Anne, la maison aux pignons verts

Dès sa parution en 1908, le premier roman de Lucy Maud Montgomery, Anne, la maison aux pignons verts, devient un succès presque instantané; il demeure d’ailleurs en impression pendant plus d’un siècle, faisant du personnage d’Anne Shirley une véritable icône de la culture canadienne. Vendu à environ 50 millions d’exemplaires et traduit en plus de 36 langues, y compris le braille, Anne, la maison aux pignons verts est adapté plus de deux douzaines de fois sous toutes sortes de formes. La comédie musicale d’Anne, produite pour la première fois en 1965 au Festival de Charlottetown, détient le record du monde de la production musicale annuelle ayant été la plus longtemps à l’affiche, tandis que la minisérie mettant en vedette Megan Follows, produite par la CBC et lauréate de plusieurs prix en 1985, est l’émission de télévision la plus regardée de l’histoire du Canada. Des milliers de touristes se rendent chaque année à l’Île-du-Prince-Édouard pour visiter les « lieux sacrés » du roman, et la vente de souvenirs et de poupées à l’effigie d’Anne est devenue une importante industrie artisanale dans la région.

Lieu de naissance de Lucy Maud Montgomery
Lucy Maud Montgomery, auteure de \u00ab Anne... la maison aux pignons verts \u00bb (Anne of Green Gables), était née en 1874 dans cette maison à l'Île du Prince-Édouard.
Lucy Maud Montgomery
Au cours de sa vie, Lucy Maud Montgomery publie 22 romans, dont \u00ab Anne\u0085 La maison aux pignons verts \u00bb.
Traductions d'Anne, La Maison aux Pignons Verts en évidence à Avonlea - Village de Anne, La Maison aux Pignons Verts à l'Île-du-Prince-Édouard.
Tombeau de Lucy Maud Montgomery
Lucy Maud Montgomery est enterré au cimetière de Cavendish avec son mari, le révérend Ewen Macdonald. Image: Chantal Gagnon
Anne, la maison aux pignons verts
Anne, la maison aux pignons verts
Anne, la maison aux pignons verts

Contexte

Dans les années 1890, Lucy Maud Montgomery enseigne dans différentes écoles de village de l’Île-du-Prince-Édouard. Éventuellement, elle finit par gagner suffisamment bien sa vie comme écrivaine pour s’installer avec sa grand-mère à Cavendish, où elle écrit des récits et des poèmes à temps plein de 1898 à 1911. En 1905, elle complète la rédaction d’Anne, la maison aux pignons verts, son premier roman. Elle s’inspire des classiques pour enfants comme Les quatre filles du Docteur March et Alice au pays des merveilles, ainsi que d’un fait divers lu dans le journal selon lequel un couple anglais ayant adopté un garçon s’est plutôt retrouvé avec une fille. Le manuscrit, toutefois, est rejeté par tous les éditeurs qu’elle contacte, si bien qu’il finit dans une boîte à chapeaux jusqu’en 1907, année où elle obtient un contrat avec l’éditeur bostonais L.C. Page.

Synopsis

Premier d’une série de huit romans, Anne, la maison aux pignons verts suit les aventures et mésaventures d’Anne Shirley, une orpheline intelligente, passionnée et mature pour son âge. À 11 ans, elle quitte l’orphelinat et est envoyée chez Matthew et Marilla Cuthbert, un frère et une sœur qui espèrent un garçon pour travailler sur la ferme de Green Gables, en région rurale de l’Île-du-Prince-Édouard. Green Gables stimule l’imagination débordante d’Anne, qui passe de l’enfance à l’adolescence et qui s’attire rapidement l’affection de Matthew et de Marilla, ainsi que du reste de la communauté d’Avonlea.

Anne of Green Gables (1909)

Réception et popularité

Publié en juin 1908, le roman se vend à plus de 19 000 exemplaires dans les cinq premiers mois de sa parution, et il est réimprimé dix fois dans la première année. Il s’attire des critiques hautement favorables de toutes parts, dont du poète canadien Bliss Carman et de l’auteur américain Mark Twain, qui décrit Anne comme « la plus charmante, touchante et attachante enfant depuis l’immortelle Alice ». À la fin de la Première Guerre mondiale, Lucy Maud Montgomery devient une incontournable de la littérature anglophone mondiale.

