Les Grands Ballets Canadiens de Montréal

Fondés en 1958 par Ludmilla Chiriaeff, Les Grands Ballets Canadiens de Montréal sont la plus expérimentale et la plus progressive des trois grandes compagnies de ballet du Canada (avec le Ballet national du Canada et le Royal Winnipeg Ballet). La compagnie est reconnue pour son répertoire varié qui incorpore autant des œuvres contemporaines que les grands classiques narratifs des 19e et 20e siècles. Les Grands Ballets ont également présenté nombre d’œuvres originales commandées à des chorégraphes, compositeurs et designers canadiens (voir aussi Danse au Canada).

Danseurs de ballets.\r\n

Contexte et création

Ludmilla Chiriaeff fonde sa propre compagnie de 16 danseurs en 1958, les Ballets Chiriaeff. Elle naît des activités précédentes de Ludmilla Chiriaeff à Montréal, où elle s’installe après son immigration d’Europe en 1952. Les premiers ballets qu’elle produit sont créés dans le cadre de L’Heure du concert, une populaire émission de télévision diffusée sur les ondes de Radio-Canada. En 1954, les Ballets Chiriaeff commencent à donner des prestations publiques, et ce, malgré l’opposition de l’Église catholique conservatrice du Québec, qui voit le ballet comme immoral. Ludmilla Chiriaeff fonde sa première école de danse en 1952 et, en 1958, l’Académie des Grands Ballets Canadiens est créée afin de préparer les danseurs au travail dans la compagnie émergente. En 1966, l’organisation devient l’École supérieure de danse du Québec et commence à offrir une formation professionnelle aux élèves avancés (voir aussi Enseignement de la danse). Ludmilla Chiriaeff cède son poste de directrice artistique de la compagnie en 1974, mais demeure directrice des écoles jusqu’à ce que sa santé la force à prendre sa retraite en 1992.

Directeurs artistiques

Brian Macdonald est directeur artistique de la compagnie de 1974 à 1978. De 1978 à 1985, la compagnie est dirigée par un comité composé de la maîtresse de ballet Linda Stearns, du répétiteur Daniel Jackson et du directeur général Colin McIntyre. Colin McIntyre quitte toutefois l’école en 1984, avant de reprendre ce mandat de mars 1988 à août 1992. De 1985 à décembre 1987, Jeanne Renaud collabore avec Linda Stearns comme codirectrice artistique. Jeanne quitte en décembre 1987 et Linda Stearns devient alors la seule directrice artistique. Après un mandat de directeur artistique d’août 1989 à la fin de l’année 1999, le professeur et danseur états-unien de renom Lawrence Rhodes laisse sa place au directeur, danseur et enseignant macédonien Gradimir Pankov. Depuis 2017, le danseur et directeur italien Ivan Cavallari assure la direction des Grands Ballets.

Répertoire

Au cours de leur existence, Les Grands Ballets (qui comptent 40 danseurs en 2017) commandent une foule d’œuvres originales, souvent chorégraphiées, composées et conçues par des Canadiens. Aux débuts de la compagnie, c’est Ludmilla Chiriaeff qui chorégraphie de nombreux ballets. Depuis, d’importantes contributions au répertoire sont faites par des chorégraphes canadiens comme Fernand Nault, Brydon Paige, Brian Macdonald, Peter Quanz et James Kudelka, qui est chorégraphe résident des Grands Ballets de 1984 à 1990.

De 1970 à 1972, la compagnie obtient une reconnaissance internationale grâce à la populaire adaptation que Nault fait de Tommy, l’opéra rock du groupe britannique The Who. La compagnie se bâtit également un répertoire varié composé des meilleurs ballets traditionnels et contemporains et pièces de danse moderne, dont certains créés par des chorégraphes de renom comme John Butler, Lar Lubovitch, Hans van Manen, Nacho Duato et Paul Taylor. Elle compte aussi dans sa collection de ballets un grand nombre d’œuvres du maître russo-américain George Balanchine ainsi que des reprises majeures tirées de l’ère des Ballets russes de Serge Diaghilev, dont Petrouchka, La Chatte et L’Après-midi d’un faune.

