Cimetières

​Du grec koimeterion ou du latin coemeterium, signifiant « lieu où l'on dort », lieux définis et généralement consacrés où les défunts sont ensevelis.

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Ca. 1885, Fort Qu'Appelle, Sask (O.B. Buell / Biblioth\u00e8que et Archives Canada / PA-118766).

Du grec koimeterion ou du latin coemeterium, signifiant « lieu où l'on dort », lieux définis et généralement consacrés où les défunts sont ensevelis. Cet usage rappelle la croyance des chrétiens en la résurrection, qui efface nombre des connotations terrifiantes auparavant attachées à la mort et à l'ensevelissement, dont la pratique, cependant, n'est pas uniquement chrétienne.

Au Canada, les gens de toutes confessions placent généralement leurs morts dans un cimetière, que ce soit dans une tombe, un mausolée ou une urne conservée dans un édifice spécial. Certains préfèrent disséminer les cendres de leurs défunts ou les entreposer ailleurs, comme dans le columbarium d'une église.

But et emplacement des cimetières

Le cimetière est le lieu conventionnel où l'on retrouve tant les défunts que les symboles commémoratifs (généralement des pierres tombales). Il tient également un rôle psychologique important auprès des parents et amis qui vont se recueillir sur les tombes. Le cimetière est généralement situé au sommet d'une colline ou sur un terrain en pente, d'une part pour favoriser l'écoulement des eaux, mais, d'autre part, parce que le concept des collines comme lieux propices aux activités spirituelles est profondément ancré dans la tradition judéo-chrétienne.

Les opérations relatives aux cimetières relèvent de la juridiction provinciale. Les cimetières appartiennent à des sociétés privées, à des sociétés de fiducie à but non lucratif, à des églises, à des synagogues ou à des municipalités. Le prix des lots varie de 200 dollars à plus de 10 000 dollars, avec une moyenne de 600 dollars à 1600 dollars. Une partie de ce montant couvre l'entretien perpétuel du lot. La valeur du terrain occupé par les cimetières en zone urbaine est extrêmement élevée et peut même être supérieure à la valeur des terrains situés aux carrefours des principaux quartiers d'affaires. Dans certains cimetières urbains, des espaces verts sont réservés à la pratique de loisirs tels que l'observation des oiseaux.

Catégories de cimetières

Sur le plan historique, il en existe plusieurs. D'abord, les cimetières indifférenciés, comme les tombes des premiers explorateurs et des voyageurs le long des cours d'eau. Ces sépultures sont souvent invisibles de nos jours, parce que les croix de bois ont pourri ou que l'eau a fait tomber les pierres empilées qui en marquaient l'emplacement. Quelques-unes subsistent toujours, cependant, comme celles que l'on voit en Ontario, au bord de la rivière Madawaska.

Ensuite, il y a également les petits lots familiaux, maintenant pour la plupart abandonnés, qui marquaient le paysage rural et contenaient de 5 à 20 tombes. Les fermiers d'autrefois, qui ne pouvaient pas toujours se rendre au cimetière du village, devaient enterrer les membres de leur famille dans la ferme. Au départ des enfants ou quand les fermes étaient vendues, ces terrains étaient abandonnés et envahis par la végétation.

En troisième lieu, on retrouve certains centres d'activité ruraux (églises et petits villages) qui entretenaient des cimetières pour la population environnante. Tout comme les petites chapelles ou écoles de rang, plusieurs de ces cimetières sont maintenant rarement utilisés ou totalement abandonnés.

Enfin, de nos jours, la plupart des sépultures s'effectuent dans des cimetières urbains desservant la population des grands centres. Ces cimetières possèdent parfois de modestes origines, d'autres sont tout à fait nouveaux. Certains sont de taille réduite, d'autres immenses, entourés de quartiers en expansion ou déployés à la périphérie des villes.

Conception des cimetières

La forme rectangulaire des anciens cimetières reflète le sens de l'ordre que l'on retrouve également dans les plans d'ensemble des villes et des villages. Dans la plupart des cimetières dessinés après les années 20, sentiers et allées sont tracés en arcs de cercle, tout comme dans les nouveaux quartiers résidentiels. Ces récentes innovations reflètent la transition des « cimetières » ou « lieux de sépultures » vers les « jardins » et les « parcs commémoratifs » agréablement aménagés. Ce changement découle peut-être d'une attitude plus profane et d'un besoin d'atténuer la notion de finalité qui accompagne la mort.

