Carmen Campagne

Carmen Campagne, C.M., auteure, compositrice, interprète, productrice et institutrice (née le 8 septembre 1959 à Willow Bunch, Saskatchewan; décédée le 4 juillet 2018 à Sainte-Agathe-des-Monts, Québec). Récipiendaire d’un prix Juno et de quatre prix Félix (catégorie Album de l’année – Enfant), cette interprète fransaskoise est également décorée de l’Ordre du Canada pour sa contribution à l’épanouissement de la langue française en Saskatchewan et au Canada.

Enfance et début de carrière

Carmen Campagne est née le 8 septembre 1959 à Willow Bunch, une communauté rurale du centre-sud de la province de la Saskatchewan. Le village, qui compte environ 350 habitants, est situé dans une vallée. La famille Campagne possède une ferme de 350 têtes de bovins et fait pousser des céréales comme le blé et l’avoine. Celle-ci est reprise plus tard par Solange, la sœur de Carmen, qui la transforme en ferme biologique où le lin, l’orge, le Kamut et les lentilles sont cultivés.

Entourée de ses frère et sœurs (Paul, Aline, Annette, Michelle, Solange et Suzanne), Carmen grandit dans cet univers champêtre où la musique et la langue française occupent une place importante. Ses parents, Émile et Marguerite Campagne, adorent chanter et ses grands-parents leur transmettent l’amour pour les chants traditionnels. Les enfants Campagne fondent un premier groupe en 1979 qu’ils nomment Folle Avoine. Appelée, par la suite, à devenir Hart Rouge, en 1986, la formation connaît un grand succès, avec des pièces comme « Après tout ça » (1988) et « Inconditionnel » (1991). Carmen Campagne, qui travaille comme institutrice, quitte par contre le groupe en 1986. Alors enceinte de son premier enfant, elle envisage difficilement de suivre les autres membres de la famille en tournée.

Passionnée par l’univers des enfants

Carmen ne manque pas une occasion de chanter avec les enfants en classe. En 1988, elle crée avec sa belle-sœur Connie Isabelle Kaldor un album intitulé Lullaby Berceuse, qui remporte un prix Juno pour le Meilleur album pour enfants l’année suivante. Encouragée par ses proches dans cet élan créatif, elle compose un premier disque signé Carmen Campagne, Une voix pour les enfants (1990). Elle réalise ce projet avec son frère Paul, et les chœurs sont chantés par ses sœurs. Carmen attache beaucoup d’importance au fait que sa musique plaise autant aux enfants qu’aux parents. Ses chansons traditionnelles autant que populaires évoquent des souvenirs agréables de sa propre enfance sur des thèmes souvent liés à la ferme. Avec des titres comme « Un bon chocolat chaud », qu’elle reprend de façon humoristique en plusieurs versions (musique country et western, classique, rap, etc.), « Cot, cot, cot » et « La moustache à papa », elle devient la coqueluche des tout-petits. Les critiques sont, elles aussi, unanimes pour qualifier Carmen Campagne comme étant la nouvelle diva des enfants.

Innovatrice dans le domaine de l’audiovisuel, Carmen Campagne connaît un succès phénoménal avec plusieurs de ses cassettes vidéo, qui se vendent à plus d’un million d’exemplaires chacune au cours des années 1990. Lors du tournage de « Un bon chocolat chaud », qui se déroule dans un gîte du passant, en Montérégie, elle est entourée d’animaux et d’enfants. En spectacle, elle fait participer les enfants et prend le temps de signer des autographes et de se faire photographier avec eux. Étant elle-même étonnée par cet engouement de la part de son public, elle se remémore avec émotion un de ses spectacles au Festival des Montgolfières de Saint-Jean-sur-Richelieu, lors d’une entrevue accordée à une journaliste pour l’émission Carte de visite. Les responsables de l’événement avaient estimé à 4 000 le nombre de spectateurs, mais c’est plutôt 12 000 personnes qui se sont présentées. Le spectacle avait engendré plusieurs embouteillages entre Montréal et Saint-Jean-sur-Richelieu.

