William Lyon Mackenzie et la Rébellion de 1837

Depuis quelque temps déjà des troubles se préparent dans le Haut-Canada et le fougueux Écossais William Lyon Mackenzie est toujours au coeur de la tourmente.



Il est huit heures du soir le lundi 3 décembre 1837. Monté sur son cheval, William Lyon Mackenzie emprunte la rue Yonge et vérifie le chemin qu'il empruntera pour son attaque de Toronto. Au sommet de Gallows Hill (en aval de l'avenue St. Clair), il rencontre le conseiller municipal loyaliste John Powell, lui-même en patrouille. Mackenzie et ses hommes le font prisonnier. "Êtes-vous armé?", lui demande Mackenzie. "Non", lui répond Powell. Mackenzie, le traitant en gentleman, le croit sur parole et le renvoie vers le quartier général des rebelles, la taverne Montgomery.

Son style direct et énergique ainsi que ses dénonciations enflammées du Family Compact (une oligarchie politico-économique) contribuent grandement à sa popularité (avec la permission des Archives nationales du Canada).

Or, contrairement à ce qu'il a prétendu, Powell est armé. Il sort deux pistolets, tire sur un des gardes de Mackenzie et l'atteint d'un coup mortel à la nuque. Alerté par le coup de feu, Mackenzie se retourne et tire sur Powell, mais le manque. Ce dernier se rapproche, tente d'abattre son adversaire, mais son arme s'enraye. Il n'a d'autre recours que de se précipiter pour prévenir Toronto de l'approche des rebelles.

Depuis quelque temps déjà des troubles se préparent dans le Haut-Canada et le fougueux Écossais William Lyon Mackenzie est toujours au coeur de la tourmente. Éternel critique, il s'autoproclame la voix du peuple et réussit à se faire élire à l'Assemblée du Haut-Canada où il mènera un tel boucan qu'il en sera expulsé à trois reprises, mais chaque fois réélu. Les principales cibles de ses articles et de ses diatribes sont le lieutenant-gouverneur et l'élite coloniale, unis dans ce qu'on appelle le Pacte de famille.

Alors que les réformistes modérés tels que Robert Baldwin essaient de trouver un terrain d'entente, les choses empirent avec l'arrivée d'un nouveau gouverneur, sir Francis Bond Head, un aventurier sans expérience politique. Le gouverneur dissout l'Assemblée réformiste et mène une campagne sous le signe de la peur et du principe de loyauté. Mackenzie riposte en publiant sa Déclaration de Toronto, étroitement inspirée de la Déclaration d'indépendance américaine.

Selon les historiens, des circonstances atténuantes - situation économique difficile, mauvaises récoltes, saisie de fermes par les banques - auraient contribué à l'agitation fomentée par Mackenzie. Il reste toutefois que l'insurrection de Toronto résulte essentiellement de la colère de Mackenzie. Si sa force réside dans sa capacité de rallier à ses idées des hommes intelligents et réfléchis, l'esprit d'organisation lui fait par contre défaut. Après avoir harangué les foules à divers rassemblements, il retourne à Toronto convaincu que les gens vont se rallier par milliers à sa cause.

La Rébellion aurait pu aboutir. La confusion règne dans la ville. La garnison tente d'étouffer la révolte dans le Bas-Canada. La milice, plutôt risible, a pour seules armes quelques fusils, des fouets et des bêches quand ce n'est des cannes et des parapluies.

Par contre, l'entreprise est désespérée sans l'effet de surprise. Avant que la bagarre éclate près de la rue College, la défense s'organise déjà sous les ordres du shérif William Jarvis. De son côté, Mackenzie prend la malheureuse décision de diriger lui-même les rebelles. Le mardi 4 décembre au matin, emmitouflé dans plusieurs épaisseurs de manteaux dans l'espoir de se protéger contre les balles, il se met en marche. Même si la route paraît dégagée, sa nature excentrique le pousse à multiplier les diversions.

Les hommes du shérif ouvrent le feu; n'étant qu'une vingtaine, ils s'enfuient aussitôt. Le premier rang des rebelles riposte de la façon apprise à l'entraînement, se jetant aussitôt au sol pour permettre au rang suivant de faire feu à son tour. Croyant que leurs compagnons ont tous été tués, les rangs derrière paniquent et s'enfuient.

L'initiative revient alors aux loyalistes renforcés par des troupes venues d'Hamilton, de Niagara et d'aussi loin que le comté de Peel. Le chef de la milice James FitzGibbon organise trois impressionnantes colonnes de 1500 hommes qui envahissent la rue Yonge dès le lendemain. L'escarmouche tient de la mascarade. À peine 200 rebelles tiennent leur position près de Gallows Hill.

Vite mis en déroute, ils sont nombreux à s'enfuir, à se cacher ou, comme Mackenzie, à filer aux États-Unis. Plusieurs prisonniers sont accusés de trahison. Douze subissent leur procès à Toronto; six sont reconnus coupables. Peter Matthews et Samuel Lount seront pendus.

Les historiens ont longtemps débattu des conséquences de la Rébellion de 1837. De toute évidence, pour une révolution, c'était un échec lamentable. À une certaine époque, les partisans de Mackenzie, en particulier son petit-fils William Lyon Mackenzie King, ont prétendu que la Rébellion avait hâté l'instauration du principe de gouvernement responsable; aujourd'hui, cette idée a peu d'adeptes.

Quant à Mackenzie, il continue à faire campagne depuis l'île Navy. Il fonde un journal à New York, mais, bientôt déclaré coupable d'avoir enfreint les "lois de la neutralité", il fera une année de prison. Plus il apprend à connaître la démocratie à l'américaine, qu'il admirait tant, moins il l'apprécie et plus il se repent de ses idées de révolution. En 1850, à la faveur d'une amnistie générale, il retourne à Toronto pour reprendre de la politique. Une fois élu, il poursuit sa campagne contre l'hypocrisie et la corruption. Même si certains historiens dénigrent sa contribution, il s'en trouve toujours pour considérer Mackenzie comme un précieux porte-parole de son peuple.