Théâtre noir au Canada

Avec l’émergence du Black Theatre Workshop vers la fin des années 1960, le théâtre noir commence à prospérer partout au Canada, offrant des scènes évolutives pour les œuvres des dramaturges, des metteurs en scène et des acteurs et actrices noirs.

Avec l’émergence du Black Theatre Workshop vers la fin des années 1960, le théâtre noir commence à prospérer partout au Canada, offrant des scènes évolutives pour les œuvres des dramaturges, des metteurs en scène et des acteurs et actrices noirs.

Premières troupes de théâtre noires

Des troupes de théâtre noires existent depuis le début du 19e siècle à Vancouver, à Halifax et dans de petites communautés telles que North Buxton et Amherstburg, dans le nord de l’Ontario. Toutefois, la première percée majeure a lieu à Montréal en 1942 avec la production du Negro Theatre Guild, The Green Pastures, de Mark Connolly. La pièce est mise en scène par Don A. Haldane et la scénographie par Herbert Whittaker. La pièce est d’abord présentée au Victoria Hall, puis au Her Majesty’s Theatre. En 1949, la production de la troupe The Emperor Jones de Eugene O’Neill remporte le prix du meilleur acteur pour Percy Rodriguez au Festival national d’art dramatique. Pendant les années 1960, la compagnie produit des pièces qui reflètent les intérêts des immigrants d’Afrique et des Caraïbes. (Voir Canadiens d’origine antillaise; Immigration au Canada.) Cependant, après l’émergence du Black Theatre Workshop vers 1968, le Negro Theatre Guild n’est plus en mesure d’assurer sa continuation.

À la fin des années 1960 et au début des années 1970, on assiste à la formation de plusieurs compagnies de théâtre noires. En 1964, le Drama Committee de la Trinidad and Tobago Association commence à produire du théâtre et à former ses artistes. Le Drama Committee devient rapidement le Black Theatre Workshop (BTW). Ce dernier monte sa première production, How Now Black Man, de l’auteur montréalais Loris Elliot en 1970.

Black Theatre Workshop

Le Black Theatre Workshop (BTW) a une longue histoire de production. Il alterne entre la présentation d’œuvres contemporaines noires canadiennes et d’œuvres du répertoire international du théâtre noir. Les pièces produites par le BTW incluent The Black Experience de Clarence Bayne (1975), Prodigals in a Promised Land de Hector Bunyon (1982), et Marvin Dream of a Lifetime de Dwight Bacquie (1988). Une reprise de la pièce pour enfants The Nutmeg Princess de Richardo Keens-Douglas (1994), produite à l’origine par la compagnie de Amah Harris, Theatre in the Rough, est également présentée. Le BTW présente ensuite les pièces Riot de Andrew Moodie (1998-1999) et New Canadian Kid de Dennis Foon (1998-1999). En 1999, le BTW reçoit une subvention de 100 000 $ du Fonds du nouveau millénaire pour les arts, du Conseil des Arts du Canada. Le BTW revitalise le Youth Performer’s Initiative, un programme de formation intensive pour jeunes noirs.

Les pièces produites par cette compagnie comprennent The Crossroad/Le Carrefour (2000) de Kossi Efoui, Afrika Solo de Djanet Sears (2002, présentée en tournée scolaire en 2006), Wade in the Water de George Elroy Boyd (2004), Blacks Don’t Bowl de Vadney Haynes (2005-2006) et The Lady Smith de Andrew Moodie (2006). D’autres productions du BTW incluent Come Good Rain de George Bwanika Seremba (2007-2008), Le Code Noir de George Elroy Boyd (2008-2009), Swan Song of Maria de Carol Cece Anderson (2009-2010), Stori Ya de Joan M. Kivanda (2011-2012), Harlem Duet de Djanet Sears (2012-2013), The Adventures of a Black Girl in Search of God de Djanet Sears (2015-2016), Binti’s Journey, adaptée par Marcia Johnson du roman The Heaven Shop de Deborah Ellis (2016) et She Said/He Said d’Anne-Marie Woods (2016-2017).

