Arméniens

L'Arménie d'aujourd'hui n'est qu'une partie de l'Arménie historique, qui comprenait aussi des territoires de la Turquie actuelle.

Enfants arméniens
Ferme des gar\u00e7ons en provenance de l'Arménie, 1925, Georgetown, Ontario

L'Arménie d'aujourd'hui n'est qu'une partie de l'Arménie historique, qui comprenait aussi des territoires de la Turquie actuelle. La nouvelle République d'Arménie, créée en 1991, est la patrie des Arméniens, mais un grand nombre d'entre eux sont éparpillés dans d'autres régions de l'ancienne Union Soviétique et dans un territoire d'Azerbaïdjan où ils sont majoritaires, le Nagorny-Karabakh, qui fait cependant l'objet d'un litige. Selon le recensement de 2006, 50 500 personnes d'origine arménienne habitent au Canada.

Immigration et peuplement

Première vague : jusqu'à la Première Guerre mondiale
Des étudiants, des marchands et des agriculteurs, dont la plupart proviennent de territoires occupés par les Turcs, amorcent le mouvement d'immigration arménienne au Canada de 1880 à 1890. En 1914, environ 2000 Arméniens, la plupart des hommes de régions rurales, arrivent au Canada et s'installent surtout dans le Sud de l'Ontario.

Ils fuient les persécutions de la majorité musulmane en Turquie et viennent travailler dans les ferronneries afin de trouver l'argent nécessaire à la reconstruction de leurs propriétés détruites au cours des massacres et des massacres périodiques approuvés par l'État. Ils s'installent près des usines, à Brantford, à Hamilton et à St. Catharines. Pour certains, le marché du travail devient le point de départ de la création d'entreprises commerciales ou artisanales.

Deuxième vague : de 1919 aux années 1950
De 1915 à 1922, plus de 1,5 million d'Arméniens périssent dans la foulée de la politique de génocide pratiquée par le gouvernement turc. Les Arméniens du Canada essaient de faciliter l'entrée au pays des survivants, mais les restrictions canadiennes relatives à l'immigration, dont celle qui consiste à classer les Arméniens dans le groupe des Asiatiques, les bloquent tous, à l'exception de 1500 survivants.

La plupart de ces réfugiés sont des femmes et des enfants. Ils forment un groupe beaucoup plus hétérogène que leurs prédécesseurs et leur arrivée redonne de la vitalité à la communauté arménienne, menant ainsi à la création d'enclaves arméniennes très unies à Brantford, à St. Catharines, à Hamilton, à Galt, à Guelph, à Windsor, à Toronto et à Montréal. La survie nationale et la reconstitution des familles deviennent des questions cruciales qui donnent lieu à des mariages endogames au cours des années 1920. Certaines activités commerciales prennent de l'expansion, surtout le commerce du tapis d'Orient.

Parmi les nouveaux venus se trouvent les « garçons de Georgetown », un groupe d'une centaine d'orphelins que fait venir l'Armenian Relief Association of Canada dans les années 1920 pour les installer dans une ferme achetée à leur intention près de Georgetown, en Ontario. Quand l'Église unie du Canada prend possession de la ferme en 1928, les orphelins sont dispersés chez des fermiers ontariens soit comme enfants en famille d'accueil, soit comme ouvriers agricoles.

Troisième vague : des années 1950 aux années 1990
L'instabilité au Moyen-Orient, la libéralisation des lois sur l'immigration et la décision de ne plus classer les Arméniens dans le groupe des Asiatiques génèrent un flot d'immigrants arméniens au Canada (années 1950 et 1960). Ils viennent surtout des centres urbains des pays du Moyen-Orient et de la Méditerranée, où ils ont trouvé refuge après le génocide, et s'installent pour la plupart à Montréal et à Toronto. À Montréal, leur quartier se déplace de l'avenue du Parc vers Saint-Laurent et jusque dans Laval. À Toronto, les Arméniens sont dispersés dans toute la ville, mais ils ont édifié des structures communautaires dans le nord-est de la région métropolitaine.

De nos jours, environ 43 p. 100 des Arméniens vivent dans le Montréal métropolitain, 36 p. 100, dans la région Toronto - St. Catharines - Hamilton, et le reste, dans d'autres centres urbains. Ils sont nombreux à posséder leur propre entreprise (bijoux, tapis, automobile) ou à exercer une profession dans les domaines traditionnels de la médecine, des soins infirmiers et de l'enseignement ainsi que dans la pharmacie, la comptabilité, l'ingénierie, le droit, l'architecture et la technologie informatique.

Religion

L'Arménie est le premier pays à adopter le christianisme comme religion d'État. La majorité des Arméniens du Canada appartiennent à l'Église nationale apostolique d'Arménie, une église autocéphale dont l'archevêché est à Echmiadzin, en Arménie. En 1930, les Arméniens construisent leur première église, Saint-Grégoire-l'Illuminateur, à St. Catharines, en Ontario. Après la mainmise communiste sur l'Arménie en 1920 et l'assujettissement d'Echmiadzin, de nombreux Arméniens anticommunistes de la diaspora se séparent de l'Église mère et se tournent vers l'autorité religieuse de l'évêché de Cilicie, à Beyrouth, au Liban. L'appartenance politique est le seul différend qui sépare les deux groupes. Après l'indépendance de l'Arménie et l'élection du patriarche Karekin II de Cilicie au patriarcat de l'archevêché, il existe désormais un espoir de réunification des deux Églises.