Au milieu des années 1980, la compagnie se tourne un peu plus vers la chorégraphie de danse moderne, ce qui pousse certains critiques à affirmer que la compagnie perd ses racines. Depuis, Les Grands Ballets réaffirment leurs bases classiques. Malgré tout, parmi les trois grandes compagnies de ballet au Canada, Les Grands Ballets projettent toujours l’image de la compagnie la plus expérimentale et la plus progressive.

Avec l’arrivée de Gradimir Pankov comme directeur artistique, la compagnie accorde une importance nouvelle aux longs ballets narratifs, comme Carmen de Didy Veldman (2000); The Queen of Spades (2001), une œuvre commandée à Kim Brandstrup; et Roméo et Juliette de Jean-Christophe Maillot (2004). En réactualisant et en traitant des thèmes communs à l’aide d’une sensibilité distinctement contemporaine et d’une mise en scène utilisant des technologies modernes, ces œuvres aident Les Grands Ballets à s’attirer un public nouveau et plus jeune. Les Grands Ballets sont la seule compagnie canadienne à jouer les œuvres acclamées du Suédois Mats Ek et à continuer de présenter les œuvres du chorégraphe tchèque Jiri Kylian.

La compagnie fait des tournées partout au Canada, aux États-Unis, en Europe, au Moyen-Orient, en Amérique du Sud et latine et en Asie. En 1984, elle est la première compagnie canadienne à être invitée en Chine pour donner des représentations.

Sous l’autorité du directeur artistique Gradimir Pankov

Sous l’autorité de Gradimir Pankov, Les Grands Ballets commencent à produire des œuvres de chorégraphes contemporains internationaux, principalement d’Europe, comme le Danois Kim Brandstrup, le Belge Stijn Celis, l’Italien Mauro Bigonzetti et l’Espagnol Nacho Duato. Grâce à Gradimir Panjov, les œuvres de l’Israélien Ohad Naharin, en particulier Minus One, deviennent très populaires.

Gradimir Pankov cherche à faire de la compagnie elle-même la vedette de ses spectacles, plutôt que de créer des danseurs étoiles. Il présente au monde une foule de jeunes chorégraphes comme Peter Quanz et l’Allemand Stephen Thoss. Il invite également des compagnies d’envergure bien établies comme le Houston Ballet (États-Unis), le Ballet national d’Ukraine, le Ballet de Shanghaï (Chine) – toutes des compagnies classiques —, ainsi que des groupes néoclassiques comme le Théâtre de ballet Eifman de Russie et la compagnie contemporaine Cloud Gate Dance, de Taïwan.

Lorsqu’il prend sa retraite après un mandat record de 18 ans, Gradimir Pankov est nommé directeur artistique émérite. Par coïncidence, le déménagement de la compagnie, mûri et planifié depuis plus d’une décennie, a lieu au même moment. En juillet 2017, Les Grands Ballets s’installent dans un bâtiment à la fine pointe de la technologie de 34,2 millions de dollars dans le Quartier des spectacles de Montréal.

Nouveaux locaux et 60e anniversaire

En 2017, le déménagement permet de célébrer le 60e anniversaire des Grands Ballets en grand. La compagnie partage désormais un édifice entièrement rénové, l’édifice Wilder — Espace Danse, avec d’autres institutions montréalaises de la danse : l’Agora de la danse, Tangente et l’École de danse contemporaine de Montréal. L’édifice, rénové pour 99,2 millions de dollars offre aux Grands Ballets un espace de plus de 80 000 pieds carrés, qui comprend sept studios, de grands ateliers artistiques et de production, un atrium pour les réceptions et autres événements, un café et un restaurant. L’espace permet également de créer un département de loisirs, Les Studios, où des cours variés de danse et de mouvement pour adultes, dont du yoga et de l’Essentrics, sont enseignés quotidiennement par les membres de la compagnie, d’anciens danseurs, des enseignants et des thérapeutes.

En outre, le nouvel espace abrite une autre division des Grands Ballets : le Centre national de danse-thérapie (CNDT). Fondé en 2013, le CNDT est un centre de recherche, d’entraînement et de thérapie qui vise le mieux-être des individus par la danse. Parmi les élèves du Centre, on compte des personnes autistes et des patients atteints de la maladie de Parkinson.


Lecture supplémentaire

  • Roland Lorrain, Les Grands Ballets Canadiens: ou cette femme qui nous fit danser (1973).