Histoire de la cartographie au Canada

La cartographie est l’art, la science et la technique qui consiste à établir des cartes, des plans, des tracés et des globes représentant la Terre ou tout autre corps céleste à diverses échelles.

Carte de la Nouvelle-France
L'ingénieur français, Nicolas Ballin, a préparé cette carte de Louisbourg en 1744 (avec la permission de la Collection nationale de cartes et plans/Bibliothèque et Archives Canada/H3/900).
Sextant
Sextant anglais, vers 1790-1810. Le sextant est utilisé pour mesurer l'altitude du soleil ou d'un autre corps céleste. Grâce à son utilisation, les cartes sont devenues beaucoup plus précises (avec la permission du Musée royal de l'Ontario/958.11.2).
Carte de De Bry, 1596
Cette carte de l'Amérique du Nord et de l'Amérique du Sud donne une idée des connaissances géographiques de l'époque (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/Musées nationaux du Canada/no 8589).
Québec et du Saint-Laurent, carte du
Carte d'époque du fleuve Saint-Laurent et de Québec montrant l'action britannique pendant le siège de Québec, en 1759 (avec la permission des Musées nationaux du Canada).
Carte de Coronelli
Les Grands Lacs sont tous représentés sur la carte de 1688 de Vencenzo Coronelli (avec la permission des Bibliothèque et Archives Canada/Musées nationaux du Canada/no 6411).
Carte des découvertes de La Vérendrye
Cette carte représente les forts érigés par La Vérendrye et ses hommes : Fort Maurepas, à l'embouchure de la rivière Winnipeg; Fort La Reine (Portage la Prairie); Fort Bourbon au nord-ouest du lac Winnipeg; Fort Paskaoya, sur les rives de la rivière Saskatchewan; et d'autres.

Depuis des millénaires, les documents cartographiques sont un moyen de communication pour différentes cultures. La carte la plus ancienne, exécutée en 2300 avant notre ère sur une tablette d’argile a été découverte au Moyen-Orient. Des siècles avant notre ère, des philosophes et des mathématiciens grecs comme Pythagore et Aristote avancent le concept que la Terre est sphérique. Ératosthène (v. 276-196 avant notre ère) calcule assez précisément la circonférence de la Terre.

Au 2e siècle de notre ère, Ptolémée compile et systématise les connaissances géographiques de l’époque et favorise l’étude scientifique de la géographie. Ainsi, il propose d’établir les cartes à l’échelle, une pratique peu courante à l’époque, d’ajouter aux cartes du monde par une série de cartes régionales à une échelle appropriée et d’y inclure des coordonnées.

Les travaux de Ptolémée restent méconnus jusqu’au début du 15e siècle. Au cours de la Renaissance, un intérêt avide pour l’Antiquité fait connaître ses travaux. Ses écrits, traduits du grec byzantin, sont copiés à la main et publiés. Dans l’édition de 1507-1508 de Geographia, on trouve une carte de Johannes Ruysch représentant une partie de l’Est du Canada. Au siècle suivant, ses atlas deviennent un important instrument de diffusion des connaissances géographiques du Canada.

Au cours des siècles subséquents, la carte du Canada se précise grâce à l’amélioration des techniques cartographiques et à l’exploration du littoral et de l’intérieur. Le développement des instruments et des techniques modifie la nature des données recueillies et des cartes.

Au 16e siècle, les cartes sont approximatives et conjecturales. Celles du régime français se précisent dans les régions mieux connues. Après 1800, l’utilisation répandue du sextant et des nouvelles techniques astronomiques qui déterminent la longitude, par exemple, en utilisant le chronomètre marin, comble les plus importantes lacunes. Au 20e siècle, les techniques cartographiques se perfectionnent davantage au Canada.

EDWARD H. DAHL

La cartographie chez les Autochtones

La cartographie est un art largement répandu chez les peuples autochtones de ce qui est aujourd’hui le Canada, même si l’histoire reste silencieuse à cet égard. Les cartes nautiques sont les plus répandues : les cueilleurs et les chasseurs doivent s’y fier lorsqu’ils parcourent les immensités sauvages. Les cartes servent à faciliter le commerce et la guerre sur de longues distances. Les cartes militaires sont surtout utilisées par les peuples autochtones des Plaines qui se déplacent à cheval. Leurs expéditions guerrières les mènent parfois en territoires inconnus.

Les cartes nautiques des Autochtones sont généralement tracées sur le sol ou sur la neige. Les cartes sont mémorisées et appuyées de descriptions orales. Contrairement aux cartes utilisées par les Européens, elles sont éphémères et obligent le voyageur à se fier entièrement à sa mémoire, ce que les Autochtones apprennent à faire dès l’enfance.

Si la carte est tracée sur une peau ou sur de l’écorce offrant peu d’espace, l’espace n’est pas absolument tout utilisé. On ne détaille qu’au besoin. Sur la plupart des cartes, les lacs, les rivières et le littoral sont représentés avec exactitude. À cet égard, les formes diffèrent peu des cartes d’arpentage modernes. L’échelle par contre est souvent établie en fonction de la durée du voyage et varie selon les facteurs modifiant le temps de voyage. L’échelle est modifiée pour exagérer ou préciser certaines particularités importantes de la navigation.

Bien que les Européens trouvent ces cartes simplistes et portant à confusion, elles conviennent parfaitement au premier objectif de la plupart des cartographes autochtones : faire ressortir les points de repère et indiquer certains éléments tels les rapides et les portages afin de faciliter les voyages.

Les Autochtones utilisent aussi les cartes comme moyen de communication et comme répertoire de la vie culturelle et des traditions. Ainsi, Shawnadithit établit une série de cartes pour illustrer l’histoire de sa bande, les Béotuks, pendant les années qui précèdent son extinction. Les cartes relatent également les événements historiques comme les batailles. Les Ojibwés dressent des cartes pour y inscrire leurs migrations et les événements sacrés de leur histoire.

Accompagnées de pictogrammes, les cartes sont utilisées pour la communication ordinaire, surtout sous forme d’avis sur les directions et sur les voyages, et servent de missives que l’on pourrait appeler « lettres-cartes ». Grâce à ces moyens, les Autochtones se transmettent des renseignements géographiques essentiels qui facilitent plus tard la tâche des explorateurs, des commerçants et des missionnaires, de l’Atlantique au Pacifique et jusqu’à l’Arctique.

D.W. MOODIE

La cartographie et les premiers explorateurs

Au 16e siècle, la plupart des cartes se rapportant au Canada sont manuscrites, souvent sans date et anonymes, dressées par des cartographes européens plutôt que par des explorateurs. Puisque les cartographes travaillent avec une documentation limitée, les cartes sont parfois un curieux mélange de données anciennes et récentes tirées de sources non identifiées. L’étude des premières cartes du Canada fait donc face à des incertitudes.

Jusqu’en 1974, on pense que la carte connue sous le nom de « carte du Vinland », acquise par l’Université Yale environ 10 ans auparavant et représentant la côte nord-est de l’Amérique du Nord, est la plus ancienne représentation cartographique du Canada. Aujourd’hui, on croit que cette carte est un faux.

Les plus anciennes cartes du Canada datent de 1502 à 1506. La côte est de Terre-Neuve y est représentée comme une île dans l’Atlantique Nord. Les terres entre le Groenland et les Antilles sont inconnues des Européens. Les anciens tracés les mieux exécutés sont ceux des cartes « Cantino », « Canerio », « King-Hamy » (bibliothèque Huntington, San Marino, Californie), « Oliveriana » (Pesaro, Italie) et « Kunstmann II ».

