J.-Ulric Voyer

Joseph Joachim Ulric Voyer, compositeur d’opéra, dramaturge, professeur de musique, organiste et greffier (né le 5 juillet 1892 à Québec, Québec; décédé le 8 janvier 1935 à Québec).

J.-Ulric Voyer, compositeur (1892-1935)

J.-Ulric Voyer est un des premiers compositeurs d’opéra au Québec et au Canada. L’Intendant Bigot, un opéra historique considéré comme son œuvre principale, a été présenté au Monument-National de Montréal le 5 février 1929.

Formation

Fils de Napoléon Voyer et de Délima Dion, J.-Ulric Voyer fait ses études au Collège Saint-Roch de Québec. Il étudie également la musique avec M. Wallace, l’orgue avec M. Lefrançois, organiste des paroisses de Saint-Roch et de Giffard, le piano avec le professeur Hudson ainsi que l’orgue et l’harmonie avec Léon Dessane et Auguste Descarries à Montréal.

Premières œuvres

Entre 1911 et 1915, Voyer compose une suite qu’il intitule Suite de valse (1911) et une bluette musicale ayant pour titre Petite amie (1912). Il publie Prends garde à l’amour Valse chantée (1913) et Si tu savais (1914) chez John T. Hall Music, aux États-Unis, ainsi que la mélodie dédiée à Mlle A. B. Si vous vouliez m’aimer un peu (1913) et la valse chantée À Mlle Alice Bédard : Je te dirais « je t’aime » (1914) aux Éditions Le Passe-Temps, à Montréal.

Parmi ses premiers opéras, on compte La duchesse en sabots, un opéra-comique en un acte mettant en scène 45 figurants, qui est présenté à Québec les 8 et 9 novembre 1920, de même que Petit-mouton, un opéra-comique en quatre actes, et Jean-Marie, un opéra en quatre actes dont des extraits sont présentés les 10 et 11 avril 1923 sous la direction de François-Xavier Mercier. Le livret de cette représentation est le fruit d’une collaboration avec l’auteur Alfred Rousseau.

L’Intendant Bigot

L’œuvre la plus connue de J.-Ulric Voyer demeure toutefois l’opéra en trois actes L’Intendant Bigot. Lucie Robert, dans le Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec (Tome II, 1987), en résume ainsi l’intrigue :

Le vieux Québec de 1757. La scène se passe sur les hauteurs de Beauport. Pour payer une dette de jeu, Bigot, dernier gouverneur de la Nouvelle-France, promet au marquis de Saint-Germain la main de la belle Gemma Dumas, déjà fiancée au chasseur Raymond. Bigot paiera de sa vie la colère de Raymond, celle du marquis qui a été joué et, enfin, celle du peuple qui, affamé et pauvre, ne peut plus supporter les duperies de l’Ours-Noir.

L’opéra est présenté au Monument-National à Montréal les 5 et 7 février 1929, sous la direction d’Albert Roberval, puis à l’Auditorium de Québec les 22 et 23 mars 1929, sous la direction d’Edmond Trudel et la présidence d’honneur du secrétaire de la province de Québec, l’honorable Athanase David. Des artistes tels que Arnold Becker, dans le rôle-titre, Paul Trottier, Marie-Rose Descarries et Caro Lamoureux contribuent au succès de l’œuvre, dont le livret est composé à nouveau en collaboration avec Alfred Rousseau.

Chaque représentation est à guichet fermé. Comme le rapporte le quotidien L’Événement, « Québec fait un bel accueil à l’opéra de M. J.-Ulric Voyer – Une salle comble applaudit la première à Québec de L’Intendant Bigot, le premier grand opéra canadien. Le lieutenant-gouverneur, Sir Lomer Gouin, Lady Gouin, mesdames Taschereau, Galipeault et Perrault [se trouvent] dans l’assistance. Les artistes se surpassent et savent donner tout son mérite à la nouvelle œuvre. » Celui qui a monté cet opéra, Honoré Vaillancourt de la Société canadienne d’opérette, le considérait comme le premier opéra canadien-français, et il en félicite le compositeur. Dans l’édition de janvier 1929 de la revue musicale et théâtrale La Lyre, il écrit : « Cette œuvre vous fera honneur et par là fera honneur au Canada, car vous serez le premier Canadien qui ait produit une œuvre lyrique mise à la scène sous la forme d’un opéra ».

