Leonard Birchall

Leonard Joseph (Birch) Birchall, C.M., O.Ont., pilote de l’Aviation royale canadienne, héros de guerre et administrateur en milieu universitaire (né le 6 juillet 1915 à St. Catharines, en Ontario; décédé le 10 septembre 2004 à Kingston, en Ontario). Au cours de la Deuxième Guerre mondiale, Leonard Birchall gagne le surnom de « sauveur de Ceylan » pour avoir alerté les forces alliées de l’approche d’une flotte japonaise. Capturé après avoir envoyé son message, il est également reconnu pour le courage et le leadership dont il fait preuve en tant que prisonnier de guerre.

Jeunesse

Fils unique de Joseph et Emma Elise Birchall, Leonard Birchall passe son enfance à St. Catharines, en Ontario. Il a deux sœurs, Elizabeth et Ina. Dès son plus jeune âge, il s’intéresse au vol et consacre de longues heures à accomplir de petits travaux afin de payer des leçons occasionnelles à l’aéroclub de sa région. Il se rend compte que sa carrière de pilote réside dans l’armée après un bref passage dans la milice du Corps des transmissions royal du Canada.

À l’été 1933, il fréquente le Collège militaire royal du Canada (CMRC), à Kingston, en Ontario, comme élève-officier no 2364. Il obtient son diplôme quatre ans plus tard et joint l’Aviation royale canadienne (ARC). Après avoir terminé sa formation aux Stations de l’ARC Borden et Trenton, il est affecté au 5e Escadron (bombardement et reconnaissance) en Nouvelle-Écosse. Pilote d’un aéronef de patrouille maritime Supermarine Stranraer, il est à bord des premières patrouilles de combat anti-sous-marines de l’ARC lorsque le Canada s’engage dans la Deuxième Guerre mondiale le 10 septembre 1939.

Deuxième Guerre mondiale

Au cours des 27 prochains mois, il participe à des patrouilles anti-sous-marines et fait partie d’escortes de convoi au large des côtes est du Canada. Au début de 1942, Leonard Birchall, alors pilote d’expérience, est l’un des rares « vétérans » sélectionnés pour aller à l’étranger afin de former le noyau du 413e Escadron, établi à ce moment-là au Royaume-Uni. Disposant des hydravions à coque Consolidated Catalina, ce nouvel escadron de l’ARC, dont les opérations sont basées aux îles Shetland, dans le nord de l’Écosse, a pour objectif de contrer la menace croissante que représentent les sous-marins allemands. Cependant, le séjour de Leonard Birchall en Europe n’est que de courte durée.

Le Japon déclare la guerre le 7 décembre 1941 et les forces alliées qui sont malmenées dans le Pacifique ont grand besoin d’un avion de reconnaissance maritime. En mars 1942, le 413e Escadron est déployé à l’île de Ceylan (maintenant le Sri Lanka).

Ceylan

Préoccupé à l’idée d’une potentielle attaque de l’armée japonaise, le commandant supérieur des forces alliées donne immédiatement l’ordre aux nouveaux arrivés canadiens de patrouiller le ciel. Le 4 avril 1942, Leonard Birchall et son équipage composé de huit hommes, qui sont à Ceylan depuis à peine 48 heures, décollent à bord de leur hydravion Catalina. Un autre Canadien, l’adjudant G. C. Onyette, fait partie de l’équipe.

Après avoir patrouillé pendant 12 heures, les hommes remarquent quelque chose au loin. En se rapprochant, ils constatent qu’il s’agit d’une flotte navale japonaise disposant de plusieurs porte-avions. Déterminé à obtenir le plus de renseignements possible, Leonard Birchall vole plus près des navires ennemis. Au même moment, il ordonne à son opérateur radio d’envoyer un message codé pour alerter les forces alliées qu’une importante flotte japonaise se trouve à 560 kilomètres au sud-est de Ceylan.

À peine le message est-il envoyé qu’un écran défensif de chasseurs japonais Zéro repère la patrouille de l’ARC et l’attaque. Leonard Birchall réussit à amerrir l’avion, gravement endommagé et en proie aux flammes. Celui-ci coule rapidement, mais tous les membres de l’équipage – à l’exception d’un – sont sains et saufs. Mais leur calvaire ne fait que commencer.

Les chasseurs japonais mitraillent les hommes impuissants, tuant deux autres membres de l’équipage. Les six derniers survivants, y compris Leonard Birchall et G. C. Onyette, sont capturés par un destroyer ennemi, puis sont battus par leurs geôliers, qui cherchent à savoir si un message a été envoyé ou non. Les captifs leur répondent qu’ils ont été abattus avant d’avoir pu sonner l’alerte. Grâce à cela, leur message permet aux Alliés de disperser la flotte de navires déployés à Ceylan et de garder les forces défensives en état d’alerte. Les Japonais passent à l’attaque, mais les dommages qu’ils infligent sont moins importants qu’on aurait pu le craindre, et l’ennemi finit par retirer ses troupes.

