Arabo-Canadiens

Les Arabes, ou plus précisément les immigrants syriens et libanais, ont commencé à arriver en petit nombre au Canada en 1882. Leur immigration est restée relativement faible jusqu'en 1945, pour s'accroître ensuite progressivement, surtout à partir des années 1960.

Les Arabes, ou plus précisément les immigrants syriens et libanais, ont commencé à arriver en petit nombre au Canada en 1882. Leur immigration est restée relativement faible jusqu'en 1945, pour s'accroître ensuite progressivement, surtout à partir des années 1960. Dans le cadre du recensement, la dénomination « Arabes » reste floue : elle peut renvoyer à une région géographique, à un groupe ethnique ou à un groupe linguistique. Parallèlement, il s'agit d'une catégorie incluant des personnes qui n'appartiennent à aucun autre groupe. En 2006, 86 135 Canadiens se disaient d'origine arabe et 31 375 déclaraient venir de Syrie.

Origines

Le monde arabe s'étend du golfe Persique aux côtes de l'océan Atlantique en passant par l'Afrique. Il s'agit d'une région présentant une grande diversité sur les plans de la géographie physique, du climat et des ressources naturelles. Ses habitants, en revanche, ont en commun des traditions culturelles et la langue arabe.

La première vague d'immigrants arabes vient de Syrie et de l'actuel Liban. Plus de 90 % d'entre eux sont des chrétiens qui cherchent à se soustraire à la pauvreté et au régime colonial de l'Empire ottoman (turc). Le flux d'immigrants arabes qui suit la Deuxième Guerre mondiale comprend une plus grande diversité de groupes chrétiens et un nombre important de musulmans et de druzes désireux d'échapper aux conditions sociales, économiques et politiques défavorables qui existent dans leur pays natal.

Dans les années 1980 et au début des années 1990, un grand nombre de réfugiés, au sens de la Convention, arrivent des pays arabes (24 813 de 1983 à 1992), notamment de la Somalie, du Liban et de l'Iraq. Au cours de la même période, 13 379 investisseurs et entrepreneurs immigrent principalement du Liban, du Koweït, de l'Arabie saoudite et des Émirats arabes unis, mais aussi dans une bonne mesure de l'Égypte, de l'Iraq, de la Jordanie et de la Syrie.

Ces deux vagues d'immigrants sont issues de contextes sociaux et politiques très différents. Les premiers viennent d'un monde arabe colonisé par les Turcs ottomans et moins développé sur le plan économique, tandis que ceux de l'après-guerre arrivent d'un monde arabe décolonisé, marqué par un développement socioéconomique rapide et de nombreux bouleversements politiques, comme en fait foi le nombre important de réfugiés des dernières décennies du XXe siècle. Ces différences entre les deux groupes s'expriment dans leur vision du monde, leurs opinions et leur comportement.

Migration

En 1901, le Canada compte environ 2000 immigrants syriens, chiffre qui s'élève à 7000 en 1911. Au cours des 40 années suivantes, peu d'immigrants syriens sont admis au Canada, car des restrictions sévères sont imposées à l'admission d'immigrants en provenance d'Asie (voir Préjugés et discrimination). Cependant, de 1946 à 1992, le Canada accueille plus de 200 000 immigrants en provenance du monde arabe. Après la Deuxième Guerre mondiale, le nombre de droits d'établissement au Canada est très limité. Il augmente considérablement au cours des années qui suivent. Par exemple, de 1946 à 1955, le Canada reçoit en moyenne 150 immigrants arabes par année. Ce chiffre passe à 446 de 1956 à 1960, à 2884 de 1961 à 1970, à 3986 de 1971 à 1980, à 8319 de 1981 à 1990 et à 24 615 par année en 1991 et en 1992.

La croissance importante de l'immigration arabe au Canada pendant les années de l'après-guerre modifie de façon radicale le profil démographique de la communauté arabo-canadienne. L'aspect le plus frappant réside dans la prédominance, dans ce groupe culturel, des immigrants nés à l'étranger, qui en constituent 75 % (par rapport à 16 % d'immigrants nés à l'étranger pour l'ensemble de la population canadienne).