Parmi les productions du BTW faisant partie du répertoire international durant les années 1970, on trouve les pièces Dream on Monkey Mountain de Derek Walcott, The River Niger de Joseph A. Walker et My Sweet Charlie de David Westheimer, suivies de la pièce très applaudie de Ntozake Shange For Colored Girls Who Have Considered Suicide When the Rainbow is Enuf (1985), The Colored Museum (1987) de George C. Wolfe et Playboy of the West Indies coproduite en collaboration avec le Centaur Theatre (1993) et My Children, My Africa d’Athol Fugard (1998-1999).

Au cours de sa longue histoire, le Black Theatre Workshop est le foyer artistique d’artistes reconnus comme Errol Slue, Jeff Henry, Walter Borden, Winston Sutton, Lorena Gale, Marvin Ishmael et Dwight Bacquie. Le BTW joue également un rôle déterminant dans le développement de centaines d’artistes noirs œuvrant partout au pays.

Théâtre noir à Toronto

Deux autres compagnies de théâtre dignes de mention sont la compagnie Theatre Fountainhead, fondée en 1974 par Jeff Henry, et la compagnie Black Theatre Canada (BTC), fondée en 1973 par Vera Cudjoe, toutes deux de Toronto.

Comme Jeff Henry décide de créer et de produire des œuvres de dramaturges noirs, la compagnie Theatre Foutainhead présente des pièces de Wole Soyinka et d’Errol Sitahal ainsi qu’Africa in the Caribbean, la propre pièce de Jeff Henry, et Coldsnap (1983) de Linda Ghan, originaire des Prairies, qui traite de l’expérience d’immigrants antillais. Theatre Fountainhead présente également la comédie musicale fantaisiste The Obeah Man, écrite et jouée par Richardo Keens-Douglas. La performance de ce dernier lui vaut une nomination pour le prix Dora (1985). La compagnie joue également la pièce The Blood Knot d’Athol Fugard en 1986. La compagnie cesse ses productions en 1990 en raison de difficultés financières.

L’objectif de Vera Cudjoe, en tant que pionnière du théâtre noir à Toronto, est de partager la culture des Noirs avec une plus vaste communauté. À cette fin, BTC présente des pièces dans les écoles et organise avec succès des ateliers. Les réalisations de BTC comprennent les productions School’s Out du dramaturge Trevor Rhone, Dem Two in Canada (1979) de Peter Robinson, Toronto More About Me (1979) de Daniel Caudiron et One More Stop on the Freedom Train de Leon Bibb, une comédie musicale sur le chemin de fer clandestin Ontario. Produit à Toronto en 1984 puis repris en 1985, ce spectacle fait une tournée à travers le pays, et est présenté à l’Expo 86 de Vancouver au Pavillon canadien, dans le cadre du Arts Against Apartheid Festival. Des difficultés financières obligent le Black Theatre Canada à cesser ses activités en 1988. Le Theatre Fountainhead ferme peu après, en 1990.

La compagnie b current de Toronto est fondée en 1990 avec la mission de développer de nouvelles œuvres enracinées dans la vie culturelle, sociale et politique de la diaspora noire canadienne et internationale. Tout au long des années 1990 et depuis, elle propose à la fois des productions complètes ou élaborées en atelier. La compagnie b current offre également les programmes de formation rAiz’n the Sun pour les jeunes artistes noirs émergents. Elle organise aussi le rock.paper.sistahz Festival, un festival annuel qui présente des performances d’artistes féminines noires et de couleur. Ses productions récentes notables comprennent Obeah Opera à Panamania (2015), une adaptation du procès des sorcières de Salem du point de vue d’une esclave antillaise; Twisted de Charlotte Corbeil-Coleman et Joseph Jomo Pierre (2015), une réinvention du classique Oliver Twist de Charles Dickens se déroulant dans les rues de Toronto; et The Hip Hopera de Sébastien Heins (2016), un spectacle solo racontant l’histoire de deux frères qui essaient de vivre une vie dédiée au hip-hop.