L’attrait universel d’Anne, la maison aux pignons verts est rapidement indéniable, comme en témoigne sa grande popularité dans d’autres cultures. En effet, en 1925, le roman était déjà traduit en suédois, en hollandais, en polonais, en norvégien, en finlandais et en français, tandis que la version anglaise est réimprimée à tellement de reprises qu’il faut remplacer les plaques d’impression originales.

Hormis au Canada, l’œuvre connaît un succès particulièrement marqué dans deux pays : en Pologne, où il fait l’objet de sept réimpressions entre la Première et la Deuxième Guerres mondiales et est nommé le quatrième roman le plus populaire selon un sondage du magazine Ruch Pedagogiczny (Anne quitte son île [1915], troisième roman de la série, est même publié par l’armée polonaise en Palestine pendant la Deuxième Guerre mondiale); et au Japon, où il émeut la population orpheline d’après-guerre et devient, dès 1952, une lecture obligatoire dans les écoles.

Une copie japonaise d'Anne of Green Gables.

Anne, la maison aux pignons verts reste en impression pendant plus d’un siècle et sa popularité ne s’essouffle pas. Mary Rubio, spécialiste des œuvres de Lucy Maud Montgomery, décrit le roman comme « la plus durable des exportations littéraires canadiennes ». En 2003, un sondage de la BBC intitulé « The Big Read » (« La grande lecture ») classe Anne, la maison aux pignons verts au 41e rang des romans les plus aimés en Angleterre, devant Gatsby le magnifique de Scott Fitzgerald, La ferme des animaux de George Orwell et Un chant de Noël de Charles Dickens. En 2012, le roman se trouve en 9e position des meilleurs livres pour enfants selon la publication américaine School Library Journal, tandis qu’un sondage mené auprès des lecteurs par CBC Books en 2014 nomme Anne Shirley le personnage fictif le plus emblématique du Canada.

Série de romans

Le deuxième roman de la série Anne, Anne d’Avonlea (1909), suit la protagoniste à 16 ans, alors qu’elle obtient son premier poste d’enseignante à l’école d’Avonlea. Ayant momentanément mis de côté ses rêves d’aller à l’université pour aider Marilla à Green Gables, Anne se jure d’être une enseignante douce et progressiste pour ses élèves, mais ses idéaux sont rapidement ébranlés. Marilla, quant à elle, adopte les jumeaux orphelins d’un parent éloigné, ce qui plonge la ferme dans une suite de mésaventures chaotiques. Malgré tout ce qui lui arrive, Anne trouve le temps de se mêler de la vie romantique des villageois d’Avonlea, et se découvre pour Gilbert Blythe un intérêt nouveau.

Anne quitte son île (1915), troisième roman de la série, transporte Anne à Kingsport, en Nouvelle-Écosse, où elle fait des études de premier cycle à l’Université de Redmond. Elle y rencontre Roy Gardner, un grand brun mystérieux qui semble de prime abord correspondre en tout point à son homme idéal et qui la courtise, mais ses sentiments ambigus pour Gilbert Blythe la freinent. En Nouvelle-Écosse, Anne visite le village fictif de Bolingbroke, là où elle est née et où ses parents, Walter et Bertha Shirley, sont morts d’une fièvre alors qu’elle n’avait que trois mois.

La page de titre d'une première édition d'Anne of Green Gables, publiée en 1908.

Anne au Domaine des Peupliers (1936), est chronologiquement le quatrième livre de la série, mais le septième à être publié. Il porte sur les années d’ombre entre le troisième roman et les autres livres et est présenté sous forme de lettres entre Anne et son futur mari, Gilbert Blythe, alors étudiant de médecine à l’Université de Redmond. Les contrées fictives d’Avonlea sont remplacées par la municipalité de Summerside, où Anne est directrice au Summerside High School. À Summerside, elle rencontre une toute nouvelle brochette de personnages, dont les Pringle, « famille royale » du village qui cherche à lui faire perdre son emploi, et la directrice adjointe Katherine Brooke, qui mène une vie sans joie avant qu’Anne la charme elle et tous les autres grâce à sa chaleur et son optimisme.

