Recherche et développement industriels

L'innovation technologique est essentielle à la croissance économique et à l'amélioration de la qualité de vie et résulte principalement des activités de recherche-développement (R.-D.) menées dans l'industrie.
L'innovation technologique est essentielle à la croissance économique et à l'amélioration de la qualité de vie et résulte principalement des activités de recherche-développement (R.-D.) menées dans l'industrie.


Recherche et développement industriels

L'innovation technologique est essentielle à la croissance économique et à l'amélioration de la qualité de vie et résulte principalement des activités de recherche-développement (R.-D.) menées dans l'industrie. Si d'autres secteurs, en particulier le gouvernement et les universités, poursuivent des travaux de R.-D., c'est nettement à la R.-D. industrielle qu'on attribue le progrès technologique et, par conséquent, la croissance économique.

Avant la Deuxième Guerre mondiale, l'industrie canadienne s'appuie largement sur une TECHNOLOGIE importée. Les quelques innovations locales sont l'oeuvre d'inventeurs isolés, non pas le résultat d'une R.-D. systématique et planifiée. Pendant la guerre, l'industrie manufacturière (voir FABRICATION INDUSTRIELLE) connaît un essor spectaculaire et la R.-D. se développe presque aussi rapidement. À la fin du conflit, le Canada occupe le quatrième rang mondial pour sa production industrielle, après les États-Unis, le Royaume-Uni et l'URSS. Toutefois, personne ne s'attend à ce qu'il s'y maintienne après le redressement des économies du Japon, de l'Allemagne, de la France et de l'Italie.

Après la guerre, le Canada devance de beaucoup la plupart des autres pays dans de nombreux domaines de HAUTE TECHNOLOGIE. Le Conseil de recherches pour la défense (CRD) et les forces armées, soutenus à l'occasion par le CONSEIL NATIONAL DE RECHERCHES DU CANADA(CNRC) et d'autres organismes gouvernementaux, tentent vaillamment, mais le plus souvent sans succès, de maintenir cette avance. Retracer l'historique de certaines de ces activités à caractère militaire permet de comprendre l'histoire de la R.-D. et de l'innovation dans l'industrie canadienne de 1945 jusqu'aux années 70 (voir DÉFENSE, RECHERCHES POUR LA). La réussite technologique la plus remarquable de l'après-guerre reste l'énergie nucléaire et le réacteur CANDU.

Le Canada participe, avec les États-Unis et l'Angleterre, à l'effort commun en vue de fabriquer une bombe atomique en construisant un réacteur à l'eau lourde pour la production de plutonium. Si le projet démarre bien et rapidement, c'est surtout grâce à C.J. MACKENZIE, alors président par intérim du CNRC, lequel jouit de l'appui de C.D. HOWE, ministre des Munitions et Approvisionnements. L'équipe dirigée par sir John Cockcroft, de Cambridge (Angleterre), produit les plans de construction des premiers réacteurs NRX et NRU. La participation de l'Angleterre et de la France, d'abord importante, diminue au fil des ans, de sorte que le projet CANDU devient presque entièrement canadien. L'impulsion donnée par John ROBARTS, alors premier ministre de l'Ontario, en commandant pour HYDRO ONTARIO les premiers réacteurs CANDU à usage commercial confirme la réussite du projet. Les réacteurs nucléaires construits par la suite au pays comptent parmi les meilleurs réacteurs producteurs d'énergie du monde. Malheureusement, le succès s'avère plus facile à obtenir sur le plan technique que commercial : très peu de réacteurs CANDU sont exportés.