La plus ancienne est probablement la carte « Cantino » (v. 1502) qui semble avoir été réalisée lors des voyages de Gaspar Corte-Real (1500-1501). Apparemment, il ne reste aucune carte du voyage de Jean Cabot (1497).

Certains érudits voient dans la carte La Cosa (1500) une mauvaise copie de la carte de Cabot. D’autres font remarquer qu’elle contient des renseignements recueillis à partir de 1508. De toute façon, l’identité des données géographiques de cette carte, de l’Est du Canada selon certains, ne fait pas l’unanimité.

Les premières cartes imprimées qui représentent des parties de l’Amérique du Nord, comme celles de Contarini (1506) et de Ruysch (1507-1508), montrent la côte est de Terre-Neuve et le Groenland comme le prolongement de l’Asie. À l’époque, on supposait que le Groenland et Terre-Neuve étaient reliés (Corte-Real) et faisaient partie de l’Asie (Cabot).

En 1507, une carte exécutée par Waldseemüller sépare pour la première fois l’Amérique du Nord de l’Asie, concept qui se répand la décennie suivante.

Dans les années 1520, les côtes est et sud de Terre-Neuve ainsi que la côte est de la Nouvelle-Écosse sont mieux connues. Les cartes de cette époque représentent les détails géographiques avec plus de précision que celles des 20 années précédentes. Des cartes plus élaborées, « Miller I » (v. 1516-1522), Pedro Reinel (1516-1520) et « Weimar » (1527), attribuée à Diogo Ribeiro, laissent supposer l’existence de passages au sud et au nord de Terre-Neuve. En effet, plus tard, le détroit de Cabot et le détroit de Belle-Isle sont explorés par Jacques Cartier.

Quelques-uns des détails de ces cartes semblent être basés sur les explorations de Joao Alvares Fagundes (v. 1519-1526). Les premières cartes représentant toute la côte, de la Floride à Terre-Neuve, se fondent sur les explorations d’Esteban Gomez (1525) et de Giovanni da Verrazzano (1524).

Gomez fait allusion à une ouverture à l’endroit de la baie de Fundy, mais toutes les cartes de l’époque représentent une côte ininterrompue. Des cartes ultérieures, comme celles de Santa Cruz (1542), de Lopo Homem (1554) et de Diogo Homem (l558), dressées à partir de données recueillies dans les années 1520, révèlent que Gomez croyait que la Nouvelle-Écosse était une île. Certains Portugais pour leur part connaissent plus ou moins sa véritable configuration.

Après les explorations de Cartier (1534-1542), toutes les cartes du Canada font l’objet d’une révision. Aucune des cartes de Cartier ne subsiste. Les cartes qu’on croit ressembler le plus aux originales sont la carte de John Rotz (1542), une représentation des résultats du premier voyage de Cartier (1534), la carte de Desceliers (1546) et la carte du monde de Harlenne (v. 1547). Les deux dernières représentent les explorations de Cartier jusqu’en 1536. L’apport exceptionnel de ces cartes est l’ajout du Saint-Laurent et de son golfe à l’Amérique du Nord.

Un deuxième groupe de cartes, d’après des cartes françaises et portugaises, représente le Saint-Laurent, Terre-Neuve et la Nouvelle-Écosse de façon plus réaliste. Le meilleur exemple est celui de Vallard (1547). Bien que peu de cartes datant de cette époque soient considérées, il y en a quand même une qui ait de l’importance. Il s’agit de la célèbre carte du monde de Gérard Mercator (1569) où il utilise le système de projection qui porte son nom.

La cartographie de l’Arctique date du premier voyage de Martin Frobisher (1576), bien que la pointe sud du Groenland soit représentée sur les cartes depuis 1502. La carte que dresse Frobisher de la baie qui porte son nom au sud-est de l’île de Baffin existe encore. Mais comme ses explorations ne se sont pas effectuées en tenant compte du reste de l’Amérique du Nord, les cartographes ne savaient pas où situer sa carte (voir aussi Baie de Frobisher).

Sur les cartes de George Best (1578) et de Michael Lok (1582), la baie de Frobisher apparaît comme un Passage du Nord-Ouest traversant l’Amérique du Nord. Par la suite, se rapportant aux cartes plus précises résultant des voyages de John Davis (l585-1587), les cartographes déplacent le « détroit » de Frobisher à la pointe sud du Groenland, où il reste pendant presque tout le 17e siècle. Seuls quelques cartographes essaient d’établir un lien entre les découvertes du nord et celles du Saint-Laurent et de la côte est. La tentative la plus fructueuse reste probablement la carte du monde dressée par Edward Wright imprimée en 1599.

C.E. HEIDENREICH

La cartographie jusqu’en 1763

La cartographie scientifique débute en 1603, avec Samuel de Champlain. En 1613, il publie à partir de ses explorations et de celles d’Henry Hudson, la première carte moderne de l’Est du Canada. En 1616, il a déjà exploré et dressé la carte de régions allant aussi loin vers l’ouest que la baie Georgienne. Pour les autres régions, il utilise les cartes des Autochtones et leurs récits. Ses observations sont réalisées grâce à la boussole, à des mesures de la latitude et à l’estimation des distances. Outre ses six cartes à petite échelle, celle de 1632 étant la plus complète, Champlain dresse 23 cartes à grande échelle et des plans illustrés de lieux situés entre Cape Cod et Montréal.

De la mort de Champlain en 1635 jusqu’aux années 1670, de tous les explorateurs, ce sont les missionnaires jésuites qui fournissent le plus de renseignements géographiques aux cartographes européens. En 1649, ils ont déjà exploré l’Est des Grands Lacs. Les cartes imprimées du père Sanson (1650, 1656) et des pères Bressani (1657) et Du Creux (1660) ont résisté au temps. C’est sur ces cartes qu’on reconnaît pour la première fois les Grands Lacs.

Des levés cartographiques effectués par les jésuites Allouez et Dablon (1672) mènent à la première carte réaliste du lac Supérieur et du Nord du lac Michigan. Le père Marquette et Louis Jolliet (1673) tracent pour la première fois le cours du Mississippi. Le père Raffeix et d’autres réalisent une série de cartes du pays haudenosaunee (iroquois) situé au nord de l’État de New York.

Une des rares cartes de l’époque à n’être pas exécutée par les jésuites est celle du sulpicien Galinée qui y illustre des détails d’un voyage entrepris avec François Dollier (1670) de Montréal à Sault Ste. Marie, en passant par les Grands Lacs inférieurs. Les méthodes d’observations nécessaires à l’élaboration de toutes ces cartes sont les mêmes que celles utilisées par Champlain. En 1632, les jésuites commencent à observer puis à chronométrer les éclipses de lune pour déterminer les longitudes à l’ouest de Paris et de Rome.

De 1670 à la fin du siècle, la cartographie du Canada est surtout associée à Jolliet et à Jean-Baptiste-Louis Franquelin, le dessinateur le plus doué. Hydrographe du roi à Québec de 1686 à 1697 et de 1701 à 1703, il enseigne l’hydrographie et tient à jour les cartes de la Nouvelle-France.

Les cartes manuscrites d’explorateurs comme La Salle, Jolliet et d’ingénieurs topographes militaires sont compilées, expédiées en France et mises à la disposition des cartographes professionnels. Les cartographes en chef de la cour de France comme Vincenzo Coronelli et Guillaume Delisle établissent en partie leurs cartes sur les données fournies par Franquelin.

Les cartes de Coronelli (1688-1689) et de Delisle (1703) résument le mieux la cartographie au Canada à la fin du 17e siècle. La carte de Delisle est la première à comporter une grille moderne des longitudes, établie d’après les observations d’une éclipse de lune effectuées à Québec en 1685 par Jean Deshayes.