Le recensement de 2006 dénombre environ 350 000 immigrants d'origine arabe au Canada, dont 71 705 déclarent appartenir à ce groupe ethnique. Le groupe le plus important est issu du Liban, de l'Égypte, du Maroc, de la Syrie, de l'Iraq, de la Somalie, de l'Algérie, du Koweït, de la Tunisie, de la Jordanie, de l'Arabie saoudite, du Soudan et des Émirats arabes unis. Un plus petit nombre d'immigrants arabes sont originaires de Bahreïn, de Djibouti, de la Libye, de la Mauritanie, d'Oman, du Qatar et du Yémen. À leur arrivée, nombre de ces immigrantssont mariés, ont des enfants et ont fait des études supérieures.

L'appellation « Canadien arabe » ne fait pas référence à la religion ni au pays d'origine, mais plutôt aux caractéristiques et aux croyances que les membres de ce groupe ethnique ont héritées de leur famille ou acquises au Canada. Sur toutes les personnes qui se décrivent comme étant arabes dans le recensement de 2006, 44 % sont musulmanes, 28 %, catholiques, 11 %, chrétiennes orthodoxes, 5 %, protestantes et 6 % n'ont aucune affiliation religieuse.

Actuellement, environ 49 % des membres du groupe ethnique arabe sont d'origine libanaise, 13 %, d'origine égyptienne, 6 %, d'origine maghrébine, 5 %, d'origine syrienne, 5 %, d'origine somalienne, 3 %, d'origine palestinienne et 2 %, d'origine irakienne. Le reste, soit 17 %, est classé dans les données du recensement comme « Arabe », sans mention d'un pays d'origine. En termes de religion, environ 40 % sont musulmans, 29 %, catholiques, 20 %, orthodoxes orientaux, 9 %, protestants et 2 % déclarent n'appartenir à aucune confession religieuse.

Profil d'établissement

Les Canadiens d'origine arabe ont toujours eu tendance à s'installer dans les régions urbaines, sans toutefois se concentrer dans les mêmes quartiers. Depuis le début du siècle, le Québec et l'Ontario ont constamment attiré la majorité des immigrants arabes; 85 % d'entre eux se répartissent presque également entre ces deux provinces. Au Québec, la plus forte concentration se trouve dans le grand Montréal. En Ontario, ils se concentrent surtout à Toronto et dans ses environs, mais aussi à Ottawa, à Windsor, à London et à Hamilton. L'Alberta se classe au troisième rang des provinces pour ce qui est de la population arabe, établie principalement à Edmonton et à Calgary. La communauté arabe de la Colombie-Britannique (concentrée à Vancouver) et celle de la Nouvelle-Écosse (concentrée à Halifax) sont quatrième et cinquième en importance.

Vie économique

Un grand nombre des premiers immigrants syriens gagnent leur vie comme colporteurs, un métier indépendant mais assez peu considéré. À force de travail, de parcimonie et de soutien mutuel, la prospérité économique des colporteurs a tendance à augmenter et ils étendent peu à peu leurs activités commerciales. Pour leur part, les immigrants de l'après-guerre sont plus instruits et plus qualifiés, et la majorité d'entre eux comptent se lancer dans les professions libérales et autres professions de cols blancs.

Religion et vie communautaire

La première vague d'immigrants arabes et celle de l'après-guerre participent à la création d'institutions, particulièrement d'institutions religieuses. Plusieurs Églises chrétiennes orientales voient le jour au début du siècle : l'Église orthodoxe d'Antioche, l'Église melchite (catholique) et l'Église maronite (catholique). L'Église orthodoxe copte est fondée en 1965, après l'arrivée de nombreux immigrants coptes d'Égypte.

Les institutions musulmanes mettent plus de temps à s'implanter, car les musulmans forment à l'origine un groupe plus petit et sont dispersés dans le pays. La première mosquée au Canada, la mosquée Al Rashid, a été construite à Edmonton en 1938. Depuis les années 50, les immigrants musulmans du monde arabe et d'autres parties du monde musulman sont venus en grand nombre au Canada, et il existe maintenant une mosquée dans presque toutes les grandes villes canadiennes.

