Douglas Jung

Douglas Jung, C.M., O.B.C., politicien, avocat, soldat (né le 25 février 1924 à Victoria, en Colombie-Britannique ; décédé le 4 janvier 2002 à Vancouver, en Colombie-Britannique). Douglas Jung était membre de Force 136, un groupe de soldats sino-canadiens qui ont servi derrière les lignes ennemies dans le théâtre du Pacifique, durant la Deuxième Guerre mondiale. Après la guerre, Jung est devenu avocat en Colombie-Britannique et il a été le premier avocat sino-canadien à plaider devant la Cour d’appel de Colombie-Britannique en 1955. Le 10 juin 1957, Douglas Jung a été le premier sino-canadien à être élu député fédéral.



Douglas Jung
(avec la permission de Tsin Van/Bibliothèque et Archives Canada/e008299476)

Jeunesse

Douglas Jung est le plus jeunes de trois garçons. Son père, Jung Yik Ching, a immigré au Canada de Guangdong, en Chine. Son prénom, Douglas, vient de la rue Douglas, à Victoria, où il est né. Au moment de sa naissance, Douglas Jung n’a aucun statut juridique au Canada (voir Citoyenneté).

Douglas Jung fréquente l’école secondaire Victoria, mais grandit dans un environnement discriminatoire, où les Sino-Canadiens doivent s’inscrire pour recevoir une carte d’identité, n’ont pas le droit de voter, et ne peuvent pratiquer la médecine ou le droit, entre autres restrictions.

« La notion de Sino-Canadiens n’existait pas. Les Chinois, même nés au Canada, n’avaient pas le droit de vote, n’étaient pas reconnus comme des citoyens, et ne pouvaient pratiquer certaines professions. »
– Douglas Jung

Participation à la Guerre

En 1944, Douglas Jung s’engage dans l’armée canadienne. Il fait partie d’un groupe de 13 Sino-Canadiens qui se portent volontaires pour l’Opération Oblivion, un plan du British Special Operations Executive (SOE) consistant à envoyer des agents d’origine chinoise en Chine occupée par les Japonais, pour y jouer le rôle d’espions et saboteurs (voir Renseignement et espionnage), ainsi que pour armer et entraîner des soldats chinois.

Douglas Jung s’entraîne dans un lieu gardé secret à Okanagan Lake, Colombie-Britannique, puis en Australie. Il est blessé au cours d’un exercice de parachutisme, pendant son entraînement, et reste en Australie en tant qu’instructeur d’espionnage. Finalement, l’opération Oblivion est annulée après que le Haut commandement allié ait décidé que le théâtre du Pacifique, au nord de la Nouvelle-Guinée, serait dirigé par les forces américaines. Cinq Sino-Canadiens sont déployés derrière les lignes ennemies à Bornéo et reçoivent la Médaille militaire pour leur bravoure.

« Certains d’entre nous avons réalisé qu’à moins que nous nous portions volontaires pour combattre pour le Canada durant cette période de besoin, nous serions dans une position très difficile après la fin de la guerre pour réclamer nos droits de citoyens canadiens, parce que le gouvernement canadien nous dirait : “Qu’avez-vous fait pendant la guerre, alors que tous les autres se battaient pour le Canada? Qu’avez-vous fait?” Aussi, plusieurs d’entre nous se sont portés volontaires pour combattre, et mon groupe a probablement été le premier à le faire. »
– Douglas Jung

La participation de Douglas Jung et d’autres Sino-Canadiens aux combats de la guerre contribue à mettre fin à des préjugés largement enracinés dans la société canadienne. En 1947, le gouvernement provincial de Colombie-Britannique élimine la restriction du droit de vote qui avait été imposée aux Sino-Canadiens (voir Droit de vote au Canada).

