Hide Hyodo Shimizu

Hide Shimizu (née Hyodo), C.M., éducatrice, militante (née le 11 mai 1908 à Vancouver, en Colombie-Britannique ; décédée le 22 août 1999 à Nepean, en Ontario). Fille d’immigrants japonais, Hide Hyodo Shimizu a joué un rôle central dans l’organisation de l’enseignement aux enfants Canadiens japonais internés en Colombie-Britannique pendant la Deuxième Guerre mondiale, ce qui lui a valu d’être reçue membre de l’Ordre du Canada en 1982. Elle était aussi militante, et a fait du lobbying auprès du gouvernement du Canada pour revendiquer le droit de vote des Canadiens japonais dans les années 1930 et, dans les années 1980, pour demander réparation pour les souffrances et les pertes des Canadiens japonais internés.

Hide Hyodo Shimizu
Hide Hyodo enseigne à des enfants détenus à Hastings Park, Vancouver, en 1942. Elle est entourée par Midori Jane, 6 ans, et Naomi, 10 ans.

Jeunesse et formation

Hide Hyodo naît le 11 mai 1908 à Vancouver, en Colombie-Britannique. Elle est la première des huit enfants de Hideichi et Toshi Hyodo. Ses parents ont immigré au Canada de Uwajima, Japon, faisant de Hide une nisei (enfant d’immigrants nés au Japon). La famille Hyodo arrive à Vancouver en route vers les États-Unis, où elle compte s’installer à Boston. Ils choisissent plutôt de rester et s’installent à Vancouver, où ils demeurent jusqu’à leur expulsion de la côte pacifique pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Hide fréquente l’école secondaire Laura Secord puis poursuit ses études à l’école secondaire John Oliver. Sa famille vit dans un quartier ouvrier, où peu d’élèves poursuivent l’école jusqu’au secondaire. Après la fin de ses études, Hide fréquente l’Université de Colombie-Britannique pendant un an. Elle passe à l’École normale de Vancouver en 1925 et reçoit un brevet d’enseignement en 1926 (voir Écoles normales). À l’époque, elle est une des premières nisei à recevoir un brevet d’enseignement (voir Profession enseignante).

Carrière avant la Guerre

Après avoir terminé sa formation d’enseignante, Hide devient la première nisei à enseigner dans le système scolaire de Colombie-Britannique. D’autres nisei diplômés de l’école normale de Vancouver deviennent enseignants, mais non en Colombie-Britannique, où le sentiment anti-asiatique est beaucoup plus fort. Elle commence à enseigner la première année à l’école Lord Byng à Steveston (aujourd’hui intégrée à Richmond), en octobre 1926. À l’origine, une autre personne a été engagée pour enseigner à cette classe ; mais comme il y a une importante communauté d’immigrants japonais à Steveston, et que la majorité des élèves s’expriment en japonais, les problèmes de communication ont amené cette personne à démissionner au bout de deux semaines.

Hide Shimizu pose sa candidature pour le poste à l’automne et est engagée parce que la commission scolaire tient pour acquis qu’elle parle japonais. Bien que Hide ait entendu ses parents parler japonais en grandissant, il se trouvait dans leur quartier de Vancouver Sud peu de Canadiens japonais et aucune école de langue japonaise, tant et si bien qu’elle ne connaît que peu la langue. Néanmoins, elle persévère et enseignera à Lord Byng pendant 16 ans, jusqu’à son expulsion dans un camp d’internement en 1942.

À une époque où seulement 5 % des diplômés de l’école normale de Vancouver trouvent des postes, et où le sentiment antijaponais fait qu’il est difficile pour eux de trouver un emploi quel qu’il soit, la carrière d’éducatrice de Hide Shimizu est sans précédent.