Le mot « jardin » revêt d'ailleurs une signification particulière pour les chrétiens. D'après l'Ancien Testament, l'homme a été chassé du jardin d'Éden et ne peut y retourner par sa propre volonté. Selon le Nouveau Testament, Jésus a été trahi et enseveli dans un jardin, de sorte que l'homme accède, par son obéissance à la mort, au Paradis qu'il a perdu par la désobéissance et le péché.

Si ce symbolisme religieux est important pour de nombreux chrétiens, ces cimetières-jardins sont, pour la plupart des Canadiens, simplement des lieux de sépulture esthétiques et agréables à l'oeil. Les nouveaux cimetières, et même quelques-uns plus anciens, recèlent des « jardins du souvenir » où se dressent mausolées et columbariums. De nos jours, les charniers ne sont pratiquement plus utilisés, les ouvriers chargés de l'excavation - les fossoyeurs d'antan - utilisant de plus en plus des moyens mécaniques pour creuser le sol gelé.

Les mausolées à étages, dont certains renferment les restes de 65 000 personnes comme il en existe au Japon, en Italie et aux États-Unis, ne seront probablement jamais construits au Canada à cause de la tradition et, surtout, des exigences que cela suppose sur le plan des investissements.

Aujourd'hui, les gens se font inhumer dans différents cimetières, qu'ils soient catholiques, juifs, protestants de diverses dénominations, interconfessionnels ou sans dénomination, selon la nature des croyances de chacun. Par le passé, les races et les ethnies minoritaires ou « mal vues » n'avaient pas accès au cimetière de la communauté. L'attribution des lots reflète également l'organisation sociale : les notables sont groupés dans les lots les plus coûteux, les autres étant relégués dans les coins réservés aux classes sociales modestes ou aux minorités ethniques.

Pierres tombales

Les pierres tombales, généralement placées sur les tombes, indiquent au minimum le nom, la date de naissance et la date de décès. Ces repères servent un peu de livre d'histoire, mais permettent aussi à une famille de faire partager son épreuve au grand jour. Dans certains cas, le monument renseigne plus sur la fortune et le rang social des survivants que sur la vie des disparus. En effet, certains monuments des grands cimetières urbains sont fort imposants. D'autres Canadiens évitent les monuments raffinés et certains, dont les Doukhobors, n'érigent aucun monument à la gloire de leurs défunts.

Le style des pierres tombales a évolué. Au XVIIIe siècle, les pierres tombales sont d'une simplicité austère. Puis la grandeur et la magnificence de l'époque victorienne (des années 1880 au début des années 1900) cèdent le pas à un style sobre et moderne. Les stèles adoptent toutes sortes de formes : dalle, obélisque (symbole d'éternité), croix celtique, volute, bloc ou chaire. Avec le temps, la hauteur des monuments diminue progressivement. Certains cimetières n'autorisent plus maintenant que les dalles, au ras du sol, pour contribuer à créer l'atmosphère d'un parc.

Les pierres ou stèles peuvent être gravées de symboles : bible ouverte, symbolisant le Verbe par qui l'homme accède au salut et à la vérité; urne, symbolisant la mort du corps d'où l'âme s'élève vers le ciel; colombe, image de l'Esprit saint, de la paix, de la fidélité et du dévouement chrétiens; étoile de David, symbole de la foi juive; fleurs, symbolisant la beauté et la brièveté de la vie; grappes de raisins, représentation du Christ, « vigne véritable »; portraits sculptés ou photographies enchâssées dans la pierre; symboles de confréries. Jadis, des épitaphes figuraient souvent sur les pierres, mais aujourd'hui il est rare d'y voir plus que les simples mots « in memoriam ».

Cimetières comme outils de recherche

Les cimetières facilitent les recherches généalogiques. On y découvre des faits ou des indices sur les types de peuplement et sur l'histoire des communautés avoisinantes : l'origine ethnique, les liens entre la maladie et la mort, l'attitude devant la mort (d'après l'épitaphe), la position sociale (d'après l'emplacement de la tombe et le style du monument) et le style des pierres tombales, reflet de l'évolution culturelle.

Voir aussi Mort, Pratiques funéraires, Pierres tombales.


Lecture supplémentaire

  • E. Gibson and G. Kingsley Ward, Courage Remembered (1989); C. Hanks, Early Ontario Gravestones (1974); D.B. Knight, Cemeteries as Living Landscapes (1982) and "Perceptions of Landscapes in Heaven, "Journal of Cultural Geography 6 (1985); P. Longworth, The Unending Vigil (1967); R.E. Meyer, ed., Ethnicity and the American Cemetery (1993); P.E. Roy, Les cimetières de Québec (1941).