Comme pour l'Église apostolique, l'arménien est la langue de l'Église catholique romaine d'Arménie. En 1983, des Arméniens catholiques de Montréal construisent leur première église, Notre-Dame-de-Nareg. Comme l'Église de Toronto (1993), elle relève de l'exarque chargé des Arméniens catholiques romains de l'Amérique du Nord (New York) qui, lui, relève finalement de l'autorité du pape, à Rome.

En 1960, les évangéliques de Montréal et de Toronto fondent leurs premières Églises. Même si certaines congrégations évangéliques sont affiliées à l'Église unie du Canada, elles sont autonomes et les services sont célébrés en langue arménienne vernaculaire.

Politique

La Fédération révolutionnaire arménienne (Tashnag) (établie à Brantford en 1902-1904) constitue la principale force nationaliste au Canada depuis près de 100 ans. Elle est aujourd'hui la plus grande organisation politique au pays et compte neuf divisions. Le parti démocrate libéral arménien (Ramgavar), conservateur et proéglise, est le deuxième en importance. Il voit le jour à Montréal en 1963 et compte des divisions à Toronto et à Vancouver. Le parti social-démocrate Hunchagian met sur pied des divisions au Canada avant 1914 mais succombe sous les attaques communistes dans les années 1920. Il est réanimé par un petit groupe à Montréal et à Toronto en 1979-1980.

Éducation

Afin d'améliorer leur niveau d'apprentissage, les pionniers arméniens organisent des classes de lecture au Canada. Ils mettent aussi sur pied des écoles arméniennes d'appoint afin d'offrir à leurs enfants une connaissance rudimentaire de la langue et de la culture arméniennes. Puis ils construisent des écoles à Montréal et à Toronto. Des églises arméniennes gèrent des écoles du dimanche subventionnées par l'état où l'on enseigne l'arménien. Le recensement de 2006 fait état de 31 330 personnes dont l'arménien est la langue maternelle (première langue apprise).

Culture

Le génocide et la peur de l'extinction complète de la nation incitent les Arméniens à redoubler d'efforts pour préserver leur héritage ethnique au Canada. Dans la culture canado-arménienne, l'accent est mis sur le génocide, en raison surtout du refus persistant du gouvernement turc de le reconnaître. Chaque année, les Arméniens se rassemblent pour rendre hommage aux martyrs du génocide et se remémorer la patrie perdue. Alors même qu'une culture canado-arménienne unique fleurit, les démarches artistiques demeurent teintées de cet héritage. Les associations culturelles et les journaux arméniens, y compris de nombreux bulletins et les hebdomadaires trilingues, Abaka, « Avenir » (Ramgavar, fondé à Montréal en 1975) et Horizon (Tashnag, fondé à Montréal en 1979) jouent un rôle important dans la préservation de la culture et de la langue, tout comme les chorales, le théâtre, les concerts, les événements littéraires, la musique, la danse, les festins nationaux et les pique-niques. Les talents d'un grand nombre d'artistes exceptionnels d'origine arménienne sont reconnus sur la scène culturelle canadienne, notamment ceux d'Atom Egoyan, le jeune lauréat producteur de films, et du photographe Michael Torosian.

Associations de bienfaisance, sociétés sportives et groupes de jeunes

Une filiale de l'Armenian Relief Society (ARS) est créée à Brantford en 1910. Le principal objectif de l'ARS, le groupe de femmes le plus important au Canada, est de venir en aide aux Arméniens démunis et d'améliorer la culture et l'éducation arméniennes. L'objectif de l'Armenian General Benevolent Union (AGBU) est semblable et, depuis sa renaissance au Canada dans les années 1970, il contribue grandement à renforcer la vie communautaire arménienne. La plupart des institutions et des organisations ont des programmes axés sur le sport et les jeunes, y compris les scouts et les guides.

Indépendance de l'Arménie

Depuis plus de 100 ans, les Arméniens du Canada poursuivent deux buts : améliorer le sort de leur communauté au Canada et aider leur mère patrie. Les troubles dans les républiques d'Arménie et de Karabakh rallient la communauté. Le tremblement de terre de 1988, le blocus de l'Azerbaïdjan en 1989 et de la Turquie, la guerre qui se prolonge depuis 1988 contre l'Azerbaïdjan pour la conquête de l'enclave arménienne du Nagorny-Karabakh ainsi que l'indépendance acquise en 1991 déclenchent de multiples activités destinées à aider la patrie assiégée, preuves de la diversité et du dynamisme de la communauté canado-arménienne.


Lecture supplémentaire

  • Vahakn N. Dadrian, The History of the Armenian Genocide: Ethnic Conflict from the Balkans to Anatolia to the Caucasus (1995); Isabel Kaprielian, ed, Polyphony: Armenians in Ontario, Multicultural History Society of Ontario, vol 4, 2 (1982); Isabel Kaprielian-Churchill, "Armenian refugees and their Entry into Canada: 1919-1930," Canadian Historical Review, vol LXXI no 1 (Spring 1990) 80-108.

Liens externes