Canadiens d'origine africaine

Avant 1960, les immigrants africains noirs constituent au Canada un petit groupe dispersé et presque inconnu, quoique la présence d’Africains d’origine européenne ou asiatique soit plus marquée. Selon le recensement de 2016, 1 067 925 Canadiens déclarent être d’origine africaine (682 570 réponses uniques et 385 355 réponses multiples). De ce nombre, 230 110 personnes déclarent qu’elles sont originaires de l’Afrique centrale ou occidentale; 355 040 de l’Afrique du Nord; 260 145 de l’Afrique australe ou orientale et 239 560 d’autres parties de l’Afrique.

Avant 1960, les immigrants africains noirs constituent au Canada un petit groupe dispersé et presque inconnu, quoique la présence d’Africains d’origine européenne ou asiatique soit plus marquée. Selon le recensement de 2016, 1 067 925 Canadiens déclarent être d’origine africaine (682 570 réponses uniques et 385 355 réponses multiples). De ce nombre, 230 110 personnes déclarent qu’elles sont originaires de l’Afrique centrale ou occidentale; 355 040 de l’Afrique du Nord; 260 145 de l’Afrique australe ou orientale et 239 560 d’autres parties de l’Afrique.


Aperçu

Le terme « Africain » désigne les Noirs de l’Afrique occidentale, orientale et australe, les Chamito-Sémites d’Éthiopie ainsi que les personnes ayant une autre origine ethnoculturelle, mais qui considèrent l’Afrique comme leur patrie pour y être établies depuis plusieurs générations. Parmi ces dernières, on compte principalement des Européens d’origine ethnoculturelle britannique ou portugaise, des Afrikaners et des juifs, des personnes de descendance mixte et des Indiens originaires d’Asie, de religion et de culture musulmanes, hindoues ou chrétiennes de Goa.

Schémas d’immigration au Canada

Historiquement, la politique d’Immigration du Canada n’a jamais encouragé l’immigration d’Asiatiques et d’Africains (voir Immigration au Canada). De 1946 à 1950, les Africains représentent seulement 0,3 % des nouveaux immigrants au Canada. Ce chiffre augmente de 1 % à 2 % en moyenne au cours des 20 années suivantes. À la suite du Livre blanc sur l’immigration (1966) et des efforts déployés pour adopter un processus de sélection non discriminatoire, la proportion d’immigrants africains augmente d’environ 2 % de 1968 à 1970.

Le nouveau système, bien que plus objectif, est aussi très sélectif. Il favorise certains pays, notamment le Nigéria et le Ghana, dont la population est de race noire. En 1972-1973, à la suite de l’offre du Canada d’accepter environ 7 000 Asiatiques d’Ouganda, la proportion d’immigrants africains s’accroit pour atteindre 6,8 % de l’immigration totale. De 1975 à 1980, cette proportion se maintient aux environs de 5,2 % en raison de l’arrivée de colons portugais et britanniques venus au Canada après l’indépendance de l’Angola et du Mozambique en 1975 et celle du Zimbabwe en 1980. De 1973 à 1983, quelque 16 000 Sud-Africains, dont la plupart ne sont pas d’origine ethnique noire, arrivent au Canada, et 321 autres arrivent en 1984. Le flux migratoire soutenu et relativement important en provenance de la Tanzanie et du Kenya indique également qu’à l’époque, les immigrants africains sont d’origine asiatique plutôt que noire.

En 1976, le dépôt du Livre vert sur l’immigration a pour effet de limiter l’arrivée de potentiels immigrants de la catégorie des « indépendants ». Cette mesure porte un coup au mouvement migratoire venant des pays d’Afrique, d’autant plus que Citoyenneté et Immigration Canada ne dispose alors que de trois bureaux en Afrique. Son bureau de Yamoussoukro (anciennement Abidjan), capitale de la Côte-d’Ivoire, dessert plus de 20 pays largement disséminés dans la région. Celui de Nairobi, capitale du Kenya, en couvre 19 tout aussi dispersés dans le nord-est du continent. Paradoxalement, le bureau de Pretoria, capitale administrative de l’Afrique du Sud, dessert seulement cinq pays situés à la pointe sud du continent. La Loi sur l’immigration de 1976 institue une nouvelle catégorie de « réfugiés » et, en 1984, le Canada accepte 684 réfugiés d’Éthiopie. La plupart d’entre eux sont parrainés par le gouvernement fédéral, mais quelques-uns le sont à titre privé.

