Jacques Israelievitch

Jacques Israelievitch, C.M., violoniste, altiste, chef d’orchestre, professeur (né le 6 mai 1948 à Cannes en France; décédé le 5 septembre 2015 à Toronto en Ontario). Le violoniste Jacques Israelievitch était célèbre sur la scène internationale pour sa polyvalence, sa sensibilité et sa virtuosité technique. Après avoir étudié à Paris et joué avec le Chicago Symphony Orchestra et le St. Louis Symphony, il a occupé, entre 1998 et 2008, le poste de premier violon à l’Orchestre symphonique de Toronto, ce qui fait de lui le violoniste qui aura joué ce rôle pendant la plus longue période. Soutien de la musique contemporaine et des compositeurs canadiens, il a réalisé plus d’une centaine d’enregistrements et s’est produit sur scène dans le monde entier, aussi bien en compagnie d’orchestres symphoniques de grand renom que dans le cadre d’ensembles de chambre. Il a été intronisé membre de l’Ordre du Canada et fait officier de l’ordre des Arts et des Lettres en France.

Premières années

Aîné d’une famille de cinq enfants, Jacques Israelievitch grandit en France, à Paris et au Mans, dans une famille juive. Il commence l’étude de la musique à huit ans et démontre rapidement des capacités d’enfant prodige. À 11 ans, il obtient un premier prix du conservatoire du Mans, ce qui fait de lui le plus jeune diplômé de cette institution, et fait ses débuts à la radio française. Une riche mécène, Elizabeth Couturie, contribue à payer ses études. Le père de Jacques possède un magasin de vêtements au Mans qui finira, victime d’actes d’antisémitisme, par faire faillite. Lorsqu’il a 13 ans, sa famille déménage à Paris où son monsieur Israelievitch ouvre une épicerie de proximité.

Éducation et formation

À Paris, c’est la baronne Philippine de Rothschild, belle‑mère du violoncelliste Gregor Piatigorsky, qui parraine la formation de Jacques Israelievitch. Il sort, à l’âge de 16 ans, auréolé de trois prestigieux premiers prix en violon, musique de chambre et solfège du conservatoire de Paris, où il étudie auprès des célèbres Henryk Szeryng et René Benedetti. Il suit ensuite des cours à l’École Normale de Musique de Paris. En 1965, alors qu’il est encore adolescent, il devient le plus jeune musicien à concourir au prestigieux Concours international de violon Paganini où il obtient une cinquième place ex aequo.

Grâce à une bourse octroyée par la Fondation Rothschild, Jacques Israelievitch poursuit ses études à la University of Indiana où il perfectionne sa formation auprès de Janos Starker, William Primrose et Josef Gingold en vue de l’obtention d’une maîtrise en musique. Il a alors l’intention d’embrasser une carrière de violoniste de concert et occupe le poste de premier violon dans l’orchestre des étudiants. À l’université, ses professeurs l’amènent à s’intéresser au jeu avec un orchestre ou dans le cadre d’ensembles plus réduits. Après son départ de l’université et son service militaire obligatoire dans l’armée française qu’il accomplit comme musicien dans l’orchestre de l’armée de l’air, il revient aux États‑Unis.

Carrière : faits saillants et répertoire

En 1972, à 23 ans, Jacques Israelievitch entame sa carrière professionnelle en tant que premier violon adjoint du Chicago Symphony Orchestra dont il est le plus jeune musicien. Il fonde également la Camerata Society of Chicago, un groupe de musique de chambre spécialisé dans les œuvres musicales rares. Puis, à compter de 1978, il occupe, pendant dix ans, le poste de premier violon du St. Louis Symphony.

Après avoir accepté une offre pour devenir premier violon de l’Orchestre symphonique de Toronto (TSO), Jacques Israelievitch déménage dans cette ville et joue pour la première fois à ce poste en septembre 1988. Au cours des vingt années suivantes, il dirige les cordes du TSO et se produit régulièrement avec lui comme soliste. Depuis cette époque jusqu’à sa mort, sa carrière musicale se passera essentiellement à Toronto.

Extrêmement sollicité comme soliste en raison de sa polyvalence, de sa technique et de sa sensibilité, Jacques Israelievitch se produit également avec plusieurs autres phalanges en Amérique du Nord, notamment les orchestres symphoniques de Vancouver, d’Edmonton et de Radio Canada. Il joue également en compagnie d’artistes aussi adulés que Yo‑Yo Ma et Leonard Slatkin. Son immense répertoire va des maîtres de l’époque baroque jusqu’à des œuvres contemporaines et canadiennes, en passant par la musique romantique à grand déploiement.