L'entreprise privée, parfois avec une aide efficace du gouvernement, réalise d'importants progrès. À la fin de la guerre, le Canada est déjà très actif dans le domaine de la recherche en électronique, menée à la fois au sein du gouvernement et dans l'industrie. Le Conseil de recherches pour la défense entend maintenir et même accroître l'activité de ce secteur en soutenant cette industrie tant financièrement que par les travaux exécutés dans son propre laboratoire, le Telecommunications Research Establishment, à Shirley Bay (Ontario). La division de radiotechnique et de génie électrique du CNRC participe également au projet, qui contribuera à la création du laboratoire de recherches Bell-Northern, aussi à Shirley Bay, et au succès international de Northern Telecom Limitée, de Mitel Corporation et de nombreuses autres entreprises canadiennes spécialisées en électronique (voir ÉLECTRONIQUE, INDUSTRIE DE L').

Les progrès technologiques en matière de commutation numérique et électronique réalisés grâce aux travaux de Bell-Northern font de Northern Telecom l'un des plus importants fabricants d'équipement de commutation téléphonique au monde. En 1976, le Telecommunications Research Establishment est intégré au ministère des Communications, lequel poursuit la politique d'aide à l'industrie dans des domaines comme la COMMUNICATION PAR SATELLITE.

L'évolution dans l'INDUSTRIE AÉROSPATIALE se révèle beaucoup plus complexe. Déjà en 1945, le colonel W.W. Goforth, fondateur du CRD, prévoit l'avènement des satellites. Certains des tout premiers programmes du CRD portent sur les fusées et les composantes électroniques des missiles téléguidés. À Shirley Bay, le laboratoire du CRD construit les premiers satellites de conception canadienne, soit ceux des séries Alouette et ISI. En 1962, le gouvernement choisit RCA Victor de Montréal, un des sous-traitants du projet, comme entrepreneur principal chargé de la recherche et de la planification en vue de la construction du premier satellite canadien de COMMUNICATIONS. Télésat Canada est alors créée et accorde le contrat de construction à Hughes Aircraft, en Californie.

Espérant mettre à profit sa compétence reconnue en R.-D. pour la construction des satellites et des stations terrestres, RCA Victor se voit plutôt attribuer un contrat de recherche pour la nouvelle génération de satellites de communications. En janvier 1977, l'entreprise vend à Spar Aérospatiale Limitée de Toronto ses installations de R.-D. en périphérie de Montréal et abandonne la recherche sur les satellites au Canada. Le laboratoire du CRD, intégré entre-temps au ministère des Communications, continue à développer les satellites de demain en collaboration avec Spar.

En 1954, les forces armées canadiennes s'intéressent aux utilisations possibles d'une technologie qui ferait appel au rayonnement infrarouge. Le CRD accorde à DE HAVILLAND AVIATION DU CANADA LIMITÉE un contrat de R.-D. en vertu duquel une équipe de spécialistes d'Angleterre vient initier les Canadiens à cette technologie. Les travaux débutent dans la division des projets spéciaux et de la recherche appliquée de la Société de Havilland, division achetée ultérieurement par L.G.A. Clarke pour ensuite devenir Spar Aérospatiale Limitée.

Après de nombreuses années d'une fructueuse participation au programme spatial américain, Spar fait la manchette en 1981 avec l'annonce de son invention d'un système de télémanipulation destiné à la navette spatiale américaine et baptisé BRAS SPATIAL CANADIEN. En outre, l'entreprise collabore avec Hughes Aircraft au projet des satellites de communications Anik, ayant l'entière responsabilité d'Anik D, lancé en 1982. Elle construit ensuite deux satellites semblables pour le Brésil.

Les universités canadiennes s'intéressent très tôt à l'INFORMATIQUE. En 1951, le CNRC et le CRD fournissent à l'U. de Toronto l'un des plus gros ordinateurs du monde, le FERUT, fabriqué en Angleterre par Ferranti Co. Peu après, Ferranti crée un laboratoire de recherches à Toronto et obtient un important contrat du CRD. Un grand nombre des futurs chefs de file en ordinatique au Canada seront formés dans ce laboratoire. Le premier grand projet, Datar, est un système de gestion de l'information pour la marine canadienne qui fait appel à une nouvelle technologie et à des concepts originaux en matière de gestion de l'information. Tellement avancé pour l'époque qu'aucune autre marine ne l'adopte, Datar servira néanmoins de modèle pour de futurs systèmes.