La Loi sur l’immigration de 1978 a pour effet positif de permettre aux citoyens canadiens de parrainer des parents proches. Cette disposition est particulièrement avantageuse pour les immigrants ayant obtenu le droit d’établissement et qui sont originaires de l’Afrique du Sud, de la Tanzanie, du Kenya, de l’Ouganda, de l’Angola et du Zimbabwe (anciennement république de Rhodésie) et, dans une moindre mesure, pour ceux du Nigeria et du Ghana. En 1984, le Canada reçoit 3 552 immigrants venus d’Afrique (environ 4 % du nombre total d’immigrants au pays cette année-là). La plupart des membres de ce groupe admis à titre d’« indépendants » arrivent de l’Afrique du Sud et de Madagascar.

À l’époque, la politique d’immigration du Canada encourage les entrepreneurs et les travailleurs autonomes qui disposent de capitaux suffisants à générer des activités commerciales susceptibles de fournir de l’emploi aux citoyens canadiens à immigrer. Il est plus probable de rencontrer de tels entrepreneurs parmi les groupes d’Africains d’origine européenne ou asiatique, plus favorisés, que parmi les groupes de Noirs. Dans l’ensemble, la plupart des Africains, sans égard au groupe ethnoculturel, proviennent des anciennes colonies africaines de langue anglaise, et un nombre plus restreint sont issus des anciennes colonies de langue française, principalement du Mali, du Sénégal, de la République démocratique du Congo (anciennement le Zaïre), de Madagascar et de la Côte-d’Ivoire.

Au recensement de 1981, le Canada compte 45 215 personnes d’origine africaine, soit un mince 0,19 % de la population totale. De 1996 à 2001, le nombre de personnes d’origine africaine augmente de 32 % alors que la population dans son ensemble ne grandit que de 4 %. En 2001, on constate qu’environ 48 % des immigrants noirs venus au Canada dans les années 1990 sont nés en Afrique. Selon le recensement de 2006, 138 750 personnes se déclarent africaines. Il est à noter cependant que, dans ce recensement, la désignation des personnes d’origine africaine sous le terme d’Africains, qui ne se sont pas désignées comme Africains du Sud, Éthiopiens, Ougandais, Nigérians dans une autre section du recensement, entraîne une sous-estimation de la population d’immigrants africains, surtout en ce qui concerne les personnes déclarées Britanniques, Françaises ou d’une autre origine culturelle.

Une présence africaine grandissante au Canada reflète l’instabilité politique, les guerres de factions et la violence qui sévissent dans de nombreuses régions du continent africain et qui touchent plus particulièrement les immigrants venus d’Éthiopie, du Kenya, de Somalie, de Tanzanie et de l’Ouganda, dans la corne orientale de l’Afrique. L’Afrique du Sud, pays en transition d’un gouvernement blanc à un gouvernement noir, connait aussi un exode. Des groupes importants quittent également le nord de l’Afrique (Égypte et Maroc).

C’est dans la catégorie des « réfugiés » que de nombreux immigrants sont reçus au Canada, la catégorie de la « famille » venant au deuxième rang. Un nombre surprenant d’« indépendants » et d’« entrepreneurs » viennent d’Afrique septentrionale et de l’Afrique australe, pôles géographiques du continent.

Établissement et intégration

Avant 1970, un très petit nombre d’Africains s’établissent au Canada. Ils viennent alors surtout d’Éthiopie, du Kenya, de l’Afrique du Sud, du Zimbabwe et de la Zambie. À cette époque, plusieurs pays d’Afrique détiennent leur indépendance : le Ghana (1957), le Nigeria (1960), l’Ouganda (1962), le Kenya (1963), la Zambie (1964) et la Tanzanie (1964). La Rhodésie blanche (du sud, aujourd’hui le Zimbabwe) déclare son indépendance de la Grande-Bretagne en 1965, et l’Afrique du Sud devient une république et se retire du Commonwealth en 1961. Compte tenu de ces changements, il est difficile de déterminer la composition ethnique de l’immigration africaine au Canada de l’époque. Il est possible que de nombreux nouveaux arrivants étaient des colons européens quittant une Afrique en pleine mutation, mais il est certain que les Noirs d’Afrique commencent à s’établir au Canada dans les années 1960.