Militantisme : le droit de vote des Canadiens japonais

Tout en enseignant à Lord Byng, Hide Shimizu s’engage dans la communauté. Elle travaille avec la Powell Street United Church à Vancouver et pour la Japanese Canadian Citizens League (JCCL). La JCCL est la première organisation importante des nisei, et est composée de Canadiens japonais ayant une éducation universitaire qui réclament une citoyenneté complète, particulièrement le droit de vote.

Avec l’entrée en vigueur de l’Acte des élections fédérales en 1920, les Canadiens japonais perdent le droit de vote au fédéral. La Colombie-Britannique a déjà retiré le droit de vote aux résidents japonais (avec les résidents chinois et sud-asiatiques).

À cause de son engagement dans la collectivité, Hide Shimizu est invitée par la JCCL à se joindre à une délégation de quatre personnes à Ottawa en 1936 pour faire du lobbying en faveur du droit de vote. La délégation se présente le 22 mai devant le Comité spécial sur les élections et les lois de franchise de la Chambre des communes. Hide Shimizu est la première du groupe à s’exprimer. Selon la Presse canadienne, les membres du comité sont surpris de voir à quel point les délégués parlent bien l’anglais.

La délégation ne connaît pas le succès escompté. Un an plus tard, le comité autorise la Colombie-Britannique à maintenir l’exclusion des électeurs asiatiques. (Les Canadiens japonais ne recevront le droit de vote au fédéral qu’en 1948 et en Colombie-Britannique en 1949.) Même si elle échoue, la délégation prépare le chemin pour d’autres communautés non blanches qui cherchent à obtenir le droit de vote. La participation d’Hide Shimizu à cette délégation rehausse son prestige dans la communauté, ce qui l’aidera plus tard à obtenir le poste de superviseure de l’enseignement dans les camps d’internement.

Éducation des Canadiens japonais internés

Si la Deuxième Guerre mondiale a aggravé les tensions à l’égard des Canadiens japonais, en Colombie-Britannique la discrimination a déjà une longue histoire.

En 1941, Hide Shimizu, comme tous les Canadiens japonais de plus de 16 ans, est forcée de s’inscrire auprès de la GRC. La propriété et les biens de sa famille sont confisqués. Après un décret du premier ministre William Lyon Mackenzie King qui expulse les Canadiens japonais de la Colombie-Britannique côtière, les Canadiens japonais sont amenés à Hastings Park, qui sert de lieu de regroupement à Vancouver (voir internement des Canadiens japonais). À ce moment, Hide Shimizu enseigne encore à l’école Lord Byng.

Étant la seule Canadienne japonaise ayant une expérience dans le système scolaire de Colombie-Britannique, Hide Shimizu commence à s’occuper de l’éducation des enfants détenus à Hastings Park. Après avoir terminé ses journées d’école à Steveston, elle voyage jusqu’à Vancouver tous les autres jours pour superviser l’enseignement à Hastings Park, et retourne chez elle avant le couvre-feu de 21 h auquel sont astreints tous les Canadiens japonais. En mai 1942, Hide Shimizu a quitté son emploi à Lord Byng pour travailler à temps plein à Hastings Park, où elle juge que son aide est plus nécessaire.

Des Canadiens japonais sont réinstallés en Colombie Britannique en 1942.

En octobre 1942, Hide Shimizu fait partie des derniers chargements de trains de Canadiens japonais expulsés de Vancouver. Elle arrête d’abord au camp d’internement de Tashme, situé près de Hope, en Colombie-Britannique, pour contribuer à l’organisation d’une école avant de partir pour New Denver, situé plus loin à l’intérieur de la province. Hide Shimizu demeure au camp de New Denver et y travaille pendant trois ans, partageant une maison avec deux autres femmes nisei. Bien qu’installée à New Denver, Hide voyage chaque mois vers les autres camps d’internement pour superviser le système éducatif.

Camp d’internement des Canadiens japonais
Cuisine communautaire au camp d’internement des Canadiens japonais à Greenwood (Colombie Britannique), 1943.

