Architecture des banques

Comme les banques se font concurrence, elles reconnaissent la valeur d'une architecture attrayante auprès des clients. Elles adoptent principalement des formes architecturales classiques, symboles de richesse, d'intégrité, de durabilité et de confiance.

Tour de la Banque Royale
La Royal Bank Plaza, à Toronto (Webb Zerafa Menkès Housden Partnership, 1972-1976) comporte un superbe atrium (Corel Professional Photos).
Banque de Montréal
La Banque de Montréal avec l'ancien édifice en avant-plan. En arrière-plan, les nouveaux bureaux du siège social de la banque, dans l'édifice First Canadian Place, à Toronto (photo de Hellmut W. Schade).

Architecture des banques

Les banques commencent à s'implanter en Amérique du Nord britannique en 1820, quand la Banque du Nouveau-Brunswick, à Saint-Jean, se voit accorder une charte par le gouvernement provincial. La Banque de Montréal, en activité depuis 1817, reçoit une charte du gouvernement du Bas-Canada en 1822. À la fin de l'année, il existe cinq banques à charte dans les provinces, et à la veille de la Confédération, on en compte 28 dans les provinces du Canada, de la Nouvelle-Écosse et du Nouveau-Brunswick.

Comme les banques se font concurrence, elles reconnaissent la valeur d'une architecture attrayante auprès des clients. Elles adoptent principalement des formes architecturales classiques, symboles de richesse, d'intégrité, de durabilité et de confiance. En 1818, la Banque de Montréal se fait construire, rue Saint-Jacques, un imposant bâtiment de trois étages, aux allures d'hôtel particulier de style georgien, dont le portique est constitué d'un fronton classique reposant sur des colonnes doriques. La Banque du Haut-Canada (W.W. Baldwin, 1825-1827), rue Adelaide Est à Toronto, évoque aussi un respectable hôtel particulier de Londres avec portique dorique.

La Banque du Nouveau-Brunswick (vers 1826), à Saint-Jean au Nouveau-Brunswick, pousse l'audace encore plus loin en s'établissant dans un bâtiment de style néoclassique, dont la façade aux éléments ioniques n'est rien de moins que celle d'un temple, s'inspirant beaucoup en cela de l'innovatrice Second Bank of the United States, à Philadelphie (William Strickland, 1818-1824). La Banque se donne ainsi l'image d'un temple de la finance. Les variations sur le thème classique se poursuivent ainsi tout au long du siècle. À Montréal, rue Saint-Jacques, centre de la finance au Canada, on trouve la deuxième Banque de Montréal (John Wells, 1845-1848), de style néoclassique; la Molson's Bank (George Browne, 1864-1866), aux allures de résidence bourgeoise néo-Renaissance italienne; et la Merchants Bank of Canada (Hopkins and Wily, 1870), de style Second Empire.

D'autres villes suivent l'exemple de Montréal. De même, on voit apparaître des bâtiments au style non classique, telle cette succursale de la Banque de Montréal au style Richardsonian Romanesque (Taylor and Gordon, 1889), dans l'Ouest de la ville. Habituellement, les installations comprennent un hall et des bureaux consacrés aux activités bancaires.

La construction d'édifices bancaires hors du commun, à Winnipeg au début du XX<sub>e</sub> siècle, clame tout haut la place dominante que cette ville des Prairies s'est taillée dans le monde de la finance. Dans les environs de l'avenue Portage et de la rue Main, on privilégie le classicisme beaux-arts. Parmi les imposants édifices bancaires qu'on y trouve figurent les grands centres régionaux de la Banque de Montréal (McKim, Mead and White, 1913) et de la Banque Canadienne de Commerce (Darling and Pearson, 1910), le bâtiment à 10 étages de la Banque de Hamilton (J.D. Atchison, 1916), ainsi que les édifices plus petits, mais non moins recherchés de la Banque de Toronto (H.C. Stone, 1906) et de la Banque Royale du Canada (Carrère and Hastings, 1910). Tous sont pourvus de halls magnifiques.

La loi autorise les banques à ouvrir des succursales en 1841, et dès 1900, on assiste à une prolifération de ces établissements, dont les sièges sociaux (et les profits) sont concentrés dans le Canada central et dont les plans sont souvent conçus par le siège social de la banque. Afin de rester concurrentielle dans l'Ouest, qui se développe rapidement, la Banque Canadienne de Commerce engage l'agence d'architectes Darling and Pearson, de Toronto, pour concevoir des succursales préfabriquées. Entre 1906 et 1910, la B.C. Mills Timber and Trading Co. produit près de 70 bâtiments dans un choix de trois dimensions qui, une fois parvenues à destination par chemin de fer depuis Vancouver, peuvent être érigées en une seule journée. Par exemple, la Banque Canadienne de Commerce de Crossfield en Alberta, a été construite le 17 avril 1906.