Opération Oblivion
Rang arrière (de gauche à droite) : Douglas Jung, Jim Shiu, Norm Wong, Hank Wong, Louey King. Rang en devant : John Ko Bong, Ed Chow, Roy Chan, Wing Won, Norm Low, Roger Cheng, Tom Lock, Vincent Leung, Ray Lowe.
(avec la permission du Chinese Canadian Military Museum)

Carrière juridique

Douglas Jung revient en Colombie-Britannique après la Deuxième Guerre mondiale. En 1953, il obtient deux diplômes de l’Université de Colombie-Britannique, un baccalauréat en Arts et un baccalauréat en droit. Il est appelé au Barreau de Colombie-Britannique en 1954 et ouvre un cabinet à Vancouver. En 1955, il devient le premier avocat sino-canadien à plaider devant la Cour d’appel de Colombie-Britannique (voir Cours de justice).

Premier député sino-canadien à la Chambre des communes

En 1956, après avoir pratiqué le droit pendant une dizaine d’années, Douglas Jung devient le premier sino-canadien à se présenter pour un siège dans une législature canadienne. Il est candidat progressiste-conservateur dans une élection partielle provinciale dans la circonscription de Vancouver-Centre. Il perd devant la candidate du Crédit social Leslie Peterson, mais sa solide performance est saluée comme une victoire morale.

Douglas Jung

(avec la permission du Vancouver Public Libarary/41618B)

Dans l’élection fédérale de 1957, Douglas Jung remporte une victoire renversante contre son puissant adversaire libéral, le ministre de la Défense Ralph Campney, dans Vancouver-Centre. On le surnomme « tueur de géants » parce qu’il a défait un ministre du Cabinet. Douglas Jung est le premier député sino-canadien à la Chambre des communes, et siège dans le gouvernement conservateur minoritaire du premier ministre John Diefenbaker (voir Gouvernement minoritaire).

Dans son premier discours devant la Chambre des communes, il souligne l’importance du leadership canadien en matière de relations avec les pays du Pacifique. Il est réélu en 1958 à l’occasion de la victoire écrasante de John Diefenbaker, qui donne à son parti un gouvernement majoritaire. Cette année-là, Douglas Jung est élu président national de l’aile jeunesse du parti.

Réalisations parlementaires

Douglas Jung se révèle un député dévoué et innovateur, travaillant pour les intérêts nationaux du Canada, et toujours au service des communautés chinoise et non-chinoise. Il se bat pour obtenir des changements de réglementation au bénéfice des personnes âgées vivant d’une pension et des étudiants. Il soutient la création du Conseil national de la productivité (aujourd’hui Conseil économique du Canada), est président de la délégation juridique du Canada aux Nations Unies et dirige la délégation canadienne au sommet simulé des jeunes de l’OTAN (voir OTAN).

Douglas Jung demande que le gouvernement canadien applique les mêmes standards aux immigrants chinois et européens, ce qui a pour résultat de permettre l’entrée d’une centaine de familles de réfugiés chinois au Canada et d’assurer une aide financière pour les réfugiés de Hong Kong.

Douglas Jung sympathise avec les immigrants chinois qui ont vécu au Canada sans statut légal à cause des lois d’immigration discriminatoires (voir Taxe d’entrée imposée aux immigrants chinois au Canada et Loi de l’immigration chinoise). Il promeut une amnistie qui permettrait aux immigrants chinois sans papiers d’obtenir leur citoyenneté et mettrait fin au trafic de documents d’immigration frauduleux. Toutefois, son insistance à prévoir une date limite à la période d’amnistie est peu appréciée au sein de la communauté chinoise.

Douglas Jung déclenche une controverse lorsqu’il évoque publiquement l’idée de se rendre en Chine communiste. John Diefenbaker précise que son gouvernement n’endosse pas une telle visite, et beaucoup de ses partisans sino-canadiens critiquent cette idée.

Douglas Jung est défait dans l’élection de 1962, puis dans les deux élections fédérales qui suivent. Après sa carrière en politique, il retourne à la pratique du droit.

Prix et distinctions