En collaboration avec la JCCL, Hide Shimizu met au point un système scolaire pour les enfants détenus, travaillant sous l’étroite surveillance de la British Columbia Securities Commission. Avec Terry Hidaka, une autre nisei détenant un brevet d’enseignante, mais n’ayant aucune expérience dans le système scolaire, Hide Shimizu prend des dispositions pour que des nisei ayant une éducation secondaire dans les camps soient formés pour devenir enseignants. Au total, entre 120 et 140 nisei sont formés comme professeurs dans les camps d’internement, et jusqu’à 198 personnes enseignent durant la période d’internement.

En tant que superviseure de l’éducation, Hide Shimizu coordonne l’approvisionnement en matériel pour les classes, puisque le ministère de l’Éducation de Colombie-Britannique a refusé de fournir des manuels pour les détenus. Elle réclame de meilleures conditions pour les classes, la formation des enseignants et les salaires. Dans leurs témoignages, les anciens enseignants des camps affirment que Hide Shimizu leur a apporté une aide précieuse, ainsi qu’au système scolaire.

Enseignants formés au Canada et qui travaillaient à l'école du camp d'internement de Slocan City, C.-B., vers 1943.

Carrière et militantisme après la Guerre

Durant l’été 1945, le mandat de superviseure de l’éducation dans les camps d’internement de Colombie-Britannique se termine pour Hide Shimizu. Elle quitte New Denver pour rejoindre sa famille en Ontario et s’installe à Toronto. À la suite de l’expulsion des Canadiens japonais, des membres de sa famille se sont dispersés dans différentes régions du Canada, et beaucoup d’entre eux se sont établis à Hamilton, en Ontario.

En 1948, elle épouse le révérend Kosaburo Shimizu, qui a lui-même été évacué dans un camp d’internement à Kaslo, en Colombie-Britannique. Kosaburo Shimizu est veuf, et Hide Shimizu devient belle-mère de ses quatre enfants. À Toronto, elle redevient active dans la communauté. Elle se joint à plusieurs organisations, dont l’Église Nisei, le Japanese Canadian Cultural Centre et la Momiji Health Care Society.

Hide Shimizu participe au mouvement pour la réparation des années 1980, qui réclame une compensation du gouvernement du Canada pour la saisie des propriétés et l’immigration forcée des Canadiens japonais pendant la Guerre. En 1988, le premier ministre Brian Mulroney publie des excuses et ordonne un paiement de réparation de 21 000 $ à chaque survivant, la mise sur pied d’un fonds communautaire de 12 millions de dollars, et un financement pour la Fondation canadienne des relations raciales.

Postérité

En 1990, Hide Shimizu devient la première présidente de la toute nouvelle Ghost Town Teachers Historical Society, qui effectue des recherches sur le travail et l’expérience des enseignants dans les camps d’internement des Japonais au Canada. Le nom de l’organisation est inspiré des villes aujourd’hui fantômes où les camps d’internement étaient installés, dans la région intérieure de la Colombie-Britannique. L’idée de raconter l’histoire des enseignants lui est inspirée par une visite aux Archives nationales à Ottawa dans les années 1980, où elle découvre que la majorité des documents liés à l’enseignement dans les camps d’internement sont des papiers officiels, qui ne disent rien du vécu personnel des personnes qui ont traversé cette expérience.

En juin 1982, Hide Shimizu est reçue membre de l’Ordre du Canada par le gouverneur général, en reconnaissance de ses efforts pour assurer aux enfants canadiens japonais une éducation quand ils étaient internés pendant la Deuxième Guerre mondiale. En 1993, Hide Shimizu fait partie d’un groupe de 32 femmes honorées par Condition féminine Canada pour le rôle qu’elle a joué dans l’histoire du pays. En 1997, l’école élémentaire Lord Byng, où elle a enseigné pendant 16 ans, lui dédie un jardin japonais. Hide Shimizu est décédée le 22 août 1999 à l’âge de 91 ans à Nepean, en Ontario.