Les réfugiés éthiopiens admis au Canada au cours des dernières années forment un groupe culturel et linguistique distinct des autres Africains, avec qui ils semblent n’avoir entretenu que des relations superficielles. Les réfugiés d’Érythrée, une ancienne province sécessionniste en bordure de la mer Rouge, sont en général bien instruits et possèdent des compétences professionnelles. Plusieurs d’entre eux parlent italien, héritage de l’occupation italienne de l’Éthiopie durant la Deuxième Guerre mondiale. En 1991, l’Érythrée obtient son indépendance au terme de la plus longue guerre de l’histoire africaine contemporaine. Un petit sous-groupe éthiopien (de 10 000 à 12 000 personnes) présente un intérêt particulier. Il s’agit des Falashas (les « juifs noirs ») issus des provinces du nord-ouest de l’Éthiopie. Ils pratiquent une forme ancienne de judaïsme sans pour autant connaitre l’hébreu. Leurs prêtres utilisent le ge'ez, une écriture sémitico-sabéenne datant du 4e siècle de notre ère. En 1984 et de nouveau en 1991, des milliers de juifs éthiopiens ont été évacués secrètement vers Israël.

En 1991, la majeure partie des immigrants africains choisissent de s’établir en Ontario, suivi du Québec. Toutefois, après 1984, un plus grand nombre d’entre eux s’établissent en Colombie-Britannique et en Alberta. L’Ontario compte le plus grand nombre d’habitants originaires de l’Afrique orientale. En 2006, 77 960 Africains francophones choisissent de s’installer dans la province du Québec. Ils sont nombreux à être des réfugiés des massacres et du génocide dans des pays comme le Rwanda et le Burundi. Les Africains sont nombreux à parler une langue africaine à la maison, mais, en général, ceux qui immigrent au Canada ont une bonne connaissance pratique de l’anglais ou du français.

Le Canadian African Newcomer Aid Centre de Toronto, fondé en 1984 et desservant la population africaine de l’Ontario, rapporte que les immigrants africains ont adopté une attitude discrète pendant qu’ils tentaient de s’intégrer et de surmonter le « choc culturel ». Le changement des valeurs (comme le respect des personnes âgées et des dirigeants de la communauté, l’importance de la modestie, de l’obéissance et de l’humilité), le passage du « nous » collectiviste au « je » individualiste qui prévaut en Amérique du Nord, l’absence de leur système traditionnel de soutien de la communauté et le changement des rapports de force dans leurs relations conjugales leur ont posé de graves difficultés. Nombre d’entre eux doivent consulter un psychologue. D’autres facteurs leur compliquent la vie : de longues périodes de séparation d’avec leur conjoint, les rigueurs de l’hiver canadien, la nécessité d’apprendre à demander de l’aide. De plus, on ne reconnaît pas toujours leurs compétences acquises dans les pays africains. Ainsi, des personnes hautement qualifiées se retrouvent souvent chauffeurs de taxi. Des organismes africains leur fournissent un moyen d’établir des réseaux et d’obtenir du soutien psychologique.

Comme c’est le cas partout pour tous les immigrants, les nouveaux arrivants africains se dirigent vers les plus grandes villes canadiennes dans le but d’y trouver du travail, des logements à prix abordable et des écoles pour leurs enfants.

En tant que groupe, les Noirs d’Afrique partagent une expérience commune : le racisme, les préjugés et discrimination dans leur pays d’adoption. Le chômage et le sous-emploi au Canada demeurent des problèmes sérieux pour nombre de nouveaux arrivants. Statistique Canada rapporte que les immigrants nés en Afrique éprouvent des difficultés sur le marché du travail, et cela, indépendamment de la date à laquelle ils ont immigré au Canada.

Asiatiques ougandais et autres Asiatiques

En 1972, lors du processus d’« africanisation » de l’Ouganda, quelque 50 000 Asiatiques ont été expulsés du pays. Environ 7000 d’entre eux ont été invités à s’établir au Canada. Très peu d’entre eux ont cependant accepté l’offre canadienne et le recensement de 2016 indique qu’il n’y a que 5705 personnes d’origine ougandaise au Canada. En raison de la grande variété de leurs compétences et de leurs antécédents professionnels, conjuguée à leur sens de l’initiative et à leur esprit d’entreprise, la plupart des Ougandais ont fait des progrès socioéconomiques constants au Canada.

Le plus important groupe d’Asiatiques ougandais au Canada est celui des ismaïliens, secte issue de la branche chiite de l’islam. On trouve aussi au Canada une autre secte islamique, plus petite, celle des ash'arites. Les ismaïliens et, à un degré moindre, les ash'arites ont formé de solides organisations ethnoculturelles et religieuses qui ont contribué à leur intégrité sociale et psychologique et à leur progrès économique.

En 2001, la communauté ismaïlienne du Canada compte plus de 580 000 personnes. Le prince Karim Aga Khan, établi à Genève, est le chef spirituel des ismaïliens.