Musique de chambre

Outre son travail au TSO, Jacques Israelievitch se montre également actif comme musicien de chambre. Le Toronto Symphony Quartet, le Mirage Quintet, les Test Tubes et l’Israelievitch‑Smith‑Ahn Trio font partie des ensembles qu’il a créés ou auxquels il a participé. La série des concerts de musique de chambre Jacques and Friends, qu’il interprète au musée Gardiner de l’art de la céramique, accroît également sa notoriété.

En compagnie de son fils, le percussionniste Michael Israelievitch, Jacques forme, en 1999, le Duo Israelievitch, qui commande à des compositeurs contemporains des œuvres pour violon et percussions et se produit un peu partout au Canada et aux États‑Unis. Le Double Concerto pour violon et percussion deKelly‑Marie Murphy fait partie des œuvres défendues, dans ce cadre, par le père et le fils.

Direction d’orchestre

En tant que chef d’orchestre, Jacques Israelievitch dirige souvent le TSO et tient la baguette comme chef invité avec des orchestres tels que l’Orchestre symphonique de Windsor au Canada, le St. Louis Symphony et le Buffalo Philharmonic aux États‑Unis ainsi que de nombreuses autres phalanges en Asie et en Europe. De 2005 à 2014, il est directeur musical de l’orchestre de chambre du Koffler Centre of the Arts.

Récitals et concerts spéciaux

Jacques Israelievitch donne d’innombrables récitals solo, interprétant souvent des œuvres de ses compatriotes français, comme à l’ambassade française à Washington en 1999 et au consulat français à Toronto en 2003. Il effectue également des tournées en Europe, en Israël, en Chine et au Japon. Il célèbre son 50e anniversaire par un concert spécial au cours duquel il interprète notamment des œuvres de compositeurs canadiens comme R. Murray Schafer, Michel Colgrass, Murray Adaskin et Raymond Luedeke. En 2008, CBC Radio diffuse un concert en hommage à sa vingtième et dernière année comme premier violon du TSO.

Fin de carrière

Jacques Israelievitch prend sa retraite du TSO en juin 2008, à l’âge de 60 ans, après avoir été celui qui y aura occupé le plus longtemps le poste de premier violon. Après avoir quitté la phalange torontoise, il continue à se produire en solo et avec des ensembles de musique de chambre et enseigne le violon et l’alto à l’Université York, à l’Université de Toronto et au Conservatoire royal de musique. Il occupe également les fonctions de président du département « cordes » de la Chautauqua School of Music dans l’État de New York et donne de nombreuses classes de maître, par exemple, au Canada, à l’Université McGill, aux États‑Unis, à l’UCLA, à la Manhattan School of Music, à l’Eastman School of Music et à la University of Michigan ainsi que dans de nombreuses autres institutions en Europe et en Asie. Il se produit pour la dernière fois en public en juillet 2015 à Chautauqua avec la pianiste Christina Petrowska‑Quilico.

Enregistrements

Jacques Israelievitch réalise plus d’une centaine d’enregistrements, notamment la Suite hébraïque avec John Greer au piano qui vaut une sélection pour les prix Juno. Il a souvent enregistré en compagnie d’autres musiciens canadiens comme la harpiste Judy Loman, le bassiste Joel Quarrington, le pianiste Stéphane Lemelin et le ténor Ben Heppner. Grand défenseur des compositeurs canadiens, il grave des œuvres telles que le concerto pour violon de R. Murray Schafer de 1991, The Darkly Splendid Earth : The Lonely Traveler, commandé spécialement à son intention par le TSO. En 2015, il enregistre en direct, conjointement avec Christina Petrowska‑Quilico, un disque intitulé Fancies and Interludes proposant notamment des œuvres de compositeurs contemporains canadiens.

En 2006, Jacques Israelievitch revoit la partition des 42 études ou caprices pour violon seul de Rodolphe Kreutzer dont il réalise le premier enregistrement intégral. Alors qu’il lutte contre la maladie qui finira par l’emporter, il enregistre, toujours avec avec Christina Petrowska‑Quilico, l’intégrale des concertos pour violon et piano de Mozart qui seront publiés en juin 2016.

Participation à des activités caritatives et mécénat artistique

Jacques Israelievitch se mobilise pleinement dans la lutte contre l’antisémitisme et se produit lors du gala PEN de 1996 pour les droits de la personne. En 2007, il joue également, sur le disque paru sous étiquette Smithsonian Folkways, Nobel Voices for Disarmament : 1901 – 2001. Avec sa femme, Gabrielle, il commande de nombreuses œuvres d’art à des artistes canadiens, notamment des céramiques.

Héritage

Après sa mort, l’Université York crée la Jacques Israelievitch Endowment for Violin/Viola and Interdisciplinary Arts.

Prix

Cinquième prix, Concours international Paganini (1965)

Chevalier, ordre des Arts et des Lettres, France (1995)

Officier, ordre des Arts et des Lettres, France (2004)

Prix pour l’œuvre de toute une vie, Toronto Musicians Association (2008)

Membre, Ordre du Canada (2015)