Au cours du 17e siècle, la cartographie à grande échelle se limite évidemment à la vallée du fleuve Saint-Laurent. Les premiers plans cadastraux, qui indiquent les limites des propriétés, l’emplacement des bâtiments, etc., sont ceux des seigneuries par Jean Bourdon (1641) qui dresse également un plan de Québec (1660). La carte du Saint-Laurent est dressée par Jolliet et Franquelin (1685), puis améliorée par Jean Deshayes (1685-1686).

Les levés de Deshayes (1702) donnent naissance à une carte du fleuve qui sert de référence, mais d’autres plus précises sont effectuées plus tard par Testu de la Richardière (1730-1741), Gabriel Pellegrin (1734-1755) et d’autres cartographes. La production de plans cadastraux se poursuit au 18e siècle. L’un des plans les plus remarquables est celui de Jean-Baptiste Decouagne (1709). Les cartes et les plans sont tous produits par des arpenteurs et des ingénieurs militaires compétents qui utilisent les instruments et les méthodes d’arpentage les plus récents.

Au 18e siècle, les relations de plus en plus tendues entre la France et l’Angleterre accroissent l’activité des ingénieurs militaires français. L’ingénieur Gaspard-Joseph Chaussegros De Léry et son fils, qui porte le même nom, relèvent avec assez d’exactitude le tracé des Grands Lacs inférieurs. Ils dressent aussi des cartes de Québec et des plus importantes fortifications, de Louisbourg jusqu’à Détroit.

Sur la côte est, un des premiers levés hydrographiques précis est effectué par Joseph Bernard de Chabert (1750-1751). En 1750, il construit à Louisbourg le premier observatoire du Canada, destiné aux observations astronomiques et au calcul des longitudes.

Tandis que les ingénieurs et les arpenteurs qualifiés dressent les cartes des postes stratégiques et des agglomérations de la Nouvelle-France, des amateurs dressent des cartes de l’intérieur sans autres instruments que la boussole. Les premières cartes de la région à l’ouest du lac Supérieur sont issues des résultats des expéditions de La Vérendrye après 1731. La carte du Nord du Québec est exécutée par un jésuite, le père Laure. Ces cartes représentent un réseau reconnaissable de lacs et de rivières.

Au 18e siècle, peu de cartes sont imprimées jusqu’à ce que Jacques-Nicolas Bellin devienne ingénieur en chef et géographe du dépôt des cartes, plans et journaux du Ministère de la Marine française. En 1744, il publie 28 cartes dans l’Histoire et le Journal du père Pierre-François-Xavier de Charlevoix. Ce sont les premières cartes imprimées du Canada, dressées à partir de données récentes, depuis celles de Delisle réalisées 40 ans plus tôt.

Au cours des années suivantes, Bellin met régulièrement ses cartes à jour. Jean-Baptiste Bourguignon D’Anville, un autre grand cartographe, a, comme Bellin, accès aux documents originaux. Il produit une série d’excellentes cartes entre 1746 et 1755. Ces deux cartographes publient des brochures où ils expliquent la provenance de l’information et la fiabilité de leurs cartes.

Avant 1763, les premières cartes anglaises du Canada se limitent à l’Arctique et à la côte de la baie d’Hudson. La carte de la rive est de la baie et du détroit dressée par Hudson en 1612 est rapidement remplacée par celles de Thomas James (1633) et de Luke Fox qui représentent toute la baie. John Thornton dresse une carte plus exacte pour la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH) (1685).

La CBH ne fait plus faire de cartes jusqu’à ce qu’Arthur Dobbs critique l’insuccès des explorations de la compagnie. À partir de 1741, les expéditions de Christopher Middleton (1743), John Wigate (1746) et Henry Ellis (1748) qui se rendent jusqu’à Repulse Bay, au nord, fournissent une excellente série de cartes.

En 1756, la guerre de Sept Ans interrompt l’activité cartographique en Nouvelle-France. La « Carte de l’Amérique septentrionale » (1755), de Bellin, est la dernière carte française de l’Amérique du Nord. Elle renferme les données les plus récentes sur le Canada avant la défaite des Français. Le Canada avait été cartographié assez grossièrement mais de façon reconnaissable, environ jusqu’à 102° O., au Manitoba actuel et le long de la côte ouest de la baie d’Hudson jusqu’au cercle polaire.

C.E. HEIDENREICH

Les cartes des explorateurs après 1763

Bien que la chute de Québec aux mains des Britanniques date de 1760, le Traité de Paris n’est signé qu’en février 1763. Pendant la trêve, l’armée anglaise du général James Murray effectue les premiers levés détaillés, d’un point en amont de Montréal jusqu’en aval de Québec. La « carte de Murray », dont on tire au moins cinq copies manuscrites, est dressée à l’échelle de 2 000 pi au pouce (1:24 000) et comporte de nombreux renseignements d’ordre militaire comme la population des villages et l’emplacement des maisons, des églises et des moulins. Deux originaux de cette carte font partie de la Collection nationale des cartes à Ottawa.

Le vaste empire colonial de l’Angleterre en Amérique du Nord s’étend alors de l’Arctique au golfe du Mexique. D’immenses régions sont inconnues des Européens. Les cartes représentent une côte incomplète et un arrière-pays sommaire. Pour mettre en valeur ces ressources et développer le commerce, il faut de bonnes cartes des ports, des régions côtières et de l’intérieur.

Trois excellents topographes, Samuel Holland et Joseph Desbarres, officiers de l’armée, et James Cook, commandant d’un navire de la flotte britannique, servent l’armée britannique au Canada.

On leur confie le travail. Cook est chargé de la cartographie de l’île de Terre-Neuve et de la côte du Labrador; Samuel Holland, nommé topographe en chef du district nord de l’Amérique du Nord (toutes les possessions britanniques au nord du Potomac), la cartographie du golfe du Saint-Laurent (comprenant l’Île-du-Prince-Édouard, l’île du Cap-Breton et la côte de la Nouvelle-Angleterre); Joseph Desbarres est chargé de celle de la Nouvelle-Écosse qui, à l’époque, inclut l’actuel Nouveau-Brunswick.

Ils réalisent un grand nombre de cartes. La qualité des cartes de James Cook lui assure une excellente réputation. L’ouvrage principal de Joseph Desbarres est The Atlantic Neptune, atlas maritime de la côte est de l’Amérique du Nord contenant des cartes à diverses échelles, des vues côtières, des tables des marées et des instructions nautiques. On lui permet de publier l’ouvrage sous son nom, bien que Samuel Holland et James Cook y aient participé.

Quant à Samuel Holland, il publie surtout des cartes terrestres, en mettant évidemment à profit les levés exécutés par ses collègues. « Carte générale des colonies britanniques de l’Amérique du Nord » (60 mi au pouce; 1:3 801 500) de Samuel Holland est l’une des plus importantes de l’époque.

Entre-temps, des arpenteurs mesurent les propriétés pour établir des fermes. Ce travail prend de l’importance avec l’arrivée des loyalistes en 1783. La colonisation de la Nouvelle-Écosse souffre de l’absence d’un mode d’attribution des terres. En revanche, dans la Province de Québec (qui comprend une grande partie du Sud de l’Ontario actuel), l’installation des loyalistes se fait avec une efficacité militaire.

Le Gouverneur général Frederick Haldimand et Samuel Holland conçoivent un système de townships (cantons) et de lots, permettant à chaque colon d’obtenir un lot mesuré, arpenté à peu de frais et borné. Il faut donc préparer une carte de chaque canton représentant les lots et les principaux reliefs.

