Harold Town

​O.C., artiste (né le 13 juin 1924 à Toronto, en Ontario; décédé le 27 décembre 1990 dans les environs de Peterborough, en Ontario).

Page, P.K.
Portrait réalisé par Harold Town, en 1971 (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/C-100377).
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Harold Town, 1950, huile sur masonite (avec la permission du Musée des beaux-arts du Canada).

O.C., artiste (né le 13 juin 1924 à Toronto, en Ontario; décédé le 27 décembre 1990 dans les environs de Peterborough, en Ontario). Harold Town, Officier de l’Ordre du Canada, a été l’un des artistes les plus célébrés de sa génération. Membre du Groupe des onze, formé en 1953 et dissous en 1960, il a joué un rôle prépondérant dans le choix de cette appellation, a rédigé de nombreux avant‑propos des catalogues d’exposition du groupe et en a été un ardent défenseur.

Formation et début de carrière

Fils d’un chef de train, Harold Town est obsédé par le dessin dès son plus jeune âge. Il étudie à la Western Technical‑Commercial School et à l’Ontario College of Art (aujourd’hui l’Université de l’École d’art et de design de l’Ontario) pendant deux ans, de 1942 à 1944. Particulièrement attiré par l’histoire de l’art et par les maîtres anciens, il est influencé à la fois par les œuvres qu’il peut admirer à l’Art Gallery of Toronto (aujourd’hui le Musée des beaux‑arts de l’Ontario) et par les antiquités exposées au Musée royal de l’Ontario. La reconnaissance internationale lui vient de ses « gravures autographiques uniques », à la technique originale, qu’il réalise entre 1953 et 1959. Après sa première exposition solo à Toronto à la Picture Loan Society en 1954, l’Art Gallery of Toronto et le Musée des beaux‑arts du Canada se portent immédiatement acquéreurs de certaines de ses gravures. Ces dernières lui valent des prix à Ljubljana, en Yougoslavie, et à Santiago, au Chili. Le Solomon R. Guggenheim Museum et le Museum of Modern Art (MOMA), deux institutions muséales new‑yorkaises, en achètent également plusieurs; Alfred Barr, du MOMA, en vient alors à le considérer comme l’un des plus grands graveurs au monde.

Dans les années 1950 et au début des années 1960, les œuvres de Harold Town témoignent de son intérêt pour Willem de Kooning, Pablo Picasso et l’art oriental avec lequel il s’est familiarisé au Musée royal de l’Ontario. L’extrême originalité de ses collages vient toutefois contrebalancer ces influences. Il représente le Canada à la Biennale de Venise en 1956 et en 1964, et à la Biennale de São Paulo en 1957 et en 1961; ses gravures sont présentées lors de la documenta III de Cassel en Allemagne de l’Ouest en 1964 et des écrivains tels que Robert Fulford et Alan Jarvis le saluent comme l’un des artistes les plus importants au pays.

La murale de la Voie maritime du Saint‑Laurent

Harold Town reçoit en 1958 une commande pour réaliser une vaste murale pour la station génératrice Robert H. Saunders d’Hydro Ontario, située à Cornwall, sur la Voie maritime du Saint‑Laurent. Faisant écho à l’œuvre légendaire de 1943 de Jackson Pollock, Mural, créée pour la résidence new‑yorkaise de Peggy Guggenheim, la murale de la Voie maritime du Saint-Laurent, entièrement abstraite avec ses formes géantes tournoyantes, vise à symboliser la confrontation entre la technologie, produit de l’histoire de l’homme et de son esprit créatif, et les forces brutes de la nature telle que l’eau qui s’écoule avec impétuosité.

Milieu et fin de carrière

Au milieu des années 1960 et dans les années 1970, Harold Town devient plus célèbre qu’aucun autre peintre canadien ne l’a jamais été avant lui. On l’envie pour son mode de vie « bohème », plusieurs magazines comme Maclean’s lui consacrant des portraits. Il fait la couverture de l’édition canadienne du magazine Time et, dans le cadre du Sordsmen’s Club de Toronto, il fréquente de nombreuses personnalités de l’élite culturelle comme l’écrivain et animateur de télévision Pierre Berton, l’éditeur Jack McClelland et l’architecte John C. Parkin. Ses œuvres se vendant à des prix record pour l’époque pour un artiste vivant, jusqu’à 4 000 $ pour une toile de grande taille, il a les moyens d’ouvrir un deuxième atelier dans le cadre du mythique Studio Building du 25 Severn Street à Toronto que Lawren Harris a contribué à construire à l’intention du Groupe des sept. Il rédige également des critiques littéraires pour le Globe and Mail et tient une chronique régulière dans le Toronto Life. Il reçoit un doctorat honorifique de l’Université York en 1966 et, en 1968, il est fait Officier de l’Ordre du Canada.

Par la suite, Harold Town subit l’influence de tendances à la mode comme le pop art, l’op art et l’assemblage, son œuvre devenant de plus en plus extravagante comme en témoignent les séries Messieurs muscle et Toy Horses. Des critiques comme Nathan Cohen et Paul Duval condamnent les œuvres de cette dernière partie de sa carrière en soulignant qu’il s’y laisse aller à la facilité et fait preuve d’un certain manque de gravité; ce sur quoi l’artiste répond que, selon lui, « toute critique de l’art visuel est suspecte ». En outre, dans les années 1960 et 1970, le monde de l’art, y compris au Canada, abandonne l’expressionnisme abstrait autour duquel s’était essentiellement construite la réputation de Harold Town pour s’orienter vers des œuvres plus ancrées dans l’art conceptuel telles que celles de Michael Snow, Joyce Wieland, Jack Chambers et Greg Curnoe; dans ce contexte, il expose moins souvent et suscite moins d’intérêt sur la scène internationale. En 1976, l’artiste achète la ferme Old Orchard, située à l’extérieur de Peterborough en Ontario, où il travaille pendant les dernières années de sa vie.

L’Art Gallery of Windsor, en 1975, et le Musée des beaux‑arts de l’Ontario, en 1986, ont organisé des rétrospectives consacrées à Harold Town.


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Lecture supplémentaire

  • David Burnett, Town (1986); Harold Town (with David Silcox), Tom Thomson: The Silence and the Storm (1977).