Un enregistrement sonore sur 78 tours est lancé la même année sous étiquette Starr. Il comprend les extraits « Romance du Marquis », interprété par Charles-E. Brodeur, et « Dans un petit village », par la mezzo-soprano Jeanne Maubourg-Roberval. Un second 78-tours, dont 1000 exemplaires sont rapidement vendus, est gravé par Marie-Rose Descarries. Dans son édition de mai 1929, La Lyre souligne qu’il s’agit d’un « record de vente qui n’a jamais été atteint par une œuvre canadienne dans ce laps de temps ». Par la suite, le 30 octobre 1930, Audrie Rubanni prête sa voix à l’extrait « Dans un petit village » au Steinway Concert Hall de New York.

Dans les années 1930, le projet Mademoiselle de Lanaudière, un opéra-comique en trois actes et quatre tableaux auquel travaille J.-Ulric Voyer, demeure inédit en raison de son décès soudain. L’orchestration de l’œuvre a été établie en collaboration avec G. E. Lefebvre et le livret a été composé avec Henri Deyglun. L’opéra, qui devait être mené par Mercier-Gingras, aurait mis en vedette Marthe Lapointe dans le rôle-titre et Antonio Lamontagne dans celui de Salaberry. La direction artistique, quant à elle, devait être confiée à Jean Riddez. Alors que L’Intendant Bigot évoquait l’abandon du Canada français par la mère patrie, Mademoiselle de Lanaudière traduit l’impossible mariage entre deux Canada.

Héritage

Travaillant pour la maison J. B. Renaud & Cie le jour et composant lorsqu’il en trouvait le temps, J.-Ulric Voyer n’a pas pu laisser un grand héritage musical, d’autant plus qu’il est décédé à l’âge de 42 ans. Son œuvre est entrée dans l’oubli, une grande partie de ses archives ont été détruites et sa musique n’a plus été jouée en public jusqu’au 14 décembre 1996. Ce jour-là, 75 de ses descendants et amis se réunissent à l’Institut canadien de Québec afin d’entendre pour la première fois des extraits de L’Intendant Bigot. Une lecture est alors donnée par France Duval et Bruno Laplante accompagnés au piano par Hélène Marceau.

En 1997, un extrait de l’opéra L’Intendant Bigot, « Ô mon ami, veuille le dire encore », est enregistré par le duo lyrique Laplante-Duval sur le CD L’opérette française. Ce même extrait est intégré à leur récital et chanté en Amérique du Sud (Brésil, Mexique et Venezuela), en Asie et en Europe (Paris, Vienne, Zagreb, Belgrade, Budapest).

Cependant, c’est surtout au Jardin des Gouverneurs, dans le Vieux-Québec, que sont présentés au public de nombreux extraits de L’Intendant Bigot dans le cadre des Fêtes de la Nouvelle-France en août 1998. Lors de cette version concert, sous la direction du chef d’orchestre Gilles Auger, des musiciens de l’Orchestre symphonique de Québec accompagnent les artistes Bruno Laplante, France Duval, Bruno Gendron, Renée Lapointe, Sébastien Ouellet, Réginald Côté, Manuel Blais et Line Malenfant. Ces derniers incarnent les principaux personnages de l’opéra historique, alors que Jacques Boulanger assure la narration et la présentation des différents airs.

En 2000, le Nouveau Théâtre Musical publie la partition pour voix et piano de L’Intendant Bigot et en 2007, il en publie les extraits « Ronde de l’Ours-Noir », « Quel sublime décor », « Dans un petit village » et « Dans l’abandon, les noirs regrets ». En septembre 2006, la Ville de Québec a apposé une plaque commémorative sur la façade de la maison que le compositeur a habitée au 170, 13e Rue, dans le quartier Limoilou.


Lecture supplémentaire

  • Maurice Lemire, dir., Dictionnaire des œuvres littéraires du Québec, Tome II, 1900-1939 (Fides, 1987).

    Odette Vincent, La vie musicale au Québec. Art lyrique, musique classique et contemporaine (Éditions de l’IQRC, 2000).

Liens externes