Au 19e siècle, apparaît un nouveau type de levés cartographiques égalant en importance les levés exécutés dans les cantons. C’est le relevé hydrographique des Grands Lacs. Commencé par l’amirauté britannique, il est poursuivi par les hydrographes canadiens après 1884. Le travail commence en 1815 sous le commandement du capitaine William F. Owen et est confié l’année suivante au lieutenant Henry Bayfield.

Durant les 40 années qui suivent, Henry Bayfield supervise les travaux d’arpentage touchant les Grands Lacs, le Saint-Laurent et les côtes de la Nouvelle-Écosse. On lui doit des cartes d’excellente qualité.

Pendant tout le 19e siècle et au début du 20e siècle, on produit des centaines de cartes de l’Est du Canada mais ce sont des compilations et des versions des données fournies par les cartes des cantons et par les cartes hydrographiques. S’il faut représenter un territoire plus vaste encore, des esquisses des géologues, des forestiers et des marchands de fourrures sont consultées.

Ces cartes dressées à la main ne remplacent pas les cartes topographiques, mais ce sont les seules cartes à moyenne et grande échelles que le Canada a les moyens de se procurer.

Les « cartes de comté » et les « atlas de comté » sont très populaires. Ils ne sont pas officiels, car les données sont fournies sans frais aux éditeurs privés qui ajoutent des renseignements d’ordre général. Ils indiquent les routes et les pistes ouvertes par les colons, de même que les magasins, les moulins, les quais, les églises et les maisons. L’échelle varie de 40 à 128 chaînes au pouce (1:31 680 à 1:101 376), selon la superficie du comté. Pour stimuler la vente, l’éditeur inscrit le nom du propriétaire sur chaque lot.

Les services gouvernementaux compilent également des cartes. Quand Samuel Holland meurt en 1801, Joseph Bouchette est nommé arpenteur général par intérim du Bas-Canada et arpenteur général en 1804. Il réalise deux cartes remarquables du Québec, l’une en 1815 à 2,66 mi au pouce (1:168 530) et sa version révisée en 1831 à 2,8 mi au pouce (1:177 400). La carte de la Nouvelle-Écosse dressée par William MacKay, à 6 mi au pouce (1:380 150) et publiée en 1834 est un bel exemple de cartographie à moyenne échelle.

L’armée britannique produit des cartes militaires utiles aux marches d’entraînement et des plans de reconnaissance à plus grande échelle à partir des levés des cantons. Des détails comme la résistance des ponts et les possibilités de cantonnement des villages sont ajoutés. La « Carte de la province du Canada », à 6 milles au pouce (1:380 150) du colonel John Oldfield (1843) et la « Carte des principales voies de communications de l’Ouest du Canada » (2 mi au pouce; 1:126 720), réalisée sous la direction du major George Baron de Rottenburg (1850), en sont de bons exemples.

Au cours des années 1850, Henry Bayfield apporte une autre importante contribution : il entame, dans un certain nombre de villes de l’Est du Canada, des observations de longitudes par télégraphe. Grâce aux lignes des compagnies commerciales de télégraphie, il échange des signaux horaires (voir Heure) et peut déterminer avec précision le lieu géographique d’un observatoire ou d’un édifice public dans chacune des villes. Cette information est ensuite utilisée pour corriger les cartes des régions voisines.

Levés officiels

Levés hydrographiques
L’Acte de l’Amérique du Nord britannique confie au gouvernement fédéral la responsabilité d’assurer la sécurité des navigateurs dans les eaux canadiennes. Cela comprend la mise en place et l’entretien des aides à la navigation comme les phares et les bouées. Les premières cartes des eaux canadiennes, dressées en 1883, représentent la baie Georgienne. Jusqu’alors le Canada utilise les cartes de l’amirauté pour la navigation le long des côtes atlantique et pacifique, ainsi que les cartes de Henry Bayfield pour les Grands Lacs.

À la fin du 19e siècle, la navigation dans la baie Georgienne joue un rôle important dans le développement du pays. Ses ports desservent des régions agricoles et des industries minières et forestières, et nombre d’entre eux créent les industries nécessaires à l’expansion vers l’ouest des chemins de fer ou à la colonisation des Prairies (voir aussi Prairies occidentales). La navigation dans la baie Georgienne présente peu d’intérêt pour les États-Unis ou la Grande-Bretagne, ce qui pousse le ministère de la Marine et des Pêches à créer le service des levés de la baie Georgienne.

En 1891, une équipe relevant de ce service est envoyée à Vancouver pour faire le levé de Burrard Inlet, le premier que le Canada entreprend en eau salée. En 1904, le ministère de la Marine et des Pêches entreprend le levé officiel des eaux littorales du Canada. La division des levés hydrographiques est créée. Le service des levés des Grands Lacs est fusionné avec un service des travaux publics ayant réalisé des levés portuaires ainsi qu’un service des chemins de fer et canaux qui a travaillé sur le Saint-Laurent et l’Outaouais. En 1928, cette division est nommée Service hydrographique du Canada (voir Hydrographie).

Le littoral du Canada est le plus long du monde. Il favorise le commerce et la mise en valeur des ressources. En 1981, le remorquage d’une usine de concentration du minerai, longue de 138 m et installée sur un chaland, à partir de Sorel, sur le Saint-Laurent, à la Petite île Cornwallis, dans l’Arctique central, aurait été impossible sans cartes précises. Le superpétrolier américain Manhattan, accompagné du brise-glace canadien John-A.-Macdonald, franchit le passage du Nord-Ouest en 1969, ce qui illustre les responsabilités importantes du Service hydrographique du Canada.

Modernisation

En raison de l’étendue du Canada, les cartes ont toujours joué un rôle important dans la planification et la réalisation des projets de développement. La colonisation des Prairies occidentales (1872-1930) résulte d’une bonne organisation, de la surveillance policière et de la délimitation de chaque lot avant l’arrivée des colons.

Les arpenteurs du ministère de l’Intérieur bornent des cantons de forme carrée de 6 mi (9,7 km) de côté. Ils bornent ensuite les côtés de chacune des 36 sections intérieures. Ils relèvent aussi la position des principaux éléments topographiques comme les rivières, les ruisseaux, les pistes et les marécages. À l’aide des notes, les dessinateurs, à Ottawa, dressent les cartes de la première série à grande échelle représentant les Prairies à l’échelle de trois milles au pouce (1:190 080).

La cartographie en série permet d’obtenir des cartes détaillées à moyenne ou à grande échelle tout en conservant leur format maniable. On détermine au préalable le format d’une feuille de façon à pouvoir réunir plusieurs feuilles et à constituer ainsi une carte comprenant par exemple : un bassin hydrographique, une zone forestière protégée, un comté et même une province.

Théoriquement, toute la surface d’un pays devrait d’abord être représentée sur une carte topographique à grande échelle, y compris les constructions artificielles, le relief naturel, les réseaux hydrographiques et les forêts. Au début, faute de ressources, des cartes simples du Canada étaient dressées à l’aide des notes prises sur le terrain par des arpenteurs dont la principale tâche était de borner des lots agricoles.

La première série de cartes à l’échelle de 3 mi au pouce paraît en 1892. En tout, 134 feuilles, représentant environ 1,4 million de km2, sont publiées. Chacune représente huit cantons orientés nord-sud et de 13 à 15 cantons, selon la latitude, orientés est-ouest. De 1920 à 1946, 51 de ces cartes de base sont converties en véritables cartes topographiques par l’adjonction de courbes de niveau et d’autres détails. La série est remplacée en 1956 par les cartes au 1:250 000, tracées d’abord au 1:253 430 ou 4 mi au pouce, du Système national de référence cartographique (SNRC).