Anne dans sa maison de rêve (1917) commence par le mariage d’Anne Shirley et du (nouveau) docteur Gilbert Blythe. Ce nouveau chapitre dans la vie d’Anne l’amène à quitter Green Gables et Avonlea pour les côtes lointaines du port de Four Winds. Là-bas, Anne trouve ses homologues : le capitaine Jim, Miss Cornelia Bryant et Leslie Moore, dont la vie n’est qu’une suite de tragédies avant que l’amitié d’Anne et de Gilbert change sa vie du tout au tout. Dans le roman, Anne vit également une toute nouvelle expérience, la maternité, avec toutes les joies et les tristesses que cela comprend.

Megan Follows et Jonathan Crombie comme Anne Shirley et Gilbert Blythe.

Le sixième volume de la série, Anne d’Ingleside (1939), prend place quelques années après le cinquième livre. Tout comme Anne au Domaine des Peupliers, Anne d’Ingleside conclut les intrigues laissées en plan dans les autres romans. Anne est maintenant mère de cinq enfants et enceinte d’un sixième. Malgré ses responsabilités qui s’accumulent, Anne continue de s’investir dans la vie amoureuse de ses proches, tout en élevant des enfants intelligents et imaginatifs et en rendant visite à ses vieux amis à Avonlea. Bien qu’il s’agisse du sixième volume de la série du point de vue chronologique, Anne d’Ingleside est le huitième et dernier ouvrage publié du vivant de Lucy Maud Montgomery.

La Vallée Arc-en-ciel (1919) est le septième volume des livres Anne, et le premier à centrer son intrigue sur les enfants d’Anne, qui possèdent tous la même fougue que l’héroïne avait à leur âge. Dans le roman, ils se lient d’amitié avec les enfants de la famille Meredith, dont le père est le pasteur d’Ingleside, vivent toutes sortes d’aventures et s’attirent un tas d’ennuis. Le récit se conclut sur une note inquiétante, prémonitoire de ce qui attend la famille : les vents de la guerre qui commencent à souffler en Europe.

Le dernier roman de la série, Rilla d’Ingleside (1921) se concentre sur la plus jeune fille d’Anne et de Gilbert, Rilla, qui grandit pendant la Première Guerre mondiale. Avec Aleta Day (1919) de Francis Marion Beynon, Rilla d’Ingleside est un des seuls romans canadiens écrits du point de vue d’une femme qui aborde la Première Guerre mondiale en plein dans les années du conflit. En cela, il est aussi un des seuls à mettre en lumière les efforts des femmes de l’époque sur le front intérieur (voir aussi La Première Guerre mondiale dans la littérature canadienne). Tandis que ses frères se battent en Europe, Rilla élève un orphelin de guerre et travaille avec ses sœurs au sein de la Croix-Rouge. La famille, comme l’ensemble du pays, attend impatiemment des nouvelles du front et Anne découvre la façon dont la guerre force les enfants à grandir trop rapidement.

The Blythes are Quoted, dernier livre à inclure le personnage d’Anne, est écrit peu de temps avant la mort de Lucy Maud Montgomery en 1942; il est d’ailleurs livré à ses éditeurs le matin de sa mort. L’œuvre est un recueil de nouvelles, de poèmes attribués à Anne et à son fils Walter, et de courtes histoires dans lesquelles les personnages discutent de ces poèmes. La plupart des nouvelles incluent Anne et sa famille de façon si accessoire que plusieurs critiques y voient une stratégie pour attirer les admirateurs de la série. Une première version abrégée est publiée en 1974 sous le titre The Road to Yesterday. En 1999, le manuscrit complet de cette œuvre est découvert et est finalement publié dix ans plus tard sous le titre The Blythes are Quoted (2009).

En dehors de la série, Anne et sa famille apparaissent aussi dans les collections de nouvelles Chronicles of Avonlea (« Chroniques d’Avonlea 1 ») en 1912 et Further Chronicles of Avonlea (« Chroniques d’Avonlea 2 ») en 1920.

