Barometer Rising

​Barometer Rising est le premier roman publié par Hugh MacLennan, probablement le romancier canadien le plus important du milieu du XXe siècle et certainement le plus reconnu.

Barometer Rising est le premier roman publié par Hugh MacLennan, probablement le romancier canadien le plus important du milieu du XXe siècle et certainement le plus reconnu. Publié pour la première fois en 1941 à New York par Duell, Sloan and Pearce au milieu de la tourmente de la Deuxième Guerre mondiale, ce roman se déroule durant la Première Guerre mondiale, non pas sur les champs de bataille en Europe, mais au Canada avant, pendant et après l’explosion de Halifax qui a détruit une grande partie des quartiers nord de la ville le matin du 6 décembre 1917. L’auteur, lui‑même survivant de cet événement tragique, fait appel à ses propres souvenirs de petit garçon de dix ans ayant vécu cette terrible destruction. Barometer Rising marque un tournant dans l’écriture de Hugh MacLennan. En effet, il y abandonne les thèmes internationaux qu’il avait préalablement privilégiés, sans succès auprès des éditeurs, pour aborder les thèmes nationalistes autour desquels s’articulent ses œuvres majeures.

Barometer Rising est une allégorie de l’évolution du Canada s’éloignant des influences politiques et culturelles de la puissance coloniale qu’est l’Empire britannique pour, à la faveur de la Première Guerre mondiale, naître, en tant que pays indépendant décolonisé, à une conscience nationale émergente. Le modèle mythologique de l’Odyssée est explicitement mis en évidence tout au long de l’ouvrage. L’histoire du retour d’un héros et de sa rédemption peut également être interprétée comme le récit d’une culture en train d’arriver à maturité. Neil MacRae, le protagoniste du roman, de retour des champs de bataille européens sur lesquels son corps, son esprit et sa réputation ont été mis à rude épreuve, revient en Nouvelle‑Écosse. Geoffrey Wain, l’oncle anglophile de notre héros et ancien colonel de son régiment, un homme à la morale douteuse ayant blâmé Neil pour une attaque qui a tourné à la catastrophe, ce dernier se retrouve menacé de poursuites et d’une éventuelle exécution pour actes de lâcheté. Tandis qu’avec Penelope Wain, son ancienne maîtresse et fille du colonel, Neil cherche à blanchir son nom, le colonel Wain s’évertue, quant à lui, à faire table rase de son propre passé peu glorieux et s’efforce de profiter des circonstances particulières propres au temps de guerre. L’explosion fait littéralement voler en éclats l’ordre ancien, désintégrant le cynisme et les idéaux creux qui prévalaient alors, et offre à Neil la possibilité de renaître en héros positif pour une nouvelle génération et pour une nation en voie de refondation. À la fin du roman, le héros et Penelope Wain s’apprêtent à quitter Halifax, symbole du vieux monde, pour faire route vers les régions de l’ouest du pays, leur dynamisme et leurs nombreuses possibilités.

Ce roman a certes eu sa part de critiques. George Woodcock, le classant dans la catégorie du « réalisme romantique », a ainsi mis en évidence le relatif conservatisme de Hugh MacLennan, en contraste avec les mouvements littéraires de l’époque; il a également noté le didactisme de ses œuvres et le caractère parfois simpliste de ses personnages; enfin, il a souligné le recours excessif au folklore local et aux coïncidences pour faire avancer l’intrigue. Par ailleurs, s’il est vrai que Barometer Rising a certainement mieux vieilli que la plupart des autres livres de l’auteur, il n’en demeure pas moins que les critiques et les lecteurs contemporains estiment souvent que la vision et l’orientation de son nationalisme détonnent quelque peu aujourd’hui. Barometer Rising suggère que le nouveau rôle du Canada consiste à établir un pont entre la Grande‑Bretagne et les États‑Unis. La façon dont les femmes sont représentées dans le roman, en particulier Penelope Wain, se limite à une approche traditionnelle peu satisfaisante. En fait, elle évolue au fur et à mesure que le roman progresse, passant d’un personnage actif en prise avec ce qu’il y a de plus réel dans la modernité, une femme indépendante qui travaille comme conceptrice de navire, à une femme, dont le portrait se dessine dans les derniers passages du livre, jouant essentiellement le rôle d’une compagne silencieuse et maternelle.

Néanmoins, le succès immédiat de Barometer Rising, d’ailleurs suffisant pour que Hugh MacLennan quitte son poste d’enseignant au Lower Canada College, ne s’est jamais démenti. Ce roman reste extrêmement apprécié des lectrices et des lecteurs canadiens qui affectionnent la puissance des évocations et le talent de l’auteur pour restituer l’atmosphère de Halifax en temps de guerre, le chaos et l’horreur ayant prévalu au moment de l’explosion et dans les jours qui ont suivi et les efforts héroïques des survivants. En outre, il est certain qu’au milieu du XXe siècle, la population canadienne était avide de romans traitant de sujets nationaux. Barometer Rising annonce, dans ce contexte, un changement important dans la production littéraire au pays avec une évolution vers des récits délibérément canadiens traitant de la nation et de son peuple, une tendance qui va se poursuivre avec l’émergence d’un nationalisme littéraire canadien dans les décennies suivantes (voir aussi Littérature de langue anglaise).


Les oeuvres sélectionnées de
Barometer Rising

Lecture supplémentaire

  • Carol L. Beran, "Ex-Centricity: Michael Ondaatje's In the Skin of a Lion and Hugh MacLennan's Barometer Rising," SCL 18.1 (1993); Elspeth Cameron, Hugh MacLennan: A Writer's Life (1983); Robin Mathews, "Hugh MacLennan: the Nationalist Dilemma in Canada" SCL 1.1 (1976); George Woodcock, "A Nation's Odyssey: The Novels of Hugh MacLennan" Canadian Literature 10 (1961); George Woodcock, Introducing Hugh MacLennan's Barometer Rising: A Reader's Guide (1989)