Les levés rectilignes effectués dans les Prairies sont inapplicables dans les Rocheuses. En 1886, les arpenteurs atteignent les Rocheuses. Ils mettent alors au point un système fondé sur des photographies panoramiques prises du sommet des montagnes. Ainsi, une importante petite série de cartes des montagnes, qui se révèle utile, est réalisée. Cependant, la technique fondée sur la photographie est plus utile encore : on l’adapte à la cartographie par photographies aériennes obliques dès le début, après 1925.

Le succès de ces cartes incite le ministère de l’Intérieur à dresser des cartes analogues à échelle moyenne pour l’Est du Canada. Le géographe principal du ministère recueille les données d’arpentage et les inscrit sur des cartes normalisées.

Les cartes sont publiées en deux échelles (1:250 000 et 1:500 000) sous le nom Chief Geographer’s Series. La première de la série paraît en 1904. En 1948, à l’arrêt des travaux, 33 feuilles au 1:250 000 et 25 au 1:500 000 sont publiées. Pendant des années, ce sont les cartes les plus détaillées qu’on puisse obtenir des régions habitées de l’Est du Canada.

Les cartes de la série aux 3 milles et Chief Geographer’s Series n’ont pas de courbes de niveau. Étant donné que celles-ci sont essentielles aux militaires, le ministère de la Milice et de la Défense prépare, en 1904, sa propre série de cartes topographiques. Elles sont établies à 1 mi au pouce (1:63 360). Ces cartes s’appuient sur le modèle des cartes d’état-major britanniques et sont adaptées au paysage canadien. Elles se révèlent si utiles que le Canada les adopte finalement à l’échelle 1:50 000.

Depuis sa création en 1842, le travail de la Commission géologique du Canada est retardé par l’absence de cartes de base fiables où inscrire les résultats des études sur le terrain. Bien souvent, les géologues doivent dresser leurs propres cartes topographiques, ce qui ne fait pas partie de leur tâche. On crée donc, en 1908, la division topographique au sein de la CGC. Son mandat est de produire des cartes topographiques pouvant servir de base à la fois aux cartes géologiques et aux cartes générales.

En 1920, le ministère de l’Intérieur, après l’armée et les géologues, produit à son tour des cartes topographiques. De hauts fonctionnaires appartenant aux trois organismes unissent leurs efforts et créent, en 1922, un seul système topographique. En 1927, après des études et des essais, ils mettent sur pied le Système national de référence cartographique (SNRC), qui utilise des échelles de 1, 2, 4, 8 et 16 mi au pouce. Les cartes topographiques répondent ainsi à tous les besoins : échelle allant de 1 mi au pouce pour l’armée et la géologie, et jusqu’à 8 et 16 mi au pouce pour l’aéronautique.

En 1950 et 1956, les échelles de base sont converties à leurs équivalents métriques : 1:50 000, 1:125 000, 1:250 000, 1:500 000 et 1:1 000 000. En 1952, une échelle plus grande (1:25 000) est ajoutée au système à des fins militaires et urbaines. La plus petite échelle (1:1 000 000) forme une grille de base couvrant l’ensemble du pays. Cette grille se subdivise en 4, puis en 4, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’on atteigne la limite des feuilles à la plus grande échelle (1:25 000). La numérotation de chaque feuille indique son échelle et sa position dans la grille.

Aujourd’hui, il ne subsiste plus que deux des échelles du SNRC : 1:50 000 et 1:250 000. Au fil des années, les deux plus petites échelles (1:500 000 et 1:1 000 000) sont utilisées presque exclusivement pour les cartes aéronautiques. Cependant, au cours des années 60, avec la venue des jets-long courrier, les pilotes les trouvent trop petites et difficiles d’utilisation dans les postes de pilotage. Durant les années 70, on redessine les 2 échelles et on les imprime des 2 côtés des feuilles grand format, ainsi, le nombre de feuilles des 2 séries est divisé par 4.

Plus tard, on abandonne la série 1:125 000 puisqu’elle est facilement remplaçable par la série 1:50 000, plus grande, ou 1:250 000, plus petite. De plus, sa mise à jour est coûteuse puisque les cartes comportent cinq couleurs et représentent des régions urbaines et rurales dont la topographie change rapidement. Au cours de la même décennie, plusieurs provinces mettent en oeuvre leur propre programme de cartographie à grande échelle. En 1978 les travaux à l’échelle fédérale 1:25 000 cessent. On consacre désormais les ressources accordées autrefois aux séries abandonnées à la mise à jour des deux séries actuelles.

La série 1:250 000, complétée en 1971, compte 914 feuilles. À la fin de 1995, la série 1:50 000 couvre toutes les provinces, le Yukon et la région continentale des Territoires du Nord-Ouest. La représentation complète du Canada à cette échelle exige environ 12 922 feuilles. Il reste à terminer les feuilles représentant les régions des îles de l’Arctique pour lesquelles les levés, les photographies et la photogrammétrie sont déjà effectués. N’importe laquelle de ces feuilles peut être produite dès qu’elle est justifiée sur le plan économique.

Les Canadiens disposent d’un vaste éventail de cartes thématiques : géologie, foresterie, oléoducs, transport d’énergie, tourisme, etc. Les organismes fédéraux en produisent un bon nombre. Les provinces, dont relève la mise en valeur des ressources naturelles, en produisent également.

L.M. SEBERT

Cartographie depuis la Deuxième Guerre mondiale

La Deuxième Guerre mondiale marque un tournant dans la cartographie au Canada. Avant la guerre, les topographes utilisent des planchettes topographiques et esquissent de petites portions de terrain qu’on réunit ensuite pour former une carte. La méthode est lente, peu précise et inutilisable en forêt. On utilise des photographies aériennes, mais, dans tout le pays, il n’existe qu’un seul instrument pouvant tracer des cartes à partir de photographies.

La photogrammétrie

Pendant la guerre, le personnel des services militaires de cartographie se familiarise avec l’équipement européen de photogrammétrie et forme par la suite un noyau de techniciens spécialisés capables de moderniser les organismes canadiens de cartographie. L’introduction de la photogrammétrie (cartes tirées de photographies aériennes) ne représente qu’une des innovations technologiques qui transforment la cartographie au Canada.

Dans les régions éloignées, de vastes territoires sont relevés en une seule opération. Ainsi, le SRNC cartographie un bloc de 100 km d’orientation nord-sud et de 300 km d’orientation est-ouest sur 32 feuilles (4 rangées de 8). La photographie aérienne est prise après avoir déterminé l’échelle, la direction de la ligne de vol (normalement est-ouest), le recouvrement longitudinal des photos (normalement 60 p. 100) et leur recouvrement latéral (normalement 30 p. 100). Il faut environ 850 photos.

Le recouvrement permet d’obtenir des « points de liaison » (points au sol choisis dans les régions de chevauchement) nécessaires à « l’assemblage » des photos du bloc. Les points de liaison, indiqués par des trous minuscules percés dans la pellicule, sont repérés avec précision à l’aide d’un système de coordonnées de quadrillage fourni avec chaque photo. Chaque point de liaison se trouve sur trois photos ou plus, ce qui permet de réunir les grilles de chaque photo pour former un ensemble couvrant l’ensemble du bloc photogrammétrique. Cette étape est réalisée par ordinateur.

