Longs métrages canadiens



Un pays est une nation seulement s'il se considère comme telle et si les gens qui y vivent s'échangent des histoires, des chansons et des images. En effet, la richesse d'une nation se mesure à la fierté qu'elle éprouve à partager sa culture et à célébrer les divers éléments qui la composent.

Une étude iconographique du cinéma canadien de ses débuts jusqu'à nos jours, qu'il s'agisse de documentaires ou de longs métrages de fiction, en anglais ou en français, révélerait la récurrence de certaines images : l'immensité intimidante de notre pays, l'hiver et les rues enneigées, les lacs et les rivières, les montagnes et les vallées, sans oublier ces trajets interminables parcourus en voiture ou en train dans les contrées gelées du Nord du Québec. Bien que le Canada soit considéré comme un pays urbain, les Canadiens se perçoivent comme des campagnards confrontés à ce vaste territoire que très peu réussissent à apprivoiser.

De Back to God's Country (v.f. Instinct qui veille), en passant par Les fleurs sauvages, jusqu'à Une histoire inventée, les documentaires et les longs métrages de fiction canadiens sont tournés en extérieur, la nature y tenant moins le rôle de décor que celui de protagoniste. Dans ces paysages immuables, les personnages semblent en effet figés dans le temps. L'histoire se déroule donc à un rythme qui nous permet d'analyser ce qui se passe sous nos yeux.

Il nous arrive rarement, dans le cinéma classique canadien, de suivre avec emballement les péripéties d'un héros plus grand que nature ou d'assister, rivés à nos sièges, à un récit riche en rebondissements. Les revirements y sont moins fréquents que dans les films hollywoodiens. Les poursuites en voitures y sont absentes et les explosions s'y font rares. Étant donné que la famille est un thème prédominant dans les films canadiens, comme MON ONCLE ANTOINE ou The Adjuster (v.f. Expert en sinistre), les superhéros y sont absents et les vedettes internationales très rares.

Hormis les oeuvres de David CRONENBERG, le cinéma canadien est rarement un cinéma fantastique. Né du cinéma documentaire, il n'est pas non plus un cinéma d'évasion. En raison de nos traditions de conteurs, il reste un cinéma d'observation, un cinéma qui porte à la réflexion.

Si les personnages sont fréquemment prisonniers, il sont rarement jugés. C'est à peine si les personnages de Between Friends, de Paperback Hero, d'Entre la mer et l'eau douce, de John and the Missus et de LES BONS DEBARRAS comprennent leurs propres problèmes. Puisque l'intrigue ne mène pas inexorablement à une solution, le spectateur n'obtient aucune explication précise.

Étant donné que le cinéma canadien est surtout contemplatif, il offre rarement de solution. Bien que nos réalisations dans les domaines de l'animation et du cinéma expérimental ne concordent pas tout à fait avec ces généralités, il reste que les films canadiens reflètent à la fois notre sens de l'isolement et les incertitudes de notre monde. On y vit une sorte de voyage intérieur, comme dans certains de nos romans, tels Surfacing (trad. Faire surface) de Margaret ATWOOD, Bearor de Marion ENGEL ou L'avalée des avalés de Réjean DUCHARMEL'avalée des avalés. Des films comme GOIN' DOWN THE ROAD, Le chat dans le sac, The Hard Part Begins, Les maudits sauvages, Highway 61 (v.f. Autoroute 61), Un zoo, la nuit et The Sweet Hereafter (v.f. De beaux lendemains) expriment tous un sentiment d'aliénation, une sorte de combat personnel sur une terre hostile et inconnue. La trame narrative récurrente demeure la quête.

Quand, à l'occasion, le Canada se lance dans des coproductions coûteuses et très réussies comme Black Robe (v.f. Robe noire) et Atlantic City (v.f. Atlantic City), ce sont toujours les réalisations les plus modestes qui attirent l'attention de la critique (THE GREY FOX, My American Cousin, LE DÉCLIN DE L'EMPIRE AMERICAIN, LE CHANT DES SIRÈNES et Family Viewing).

Même s'il est parfois absurde, surtout dans les films qui nous proviennent du système de production de régions excentrées (Archangel de Winnipeg et The Adventure of Faustus Bidgood de Terre-Neuve), le cinéma canadien est essentiellement un cinéma à caractère sérieux. Le contexte difficile de l'industrie du cinéma au Canada n'incite peut-être pas les cinéastes à la désinvolture. Les organismes de financement gouvernementaux découragent peut-être de façon implicite l'esprit satirique. Si nos comédiens veulent s'exprimer par l'humour, du moins au Canada anglais, ils le font à la radio ou à la télévision (Double Exposure, The King of Kensington, Seeing Things, The Royal Canadian Air Farce, This Hour Has 22 Minutes, Gullages) ou bien ils se rallient au petit groupe des EXPATRIÉS CANADIENS DANS L'INDUSTRIE DU SPECTACLE (Dan Aykroyd, Jim CARREY, et le défunt CANDY) qui gagnent des salaires exorbitants en dehors des réseaux de financement subventionnés par l'État et qui font rire le monde entier.