Grâce à l'impulsion donnée par la production de défense, le Canada sort de la Deuxième Guerre mondiale doté d'une industrie aéronautique relativement importante, prospère et innovatrice. À la fin du conflit, celle-ci est en grande partie propriété du gouvernement, mais en raison des engagements de C.D. Howe envers l'entreprise privée, elle est rapidement cédée à des intérêts britanniques et américains. À Toronto, la A.V. Roe Co construit, selon des plans originaux, le chasseur AVRO-CF 100 et le moteur Orenda, deux remarquables succès selon les normes internationales. Elle produit simultanément et à titre privé le AVRO JETLINER, dont le premier vol a lieu en 1949, quelques jours à peine après celui du Comet de de Havilland, en Angleterre. Howe ordonne cependant l'arrêt des travaux.

En 1959, le nouveau chasseur supersonique AVRO ARROW a déjà effectué plusieurs vols d'essai remarquablement satisfaisants, et son moteur Iroquois donne un excellent rendement au banc d'essai. Cependant, comme les coûts dépassent largement les prévisions, l'armée de l'air américaine refuse de commander de tels appareils. Le premier ministre John DIEFENBAKER ordonne alors l'abandon du projet et non pas la mise au rebut, mais la destruction de tous les prototypes et pièces. Les contrats de sous-traitance pour la construction de l'Arrow et d'autres types d'avions font vivre un nombre de plus en plus important de petites entreprises capables d'innovation et d'une production de grande qualité. Même s'ils sont fournis en vertu du contrat Arrow, les services de ces entreprises stimulent le progrès dans de nombreuses industries connexes.

Depuis une trentaine d'années, le maigre budget consacré à la R.-D. par les entreprises canadiennes, en comparaison avec les autres pays, suscite préoccupations et débats au Canada. Représentant 0,76 p. 100 du PIB en 1985 et 0,73 p. 100 en 1990, il équivaut à environ la moitié de celui des autres pays industrialisés. Au Canada, 25 entreprises effectuent plus de la moitié de la R.-D. dans l'industrie, les ENTREPRISES BELL CANADA INC. (Bell Canada, Recherches Bell-Northern et Northern Telecom) étant la plus performante. Parmi les six entreprises les plus actives figurent ÉNERGIE ATOMIQUE DU CANADA LIMITÉE, HYDRO ONTARIO et HYDRO-QUÉBEC. Pour sa part, stimulée par le renforcement, en 1987, de la protection conférée par un brevet, l'INDUSTRIE PHARMACEUTIQUE accroît considérablement ses activités de R.-D. depuis une dizaine d'années.

En 1991, on estime à 5,2 milliards de dollars le budget consacré à la R.-D. par l'industrie canadienne. Si la R.-D. industrielle ne représente alors qu'environ 55 p. 100 de toute la R.-D. effectuée au Canada, on observe néanmoins une hausse importante depuis le milieu des années 70, où la proportion était de 36 p. 100. Parmi les 12 pays membres de l'OCDE les plus importants du point de vue économique, le Canada se classe au 10e rang en ce qui a trait à la R.-D. industrielle exprimée en pourcentage du PIB.

En les groupant par secteurs, on constate que les entreprises canadiennes effectuent, en général, moins de R.-D. que leurs concurrentes. En effet, si l'on utilise l'indicateur de R.-D. comme pourcentage des ventes, la R.-D. des entreprises canadiennes représente environ de un tiers à la moitié de celle que mènent leurs principales concurrentes sectorielles internationales. Les TÉLÉCOMMUNICATIONS font cependant exception.

