauté d’Al Rashid est aux prises avec divers problèmes sociaux et politiques. Après les attentats du 11 septembre 2001, le renseignement canadien place certains membres sous surveillance. La communauté n’échappe pas non plus à la montée de l’islamophobie au Canada. Consciente du tollé planétaire dénonçant les restrictions imposées aux femmes dans des pays musulmans, elle s’emploie à souligner le rôle public joué par ses propres modèles de réussite féminine. Usant de différentes stratégies, les dirigeants de la mosquée parviennent à mettre la communauté à l’abri de ces controverses.

Certains membres se sont distingués sur la grande scène publique. Edward Saddy, qui a présidé le conseil dans les années 1970, est devenu le premier juge musulman au Canada. En 1986, Larry Shaben est devenu le premier musulman nommé ministre d’un gouvernement provincial au Canada.

Forte de son histoire et de son riche héritage, la mosquée Al Rashid continue aujourd’hui d’offrir un large éventail de services sociaux, éducatifs et publics.