Les techniques photogrammétriques réduisent le nombre des levés sur le terrain, mais certains points doivent encore être placés en des endroits stratégiques dans le bloc photogrammétrique. Ce sont les « points de repère », qui déterminent l’échelle, l’orientation et la position des lignes et des symboles sur la carte. On en distingue deux types : les points de repère horizontaux (latitude et longitude précises) et les points de repère verticaux (élévation précise).

Les points de repère horizontaux sont placés autour du bloc photogrammétrique et en déterminent la position. Toute carte couvrant une région importante doit être tracée conformément aux règles mathématiques qu’impose le système de projection choisi.

Au Canada, on utilise généralement la projection transversale universelle de Mercator (MTU) : la latitude et la longitude de tous les points de repère horizontaux sont converties en coordonnées équivalentes sur la grille de projection MTU. L’échelle et l’orientation de la grille du bloc photogrammétrique sont alors ajustées pour correspondre à la grille de Mercator, ce qui confère de nouvelles valeurs aux points de liaison. Les points de repère verticaux sont disposés sur des lignes espacées sur le bloc et perpendiculaires aux lignes de vol. On peut alors calculer l’altitude de points de liaison par rapport au niveau de la mer.

La portion commune à deux photos consécutives forme un rectangle qui a la largeur d’une demi-photo et la longueur d’une photo. Il y a un point de liaison dans chaque coin de ce rectangle. Le rectangle est un « modèle photogrammétrique », car, lorsqu’étudié au stéréoscope, il apparaît en trois dimensions. Il constitue l’unité cartographique d’un bloc photogrammétrique.

Les modèles sont placés, un par un, dans des appareils photogrammétriques de traçage, réglés en fonction de la valeur des points de liaison. Les détails de la carte sont ensuite tracés à partir du modèle par un opérateur qui déplace un repère optique, visible dans l’oculaire de l’instrument, le long des routes et des cours d’eau, autour des lacs, etc., du modèle. À mesure que le repère se déplace, une pointe traceuse enregistre tous ses déplacements sur une table à dessin faisant partie de l’appareil. C’est ainsi qu’on trace les lignes de la carte.

Au cours des 10 dernières années, des améliorations importantes ont été apportées à ces traceurs. Le traceur traditionnel permet à l’opérateur de voir le terrain en trois dimensions en regardant d’un œil dans l’oculaire de l’appareil l’une des trois photos aériennes en chevauchement, puis de l’autre œil, l’autre photo. Les systèmes modernes (postes de photogrammétrie numérique, ou PPN), créent l’effet tridimensionnel de façon électronique.

L’opérateur regarde l’écran à travers des lunettes qui reçoivent un signal électronique de l’écran. Ce signal agit comme un obturateur qui alterne rapidement l’image de la lentille droite à la lentille gauche des lunettes. L’image perçue à l’écran ressemble à une photographie aérienne ordinaire, mais il s’agit en effet de deux images chevauchantes qui se succèdent à une rapidité telle que l’image obtenue semble unique. Les lunettes dont la vitesse d’alternance est la même que celle de l’image à l’écran donnent une image tridimensionnelle brillante qui est en réalité le produit de deux photos aériennes confondues.

Pour marquer une élévation ou dessiner une courbe, on déplace l’index mobile (un point lumineux) sur l’écran et on le « baisse » au sol. Le détail de la carte est tracé selon la technique habituelle. La grille de pixels des photographies sert à identifier les coordonnées de l’index mobile qui sont enregistrées avec une grande précision sur disque magnétique. La lecture de ces données et du codage couleur est effectué par une machine à dessiner informatisée qui fonctionne 24 heures par jour.

Bien entendu, plusieurs anciens appareils de restitution photogrammétrique demeurent en usage, mais aujourd’hui, on les remplace surtout par des PPN. Le nouveau système électronique aux multiples avantages permet de tracer et d’ajuster des lignes originales, de réviser des cartes pour représenter les modifications naturelles ou artificielles du terrain, puis de les rééditer, tout cela avec beaucoup de facilité.

Le système de positionnement Doppler par satellite

Chacune des étapes de l’établissement des cartes nécessite des instruments particuliers qui, pour la plupart, sont mis au point depuis les années 70. Les progrès les plus spectaculaires sont réalisés dans le domaine de la télémétrie par satellite. En 1957, le premier satellite Sputnik lancé par les Russes annonce l’ère spatiale. Moins de 15 ans plus tard, la marine américaine met au point un système de navigation capable de capter le signal radio des satellites en mouvement. Ces signaux permettent de calculer avec une nette précision la latitude et la longitude d’un navire.

Cette méthode d’observation consiste à enregistrer des signaux radio à partir de satellites voyageant dans le ciel à environ 1000 km de la Terre. On prend alors connaissance du décalage Doppler (le changement apparent de fréquence du signal radio du satellite lorsqu’il passe dans le ciel). La vitesse de déplacement de fréquence varie en fonction de la distance entre le navire et le satellite. Puisque la position du satellite est connue en tout temps grâce aux stations de repérage indépendantes situées en des endroits connus de la planète, il est possible de calculer à 10 m près la position d’un navire. Cette donnée, beaucoup trop précise pour les besoins de la navigation, facilite grandement le contrôle horizontal de la carte à l’échelle 1:50 000 qui est alors en voie d’être réalisée dans le Nord du Canada.

On peut relever d’autres points entre les stations Doppler grâce à un système de repérage par inertie (SRI), formé de détecteurs sensibles qui enregistrent avec une précision remarquable tout déplacement de l’appareil. Cet appareil, installé dans une voiture ou dans un hélicoptère, permet, à partir d’une position connue (une station Doppler ou ancienne station de triangulation), de mesurer le déplacement du véhicule sur une route donnée et de fournir les coordonnées exactes des points d’arrêt. Des points connus sont utilisés pour confirmer l’exactitude des lectures faites en cours de route. Le système par inertie permet de positionner très efficacement le contrôle périphérique d’un bloc photogrammétrique, il est précis à 1 m près.

Le système de positionnement global (GPS)

Le système Doppler, bien qu’il soit très utile, est utilisé moins de 20 ans. Il est remplacé par un autre système américain par satellite, le système de positionnement global. Celui-ci compte 24 satellites placés en orbites quasi circulaires à environ 20 000 km de la Terre.

Un petit récepteur portatif situé au sol capte les signaux des trois ou quatre satellites situés en tout temps au-dessus de l’horizon. À tout moment, le récepteur peut calculer la distance les séparant de chacun des satellites. Un dispositif électronique enregistre la durée du signal du satellite au récepteur. Le récepteur muni d’un ordinateur calcule la position du satellite. Comme le système Doppler, le GPS permet de connaître en tout temps et de manière précise la position des satellites par repérage indépendant et ainsi d’obtenir la latitude et la longitude du récepteur.

Lorsque l’observation dure une heure et qu’un autre récepteur du GPS enregistre les données en un endroit connu dans la région (disons à moins de 50 km), le système est précis au centimètre près. La lecture simultanée (à une position connue et à la position qu’on cherche à obtenir) s’avère nécessaire pour éliminer les petites variables des calculs de haute précision. Un récepteur unique, utilisé sans récepteur d’appui, est précis de 1 à 3 m près et permet d’enregistrer les observations en se déplaçant, par exemple pour suivre continuellement un navire hydrographique.

Bien sûr, la venue de ce précieux système facilite énormément les levés canadiens pour les positions horizontales. Le GPS effectue presque tout le positionnement horizontal pour la cartographie, et la triangulation a pratiquement disparu.