Les raisons qui motivent de nombreuses industries canadiennes à consacrer à la R.-D. un budget moins important sont les suivantes : la stratégie d'entreprise et les choix en matière de technologie (de nombreuses entreprises canadiennes du secteur primaire doivent ainsi se concentrer sur les produits de base, s'excluant ainsi d'un grand nombre de secteurs à valeur ajoutée supérieure); la taille relativement petite de nombreuses entreprises canadiennes (p. ex. dans les secteurs des pièces d'automobiles, de la machinerie et de la transformation des aliments); les seuils absolus élevés des dépenses en R.-D. nécessaires pour devenir un participant valable dans certaines lignes de produit, surtout en ce qui a trait aux technologies révolutionnaires; la part d'intérêts étrangers dans les entreprises canadiennes (principalement dans l'INDUSTRIE DE L'AUTOMOBILE, mais aussi dans des secteurs comme la pétrochimie, le pétrole et le gaz (voir INDUSTRIE PÉTROCHIMIQUE; INDUSTRIE PÉTROLIÈRE).

Dans l'important secteur des produits forestiers, les entreprises canadiennes consacrent à la R.-D. un budget équivalant à moins de 0,5 p. 100 du montant de leurs ventes, soit environ la moitié de ce que dépensent à cette fin les grandes entreprises américaines et européennes. En 1990, environ 500 personnes travaillent en R.-D., nombre qui correspond approximativement à la moitié du personnel affecté à de telles activités par une seule entreprise chef de file des États-Unis. Environ 17 p. 100 de cette R.-D. est effectuée en coopération par des établissements de recherche, et 43 p. 100, par les gouvernements et les universités (voir ÉCONOMIE FORESTIÈRE; PÂTES ET PAPIERS, INDUSTRIE DES).

Au Canada, de nombreuses mesures visent à amener la recherche universitaire à servir les intérêts généraux ou particuliers de l'industrie. À cet égard, le gouvernement fédéral crée le programme Réseaux de centres d'excellence pour soutenir une recherche de premier ordre dans des domaines intéressant l'industrie tels les maladies héréditaires, les neurosciences, les réseaux microélectroniques, le béton et les télécommunications (voir RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT SCIENTIFIQUES.)

Dans les années 90, le gouvernement fédéral met fin à la plupart de ses programmes de subvention destinés à stimuler la R.-D. dans l'industrie. Il mise plutôt sur des encouragements fiscaux, qui sont parmi les plus généreux au monde. En 1995, il lance Partenariat technologique Canada, un programme d'investissement qui lui permet de partager les risques et les bénéfices de la R.-D. effectuée dans le secteur privé, principalement dans l'INDUSTRIE AÉROSPATIALE, mais aussi dans les entreprises qui développent certaines techniques industrielles de pointe.

Malgré l'incertitude relative à l'aide de l'État et des dirigeants industriels, le génie des Canadiens ne cesse de se manifester. L'industrie aéronautique continue d'innover, comme en font foi le DE HAVILLAND OTTER, qui prédomine sur les parcours nordiques, le Dash 7 et le Dash 8, le CANADAIR CHALLENGERet d'autres avions très en demande comme le Regional jet de Bombardier, ainsi que la turbine à gaz Pratt and Whitney (United Aircraft). De plus, grâce à des entreprises telles Northern Telecom, Mitel, Newbridge, Cognos, Corel et d'autres, l'industrie canadienne des télécommunications et de l'électronique est maintenant à l'avant-garde dans les domaines des fibres optiques, de la gestion des données numériques, des microprocesseurs, des réseaux de communication à grande vitesse et des logiciels.

Le Canada n'a plus à démontrer qu'il possède les ressources humaines et matérielles et les compétences voulues pour une R.-D. industrielle de toute première qualité. Le succès, mesuré en termes d'emplois dans l'industrie et d'exportations, dépend de l'existence à tous les niveaux (industrie, gouvernement et universités) d'un climat favorisant la R.-D., ainsi que de l'audace et du dynamisme manifestés par l'industrie en matière d'innovation technologique et d'entrepreneuriat. Si l'on peut créer ces conditions et les maintenir, le Canada fera bonne figure dans la nouvelle économie du savoir.

Voir aussi INVENTEURS ET INVENTIONS; RECHERCHE ET DÉVELOPPEMENT SCIENTIFIQUES.


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