Adaptations

Un photograph de l'adaptation hollywoodienne de Anne de Green Gables en 1919, mettant en vedette (de gauche \u00e0 droite) Mary Miles Minter, Marcia Harris et Frederick Burton.

Anne, la maison aux pignons verts est adapté plus de deux douzaines de fois, dont dans deux films hollywoodiens (un film muet en 1919 et un parlant en 1934) et deux miniséries de la BBC (en 1952 et en 1972). Don Harron, Norman Campbell et Phil Nimmons en font aussi une adaptation musicale en 1956 pour la télévision de la CBC, une production qui est reprise en 1958. En 1965, Don Harron, Norman Campbell et Mavor Moore transforment leur version télévisuelle en véritable comédie musicale pour le Festival de Charlottetown. Anne of Green Gables: The MusicalTM fait donc ses débuts au Centre des arts de la Confédération de Charlottetown le 27 juillet 1965; elle y est présentée tous les ans depuis, ce qui lui permet de décrocher le record Guinness de la production musicale annuelle ayant été le plus longtemps à l’affiche au monde.

Megan Follows et Jonathan Crombie comme Anne Shirley et Gilbert Blythe.

L’adaptation la plus connue d’Anne, la maison aux pignons verts est cependant celle de Kevin Sullivan, une production de la CBC en 1985 mettant en vedette Megan Follows, Colleen Dewhurst, Richard Farnsworth et Jonathan Crombie et qui a remporté neuf prix Gémeaux, un Emmy et un Peabody. À sa première diffusion, la minisérie devient la série dramatique la mieux classée de l’histoire canadienne. La première et la deuxième partie attirent respectivement 4,9 millions et 5,2 millions de téléspectateurs, un nombre record pour la CBC si on exclut les matchs de hockey. Face à ce succès retentissant, Kevin Sullivan crée trois suites : Anne of Green Gables: The Sequel (1986) et Anne of Green Gables: The Continuing Story (2000), produite par la CBC avec la même distribution, et Anne of Green Gables: A New Beginning (2008), une production de la CTV qui montre une Anne (interprétée par Barbara Hershey) en milieu de vie. Les deux dernières adaptations de Kevin Sullivan s’éloignent complètement des intrigues des œuvres originales, et n’empruntent à Lucy Maud Montgomery que ses personnages.

Kevin Sullivan produit également une adaptation animée pour le télédiffuseur américain public PBS en 2000, tandis que deux populaires dessins animés sont diffusés au Japon, en 1979 et en 2010. Trois téléfilms mettant en vedette Martin Sheen dans le rôle de Matthew Cuthbert sont également créés par PBS — Anne of Green Gables (2016), Fire & Dew (2017) et The Good Stars (2017) —, tandis que la CBC produit la très populaire Anne (2017), une version plus sombre du récit de Lucy Maud Montgomery avec Amybeth McNulty, Geraldine James et R. H. Thomson et qui est disponible partout sur la planète grâce à Netflix. En 2016, l’actrice Rachel McAdams assure la narration d’Anne, la maison aux pignons verts pour le compte d’audible.com.

Droits d’auteur, licences et disputes juridiques

Le contrat que Lucy Maud Montgomery signe avec son éditeur, L.C. Page, prévoit deux suites à Anne d’Avonlea (1909)et Anne quitte son île (1915). Elle ne gagne toutefois pas beaucoup d’argent avec ses premiers romans, en particulier Anne, la maison aux pignons verts. En effet, les redevances qu’on lui octroie à la signature du premier contrat sont minimes, et la majorité des profits liés aux droits d’exploitation sous licence et de réimpression, y compris les adaptations cinématographiques de 1919 et de 1934, sont empochés par l’éditeur.

En 1920, même si Lucy Maud Montgomery n’a pas renouvelé son contrat, L.C. Page publie un recueil de nouvelles qu’il avait en sa possession, Further Chronicles of Avonlea (« Chroniques d’Avonlea 2 »). Une action en justice est donc intentée, ce qui met plus ou moins fin à leur relation professionnelle, alors que l’éditeur L.C. Page détient les droits des six premiers livres (y compris Anne, la maison aux pignons verts). En 1917, Lucy Maud Montgomery se tourne vers l’éditeur canadien McClelland and Stewart et l’éditeur américain Frederick Stokes. Malgré tout, la décennie suivante est marquée par une suite de poursuites et de contre-poursuites en matière de droits d’auteur et de redevances entre L.C. Page et l’écrivaine.