Le AfriCan Theatre Ensemble de Toronto est fondé en 1998 par son directeur artistique Modupe Olaogun. La formation de cette compagnie crée une avenue pour les échanges culturels entre l’Afrique et le Canada. Elle permet également de reconnaître le dialogue créatif entre l’Afrique et sa diaspora. Les performances de cette compagnie comprennent la première canadienne The Gods Are Not To Blame (1999), ainsi que Our Husband Has Gone Mad Again (2000) de Ola Rotimi, And the Girls in Their Sunday Dresses de Zake Mda (2001), Death and the King’s Horseman de Wole Soyinka (2004), The Full Nelson de Donald Carr (2005) et The Marriage of Anansewa d’Efua Sutherland (2008-2009). D’autres productions récentes comprennent Coma de Jude Idada (2013)un drame abordant des thèmes entourant le suicide assisté, et Lost de Modupe Olaogun (2013), qui se passe en 2006 dans un pays d’Afrique centrale à la suite d’une horrible guerre civile.

La Obsidian Theatre Company, fondée en 2000 à Toronto, se consacre à l’exploration, au développement et à la production pour faire place à la voix des Noirs sur la scène canadienne. L’historique de leurs productions inclut The Adventures of a Black Girl in Search of God de Djanet Sears (2001-2002), The Piano Lesson d’August Wilson (2002-2003), Consecrated Ground de George Elroy Boyd (2003-2004), The Polished Hoe d’Austin Clarke (2007), Black Medea de Wesley Enoch (2008-2009), Yellowman (2009) de Dael Orlandersmith, Intimate Apparel de Lynn Nottage (2009-2010), la comédie musicale Caroline, or Change, avec les paroles de Tony Kushner et la musique de Jeanine Tesori (2011-2012), Topdog/Underdog de Suzan Lori-Parks (2011-2012), Nightmare Dream de Motion (2013-2014) et The Mountaintop de Katori Hall (2014).

Théâtre noir à travers le Canada

Il existe d’autres troupes de théâtre noires à l’extérieur de Toronto et Montréal. À Winnipeg, la compagnie Caribbean Theatre Workshop est fondée à l’Université du Manitoba. En Nouvelle-Écosse, la compagnie Kwacha (qui signifie « aube d’un nouveau jour » en zambien) est fondée par Walter Borden en 1984. Ces deux compagnies produisent des œuvres intéressantes durant les années 1980. Toutefois, elles n’arrivent pas à survivre durant les années 1990 malgré leurs succès critiques et publics. Ces compagnies ont tenté de former et de développer des artistes, des activités « en dehors du domaine du théâtre professionnel ». Ces efforts ont été jugés douteux par les conseils des arts, tandis que les agences multiculturelles les ont rejetées sous prétexte que leur travail était « trop professionnel ».

Malgré ces obstacles, les choses semblent prometteuses pour le théâtre noir et pour les nombreux artistes de premier plan qui commencent à émerger. Le spectacle solo de Djanet Sears, Afrika Solo, lui vaut une nomination pour un prix Dora. Elle remporte également plusieurs autres prix canadiens avec Harlem Duet (1997), une pièce qui est reprise au Neptune Theatre en 2000, et au Festival de Stratford en 2006. Elle aide également à mettre sur pied le AfriCanadian Playwrights Festival qui se déroule à Toronto en 2000, en 2003 et en 2006.

En 1988, Marvin Ishmael inaugure We Are One Theatre Productions avec la pièce Sweet Pan, une comédie musicale animée qui incorpore un groupe jouant des tambours métalliques, ainsi que des costumes de carnaval. Ayant pour mandat de développer un théâtre qui reflète les expériences des Canadiens originaires des Caraïbes, We Are One crée un amalgame avec la tradition des conteurs, les tambours métalliques et le calypso dans son théâtre. La compagnie a une solide réputation grâce à ses nouvelles œuvres destinées à un jeune public.

We Are One met l’accent sur les Caraïbes et provoque ainsi les débuts d’un théâtre canadien distinctement antillais. Une communauté grandissante d’artistes voit également le jour, notamment l’acteur et conteur Richardo Keens-Douglas, ainsi que l’actrice et metteure en scène Amah Harris et sa troupe Theatre in the Rough.