Cependant, le cinéma canadien évolue. S'il conserve sa nature introspective et son rythme prudent, il intègre aujourd'hui d'autres références culturelles. Les films classiques des années 60 et du début des années 70, dont Nobody Waved Goodbye, Pour la suite du monde, The Only Thing You Know et Le vieux pays où Rimbaud est mort, sont certainement très canadiens, mais on ne peut plus « pure laine ». On y exalte le mythe des deux peuples fondateurs, anglo-celte et québécois (avec une abondance de personnages masculins), au point d'en exclure tous les autres.

Dans les années 90, toutefois, émergent des collaborations canado-arméniennes (Speaking Parts, The Adjuster), canado-indiennes (Sam and Me, MASALA), canado-antillaises (Rude, Soul Survivor) et canado-chinoises (Double Happiness; v.f. Bonheur aigre-doux). La tendance est moins prononcée au Québec, quoiqu'on fasse allusion à des allophones dans des films comme Une histoire inventée, Le fabuleux voyage de l'Ange, Eldorado et Cosmos. Notons aussi la collaboration italo-québécoise de Paul Tana (Café Italia, Montréal et La Sarrasine), sans oublier le film fétiche haïtien-québécois Comment faire l'amour avec un nègre sans se fatiguer.

Le Canada compte aujourd'hui bon nombre de femmes cinéastes (Anne-Claire POIRIER, Anne WHEELER, Sandy Wilson, Micheline LANCTÔT, Patricia Rozema, Léa POOL, Norma Bailey, Paule Baillargeon) et, du moins pour le petit écran, quelques cinéastes autochtones, comme pour les émissions Medicine River, North of 60 (v.f. Au nord du 60e parallèle) et la série The Rez.

Enfin, chose étonnante, les films à caractère homosexuel se taillent une place de plus en plus importante dans notre cinéma. Le thème, plus subtil au début dans des films comme À tout prendre et Winter Kept Us Warm, devient plus hardi dans Goin' Down the Road et La vie rêvée, pour en arriver, dans les années 70, aux images explicites de Montreal Main et d'Outrageous. L'ART VIDÉO demeure sans doute le mode d'expression par excellence du cinéma homosexuel canadien, mais les films tirés de pièces de théâtre, comme Eclipse, Being at Home with Claude, ainsi que les oeuvres de Léa Pool, contribuent aussi à son évolution. Il est finalement reconnu à l'étranger avec des films comme When Night is Falling (v.f. Quand tombe la nuit) de Patricia Rozema, Lilies (v.f. Les feluettes) de John GREYSON et, plus récemment, The Hanging Garden (v.f. Le jardin suspendu) de Thom Fitzgerald. Tous ont connu à la fois la faveur de la critique et du public.

Les théoriciens de la culture aimeraient sans doute spéculer sur la véritable signification du cinéma homosexuel au Canada. Quoi qu'il en soit, les nouvelles références culturelles dans le cinéma canadien ne sont que le reflet de la diversité démographique du pays, de la tolérance des Canadiens en matière de race et de sexualité (même si cela ne se fait pas sans problèmes) et de l'engagement de l'État en matière de financement (très limité pour l'instant). De plus, le cinéma des minorités trouve davantage de débouchés grâce à la télédiffusion à l'étranger et au marché très lucratif des films vidéo.

Si le cinéma canadien a toujours été un cinéma marginal, comme le sont d'ailleurs tous les cinémas nationaux en regard du géant hollywoodien, il est devenu un cinéma international. Grâce à sa plus grande ouverture d'esprit, d'autres nations s'y intéressent, surtout en Europe. Malgré les difficultés économiques qu'il a rencontrées récemment, le cinéma canadien a su se tailler une place solide et respectable sur le marché mondial, peu importent la langue, la culture et le mode d'expression choisis.

En se reportant à d'autres rubriques de l'Encyclopédie du Canada portant sur le cinéma, ainsi qu'aux biographies de cinéastes, de réalisateurs, de producteurs et d'acteurs, aux films eux-mêmes et à l'histoire de leur réalisation et des gens qui les ont créés, il est possible d'apprécier à leur juste valeur les nombreux succès du cinéma canadien.

Voir aussi : HISTOIRE DU CINÉMA; CINÉMA DOCUMENTAIRE; CINÉMA EXPÉRIMENTAL; CINÉMA D'ANIMATION; LONG MÉTRAGE; INDUSTRIE CINÉMATOGRAPHIQUE; CINÉMA ÉDUCATIF; OFFICE NATIONAL DU FILM; TÉLÉFILM CANADA; CINÉMATHÈQUE QUÉBÉCOISE; CENTRE CANADIEN DU FILM; FESTIVALS DU FILM; CENSURE.


Lecture supplémentaire

  • Wyndham Wise, dir., Take One's Essential Guide to Canadian Film (2001).

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