Canadiens d'origine russe

Les Russes sont au Canada au moins depuis la fin du 18e siècle. Avec le temps, de plus en plus de Russes ont immigré et se sont installés au pays. Lors du recensement de 2016, 622 445 Canadiens ont déclaré être d’origine russe. 

Les Russes sont au Canada au moins depuis la fin du 18e siècle. Avec le temps, de plus en plus de Russes ont immigré et se sont installés au pays. Lors du recensement de 2016, 622 445 Canadiens ont déclaré être d’origine russe. 


Doukhobors russes

Pionniers russes doukhobor sur un navire vers le Canada, en 1898.

Migration et peuplement

Les premiers Russes du Canada sont des chasseurs de fourrures, installés sur ce qu’on appelle aujourd’hui l’Alaska (voir Traite des fourrures au Canada). Ils exercent leurs activités sur les îles de la Reine-Charlotte (Haida Gwaii) et le long de la côte vers le sud, dans les années 1790. Plusieurs officiers russes en service détaché de la marine britannique sont basés à Halifax de 1793 à 1795. Bien que certains membres des autorités russes aient recommandé l’occupation des terres côtières jusqu’en Californie espagnole, les conventions de 1824 et 1825 conclues avec les États-Unis et la Grande-Bretagne mettent court à leurs aspirations en restreignant l’Amérique russe à la frontière Canada-Alaska actuelle (voir aussi Conflit concernant la frontière avec l’Alaska).

Les limitations officielles canadiennes et russes font obstacle à l’immigration en provenance de la Russie tout au long du 19e siècle. Par conséquent, la plupart des premiers immigrants d’origine russe arrivent au Canada en groupes, par suite d’un arrangement particulier. De 1874 à 1880, près de 8000 colons mennonites allemands provenant du sud de la Russie s’installent en Saskatchewan. En 1899, 7500 doukhobors s’installent au Canada. Leur migration a été rendue possible grâce à l’aide du célèbre écrivain Léon Tolstoï en Russie, et à celle du professeur James Mavor et de Clifford Sifton, alors ministre de l’Intérieur, au Canada. À partir des années 1890, plusieurs milliers de Juifs russes émigrent, fuyant la vie de ghetto et les pogroms de l’ouest de la Russie. De petites communautés russes s’établissent à travers le pays, notamment à Montréal, à Toronto, à Windsor, à Timmins, à Winnipeg, à Vancouver et à Victoria.

Immigration russe au 20e siècle et au-delà

Les premiers immigrants sont en majorité des paysans qui trouvent du travail dans diverses industries. Après la Première Guerre mondiale, une grande partie du million de Russes (pour la plupart des ouvriers agricoles et des travailleurs d’usines) fuyant les répercussions de la Révolution russe cherche à entrer au Canada. On y favorise l’immigration des hommes disposés à travailler comme ouvriers agricoles, bûcherons et mineurs. Toutefois, les intellectuels russes qui parviennent à entrer au pays et continuent d’exercer leur profession accomplissent un travail exceptionnel dans de nombreux domaines. Leonid I. Strakhovsky (1898-1963) ouvre la voie aux études slaves à l’Université de Toronto. Boris P. Babkin (1877-1950) poursuit sa carrière en gastroentérologie (médecine du tube digestif) à l’Université Dalhousie et à l’Université McGill. Nicolas, Vladimir, Alexis et George Ignatieff, les quatre fils du comte Paul Ignatieff, dernier ministre de l’Éducation sous le tsar Nicolas II, apportent d’importantes contributions à l’ingénierie et au gouvernement. Paraskeva Clark (née Plistik) devient une peintre renommée. À la fin des années 1930, certains Canadiens d’origine russe se joignent au Bataillon Mackenzie-Papineau du Canada qui combat du côté des républicains au cours de la guerre civile espagnole.

Michael Ignatieff is the son of George Ignatieff and the grandson of Count Ignatieff.

La crise des années 1930 et la Deuxième Guerre mondiale interrompent pratiquement l’immigration de toutes les nationalités mais, entre 1948 et 1953, un nombre considérable de Russes immigrent au Canada. Certains d’entre eux avaient à l’origine quitté la Russie pour s’établir en Europe, mais la majorité est constituée des millions de personnes déplacées en Allemagne après la guerre. Beaucoup y étaient soit parce qu’elles s’opposaient à Staline, soit parce qu’elles étaient condamnées aux travaux forcés. Ces deux groupes se composent de personnes généralement jeunes, instruites, plutôt urbaines et conscientes de leur héritage russe.

Après 1953, l’immigration russe diminue fortement. Au début des années 1970, le nombre annuel moyen de migrations provenant de l’ensemble de l’URSS n’est que de 230 Le gouvernement soviétique commence toutefois, à cette époque, à autoriser l’émigration de certains Juifs. À la fin des années 1980, près de 1500 immigrants juifs soviétiques sont admis au Canada. Depuis la dissolution de l’URSS, en décembre 1991, les Juifs russes continuent de constituer une partie importante de l’immigration en provenance de la Fédération de Russie.