Le positionnement vertical

Le positionnement vertical, qui doit toujours être connu pour assurer la précision des élévations et des courbes de niveau sur les cartes, n’est pas touché par les systèmes satellites comme l’est le positionnement horizontal. Traditionnellement, le positionnement vertical s’effectue au moyen de lignes de niveau. Cette méthode s’avère excellente dans les régions habitées (on effectue habituellement les levés topographiques le long des routes ou des chemins de fer), mais le travail est lent et coûteux dans les régions isolées.

Peu de temps après la Deuxième Guerre mondiale, le Profilographe aéroporté (PA), inventé au Canada, permet de dresser les courbes des cartes à petite et à moyenne échelle du Nord du Canada. (Durant la guerre, on publie des cartes aéronautiques du Nord du Canada sans courbes de niveau. Ces cartes sont alors nécessaires pour effectuer des vols de ravitaillement vers la Grande-Bretagne et l’URSS. Cependant, il n’existe aucun moyen de fournir des données sur les élévations.) De nos jours, il serait impensable de publier une carte aérienne sans données sur les élévations. Le PA a solutionné ce problème qui date du temps de la guerre.

Le PA, un radar, mesure et enregistre la distance verticale entre l’avion et le sol, en tenant compte de son élévation. Le parcours de l’avion du PA est enregistré par un appareil photographique 35 mm dirigé vers le bas, et le relief terrestre est tracé de manière continue sur une bande de papier. C’est ainsi qu’on obtient les élévations nécessaires pour tracer les courbes de niveau sur les cartes aériennes du nord du Canada. De nombreux pays ont utilisé le PA, mais aujourd’hui il est supplanté par des méthodes plus précises.

Le système de repérage par inertie (SRI) sert aussi à déterminer les élévations puisqu’il en enregistre les variations sur une ligne de levé. Ce moyen de tracer les élévations à l’intérieur d’un bloc photogrammétrique s’avère très économique. Le système de capteur intelligent calcule l’altitude avec une précision de 0,5 à 1 m, tandis que le PA offre une précision d’environ 5 m.

On commence à utiliser les levés par satellites pour déterminer les élévations, mais cette méthode pose problème dans certaines parties du Canada. Comme on l’a déjà expliqué, le récepteur du GPS mesure la distance verticale à partir de satellites en mouvement et établit sa position horizontale par trilatération. Les mêmes lectures peuvent aussi déterminer l’altitude de l’antenne du récepteur, mais les satellites mesurent jusqu’au sphéroïde de la Terre plutôt que jusqu’au niveau de la mer.

Le sphéroïde est une surface mathématique unie qui correspond de très près à la véritable forme de la Terre. Mais les élévations sur les cartes représentent la hauteur au-dessus du niveau de la mer, et il y a habituellement un petit écart vertical entre le niveau de la mer et le sphéroïde. (Le niveau de la mer n’est pas vraiment au niveau. Il est constitué de petites collines et vallées causées par de légères mais tout de même perceptibles variations latérales dans le champ de gravité.)

Pour obtenir l’élévation depuis le niveau de la mer à partir d’observations satellites, il faut connaître la distance entre le niveau de la mer et le sphéroïde. Dans les régions habitées du Canada, cette mesure est assez bien connue, mais dans le nord, la marge d’erreur peut atteindre 3 m. Les géodésistes tentent de résoudre ce problème en effectuant des centaines de mesures de gravité. Entre-temps, les élévations déterminées par satellites dans plusieurs régions canadiennes continuent de présenter une marge d’erreur possible de 3 m.

Voir aussi Systèmes d’information géographique.

L.M. SEBERT

Les levés cadastraux

« Cadastre » est un terme technique utilisé en Europe qui désigne l’enregistrement d’une propriété dans un territoire municipal donné, une ville ou un comté. Le « levé cadastral » est le mesurage, le jalonnement et la description des parcelles de terre afin de les inscrire correctement dans le registre des terres publiques, ou encore, le jalonnement sur le sol des parcelles de terre conformément aux données du cadastre.

Dans ce cas, il s’agit d’un premier levé ou d’un arpentage de retracé si les limites sont imprécises. Au Canada, la propriété foncière et les questions d’ordre fiscal touchant les terres relèvent des provinces. Elles déterminent les règles et la marche à suivre quant aux levés effectués sur leur territoire et veillent à la délivrance des brevets des géomètres. Au Yukon, dans les Territoires du Nord-Ouest et dans les territoires fédéraux au sein des provinces, comme les réserves indiennes et les parcs nationaux, cela relève du gouvernement fédéral.

La description qui indique les dimensions, la forme et l’emplacement de la parcelle de terre représente l’élément essentiel de tout plan cadastral. La désignation écrite peut être présentée seule ou accompagnée d’un plan, elle peut aussi être présentée sous forme de plan enregistré. La description technique décrit successivement les limites de la parcelle et en précise la direction et la longueur. Elle décrit aussi les bornes ou les particularités naturelles qui les fixent.

Le plan enregistré est utilisé pour la subdivision d’une parcelle afin de délimiter un certain nombre de lots. Ce genre de plan indique les dimensions, l’orientation des limites, la superficie et les bornes de chaque lot, chacun devant être numéroté ou identifié. On peut alors l’identifier dans un acte ou tout autre document grâce au numéro du plan et de la parcelle, et au nom du bureau où le plan est enregistré.

En de nombreux endroits, au Canada, la subdivision initiale des terres de la Couronne est effectuée en cantons afin de favoriser une colonisation méthodique. De dimensions variées (cantons de forme irrégulière au Québec, cantons en concessions en Ontario), ils sont conçus pour concéder des lots de ferme rectangulaires à l’intérieur d’une communauté rurale définie.

L’arpentage d’un canton vise à subdiviser les terres : le plan est enregistré et les lots numérotés. La description d’un lot entier à des fins légales est complète lorsque le nom du canton et l’emplacement que le lot y occupe sont connus.

S’il ne s’agit que d’une partie du lot, on a recours à une description technique ou toute autre méthode, par exemple : moitié nord du lot 24, concession II, dans le canton de North Burgess. Les villes s’étendent jusqu’aux régions rurales. Il est donc courant de trouver dans un canton un lot agricole subdivisé en un certain nombre de lots urbains.

Les cartes des villes

Toutes les villes disposent de cartes pour l’évaluation des impôts, l’aménagement des services publics et des rues, etc. La plupart des grandes villes ont un service d’arpentage. Les villes moins importantes disposent des services d’un ingénieur municipal. Ils sont chargés de la mise à jour des rapports d’arpentage et de la conservation des cartes. La cartographie est confiée, par contrats, à des entreprises canadiennes chargées d’effectuer des levés aériens.

L’échelle des cartes des villes varie de 1:500 pour les plans du réseau d’égouts à 1:50 000 pour les cartes touristiques très détaillées. Les grandes villes ont une structure tridimensionnelle. Les cartes des services publics doivent donc indiquer les constructions de surface, au-dessus des égouts, eux-mêmes aménagés au-dessus des canalisations d’électricité, du métro, des tunnels d’entretien, etc. Les cartes des villes doivent être à jour. Plusieurs imprévus au niveau du réseau public ont retardé sérieusement des travaux municipaux essentiels. Cependant, la plupart des grandes villes du Canada peuvent se féliciter d’avoir des cartes et des registres de relevés complets.

Le tracé des limites

Dans les « provinces à cantons », les cantons forment la base des comtés et des municipalités rurales ou régionales. Le district, appelé « district territorial » en Colombie-Britannique, est l’équivalent d’un comté dans une région sauvage peu peuplée, et les cantons qui sont relevés à l’intérieur de ses frontières n’en forment qu’une petite partie. Comme les comtés et les municipalités rurales se composent de cantons, on relève leurs limites en même temps que celles des cantons qui les délimitent.