Leonard Birchall se voit décerner la Croix du service distingué dans l’Aviation pour ses actes de bravoure.

La Croix du service distingué
Cette médaille est remise aux membres de l'Armée de l'air pour leur bravoure (avec la permission des Biblioth\u00e8que et Archives Canada).

Prisonnier de guerre

Leonard Birchall et le reste de son équipage passent plus de trois ans en tant que prisonniers de guerre dans divers camps japonais. Bien souvent l’officier supérieur du camp, Leonard Birchall tente d’établir une discipline et des liens de confiance entre les autres prisonniers. Il se distingue d’ailleurs sur ce point : bon nombre de prisonniers alliés de rangs inférieurs se plaignent d’être abandonnés à leur sort par les officiers, qui se préoccupent plus de leur propre bien-être que de leurs hommes. En effet, bien qu’il coure de grands risques, Leonard Birchall s’interpose souvent entre les prisonniers et les gardes qui les battent, encaissant les coups lui-même ou écopant de punitions, comme de longues périodes en isolement.

Donnant l’exemple à ses hommes, il tient constamment tête aux gardes brutaux et défend la compassion et la dignité, des valeurs humaines élémentaires à ses yeux. En 1944, dans un camp où les malades sont forcés de travailler, il organise et mène une grève du travail jusqu’à ce que les Japonais abdiquent. Ces circonstances entraînent son transfert dans un camp disciplinaire où il est battu et sous-alimenté. Du moment de sa capture à sa libération le 27 août 1945, il ne cesse de faire tout en son pouvoir pour aider les autres prisonniers. En captivité, il réussit à compiler un journal composé de 22 petits carnets qui seront plus tard utilisés comme preuves dans les procès pour crimes de guerre contre les Japonais.

En 1946, Leonard Birchall est nommé Officier de l’Ordre de l’Empire britannique en reconnaissance de ses efforts en tant que prisonnier de guerre. Leonard Birchall « a constamment manifesté le plus grand souci pour le bien-être des autres prisonniers […] L’admirable bravoure et le dévouement sans bornes dont il a fait preuve envers ses camarades pendant sa longue captivité reflètent les plus belles traditions de l’ARC ».

Vie après la guerre

Après un long rétablissement, Leonard Birchall retourne en service actif. De la fin des années 1940 à la fin des années 1950, il occupe divers postes de commandement au sein de l’ARC et s’implique dans l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et dans le Commandement de la défense aérospatiale de l’Amérique du Nord (NORAD).

Promu commodore de l’air, il est ensuite nommé commandant du Collège militaire royal du Canada (CMRC) à Kingston, en Ontario, en 1963. Au cours des quatre prochaines années, il inspire toute une génération de futurs officiers des Forces armées canadiennes. En 1967, il démissionne de l’ARC, s’opposant à la décision du gouvernement fédéral d’unifier les diverses forces de l’Armée canadienne. Il devient administrateur général et agent administratif principal à la Faculté des sciences de l’administration à l’Université York de Toronto, postes qu’il occupera pendant 15 ans.

\u00c9l\u00e8ves officiers du Coll\u00e8ge militaire royal
\u00c9l\u00e8ves officiers du Coll\u00e8ge militaire royal (avec la permission de la Commission canadienne du tourisme).

À sa retraite, en 1982, Leonard Birchall s’installe à Kingston, où il prend régulièrement part à des événements du CMRC. Il voyage à plusieurs occasions au Sri Lanka et agit à titre d’observateur au nom du Canada lors des élections générales de 1994. Il occupe également le poste de colonel honoraire pour diverses unités, notamment pour son précieux 413e Escadron. Avant de s’éteindre à Kingston à l’âge de 89 ans, Leonard Birchall se voit décerner une cinquième agrafe à sa Décoration des Forces canadiennes, décoration qui représente plus de 62 années de bons et loyaux services.

Leonard Birchall est souvent considéré comme le « sauveur de Ceylan » pour les actes de bravoure qu’il a accomplis en 1942 – un surnom que lui attribue la presse canadienne et qui s’est popularisé après la guerre, mais qu’il n’a pas souhaité et qui lui importe peu. 


Lecture supplémentaire

  • Leonard Birchall, « Leadership: A Speech Given by Air Commodore Leonard Birchall at the Canadian Forces School of Aerospace Studies in Winnipeg on 17 September 1997 », Canadian Air Force Journal, vol. 2, no 1 (2009).