Une poupée souvenir de Anne de Green Gables.

Depuis la mort de l’auteure, la franchise d’Anne s’est transformée en une fructueuse et durable industrie d’adaptations télévisuelles, de productions scéniques et de souvenirs et poupées à l’effigie des personnages. Tous les droits de licence entourant Anne, la maison aux pignons verts sont aujourd’hui détenus en commun par les héritiers de l’auteure et la province de l’Île-du-Prince-Édouard par l’intermédiaire de la Anne of Green Gables Licensing Authority Inc. C’est Kate Macdonald Butler, petite-fille de l’écrivaine, qui agit à titre d’administratrice principale des droits de licence, de diffusion et de marchandisation d’Anne, la maison aux pignons verts. La franchise, toujours aussi lucrative, a fait l’objet de nombreuses disputes juridiques au fil des ans.

En 1999, Kate Macdonald Butler et la bru de Lucy Maud Montgomery, Ruth Macdonald, annoncent publiquement qu’elles mènent depuis des décennies une bataille juridique contre le producteur et réalisateur Kevin Sullivan sur la question des redevances entourant la minisérie Anne, la maison aux pignons verts et ses suites. En effet, même si la famille a reçu 425 000 dollars contre le droit exclusif de produire la minisérie et un autre montant de 100 000 dollars pour la suite de l’émission en 1986, elle n’a jamais reçu les 10 % de recettes prévus dans leur entente. La famille n’obtient pas non plus la permission de vérifier les livres de la société de production Sullivan Entertainment, malgré plus de 40 tentatives.

Kevin Sullivan, pour sa part, affirme que son entreprise n’a engrangé aucun profit de ces miniséries et poursuit même plusieurs stations de la PBS aux États-Unis au début des années 1990 pour frais de diffusion impayés. Il répond à l’annonce publique des héritiers par une poursuite en diffamation de 55 millions de dollars. L’action est toutefois rejetée par la Cour supérieure de l’Ontario en 2004. Dans son jugement, la juge dit que la tenue des comptes de Sullivan Entertainment fait preuve de « comptabilité créative à son meilleur et à son pire, selon le point de vue ».

En 2000, après une lutte légale de cinq ans, la Cour supérieure de l’Ontario juge qu’une compagnie de Richmond Hill, en Ontario, a enfreint l’entente de licence entre elle et la succession de Lucy Maud Montgomery en ce qui a trait à la production de marchandises aux couleurs d’Anne, la maison aux pignons verts. On ordonne donc à la compagnie de cesser sa production et de payer à la succession et à la province de l’Île-du-Prince-Édouard plus d’un million de dollars en redevances et réparations.

Honneurs et hommages

Lucy Maud Montgomery
Au cours de sa vie, Lucy Maud Montgomery publie 22 romans, dont « Anne... La maison aux pignons verts ».

Lucy Maud Montgomery et ses personnages accèdent à un niveau de popularité jusqu’alors sans précédent dans le monde de la fiction canadienne. Après la mort de l’auteure, cette popularité ne fait que croître. Le personnage d’Anne Shirley est à ce point devenu une icône de saine et jeune indépendance que l’enfant vedette Dawn Evelyeen Paris, après avoir interprété le personnage-titre de l’adaptation hollywoodienne d’Anne, la maison aux pignons verts en 1934, fait changer son nom de scène, passant de Dawn O’Day à Anne Shirley. L’actrice remporte beaucoup de succès avec son nouveau pseudonyme, recevant une nomination aux Oscars en 1938 et une étoile sur l’Allée des célébrités d’Hollywood en 1960.