Les limites des districts sont rarement relevées, sauf si elles coïncident avec les frontières d’une province ou d’un comté. Les frontières des provinces et des territoires, sauf entre le Québec et le Labrador et entre le Yukon et les Territoires du Nord-Ouest, ont toutes été arpentées. La frontière entre le Canada et les États-Unis a été tracée et bornée, et ses bornes font l’objet d’une surveillance constante de la part de la Commission de la frontière internationale, laquelle représente les deux pays.

L.M. SEBERT

Les régions intérieures de l’Ouest

En 1760, peu de cartes représentent les régions à l’ouest des Grands Lacs. Des explorateurs de la Compagnie de la baie d’Hudson (CBH), Henry Kelsey, Anthony Henday et Samuel Hearne sont envoyés en reconnaissance. La Vérendrye n’a pu explorer qu’une partie de l’immense territoire. Comme aucun ne peut faire d’observations astronomiques, ils dressent à main levée des cartes approximatives ou ne font que des descriptions de routes.

En 1778, la CBH engage Philip Turnor, un topographe de terrain compétent. Il dresse la carte des voies fluviales qui traversent les vastes domaines de la compagnie et apprend à de jeunes topographes, comme David Thompson et Peter Fidler, les techniques astronomiques pour déterminer les coordonnées d’un lieu et localiser les pistes en faisant figurer des détails entre ces points.

La CBH et la Compagnie du Nord-Ouest qui a aussi ses topographes se font concurrence. Peu après 1778, l’un d’eux, Peter Pond, découvre une route praticable en canot, qui va des rivières des prairies de l’Ouest à l’Athabasca et au Mackenzie en passant par la ligne de crête (voir Portage La Loche). Sa carte (1785) aide des explorateurs comme Alexander Mackenzie et John Franklin à atteindre le centre de l’Arctique.

Les éditeurs de cartes de Londres font bon usage des renseignements provenant des territoires de traite. En étudiant leurs cartes, on voit se dessiner le Canada. La « Carte montrant toutes les nouvelles découvertes dans les régions intérieures de l’Amérique du Nord », publiée par Aaron Arrowsmith en 1795 et 19 fois mise à jour jusqu’après 1850, est remarquable.

En 1857, deux expéditions scientifiques, l’une canadienne, l’autre britannique, parcourent les Prairies. Le groupe anglais dirigé par le capitaine John Palliser passe trois ans dans l’Ouest. Le groupe canadien, dirigé par Simon Dawson et Henry Hind, s’attache au territoire qui sépare le lac Supérieur et la rivière Rouge. Les deux expéditions recueillent des données topographiques et géographiques qui figurent plus tard sur les cartes et dans les rapports. Elles sont d’une grande importance dans les négociations qui précèdent l’achat de la Terre de Rupert.

La côte ouest

En 1774, le capitaine Juan Pérez Hernández et ses hommes, à bord du navire espagnol Santiago, sont les premiers Européens à apercevoir la côte du Nord-Ouest. Pérez y est envoyé pour sauvegarder la souveraineté espagnole menacée par les expéditions russes de Bering et de Chirikov le long des côtes de l’Alaska en 1741. Il remonte au nord jusqu’à la passe de Dixon (54° N.), mais ne rapporte ni carte ni rapport détaillé.

L’année suivante, l’hydrographe espagnol Juan Francisco de la Bodega y Quadra dresse la première carte représentant une partie de la côte ouest du Canada (voir Explorations espagnoles). En 1778, James Cook tente de trouver un chenal qui communique avec l’océan Arctique parmi ceux que Samuel Hearne aperçoit sept ans auparavant à l’embouchure du fleuve Coppermine, mais il ne trouve aucun passage.

La possession de la côte ouest est contestée pendant de nombreuses années. Au moment où des négociations diplomatiques sont entreprises en Europe pendant la controverse du détroit de Nootka, l’Espagne et l’Angleterre sont autorisées à dresser les cartes de la côte pour appuyer leurs revendications.

Les cartes britanniques sont dressées par le capitaine George Vancouver en 1791-1792. Les hydrographes espagnols travaillent sous la direction de Dionisio Alcalá-Galiano et Cayetano Valdés. Il n’existe aucune animosité entre les deux groupes qui, à plusieurs reprises, échangent des données.

En 1793, Alexander Mackenzie, explorateur pour le compte de la Compagnie du Nord-Ouest, parti du lac Athabasca, atteint l’embouchure du fleuve Bella Coola, sur le Pacifique. Au cours des 50 années qui suivent, des traiteurs de fourrures comme David Thompson, Simon Fraser, Samuel Black et John McLeod parcourent le territoire accidenté du centre de la Colombie-Britannique, qu’ils font mieux connaître grâce à leurs cartes topographiques très valables.

L’arpentage du territoire commence avec l’arrivée de Joseph Pemberton, arpenteur de la CBH, à Victoria, en 1851. En 1858, il termine une carte de Victoria. On trouve de l’or dans le fleuve Fraser et, avant la fin de l’année, commence une véritable ruée vers l’or (voir ruée vers l’or du fleuve Fraser). Un groupe du détachement des Royal Engineers, composé de 20 arpenteurs, entreprend diverses tâches, dont l’arpentage des lots urbains et la cartographie du relief.

À l’époque de la Confédération, une grande partie des terres du nord de la Colombie-Britannique est encore inconnue. La côte est cartographiée, on connaît plusieurs itinéraires de montagne menant aux Prairies, de petites portions de territoire, au sud, sont relevées par des géomètres militaires.

L’Arctique

Deux expéditions par voie de terre sont à signaler. En 1771, Samuel Hearne atteint l’embouchure du Coppermine à 67° N. En 1789, Alexander Mackenzie descend le fleuve qui porte aujourd’hui son nom jusqu’à l’océan Arctique, à environ 68° N. Les navigateurs anglais cherchent toujours le passage du Nord-Ouest. La fascination qu’il exerce sur eux se termine par la malheureuse expédition de Franklin de 1845.

Au cours des tentatives pour retrouver John Franklin et ses hommes, les chercheurs entreprennent de nouvelles explorations qui permettent de dresser des cartes indiquant le tracé de la côte continentale du Canada, ainsi que la position et la côte des îles au sud des détroits de Melville et de Lancaster. Les cartes de l’amirauté, dressées à partir des données ainsi recueillies, fournissent les renseignements géographiques les plus sûrs jusqu’à la fin de la Deuxième Guerre mondiale. Certaines cartes aéronautiques du Nord du Canada utilisées pendant la guerre n’indiquent guère plus que ces renseignements.

L.M. SEBERT


Lecture supplémentaire

  • W.P. Cumming et al, The Discovery of North America (1971) and The Exploration of North America, 1630-1776 (1974); Energy, Mines and Resources, The National Atlas of Canada (5th ed, 1985); Geodetic Survey, Natural Resources Canada, GPS Positioning Guide (1993); J.B. Harley and D. Woodward, eds, History of Cartography (5 vols projected, 1985- ); R. Cole Harris, ed, Historical Atlas of Canada (vol 1, 1987); C.E. Heidenreich, "Mapping the Great Lakes ... 1603-1700," Cartographica 17.3 (1980) and "Mapping the Great Lakes ... 1700-1760," Cartographica 18.3 (1981); G.M. Lewis, "The Indigenous Maps and Mapping of North American Indians," The Map Collector, 9 (1979); N.L. Nicholson and L.M. Sebert, The Maps of Canada (1981); D.W. Thomson, Men and Meridians (3 vols, 1966-69).

Liens externes