Les sociétés de prêt hypothécaire et les sociétés de fiducie qui ont été jusqu'ici séparées des banques à charte, suivent en règle générale le modèle classique des banques. La BC Permanent Loan Co à Vancouver (Hooper and Watkins, 1907) est une banque relativement petite, mais bien conçue sur le modèle d'un temple; son image est suffisante pour que la Banque du Canada l'occupe de 1935 à 1966. Les mutuelles de crédit et les caisses populaires, en revanche, préfèrent une image plus populiste et moins élitaire et qui ressemble si souvent à des magasins de détail.

Durant les années 20 et dans les années 30, l'architecte John M. Lyle conçoit les plans de succursales, importantes ou modestes, pour la Banque de Nouvelle-Écosse (BNÉ). La succursale de la Banque de Nouvelle-Écosse (1924) qu'il conçoit, rue Sparks à Ottawa, avec ses colonnes autoportantes et sa frise décorée, au premier étage, reposant sur une base rustiquée, sera le fleuron de ses créations architecturales de banques de style classique. Conçue sensiblement sur le même modèle, à Calgary, une autre création de J. Lyle pour la BNÉ (1929-1930), mais beaucoup plus sobre, à l'ornementation gravée, tend vers les formes épurées du modernisme tout en gardant un vocabulaire néoclassique.

Après 1945, ayant établi leur réputation au cours des décennies précédentes, les banques cessent d'avoir besoin de faire bonne impression au moyen de l'architecture et ne considèrent plus du tout leurs édifices de la même manière. À mesure que l'efficacité devient primordiale, l'uniformisation et la centralisation de la création architecturale s'intensifient. Jugées démodées, les vieilles succursales sont remplacées par de nouvelles, conçues par les architectes attitrés des banques. Chaque banque a son matériau de prédilection : les banques de Commerce et de Montréal adoptent la brique et la Banque Royale, le granite noir. La plupart des succursales sont de plain-pied, rectangulaires et sobres. À la différence de l'époque où les banques dominaient leur environnement et symbolisaient la richesse et la valeur d'une ville, les succursales construites après la Deuxième Guerre mondiale manquent souvent d'ampleur et s'efforcent tant bien que mal de prendre leur place dans la communauté.

Les sièges sociaux nationaux et régionaux quant à eux, poursuivent la tradition conservatrice. Depuis les années 60, de nombreuses banques occupent de grandes sections des gratte-ciel de style international. Les plus remarquables sont le Toronto Dominion Centre, à Toronto (L.M. van der Rohe, John B. Parkin Associates, Bregman and Hamann, 1963-1969), dont les deux tours d'origine sont aujourd'hui portées à cinq; la Banque Royale de Montréal, Place Ville-Marie (I.M. Pei et associés, Affleck, Desbarats, Dimakopoulos, Lebensold, Michaud et Sise, 1958-1966); et la Royal Bank Plaza, à Toronto (Webb Zerafa Menkes Housden Partnership, 1972-1976), qui comprend un superbe atrium.

Au lieu de remplacer leurs bâtiments, d'autres banques décident de les agrandir et affichent un respect croissant pour la conservation du patrimoine. En 1968-1972, la Banque Canadienne de Commerce agrandit son siège social, abrité dans une tour de style art déco (York and Sawyer; Darling and Pearson, 1929-1931), à Toronto, en lui additionnant la tour plus haute (57 étages) de la Commerce Court (I.M. Pei; Page and Steele). La Banque du Canada, organisme chargé de la réglementation de la monnaie nationale, agrandit son siège social, un chef-d'oeuvre de style néoclassique (Marani, Lawson and Morris; S.G. Davenport, 1937), en l'encadrant d'un édifice de 12 étages en verre miroir (Arthur Erickson; Marani, Rounthwaite and Dick, 1974-1979). La Banque de Montréal, à Winnipeg, ajoute avec bonheur une mince tour de 22 étages revêtue de granite (Smith Carter Partners, 1982-1984) à son édifice de 1913, tout en respectant son caractère historique.

La dernière libéralisation des réglementations bancaires a permis aux banques d'offrir des services accrus, y compris des services de fiducie et de vente de valeurs, et cette situation a entraîné, à tour de rôle, des fusions avec des sociétés de fiducie et des maisons de courtage. Parallèlement, l'implantation de la banque électronique a permis les services bancaires en ligne et entraîné une prolifération de guichets automatiques bancaires (GAB) dont un grand nombre sont situés ailleurs que dans les banques, ce qui réduit le besoin des visites personnelles à la banque aux fins de dépôts et de retraits. Les nouvelles institutions financières ont répondu par des changements de nom (la plupart ont enlevé le mot « banque »), par la fermeture de succursales redondantes, ainsi que par des rénovations intérieures et/ou par des ajouts à des succursales courantes qui offrent plus de bureaux destinés à des réunions privées et des comptoirs qui conviennent aux transactions électroniques. Les tendances en matière de changement d'un point de vue architectural n'ont pas encore vu le jour.

Voir aussi Design d'environnement.