D’autres productions notables du théâtre caribéen au Canada comprennent la trilogie sankofa de l’artiste de théâtre canado-jamaïcaine d’bi.younganitafrika. Sa trilogie de pièces solo, bloodclaat : one oomaan story (2005), benu (2009) et word!sound!powah! (2010), a été largement acclamée. Ces pièces ont été louangées pour leur récit original et franc de l’expérience d’une femme jamaïcaine. En 2008, anitafrika fonde le théâtre dub anitafrika, un programme de mentorat destiné aux artistes noirs. Ce programme est actuellement appelé le Watah Theatre.

En 2005, Da Kink in my Hair de la dramaturge canado-jamaïcaine et humoriste Trey Anthony devient la première pièce canadienne produite au Princess of Wales Theatre. Cette pièce se déroule dans un salon de coiffure d’un quartier antillais de Toronto. 

Une autre compagnie notable, le Theatre Wum, acquiert également de l’importance au début des années 1990. Ayant pour mandat d’explorer les « constantes africaines », le directeur artistique fondateur Colin Taylor monte six productions entre 1991 et 1994. Il débute avec The Meeting de Jeff Stetson, qui décrit une rencontre fictive entre Malcolm X et Martin Luther King (1991). Colin Taylor poursuit avec The Radiance of the King en septembre de cette même année. Il produit ensuite Imperceptible Mutabilities in the Third Kingdom de Suzan Lori-Park (1992), Titus Andronicus, et The Urban Donnelleys (avec le Theatre Passe Muraille) en 1993. L’approche expérimentale rigoureuse de Colin Taylor et ses choix théâtraux provocateurs lui valent le prix John Hirsch de la mise en scène en 1993. En 1994, il est nommé directeur artistique associé du Théâtre Passe Muraille. Il s’attire des mérites en mise en scène dans des théâtres bien établis comme le Tarragon Theatre, la Great Canadian Theatre Company (GCTC), et Alberta Theatre Projects. Colin Taylor adapte également pour la scène, en collaboration avec Alison Sealy-Smith, le roman emblématique et lauréat du prix Giller The Polished Hoe de Austin Clarke. Cette pièce est produite par le Obsidian Theatre en 2007.

La compagnie féministe Nightwood Theatre, dans ses efforts pour former des femmes dramaturges émergentes, apporte d’importantes contributions au théâtre noir canadien. La compagnie produit la pièce dynamique The Wonder Quartet, écrite par Diana Braithwaite et mise en scène par Djanet Sears (1992). Nightwood Theatre produit également DryLand, écrite et jouée par Pauline Peters et mise en scène par Diane Roberts (1993). La compagnie Young People’s Theatre présente la pièce In Search of Dragon’s Mountain, qui traite de l’amitié interraciale en Afrique du Sud à l’époque de l’Apartheid, et qui remporte un prix Dora de la production théâtrale exceptionnelle pour jeune public (1993). Après des années d’efforts dans les petites troupes de théâtre, l’auteur et comédien George Seremba remporte le prix Dora de la nouvelle pièce exceptionnelle avec Come Good Rain, en 1994. Récit percutant sur la vie en Ouganda sous le régime d’Amin Dada, Come Good Rain a depuis été joué à Ottawa, à Montréal, à Los Angeles, et à Londres en Angleterre.

En Nouvelle-Écosse, le Voices Black Theatre Ensemble est fondé en 1990. Cette compagnie crée et présente des pièces dramatiques et des performances qui explorent et célèbrent l’histoire des Noirs de la Nouvelle-Écosse. La compagnie est composée d’une troupe de dix artistes, comprenant des acteurs, des musiciens, des danseurs, des artistes de rap, des conteurs, des chanteurs, des auteurs et des techniciens. Elle a créé un certain nombre de pièces originales, dont Kumbaya : The Black History Month ShowThe DetentionAfricville, Nova Scotia Suite et Choices in the Skin.