De nombreuses institutions et organisations partout sur la planète porte le nom d’Anne ou de Green Gables, dont la School of Green Gables, une école de soins infirmiers à Okayama, au Japon, et une foule de salons de thé et de maisons de plage aux quatre coins du monde. Postes Canada émet une série de timbres en l’honneur de Lucy Maud Montgomery et d’Anne, la maison aux pignons verts en 1975, puis à nouveau en 2008 à l’occasion du centième anniversaire du roman. En 2016, la Banque du Canada inclut l’écrivaine à sa liste des douze candidates courant la chance de devenir la première femme canadienne à apparaître seule sur un billet de banque canadien (voir Les femmes sur les billets de banque canadiens).

Sites et monuments patrimoniaux

Même si Lucy Maud Montgomery a toujours tenu à ce qu’une séparation claire soit faite entre sa fiction et sa vie personnelle, les deux sont étroitement liées par de nombreux sites touristiques et patrimoniaux sur l’Île-du-Prince-Édouard. En effet, des milliers de touristes se rendent chaque année dans la province pour visiter les « lieux sacrés » décrits ou imaginés par l’auteure dans ses œuvres. Le site de Green Gables, qui comprend le domicile de l’auteure à Cavendish (Île-du-Prince-Édouard), ouvre ses portes en 1985, et est nommé lieu historique national par le gouvernement fédéral en 2004.

Lieu de naissance de Lucy Maud Montgomery
Lucy Maud Montgomery, auteure de « Anne... la maison aux pignons verts » (Anne of Green Gables), était née en 1874 dans cette maison à l'Île du Prince-Édouard.

En 1983, la Ville de Toronto nomme un parc situé près de la demeure torontoise de Lucy Maud Montgomery en son honneur. En 2017, le presbytère de Norval (Ontario), où l’écrivaine habite avec sa famille de 1924 à 1935, est acheté par la L.M. Montgomery Heritage Society of Halton Hills dans le but d’en faire un musée.

Icône féministe

Au début des années 1970, les féministes de la deuxième vague comme Margaret Atwood commencent à célébrer les œuvres de Lucy Maud Montgomery et à les considérer comme bien plus que de simples contes pour enfants. En effet, l’écrivaine et, surtout, Anne Shirley sont vues comme des héros féministes en avance sur leur temps, des emblèmes d’un mouvement qui n’a pas encore de nom à l’époque. Comme l’écrit Jean Hannah Edelstein dans The Guardian en 2009, « ça n’est jamais dit explicitement, mais Anne est définitivement une féministe, et être féministe au début du 20e siècle n’est pas gagné d’avance ». Moira Walley-Beckett, productrice exécutive de l’adaptation de 2017, déclare pour sa part à la CBC que « les enjeux d’Anne sont des enjeux contemporains : le féminisme, les préjugés, l’intimidation et le désir d’appartenance ». En 2016, le magazine Slate nomme Anne Shirley « la sainte patronne des femmes marginalisées ».

Patrimoine artistique et critique

Tout au long de sa carrière et de sa vie, Lucy Maud Montgomery souffre d’anxiété artistique. Elle a en effet l’impression que son œuvre est perçue comme moins moderne et « littéraire » que celle de ses contemporains, une peur que même son succès international n’arrive pas à calmer. Malgré tout, Anne, la maison aux pignons verts ne cesse d’attirer l’attention des critiques et des universitaires. La publication du premier journal intime de Lucy Maud Montgomery en 1985 (édité par Mary Rubio et Elizabeth Waterson), témoigne de l’esprit mature, complexe et parfois troublé de l’auteure, et permet d’analyser son œuvre avec beaucoup plus de profondeur.

En 1993, l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard fonde l’Institut L.M. Montgomery et tient, un an plus tard, une conférence internationale. Depuis, la Conférence biennale internationale de l’Institut L.M. Montgomery, a attiré des centaines d’universitaires et d’admirateurs des quatre coins de la planète et a mené à la publication d’une foule d’essais, de dissertations et de recueils analysant les romans de Lucy Maud Montgomery. Ses journaux manuscrits, ses cahiers de notes et ses manuscrits originaux, ainsi que des photos et autres effets personnels, sont entreposés au L.M. Montgomery Research Centre de l’Université de Guelph.


Les oeuvres sélectionnées de
Anne, la maison aux pignons verts