Au total, selon le recensement de 2016, 622 445 Canadiens déclarent être d’origine ethnique russe ou partiellement russe (respectivement 120 165 de réponses uniques et 502 280 de réponses multiples).

Vie sociale et culturelle

 Bien que les Canadiens d’origine russe affirment être affiliés à une diversité d’églises (par ordre d’importance : l’Église unie du Canada, l’Église orthodoxe russe et l’Église catholique romaine), l’Église orthodoxe demeure le centre traditionnel des gens les plus volubiles et les plus actifs se déclarant d’origine ou d’ascendance russe.

Le Canada compte quelque 40 paroisses orthodoxes russes. La moitié d’entre elles sont membres de l’Église orthodoxe russe hors frontières, et les autres, de l’Église orthodoxe d’Amérique. Plusieurs églises non russes qui se conforment également au rite byzantin adhèrent à celle-ci. L’église Saint-Pierre et Saint-Paul (membre de l’Église orthodoxe d’Amérique), l’une des plus anciennes paroisses canadiennes russes, a été fondée à Montréal en 1907.

Une large gamme d’organismes politiques prend forme au sein de la communauté russe. Au cours des années 1930, certains Canadiens d’origine russe adhèrent aux Russians Farmer-Worker Clubs de gauche. Fermés par ordre du gouvernement en 1939, ces clubs réapparaissent en 1942 après l’entrée de l’URSS dans la grande alliance contre les nazis, sous le nom de Federation of Russian Canadians (FRK).

La FRK fonde quelque 15 filiales dans différentes villes canadiennes et publie le journal Vestnik (Herald), qui est longtemps le seul journal russe au Canada (voir aussi Journaux). En 1944, la FRK compte environ 4000 membres. En 1949, après les procès pour espionnage ayant découlé des révélations d’Igor Gouzenko, le nombre de ses membres descend à 2709 et, à la fin des années 1980, on en compte moins de 800. La publication du Vestnik cesse en 1994.

Lorne Greene est surnommé « Voice of Doom » (voix lugubre) à cause de son timbre profond et de son rôle de présentateur principal à CBC, la radio anglaise de Radio-Canada, pendant les premières années de la guerre lorsque les nouvelles qui parvenaient du front étaient décourageantes.

Fondée en 1950, la Russian Canadian Cultural Aid Society est l’association russe la plus active de Toronto. D’orientation anticommuniste, elle publie la revue Russkoe slovo v Kanade (Russian Word in Canada) et tient un centre d’activités sociales et culturelles. Un petit cercle littéraire (1949), un cercle d’art dramatique ainsi que la « Sovremennik » Publishing Association (1960), qui publie la revue littéraire Sovremennik (Contemporary), sont également actifs. Toutefois, un bon nombre de groupes sociaux et de publications canadiennes russes sont en déclin ou disparaissent dans les années 1980, puisque la génération plus âgée diminue en nombre et en influence. Pendant ce temps, les nouvelles générations d’immigrants paraissent moins intéressées par la politique d’émigrés et les activités culturelles, et sont absorbées dans la masse de la société canadienne.

Née en Russie, Sophie-Carmen Eckhardt-Gramattédevint l'un des piliers de la musique canadienne dès son arrivée au Canada, en 1953.

Éducation

Bien que les immigrants russes s’empressent d’inscrire leurs enfants dans les écoles canadiennes, certains immigrants âgés favorisent la fondation d’écoles dirigées par des groupes paroissiaux (les deux plus importantes se trouvent à Montréal et à Toronto) et de clubs qui offrent des leçons de langue et de culture russes après les classes.

Cependant, ce ne sont pas tous les enfants qui ont accès à une éducation russe. Entre les années 1930 et 1950, quelque 200 enfants doukhobors russes issus des Fils de la Liberté, une secte extrémiste, ont été enlevés à leurs parents et admis de force dans des pensionnats. Comme dans le cas des pensionnats pour enfants autochtones, on traite ces enfants russes durement et on leur interdit de parler leur langue.

Lors du recensement canadien de 2016, 195 915 personnes ont déclaré avoir le russe comme langue maternelle (première langue apprise). Il s’agit d’une augmentation par rapport à 2011, où 169 950 Canadiens avaient indiqué que le russe était leur langue maternelle.

Minorités nationales

L’immigration russe est inférieure à celle de certains peuples minoritaires de l’URSS. Les Ukrainiens soviétiques, qui immigrent en tant que personnes déplacées après 1945, se joignent aux immigrants antérieurs d’origine autrichienne et polonaise pour constituer la troisième collectivité ethnique en importance au Canada. Les Biélorusses du Canada et leurs descendants, provenant principalement de l’est de la Pologne d’avant la Deuxième Guerre mondiale, ainsi que les Juifs russes gardent de nombreux éléments de la culture russe.