Les premiers immigrants arabes et ceux de l'après-guerre ont aussi fondé des associations laïques à des fins sociales, culturelles, politiques et caritatives. Les adhérents appartiennent habituellement à différents groupes, mais dans certains cas, l'adhésion est limitée aux jeunes, aux femmes, aux étudiants universitaires ou aux membres des professions libérales. Quelques groupes nationaux ont leur propre association, par exemple les Libanais, les Syriens, les Palestiniens, les Égyptiens et les Maghrébins. Seule la Fédération canado-arabe est d'envergure nationale par son rayonnement et la composition de son effectif. Plusieurs associations canado-arabes financent la publication de périodiques trilingues (arabe, anglais et français), et quelques journaux sont publiés par des particuliers d'origine arabe.

Éducation

Les immigrants arabes accordent une grande valeur à l'éducation, pour eux-mêmes et pour leurs enfants. À l'exception des écoles de langue arabe du samedi, ils n'ont pas créé d'écoles axées sur la communauté. Leur niveau d'éducation est supérieur à celui de la moyenne canadienne. Par exemple, en 1991, 23 % des Canadiens d'origine arabe détenaient un diplôme universitaire (par comparaison avec 11 % pour l'ensemble de la population canadienne), 14 % étaient allés à l'université, 18 % avaient reçu une formation non universitaire ou professionnelle, 15 % détenaient un diplôme d'études secondaires et 29 % avaient 13 années de scolarité ou moins. Des Canadiens d'origine arabe se trouvent à tous les niveaux de la hiérarchie professionnelle et certains d'entre eux se sont bâti une renommée dans leurs domaines respectifs.

Politique

Les Canadiens d'origine arabe n'affichent aucune idéologie politique dominante et n'adhèrent à aucun parti en particulier. Ils prennent part à la politique municipale, provinciale et fédérale. Leur appartenance ethnique n'est pas un facteur déterminant dans leur engagement politique au Canada, sauf pour les groupes de pression politiques dont les activités concernent leur statut social au Canada ou la politique canadienne au Moyen-Orient.

Maintien du groupe

Les immigrants arabes ont dû apprendre une nouvelle langue, établir de nouveaux réseaux sociaux, s'intégrer au système économique, apprendre de nouvelles normes et valeurs culturelles et abandonner certaines coutumes de leur pays d'origine. Les générations nées au pays sont évidemment davantage assimilées à la société canadienne. Toutefois, le degré plus ou moins élevé de développement des institutions au sein de leur groupe ethnique révèle une tendance à la préservation des traditions. La sauvegarde de la langue arabe, par exemple, s'avère importante, et la famille et les écoles communautaires de langue y contribuent avec un succès mitigé. Au cours des 50 dernières années, l'arrivée régulière d'immigrants venant du monde arabe a facilité la préservation de la culture.

Qu'ils connaissent ou non la langue arabe, les Arabo-Canadiens ont la possibilité et continuent de maintenir des liens avec leur patrimoine culturel grâce à la cuisine traditionnelle, à la musique, à la danse, à l'information dans les médias, aux voyages dans leur pays d'origine et à l'entretien d'une correspondance avec les amis et les membres de leur famille qui y sont demeurés. En général, les immigrants de la première génération sont plus susceptibles de garder contact avec leur patrimoine culturel que leurs compatriotes nés au Canada. Toutefois, même si de nombreux Canadiens d'origine arabe ont vraisemblablement perdu contact avec le passé, la majorité d'entre eux sont conscients et fiers de leurs origines ethniques.

Voir aussi Islam.


Lecture supplémentaire

  • Baha Abu-Laban, An Olive Branch on the Family Tree: The Arabs in Canada (1980); Baha Abu-Laban and Michael W. Suleiman, eds, Arab Americans: Continuity and Change (1989); Peter Baker, Memoirs of an Arctic Arab (1976); Alberta Hourani and Nadim Shehadi, eds, The Lebanese in the World: a Century of Emigration (1992); Farid E. Ohan and Ibrahim Hayani, The Arabs in Ontario: A Misunderstood Community (1993); N.W. and J.G. Jabbra, Voyageurs to a Rocky Shore: The Lebanese and Syrians of Nova Scotia (1985).

Liens externes