En 1995 sort l’album La vache en Alaska, qui comprend le titre populaire « La soupe à mon ami ». Carmen Campagne utilise souvent le procédé musical de la répétition et s’inspire du folklore franco-canadien. C’est le cas de la pièce « Un pied mariton », une pièce qu’elle reprend de façon très humoristique sur son album Une fête pour les enfants, paru en 1993. Cet exercice de style est particulièrement apprécié des petits qui apprennent par cœur les pièces de leur idole.

De 1991 à 1999, elle est nommée quatre fois pour un prix Juno (1991, 1993, 1995 et 1998) dans la catégorie du Meilleur album pour enfants et une fois (1999) dans celle de l’Album francophone de l’année.

En 2002, tout s’effondre

S’étant produite sur de grandes scènes, telles que l’Olympia de Paris (1998), et ayant percé les marchés de la Belgique et de la Suisse, Carmen Campagne vit au Québec, où elle ne cesse de tourner une grande quantité d’enregistrements vidéo. En 2002, elle découvre trop tard que sa fortune a été dilapidée par son mari et gérant et elle doit, fatalement, déclarer faillite. Après son divorce, elle fait le choix de retourner vivre en Saskatchewan avec sa fille la plus jeune (ses deux enfants les plus vieux restent au Québec et sont confiés à des proches), où elle consacre son temps à ses parents vieillissants. Elle travaille dans un petit bistrot et fait un peu de suppléance dans les écoles, ainsi que de la surveillance d’élèves. Petit à petit, elle rebâtit sa vie. Elle obtient, un peu plus tard, un poste d’enseignante au primaire, à l’école de Bellegarde.

Les élèves, qui la reconnaissent, voudraient bien l’appeler Carmen Campagne, mais à l’intérieur du cadre scolaire, son nom est Madame Campagne, ou Madame Carmen. Elle profite d’ailleurs de chaque occasion pour faire chanter les enfants.

Au fil des années, finalement installée à Winnipeg, au Manitoba, elle retrouve le feu sacré et l’envie de se lancer à nouveau : monter sur scène, habiter son personnage qui éblouit et émerveille toujours autant les petits. Mais elle n’envisage pas de reprendre la « machine » Carmen Campagne de la même manière que par le passé.

Femme de mérite

Toujours épaulée par son frère Paul, Carmen Campagne sort à nouveau quelques albums à partir des années 2010. Elle anime également une émission à TFO intitulée Carmen à la campagne. Le gouverneur général David Johnston lui remet l’insigne de l’Ordre du Canada, le 12 septembre 2014, pour souligner « sa contribution à l’épanouissement de la musique pour les tout-petits et à l’enseignement de la langue française ».

Les membres de la famille Campagne ont souvent été considérés comme des « outsiders ». En effet, prendre sa place parmi les artistes francophones n’a pas toujours été chose facile. Malgré certaines critiques au sujet de leur accent anglophone, Carmen Campagne et sa fratrie (qui compose toujours le groupe Hart Rouge) ont connu une belle carrière.

Les Campagne se retrouvent tous les étés lors d’un festival qui se tient au domaine familial. Appelé Terre ferme, il rassemble autour de la musique près de 300 personnes annuellement.

La diva des petits s’éteint à la suite d’un cancer à Sainte-Agathe-des-Monts le 4 juillet 2018.

Prix et distinctions

  • Prix Juno, Meilleur album pour enfants (Lullaby Berceuse) (avec Connie Kaldor) (1989)
  • Prix Félix, Album de l’année – Enfant (Une fête pour les enfants), ADISQ (1994)
  • Prix Félix, Album de l’année – Enfant (J’ai tant dansé), ADISQ (1995)
  • Prix Félix, Album de l’année – Enfant (La vache en Alaska), ADISQ (1996)
  • Prix Félix, Album de l’année – Enfant (Enchantée), ADISQ (1998)
  • Membre de l’Ordre du Canada (2014)