Hindous gujaratis

Les hindous gujaratis sont issus de la caste traditionnelle commerçante de l’Inde et de l’Afrique orientale. Au Canada, ils mènent des carrières florissantes dans le commerce et les professions libérales. Ils sont plutôt conservateurs et pratiquent les enseignements de l’hindouisme et du mahatma Gandhi, notamment l’ahimsa (la non-violence), l’ascétisme et le respect de toute forme de vie. Les hindous gujaratis sont généralement végétariens, leurs mariages sont endogames, c’est-à-dire qu’ils se font à l’intérieur de la même caste, et sont souvent arrangés par les parents.

Indiens de Goa

Ces Indiens sont originaires de la province de Goa, colonisée par les Portugais et située sur la côte de Malabar, à 402 km au sud de Mumbai (anciennement Bombay), en Inde. Nombre d’entre eux sont d’origine portugaise, ont des noms portugais, sont pour la plupart catholiques et parlent anglais. Chassés de l’Ouganda par Idi Amin Dada en 1972, beaucoup ont émigré au Canada, s’établissant principalement à Toronto. Les Indiens de Goa sont dotés de leurs propres organisations distinctes de celles des immigrants venus directement de Goa et de celles de la grande communauté portugaise de Toronto.

Les sous-groupes d’Asiatiques sont davantage apparentés aux habitants de l’Inde et du Pakistan qu’aux Noirs d’Afrique sur les plans de la race, de la religion et de la culture.

Portugais de l’Angola et du Mozambique

En 1976-1977, le Canada accueille 2100 « rapatriés » (Portugais blancs et de couleur) en provenance des nouveaux territoires indépendants de l’Angola et du Mozambique. Cependant, ils ne peuvent pas être admis comme réfugiés véritables puisqu’ils possèdent un passeport portugais, les Portugais établis en Afrique étant demeurés citoyens portugais. Deux facteurs incitent le Canada à faire ce geste humanitaire. D’une part, les pressions de la communauté portugaise canadienne et, d’autre part, l’intervention de l’ambassadeur du Portugal au Canada, qui lui a demandé d’alléger le fardeau des Portugais blancs contraints à l’exil. La plupart de ces immigrants arrivent au Canada en 1978-1979 à titre d’ouvriers spécialisés liés par contrat à des compagnies canadiennes. Ces personnes prospèrent et ne demandent pas l’appui des sociétés d’entraide portugaises. Elles s’intègrent bien dans la société canadienne, peut-être parce qu’elles parlent couramment l’anglais.

Sud-Africains et Zimbabwéens

Durant près d’un demi-siècle, l’Afrique du Sud connait un climat politique tendu et incertain. Les immigrants originaires de l’ex-République sud-africaine constituent de loin le groupe le plus nombreux parmi les pays subsahariens. En 1996, on compte 13 950 immigrants d’Afrique du Sud. Selon le recensement de 2016, 21 375 personnes déclarent avoir des origines sud-africaines. La désignation « Sud-Africain » englobe un grand nombre d’anglophones, Britanniques ou juifs, un petit groupe d’Afrikaners (huguenots franco-hollandais), des métis aux origines mixtes, des Asiatiques et des Noirs. On trouve des membres de toutes les professions (professeurs d’université, médecins, enseignants, écrivains, artistes et quelques ouvriers qualifiés) dans chacun de ces groupes. En 2016, 8090 personnes déclarent avoir des origines zimbabwéennes.

Arts et culture

Les artistes afro-canadiens, se sentant en marge de la communauté artistique dominante, créent, hors des grands courants artistiques, une musique, une écriture, une poésie et une peinture qui leur sont propres. Ils sont nombreux à puiser dans leurs racines africaines leur inspiration, leur vision et leur identité. Toronto est maintenant l’un des plus grands centres de musique africaine en Amérique du Nord. Chaque région d’Afrique y apporte sa propre tradition musicale, riche et distincte.

En 1990, le Dr Thaddy Ulzen, médecin né au Ghana, devient le fondateur et l’organisateur principal de l’Afrofest, le Festival de musique africaine qui se tient chaque année. Le Canadian Artists Network : Black Artists In Action Festival (CAN BAIA), fondé en 1995, célèbre l’identité africaine et permet aux artistes africains de sortir de leur isolement, d’échanger des idées et de promouvoir leurs talents. L’organisme Celebrating African Identity (CELAFI) est créé pour favoriser les liens entre les artistes noirs internationaux et leurs homologues canadiens par l’entremise de conférences et de spectacles d’arts visuels, de musique, de danse, de cinéma et d’ateliers de littérature. Les thèmes africains et les traditions esthétiques sont mis à l’honneur au Canada par David Kibuuka, d’origine ougandaise, par Macaulay Eteli, d’origine nigériane et par le danseur et chorégraphe Len Gibsonqui remettent en question nos conceptions de l’« art canadien ».


Liens externes

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